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Articles taggés randonnée

Mathieu des Bois

Mathieu des Bois

la Crèmerie du Glacier

la Crèmerie du Glacier

Mathieu des Bois

Mathieu des Bois

Montenvers

Montenvers

frozen

les Mathieu font du ski

my personal ski club

my personal ski club

les cascades

les cascades

Col Bostan

col Bostan

pointe Chalune

pointe Chalune

lac de Gers

lac de Gers

col Bostan

col Bostan

frozen

frosen

pique-nique alpin

la ballade

pique-nique alpin

pique-nique alpin

lac blanc

lac blanc

balme

les Posettes



indicators, originally uploaded by ilgigrad.


les aiguilles rouges, originally uploaded by ilgigrad.


Col des Posettes, originally uploaded by ilgigrad.

Bandita Di Caccia

des sentiers en Toscane

Salto in Chianti

La Toscane est un pays de vieux beaux, de retraités fortunés et de touristes américains. On y vient pour dépenser un trop plein de temps et d’argent. Des artistes voudraient pouvoir puiser dans Le ciel azur, les cyprès, les oliviers, les vignes et les bastides de pierre une inspiration qui ne viendra qu’après la sieste Bref, La Toscane c’est beau, mais c’est chiant.
Malgré les yeux et les seins de Liv Tyler, Beauté volé, le film de Bernardo Bertolucci, m’avait fermement ennuyé; Les clichés n’ont jamais nourris de bons films; il suffit de regarder ce que Woody Allen a fait de Barcelone ou de Paris pour s’en convaincre, mais je m’éloigne.
Dans mon catalogue d’idées préconçues, on n’allait pas en Toscane pour courir mais pour y prendre son temps; Un truc de vieux, on y revient.

 

J’ai vieilli moi aussi et après avoir regarder pendant des années mes enfants faire du wakeboard sur le lac de Côme, je me suis résolu à découvrir la Toscane.
Je me souvenais surtout de l’adaptation par Kenneth Branagh d’une pièce de Shakespeare : beaucoup de bruit pour rien, lorsque j’ai mis pour la première fois les pieds en Toscane. Même si cette comédie est supposée se tenir quatre siècles plus tôt, en Sicile, mon souvenir s’adaptait parfaitement aux paysages qui s’offraient à moi, au Palio de Sienne et, bien entendu, au Chianti Classico.

 

Je ne rédigerai pas un guide de Florence, de Lucques ou de Siennes; l’Histoire et les Arts demeureront débiteurs à vie de ces villes et les touristes en short du monde entier le leur rendent suffisamment bien. J’aurais voulu écrire un article que j’aurais modestement intitulé « courir en Toscane » ; mais, bon, prétendre embrasser un tel sujet quand on a effectué, en tout et pour tout, six sorties dans une région deux fois plus grande que l’Ile de France, c’est présomptueux.
J’ai ramené avec moi quelques images; Les muséologues seront déçus : notre vie aquatique et nos ballades familiales ne font pas très Médicis.

 

J’ai beau aimer courir, il me faut reconnaître que la Toscane est le paradis des hédonistes. Je pourrais passer des heures sur les glaciers qu’on trouve à chaque coin de rue à Florence et à Lucques, où des Cantucci à mourir des cafés et des chocolats sublimes; mais avant d’exposer les chemins sur lesquels je me suis perdu,  je me sens contraint d’évoquer l’adresse emblématique de toute une région : le Mac Dario .
Panzano in Chianti est un petit bourg situé à équidistance de Sienne et de Florence. C’est là que Dario Cecchini a, pendant plus de trente ans, développé la « Antica Macelleria Cecchini », la plus célèbre et sans doute la meilleure boucherie du monde. Adepte du slow food, à l’instar de Jamie Oliver dont il est intime, il a élevé la cuisson parfaite de chaque coupe de viande, au rang d’Art. Je me méfie toujours, des principes induits par la préservation du terroir et des traditions culinaires : on n’est jamais très loin des valeurs rances et nauséabondes du racisme et de la xénophobie. J’aimerais croire que, lorsqu’on interdit ici ou là en Toscane et en Italie du Nord, la vente de nems et de kebabs, c’est pour lutter contre les effets dégradants de l’industrialisation agroalimentaire et non pour stigmatiser les albanais et les étrangers de la péninsule.

Depuis 2006, il a ouvert, autour de sa boucherie, trois espaces dans lesquels sont servies les viandes les plus délicieuses qu’il m’ait jamais été donné de goûter. Il n’y a pas de cartes. A chaque lieu est attaché un menu et un prix.  On ne recommandera pas l’Officina della Bistecca aux appétits d’oiseaux: Pour cinquante euros, on enchaine des plats comme une sublime Côte de boeuf à la Fiorentina ou le meilleur Beefsteack à la Panzanese d’Italie. La Solociccia tient davantage de la maison du boucher que du restaurant et offre, pour trente euros,  un menu tout aussi savoureux. Mais son « oeuvre » la plus originale est sans aucun doute le Mac Dario. Pour le  prix d’un Maxi best of de l’ami Ronald, Dario prépare à ses hôtes un burger incomparable (Medaglione) accompagné d’excellents légumes crus, de pommes de terres croustillantes, de douces tranches d’oignons rouges et de tomates fraiches.
Les repas sont servis sur de grandes tables autour desquelles les convives viennent s’assoir; c’est sans chichi, c’est très bobo. Tous les américains d’Italie viennent y apprendre ce que manger veut dire. C’est enchanteur.

 

Antica Macellaria Cecchini


 

Grosseto
Je suis allé à Grosseto. Anne avait trouvé dans un guide l’adresse de Warm-Up, un Bed & Breakfast un peu spécial qui prétendait n’accueillir que les marathoniens et les triathlètes. L’endroit est sympathique et les chambres joliment décorées. L’accueil de nos hôtes est chaleureux et nous avons beaucoup apprécié qu’ils nous invitent à diner dès le deuxième soir pour que nous parlions de nos exploits sportifs respectifs. Il court le marathon en moins de 2h30; elle le termine en 3h30. Un couloir de natation permet de faire des longueurs ou de tremper ses os usés à ciel ouvert, c’est un bonheur. Quant au plaisir de cueillir, pour le petit déjeuner, des figues fraiches sur leur arbre, il est indescriptible.
Pour courir en revanche le coin est un peu monotone. Plat et sans charme, on ne trouve ni sentiers, ni chemins de traverses, mais des routes, de vastes exploitations agricoles et des sites industrielles. Il faut aller, plus au sud, jusqu’au Parco Regionale della Maremma pour trouver un espace plus sauvage…

 

 

run in Chianti
Le Chianti est la partie de Toscane qui ressemble le plus à l’idée que l’on s’en fait (de la Toscane). Les cyprès, les vignes, les oliviers et les paysages délicatement vallonnés, on les trouve autour de Sienne et de Gaiole in Chianti. Chaque plan semble avoir été dessiné par un paysagiste et taillé au cordeau. Rien ne dépasse; tout est impeccablement beau. Le Chianti c’est la Suisse, le soleil en plus.
Et comme les choses les meilleures sont très inégalement réparties, on trouve aussi d’immenses forêts peuplées de chênes, de pins, de hêtres, de châtaigniers et d’oliviers sauvages. On ne craint pas de rencontrer, sur les sentiers du chianti, des hordes de randonneurs qui viendraient perturber votre course. Au pire on croise des touristes qui, entre la visite d’une église et celle d’une cave, effectuent une courte promenade digestive en lisière de forêt. Le reste nous appartient.
Le circuit que je propose ci-dessous, décrit un huit autour de Castello di Brolio, un château néo-gothique et un vignoble situé à à mi distance entre Sienne et Gaiole in Chianti.
Je laisse ma Volvo dans le centre du village sur le parking de la coopérative vinicole puis je grimpe tranquillement vers le château en direction du sud. Au bout d’un petit kilomètre et une ascension de 50m j’atteins le sommet d’une petite colline sur laquelle le château a été construit.
Je redescends ensuite pendant quatre kilomètres à travers les vignes jusqu’à la route, 100m plus bas.
Je suis la route, traverse le petit village de San Regolo et reviens, après 7km de mise en bouche, à mon point de départ. Je n’avais pas vraiment prévu cette première boucle mais elle constitue un bon échauffement d’une heure…
Les choses sérieuses commencent avec une boucle en forêt dans laquelle on pénètre par un large chemin qui part vers sur gauche environ un kilomètre après avoir quitté le village par l’est.
La terre est ocre, presque rouge et l’odeur des pins donne une ambiance très estivale à ma course. Je m’offre un premier raidillon entre le 8ème et le 10ème kilomètre. Ça commence enfin à ressembler à du trail. Le sol est bosselé, je ne regrette pas d’avoir chaussé mes Salomon S-Lab 3. Je passe de 490m à 690m d’altitude en moins de deux kilomètres.
Je quitte ensuite momentanément la forêt et déroule vers le nord sur une route relativement plane.
Arrivé au 12ème kilomètre, je retourne dans la forêt et amorce ma longue descente jusqu’à Brolio. Une biche surgit sur le chemin a quelques mètres de moi. Elle semblait tellement étonnée de me trouver là qu’elle a marqué un temps d’arrêt en me regardant qui m’a paru durer des heures.
J’atteins, au niveau du 13ème kilomètre, l’extrémité nord de mon parcours. J’entends sur ma droite des grognements et des bruits de bêtes qui bougent dans les buissons. Ce sont sans doute des sangliers. J’accélère, je suis beaucoup moins confiance qu’avec la biche…
Je plonge vers le sud. 200m de dénivelé en moins de trois kilomètres. Je cours en équilibre sur de grosses pierres; c’est sublime.
Une promenade sportive de 2h15, sur 17km avec un dénivelé positif d’environ 300m.
Trace Brolio In Chianti

Chianti

 

 

cartes
Difficile de trouver en Italie des cartes semblables à celles produites par l’IGN ou des sites sur lesquels on puisse dessiner des traces en s’appuyant sur des cartes topographiques au 1/250000ème à l’instar de ce que permettent OpenRunner, Géolives ou GPSies. Quand on veut s’aventurer sur des sentiers et en montagne, les cartes proposées par Google sont loin d’être suffisantes et même si on peut avoir, sur Google Earth, une vague idée du relief rien ne vaut une véritable carte topographique.
J’ai bien trouvé Gulliver.it, un site qui recense un grand nombre de parcours en les classant par activité (Trail, VTT, randonnée) et par difficulté, mais pour qui ne pratique pas couramment l’italien, il reste un peu hermétique. J’ai aussi tenté d’utiliser le Geoportale Nazionale, mais je ne suis pas aussi à l’aise avec ce système que je le suis avec Openrunner.
Je me suis finalement rabattu sur les cartes édités par les Edizioni Multigraphic – Firenze; elles sont moins claires que celles de l’IGN mais précises et fiables, ça compte déjà beaucoup.
Ma fidèle montre Garmin Forerunner 305 ayant rendu l’âme en plein milieu d’un de mes trails transalpins, je n’ai pu reporter la trace de mes parcours. Si le Directeur Général de Garmin pour la France, l’Europe ou même le monde lit ces pages, je veux bien qu’il prenne contact avec moi à l’aide du formulaire situé en bas de page.

 

 

Les Alpes Apuanes
On attaque les choses sérieuses avec les Alpes Apuanes. Comme son nom ne l’indique pas c’est un massif montagneux qui appartient aux Appenins du nord et non aux Alpes. Le point le plus haut, le Mont Pisano, culmine à 1946 mètres d’altitude. Le nord du parc, du côté de Carrare (dont les carrières de marbre sont internationalement connues), est sans doute plus escarpé, on y trouve davantage de sentiers de randonnées. Les sommets du sud du massif (province de Lucques) sont plus modestes (Pania della Croce, 1858m). La plupart des itinéraires de cette partie méridionale sont répertoriés sur la carte « carta dei sentieri e dei rifugi 1:25000 / Parco delle Alpi Apuane » ci dessous (cliquer pour agrandir)

carte topographique des Alpes Apuanes

J’ai choisi de découvrir les Alpes Apuanes en parcourant les monts à l’est de Camaiore, une petite ville située à 10km de la mer et de la station balnéaire de Viaregio.
j’avais identifié une boucle à partir de Metato un petit village, accroché à la montagne, à cinq kilomètres de Camaiore. On emprunte une route étroite qui serpente dans la montagne et sur laquelle on croise, comme dans le reste de la région d’ailleurs, un nombre incroyable de Marco Pantani. Le sport, ici, c’est le cyclisme, pas le trail, ni la randonnée; j’aurai l’occasion de m’en apercevoir.
Il faut arriver suffisamment tôt si l’on veut loger sa voiture dans l’une des dix places du petit parking du village. Le début du parcours est indiqué par un large panneau sur laquelle on trouve une carte des sentiers de la zone.
La ballade commence par un chemin goudronné et balisé (n°104), que je suis en direction de l’est. On entre immédiatement dans le vif du sujet avec une pente qui dépasse 10%. Sans échauffement, c’est dur.
On passe de 500m à 920m en moins de quatre kilomètres. Sur sa première moitié, le chemin est bordé par de jolies petites maisons isolées dont l’accès nécessite la possession d’un quatre quatre. Ensuite c’est une forêt de hêtres et de Mélèzes jusqu’à ce qu’on atteigne un col au pied du Mont Prana (1221m).
Plusieurs itinéraires irradient depuis ce point. En contrebas du sentier n°101, on aperçoit le refuge Baita Barsi. Je prolonge ma route vers le nord en suivant, sur une crête, le sentier n°101. Après 500m, sous un magnifique ciel bleu, je laisse le n°102 sur ma droite et poursuis sur le n°101 jusqu’à un nouveau col (Focce de Termine o del Croccione). J’ai parcouru un peu plus de trois kilomètres depuis le précédent carrefour.
Je me dirige alors vers le sud ouest par le sentier n°2. Le ciel bleu disparaît lorsque je m’enfonce de nouveau dans la forêt. Je manque d’eau. Une multitude de torrents sont indiqués sur la carte mais tous ceux que je croise sont à sec. Les filets de boue qui s’écoulent ne m’inspirent aucune confiance. Je descend pendant quatre kilomètres jusqu’à la bifurcation avec le chemin n°112, à 450m d’altitude (500md-).
J’abandonne le chemin n°2 qui rejoint peu après la route et le village de Casoli et pars sur la gauche en direction du sud est, par le chemin n° 112. Un torrent d’eau fraiche coule quelques mètres après le croisement. J’en profite pour boire, remplir mes bidons et rafraîchir ma tête et mon corps.
Le chemin remonte sur cinq kilomètres. La température au dessus de la canopée doit frôler 40°C, je suis à bout. Après avoir grimpé plus de 500md+, je rejoins le premier col.
Je reprends enfin le sentier n°104 qui plonge jusqu’à Metato.
Voilà. J’ai effectué en plein cagnard et sans eau, une boucle d’une vingtaine de kilomètres et d’un dénivelé qui dépasse les 1000md+. J’ai mis plus de quatre heures pour terminer mon périple; je n’ai pas croisé une seule âme et n’avais prévenu personne de mon programme…

Alpes Apuanes

 

 

La Garfagnagna
La Garfagnagna est un petit massif montagneux et sauvage séparé des Alpes Apuanes par la rivière Serchio. les pentes y sont plus abruptes que dans le sud Alpes Apuanes. Les gorges et les barres rocheuses y sont nombreuses. Le Monte Rondinaio culmine à près de 2000m, c’est le point le plus haut de la Garfagnagna.
J’ai longtemps cherché un document qui me renseigne sur les itinéraires de randonnée de cette région. J’ai finalement mis la main, chez un libraire peu aimabe de Lucques sur une carte dont la typographie rend impossible la lecture des noms et des cotes. illisible : « Media Valle del Serchio – Garfagnagna – Val di Luma » (cliquer pour agrandir)

carte topographique de la Garfagnagna

J’ai jeté mon dévolu sur une trace qui devait me faire découvrir le sud du massif. J’ai suivi le Serchio depuis Lucques jusqu’à Fornoli à deux ou trois kilomètres au nord du pont le plus gothique jamais construit : le Ponte della Maddalena. On le surnomme le pont du diable et j’avoue avoir senti mon sang se glacer en le découvrant à 60km/h, confortablement installé dans ma Volvo.
Je grimpe pendant quinze kilomètres sur une petite route au nord de Fornoli en direction de Tereglio. Je me rends ensuite au centro Accoglienza Visitatori qui constitue le point de départ de la visite des gorges de Botri. C’est ici que je croiserai les seuls « randonneurs » de toute mes sorties toscanes; des familles en jean et en tennis qui affrontent courageusement, sur quelques centaines de mètres, les gorges de la Botri. Ils payaient pour ça; de la randonnée comme dans un parc d’attraction; autant dire que quand ils m’ont vu débarquer avec mes chaussures de trail, mon sac, mes bidons, mes manchons de compression, mes Leki et mon buff, je faisais figure d’extra terrestre.
J’ai voulu valider auprès de l’homme qui surveillait l’entrée des gorges que mon parcours était réalisable et pas trop dangereux. Je ne voulais pas, par exemple, me retrouver après quatre heure de course face à une barre rocheuse qu’on ne peut passer qu’en via ferrata. Il n’a pas été très clair dans ses réponses et je suis parti quand même. J’ai dû mettre quarante cinq minutes avant de quitter Ponte a Gaio, le point de départ. Contrairement aux sentiers des Alpes Apuanes, ceux de la Garfagnagna sont particulièrement mal fléchés et mal entretenus.
J’ai finalement trouvé la voie qui me conduisait vers le sentier n°11; une ligne de crête de 4km vers l’est. Les herbes sont hautes, la route n’est pas tracée et la plupart des piquets sont dans un état de délabrement tel qu’ils en deviennent difficilement visibles.
Je grimpe rapidement passant de 750m à 1300m en une longue heure. Le paysage est magnifique. Sur ma droite s’étend, sous une immense barre rocheuse, les gorges de la Botri. Il fait extrêmement chaud et je progresse face au soleil. Je ne vois pas le chemin qui s’ouvre sur ma gauche et continue à suivre la ligne de crête jusqu’au sommet du Mont Mosca à 1520m. La pente est forte et à l’instar d’une échelle sur laquelle on monte plus facilement qu’on ne descend, la peur du vide me pose quelques problèmes lorsque je dois revenir sur mes pas.
Je retrouve le chemin n°12 plus bas. Il surplombe les gorges en direction du nord pendant 2km environ sans difficulté majeure.
J’atteins alors le refuge de la fontaine di Troghi 1300m et plonge dans la forêt sur le sentier n°14.
C’est un passage très vallonné mais sans gros dénivelé. Je traverse plusieurs cascades de pierre qui, en hiver et au printemps, abritent sans doute de nombreux torrents.
Je cours vers le nord est pendant encore 2km jusqu’au Col delle Prada. Je poursuis ensuite le contournement des gorges en courant pendant 1km,5 vers le nord puis 1km vers le sud jusqu’au Refuge Cassenti.
C’est un joli petit refuge de montagne assez accueillant dans lequel quelques familles de bourgeois bohèmes ont pris position. Les hommes surveillent de larges pièces d’agneaux qui dorent au dessus d’un grand feu pendant que les femmes dressent les tables autour desquelles courent des hordes d’enfant. On dirait le sud et je resterai bien finir la journée avec eux. J’y reviendrai le lendemain avec Anne et Théophile.
Depuis le refuge on se lance dans un tour rapide de l’extrémité nord ouest des gorges. 3km de ballade sur le chemin n°13. Il vaut mieux entamer la boucle par le coté est car après avoir dépassé le belvédère c’est EXTRÊMEMENT DANGEREUX. Un sentier de 40cm de large surplombe un précipice de plusieurs centaines de mètres. C’est, au mieux de l’alpinisme, au pire du suicide. Le panorama est splendide mais je n’en avais pas terminé avec la vie et je suis revenu au refuge sans terminer la boucle (d’où l’idée de la prendre par l’est, sinon on ne franchit pas deux-cents mètres)
Depuis le refuge on emprunte, pour terminer, le sentier n°16b vers l’est, jusqu’à ce qu’on rejoigne la route. Attention, en cas de doute, il vaut mieux toujours se diriger vers la gauche lorsqu’on perd la trace du sentier; il y a sur la droite des barres rocheuses sur lesquelles il est préférable de ne pas s’aventurer. Après au moins trois kilomètres sur un sentier très mal balisé; quand on a de la chance; on retrouve la route et un peu de sérénité.
Il m’aura fallu, quant à moi, plus de deux heures pour parcourir cette courte distance.
Je redescend enfin la route pendant 4km jusqu’à ponte a Gaio, le point de retour.
Une vingtaine de kilomètres, 1000md+ de dénivelé mais de très grosses frayeurs. C’est un parcours sauvage, superbe, peu balisé et extrêmement dangereux. Le téléphone portable ne fonctionne pas dans cette zone et tout accident peut avoir ici des conséquences dramatiques.

Bandita Di Caccia

 

 

trop grave

Trop Grave



Puy Vâcher, originally uploaded by ilgigrad.


GR54, originally uploaded by ilgigrad.


GR54, originally uploaded by ilgigrad.

arrivée à Plan Praz

Marathon du Mont-Blanc

récit du Marathon du Mont-Blanc 2011

Le Marathon du Mont-Blanc était l’objectif principal du premier semestre 2011 et l’acmé de ma première année de course à pied.

J’ai commencé à courir au printemps 2010 pour mieux descendre à ski; C’est en descendant dans les combes enneigées des Grands Montets, à Argentière, que Thibaut m’a révélé son secret de montagnard: Il pouvait enchaîner 1000m de dénivelé d’un trait là où je devais m’arrêter quatre ou cinq fois, tout simplement parce qu’il courrait régulièrement. Et puis il y avait cette course que l’on avait découverte un été, en traversant Chamonix alors que nous revenions d’un séjour féérique sur les lacs italiens. Nous avions été fascinés par ces extra terrestres qui avaient couru deux jours durant pour achever le tour du massif du Mont-Blanc: l’UTMB. Je cours parce que j’ai l’espoir de terminer moi aussi un jour cette course mythique et le marathon du Mont Blanc en constitue la première étape.

Dire que je m’y suis préparé relève de la litote. J’ai sans doute commencé mon entraînement un peu trop tôt. Dès le début du mois de Janvier j’ai enchainé quatre à cinq séances par semaine cumulant 1267 km et 14924mD+ ; soit quatre vingt-onze sorties de 14 km et d’une durée de 1h20 chacune, en moyenne. (Voir les activités )

J’avais établi un programme strict, un plan d’entraînement que j’avais moi-même méticuleusement composé en fonction de mes paramètres physiologiques (VMA, FCmax) et de l’étude assidue des théories publiées sur ce sujet. Je ne l’ai finalement pas suivi. Je préfère courir en écoutant mes sensations et en suivant mes envies plutôt qu’en m’imposant un plan rigide. Même si j’en ai accompli chaque semaine, les séries de fractionné et de côtes m’ennuient. J’aime le trail parce que c’est un sport en nature et qu’on s’y sent libre; la planification n’est décidément pas mon truc. J’ai cependant essayé de m’imposer une règle : une sortie longue d’au moins 20km chaque semaine, en empruntant si possible des parcours vallonnés et en nature, une séance de côtes, une séance à rythme rapide (seuil) et une séance de footing plus tranquille…

J’ai intercalé quelques courses dans ce programme afin de vérifier la qualité de ma progression et de donner un peu de sens aux sorties longues pour lesquelles il n’est pas toujours facile de se motiver en plein hiver.

Semi Marathon de Paris, le 6 mars, 21km, 1h43’

Eco Trail de Paris, le 26 mars, 55km, 7h03’

Paris-Saint-Germain la Course, 20km, 1h37’

J’ai réalisé ma dernière sortie longue avec Fred et François en forêt de Compiègne ; une vingtaine de kilomètre sur un terrain relativement vallonné par rapport à ce que l’on trouve habituellement en région parisienne. Le souvenir de mon échec sur le Marathon des Causses en Octobre 2010 (près de 7h39 pour boucler les 42km de course avec une abominable douleur au genou gauche) m’a poussé à alléger considérablement la charge d’entraînement pendant les deux semaines qui précédaient cette course tant attendue. Je cumulais près de 80km par semaine depuis le début du mois de mai et la fatigue accumulée commençait à se faire sentir : tendinite à la cheville gauche, mal aux genoux, dégout de la course à pied. Je ne courrais plus parce que j’en avais envie mais parce qu’il fallait poursuivre mon entraînement ; or je ne pouvais pas prendre le départ de ce Marathon rêvé sans être emporté par un véritable désir de montagne et de course. Les séances de côte dans le parc des Buttes Chaumont avec Laurent devenaient laborieuses ; il faut bien avouer que s’acharner à courir à travers les pelouses d’un parc planté au milieu de Paris pour essayer tant bien que mal de « bouffer » du dénivelé et de s’exercer aux descentes, relève de la folie douce quand on rêve d’espace et des Alpes…

Les deux dernières semaines ont duré des années. J’ai cru devenir fou, cette course devenait une obsession. Je me levais la nuit pour aller parcourir compulsivement le net et y repérer tout ce qui traitait de ce sujet. Lire et relire les témoignages de ceux qui avaient vécu ou survécu à cette aventure. Trouver sur les forums, les fils sur lesquels on dissertait sur le respect les consignes de l’organisation quant à la composition du sac (collants ? gants ?) ou sur l’utilité des bâtons.

Je suis retourné deux cents fois au moins, sur le site softrun.fr pour évaluer le temps de mon parcours et calculer les temps de passage aux différents points. J’ai finalement développé mon propre tableau Excel, en modulant ma vitesse avec le pourcentage de la pente à gravir. L’énergie que je récupérais à ne pas courir, je la perdais à ne pas dormir et à me tourmenter sur des points tactiques ou techniques pour lesquels j’aurai été interné si on avait découvert mon obsession.

Et puis le mois de juin s’est écoulé. Je mangeais des pâtes pour fêter l’été. Trois jours plus tard le weekend a commencé…

Anne et moi sommes arrivés à Argentière le vendredi en fin d’après midi. Laurent et Valérie avaient rejoint Chamonix un peu plus tôt et en ont profité pour effectuer une petite randonnée sur le balcon nord entre le Plan de l’Aiguille et la gare du Montenvers.

Comme nous avions prévu de ne pas nous retrouver devant l’hôtel des Grands Montets avant 19h30 et que Thibaut avait annulé le pot que nous avions envisagé de prendre ensemble dans Chamonix, nous sommes immédiatement partis à l’assaut de la montagne, après avoir déposés nos bagages à l’hôtel ; une petite ballade d’une heure trente et de 400m D+ le long de la Pierraric. C’est toujours amusant de retrouver l’été un coin qu’on ne connait que l’hiver. J’ai du descendre cette piste des centaines de fois puisque c’est l’unique moyen de rejoindre la vallée depuis le secteur des Grands Montets. A ski, c’est une gentille piste rouge, guère impressionnante quand on a cessé d’être débutant depuis plus de trente ans ; A pied c’est une autre histoire : la pente dépasse allègrement les 20% et quand on arrive de Paris et que l’on sort tout juste de sa voiture, on pense que l’entraînement dans le Parc des Buttes Chaumont ne va peut-être pas être suffisant…

Après notre ascension nous avons repris la voiture pour récupérer nos dossards dans Chamonix. Laurent et Val nous attendait devant le centre où convergeaient des dizaines, voire des centaines de coureurs. Nous avons consulté les immenses panneaux sur lesquels la liste des milliers de coureurs qui participent à l’ensemble des courses est affichée. Je porterai le dossard 1445.

Nous retirons nos dossards et nos maillots. Celui de Anne est en coton ; elle est un peu déçue et jalouse de nos maillots techniques Salomon dont nous ne parvenons pas à définir précisément la jolie couleur (rouge ? vieil orange ?). De retour à l’hôtel Nous plongeons dans la piscine puis le Jacuzzi extérieur, face au Mont-Blanc. Nous sommes au paradis.

Nous aurions voulu diner à la Crémerie du Glacier, le restaurant que nous affectionnons tant à Argentière, mais n’avons pu réserver que pour le lendemain. Nous dinons finalement à la Flambée. Décoration soignée, dans un style authentiquement chamoniard. Le restaurant est déjà bondé lorsque nous pénétrons à l’intérieur et nous patienterons au moins une heure avant d’être servi. Peu importe; aucune attente ne peut contrarier notre sérénité, nous sommes hédonistes; d’ailleurs Laurent a commandé du vin.

Le lendemain, Anne est, à 9h00, au départ du 10km du Mont-Blanc ; l’idée de se lever à 7h00, un samedi matin pour aller courir dans la montagne l’angoissait quelque peu. Après un petit déjeuner léger, nous sommes descendus à Chamonix sur l’aire d’atterrissage des parapentes. Je l’ai suivie sur ses différents points de passage avec le VTT que m’avait prêté Laurent. Elle a couru un joli cross en sous bois, agrémenté de petits raidillons dont le dénivelé total dépassait 300m. Elle termine sa course en 1h12, dans la première moitié du scratch féminin (168/343), ce qui n’est pas mal pour une première.

Anne à l'arrivée du 10km du Mont Blanc 2011

Avec le temps qu’il faisait sur Chamonix ce jour là, nous n’avons pas pu nous empêcher de partir dans une randonnée l’après midi. Nous avons quitté l’Hôtel après que Anne se soit douchée et avons commencé à grimper à l’assaut de l’aiguillette d’Argentière. Sur la carte le parcours effectuait une petite boucle au dessus d’Argentière. C’était, en fait un beau parcours de montagne dont une partie ressemblait à de la via Ferrata. Nous avons pique niqué accroché à un rocher face au glacier d’Argentière, au milieu des bouquetins, après une ascension de 900m environ. C’était grandiose. J’ai profité de la descente pour tester ma technique de « bâtons ». Descendre à fond, comme à ski, en utilisant mes Leki plutôt que mes genoux. C’était vraiment très amusant, même si cela a consommé quelque peu l’énergie que je voulais préserver pour le lendemain.

le Glacier d'Argentière depuis l'Aiguillette...

Il était un peu tard pour rejoindre Thibaut à Chamonix. J’avais prévu de ne pas me coucher trop tard et lui-même pouvait partir à l’assaut du Mont-Blanc dès la première cabine. Nous aurions chacun notre course, à quelques kilomètres de distance ; lui vers les 4810m du sommet et moi sur le Marathon, un joli derby.

Après notre retour à l’hôtel et quelques minutes à se prélasser dans le jacuzzi et le sauna, nous allons enfin diner à Crémerie du Glacier. Cet endroit est aussi chouette en été qu’en hiver. Je prends une croûte. Ce n’est pas tout à fait adapté à la course qui nous attend, mais je pense avoir suffisamment mangé de pâtes cette année… A 22h30 nous étions au lit.

Réveil à 5h00, petit déjeuner léger et à 6h00 nous prêt à partir. Je croise sur le parking de l’hôtel un groupe de filles qui me propose de m’emmener jusqu’à Chamonix. Je décline leur aimable proposition et rejoint Laurent qui m’attend dans sa voiture.

Nous errons dans Chamonix pour trouver un parking ouvert. Nous nous garons finalement derrière la gare SNCF et arrivons au niveau de la place Balmat moins de cinq minutes avant le signal du starter. Nous nous retrouvons en queue de peloton et c’est tout juste si nous comprenons que le départ a été donné lorsque nous voyons le cortège s’étirer devant nous.

7h00 ! Bang !

Un groupe de six anglais déguisés en vache et un type en soldat romain nous devancent. Nous devons être plus ou moins classés dans les deux cents derniers. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de sentir la pression monter avant le départ. Ressentir cette ambiance un peu particulière des minutes qui précèdent le départ: une légère angoisse qui nous comprime le cœur et le ventre, mêlée à une sensation d’euphorie que je ne m’explique pas. Mais là rien ! la précipitation, les problèmes de parking, notre arrivée trop tardive et ce départ trop rapide sans décompte et sans bruit. J’ai ressenti ce frisson deux cent mètres plus tard. Nous traversions Chamonix au milieu d’une foule digne du Tour de France et là, sans raison, tous les poils de mon corps se sont hérissés : je pouvais les compter. Un moment de grâce et de joie : j’étais enfin dans mon rêve.

Dès le départ nous essayons de gagner des places afin de ne pas être trop gênés lorsque nous nous retrouverons sur une monotrace. Il ne faut pas non plus se carboniser trop vite. Nous nous plaçons sur la gauche du peloton dont l’allure est légèrement inférieure à la notre. Notre vitesse dépasse un peu les 10km/h, le peloton ne les atteint pas tout à fait. De toute façon, cela est un peu vain; rapidement les chemins rétréciront et il deviendra particulièrement périlleux de doubler. Nous longeons l’Arve, passons le petit pont de bois avant lequel Anne avait eu son ravitaillement la veille. Nous entrons dans la forêt et entamons notre première côte. Trop facile ! Nous grimpons doucement jusqu’au Lavancher, traversons une prairie ou paissent tranquillement quelques vaches puis poursuivons vers Argentière. J’extraie les bâtons de mon sac en prenant garde de n’éborgner personne. Je les déplie avec difficulté. C’est dingue comme un geste répété cent fois devient difficile quand on l’exerce en courant et que plein d’yeux vous surveillent avec suspicion. Dès les premiers raidillons je me rends compte à quel point ils vont m’aider (les bâtons, pas les raidillons). Je monte sans forcer, c’est un bonheur. Arrivés dans les faubourgs d’Argentière, nous apercevons l’hôtel en contrebas du chemin. Je hurle à Anne et Valérie de se réveiller, pensant qu’elles sont encore enfouie dans un profond sommeil. Quelques gars autour de nous se reconnaissent dans cet appel : Leurs femmes dorment aussi pendant qu’ils courent seuls. Je saurai plus tard que Anne s’est levée, a traversé quelques prés humides et nous regarde passer au détour d’un chemin, à proximité de la Crémerie. Nous atteignons Argentière. Avant de franchir la ligne, Laurent s’arrête pour la pose technique que je lui avais promis. Je regarde tous les coureurs que nous avions poussivement réussi à doubler, nous passer devant. A chaque seconde, qui passe un paquet d’au moins dix personnes nous dépasse, et les secondes défilent. Le tableau officiel indique qu’il est alors 8h15 et que je suis 1198ème. Nous avons parcouru un peu plus de 10km et sans doute 400mD+. Bref ravitaillement, j’enfile trois verres de boisson énergétique et rempli un de mes bidons. Je m’étais pourtant juré de ne faire aucune nouvelle expérience alimentaire pendant la course et de me contenter d’eau pour m’hydrater, mais la peur du vide énergétique est trop forte et je me jette frénétiquement sur tout ce qui peu contenir du sucre. Nous continuons de progresser gentiment jusqu’au col des Montets puis basculons vers Vallorcine en continuant à longer l’Arve; Nous sommes encore dans l’ombre mais le soleil commence à caresser les montagnes qui bordent le lac d’Emosson. Je me sens bien. Laurent sort son appareil photo et réalise la deuxième séquence de son reportage sur la course. J’annonce que la première partie de la course est, malgré un dénivelé respectable (650m au moins), assez roulante et très agréable. Nous avons mis moins de 2h10 pour parcourir les 18 premiers kilomètres, c’est cool. Mes prévisions donnaient une bonne demi-heure de plus , nous pourrions pulvériser la barre des six heures si la suite était aussi facile. Laurent tempère mon ardeur et affirme qu’on attendra le prochain « point presse » pour se déterminer plus précisément.

Je me bâfre de saucisson, de fromage, de banane et de céréales sur le ravitaillement de Vallorcine. J’en ai plein les mains car les organisateurs ont eu l’excellente idée de trancher les bananes comme des concombres ce qui ne facilite pas les choses. La prochaine fois s’ils peuvent se limiter à les diviser en trois ou quatre ce serait plus pratique. Nous passons sur les capteurs du chronographe et franchissons un petit portillon qui doit nous conduire en enfer. Nous courrons depuis 2h14 et sommes guère mieux placés qu’au pointage précédent : 1165èmes.

Les difficultés commencent. On attaque la grosse ascension de la course : celle du Col puis de l’aiguille des Posettes (2200m / 1000mD+). Une longue file ininterrompue de grimpeurs s’enfonce silencieusement dans la forêt. Ça ne rigole pas. Les derniers bâtons ont été sortis de leurs sacs et je commence à respecter sérieusement ceux qui montent le dos courbés, les mains sur les cuisses. Ils vont souffrir. Je repense aux polémiques interminables qui inondent les forums : le trailer est-il un coureur ou un randonneur ? Je ne sais pas si deux barils de Kilian Jornet valent un baril de Gebre Selassie ou le contraire, mais une chose est sûr : la randonnée en montagne est un sport.

Lorsque nous sortons enfin de la forêt, le ciel s’ouvre, on a pris pas mal d’altitude. Même les odeurs sont différentes, plus bas c’est l’herbe mouillée, la terre et les mousses qui dominaient. On sent le ciel à présent. Il est bleu et pas un nuage ne vient le tâcher. Je reconnais la piste de la forêt, celle sur laquelle un anglais inconscient, lancé à fond, avait failli percuté mon fils de sept ans l’hiver dernier. Nous passons devant l’arrivée du télésiège de Vallorcine. Le paysage qui s’offre à nous est grandiose. C’est vraiment beau. Ça grimpe dur et il y a bien longtemps que tout le monde a cessé de faire semblant de courir. Nous marchons. Laurent discute avec un autre coureur qui vient de Lille et a traversé la semaine dernière la corse par le GR20. Il a parcouru 200km en quatre jours ! Il n’a plus de jambes, je le comprends.

Nous atteignons le col des Posettes, un type sorti de nulle part joue de la guitare électrique, planté à l’arrière de son Pick-Up. Il se prend pour Joan Jet. Laurent ressort son appareil pour une nouvelle séquence. Il est 10h18, nous sommes 1033èmes . Les 132 coureurs que nous avons doublé n’ont probablement pas de bâtons. Laurent fait sa deuxième pause et je regarde de nouveau des paquets de concurrents repasser devant nous.

Je contemple le massif du Mont-Blanc et l’Aiguille des Posettes en avalant un verre d’eau. Un long ruban coloré de coureurs serpente jusqu’au sommet. Nous grimpons au milieu des Rhododendrons, c’est magique. Au sommet de l’aiguille nous avons la banane : Nous courons depuis 3h39 et sommes en avance de plus de 30 minutes sur notre temps prévisionnel. Je me lance dans la descente en étant persuadé que je vais pulvériser la barre des 6h00. Il reste 18km et moins de 800m de dénivelé à parcourir, en 2h20 c’est réalisable compte tenu de notre temps de passage à Vallorcine…

Gros Fun dans la descente. Je me sens pousser des ailes je suis à fond. J’utilise les Leki pour garder l’équilibre. Cela allège les genoux et limite le besoin de freiner. Le trail comme de sport de glisse c’est un truc dont je n’avais pas l’habitude, surtout après l’expérience du Marathon des Causses où chaque mètre vers le bas constituait un véritable calvaire. La prochaine fois que je me lance dans une course en montagne, je m’équiperai d’un GoPro pour garder un souvenir de mes minutes les plus folles en descente… Il ne fallait pas rêver, le Paradis sans Enfer, ça n’existe pas, je suis passé par le Purgatoire : Au niveau du 27ème kilomètre, je suis foudroyé par une crampe. Ma jambe se dérobe sous moi et je tombe dans la pente du bas côté. Laurent m’aide à me réhydrater et à reprendre doucement mes appuis. Nous nous faisons méchamment doubler par tous les types que nous avions laborieusement dépassés. Je fais quelques pas et je sens que mon muscle se contracte de nouveau. Je m’allonge et tente d’étirer ma jambe. Je commence à douter de mes chances d’en finir. Ce doute est heureusement assez passager car au bout d’une dizaine de minutes je reprends la descente. ; lentement, d’abord puis de plus en plus vite. J’en voulais à Laurent de nous avoir fait perdre du temps pour ses pauses techniques. La mienne valait bien la somme des siennes et je m’en veux de n’avoir pas été plus patient avec lui. Nous franchissons la barrière du Tour après 4h30 de course et être redescendu à la 1190ème position. Nous contournons le village par lequel nous étions passé lorsque nous nous dirigions vers le col des Montets.

Nous parvenons au ravitaillement de Tré-le-Champ (31km) en 4h49 et regagnons quelques places au classement (1092). Laurent est épuisé il est sur le point de tourner de l’œil. La chaleur est terrible et nous en souffrons beaucoup. Nous nous aspergeons copieusement d’eau pour faire descendre la température. Nous nous attardons un bon quart d’heure autour du buffet avant de repartir. je compose un sandwich saucisson-fromage avec l’excellent pain offert par les bénévoles, je picore un aggloméré de céréales et je vide le reste d’une bouteille de Coca. J’envoie ensuite un texto optimiste à Anne : Il reste moins de 11km et 700m de dénivelé. C’est raté pour 6h00 mais j’espère encore pouvoir arriver là haut en moins de 6h30. 1h30 pour finir, ça me semble jouable. Je me trompe. J’ai encore des jambes et ne ressens plus aucune contracture à ma cuisse, mais la route vers Flégère est plus difficile qu’elle ne parait.

à l'assaut de la Flégère...

Nous progressons en suivant le balcon sud.Le parcours est toujours aussi sublime. Nous avions emprunté une partie de ce chemin, la veille, lorsque nous montions vers l’aiguillette d’Argentière. Malgré ma détermination, je ne parviens pas toujours à trouver la force de doubler ceux qui courent devant nous. La piste est étroite et il faut se faufiler entre une épaule et le fossé. On perd énormément d’énergie dans cet exercice de slalom. De nombreux coureurs ont du mal à avancer, certains sont effondrés sur le bord du sentier et ils méditent en tenant leur tête entre leurs mains comme le penseur de Rodin. Je crois qu’ils se demandent s’ils vont continuer. Nous sommes pourtant à moins d’un kilomètre de la Flégère. J’essaie de résoudre un petit problème avec mon sac. Je n’ai jamais réussi à me servir correctement d’une poche à eau. Cela m’avait même posé de sérieux problème sur le Marathon des Causses sur lequel je ne parvenais pas à étancher ma soif à cause d’une pipette dont seul le mode « goutte à goutte » fonctionnait. J’ai préféré m’équiper deux portes bidons Salomon que l’on ajoute aux bretelles de son sac. Ce système n’est pas excessivement pratique, la contenance est limitée à moins de 1200ml et les bidons remuent beaucoup. Le poids exercé par celui de gauche sur l’attache de ma bretelle à fini par l’arracher. Depuis quelques kilomètres je dois courir en tenant ma bretelle et mon bidon pour ne pas qu’il tombe. Je m’arrête finalement pour placer mon bidon gigoteur à l’intérieur de mon sac; de toute façon je n’en aurai plus besoin. Le sentier quitte la forêt et atteint une colline tondue à plus de 1600m d’altitude. La dernière partie de cette étape est vraiment pénible. Il fait chaud, nos cuisses deviennent raides et avons un mal fou à marcher sous ce cagnard. Chaque mètre de dénivelé, dans un sens ou dans l’autre, est un supplice. Nous entendons une armée de tambours qui jouent de la samba. En passant devant eux j’esquisse quelques pas de danse en chantant. J’ai surement l’air ridicule mais ça donne du courage. Nous atteignons la Flégère en 6h14 et avons encore gagné une trentaine de places (1061). Il reste 5km, et je me fiche du temps. Je sais désormais que nous ne terminerons pas en moins 6h30. Je veux juste arriver.

Après le dernier ravitaillement Laurent a repris du poil de bête, il repart de la Flégère comme une fusée; moi moins que lui. Je prend des risques pour doubler les coureurs qui me séparent de lui. En franchissant à fond la caisse un pierrier, je pose mon pied sur une pierre plate un peu branlante. Je dévisse et tombe une nouvelle fois dans un petit ravin. J’ai eu chaud, je suis retenu par un branchage, 5m plus tôt j’aurai fait un plongeon dans le vide. Je reste étendu pendant quelques minutes, choqué. A part mon coude qui saigne, je n’ai rien de cassé. J’ai bien senti mon genou heurter le sol mais je ne ressens aucune douleur. Celui que je venais de doubler lorsque je suis tombé m’aide à me relever. C’est un truc assez fort sur les trails : l’entraide. La solidarité compte plus que le temps ou la performance et j’apprécie beaucoup cela. Je vérifie longuement que mon genou supportera les quelques kilomètres qu’il me reste. Je repars, encore plus vite pour rattraper mon retard et Laurent. Laurent m’attend au pied du dernier mur. On entend le speaker et la foule qui encouragent les concurrents qui arrivent. Une côte de 1km avec une pente supérieure à 20% et c’est fini. La course vient se terminer sur un site qui forme comme une arène ouverte face au Mont-Blanc. Je pense à Thibaut qui doit terminer l’ ascension de son sommet.

Des cailloux, du soleil et pas un gramme d’ombre.

arrivée à Plan Praz

Curieusement, mes nerfs lâchent. Ce dernier kilomètre est interminable. Je me promets de ne plus jamais courir, d’arrêter le trail et de me lancer dans une activité sportive moins pénible. Je laisse tomber la course des Templiers sur laquelle je devais m’aligner fin octobre. Je ne passerai pas l’été à courir en Toscane ou ailleurs, c’est fini, je raccroche.

Anne et Val nous attendent à 400m de l’arrivée; les spectateurs hurlent nos prénoms mais je n’arrive pas à avancer. On a l’impression de se trouver sur une étape de Montagne du tour de France. Il règne sur Plan Praz une ambiance incroyable. Je pleure de joie et de douleur. Laurent est plus en forme que moi. Il m’attend dans le dernier mur pour que nous passions sous l’arche ensemble. J’ai un mal fou à franchir la ligne dignement mes jambes ne veulent plus faire cet effort et je pousse un râle de tennisman lorsque je trouve enfin la force de me propulser sur les vingt derniers mètres.

7h18 !

Résultats


accès à la Trace du Marathon du Mont-Blanc 2011

j’avais prévu 7h15

Un petit comparatif entre les temps de passage théoriques calculés avant la course et la façon dont nous nous avons réellement couru montre que nous sommes très proche de la course théorique. Nous allions même de plus en plus vite jusqu’au col des Posettes. Après, notre vitesse a baissé. Au final, trois minutes d’écart avec le pronostique basé sur une allure de 10km/h plat…Si on projette notre avance du Col des Posettes jusqu’à l’arrivée (en pourcentage de gain), nous aurions mis 5h40 ! ça ouvre des perspectives…

Après quelques minutes de repos, allongé derrière la ligne, tout va mieux: les organisateurs offrent des bières bien fraîches au concurrents, j’ai fini…

Nous recherchons un petit coin à l’ombre à l’écart du site d’arrivée. Nous contournons le bâtiment de la télécabine derrière lequel nous trouvons quelques arbres chétifs. Nous partageons le pain et le jambon que les filles avaient apportés pour se restaurer. Après un dernier café au restaurant d’altitude nous redescendons sur Chamonix. J’abrège mon planning de shopping dans les magasins de sport de la ville. Tant pis pour North Face, j’arrête la course à pied.

Nous retournons diner le soir même à la Crémerie pour ce qui deviendra sans doute une de nos meilleures soirées de l’été.

Le lendemain, avant de reprendre la route, nous effectuons une dernière ballade jusqu’aux Gorges du Glacier d’Argentière. Je m’étais promis de me reposer quelques heures et de patauger dans la piscine de l’hôtel plutôt que de solliciter les muscles de mes cuisses trop rapidement, mais le ciel et la montagne ont été plus forts.

au fond des Gorges du Glacier

J’ai mis quelques jours avant de reposer les pieds sur terre. C’est sans doute la plus belle course que j’ai eu l’occasion de courir. Le parcours est magnifique, l’ambiance chaleureuse et l’organisation parfaite. J’ai gagné le point qui me permettra peut-être de m’inscrire à la CCC® de 2012. Je reviendrai l’an prochain; quant à la grande course des Templiers, je me lance dès la semaine prochaine dans une préparation qui devrait peut-être me permettre de suivre Thibaut jusqu’à l’arrivée…

 

…Comme je n’ai pas couru seul, d’autres expériences que la mienne ont fleuri ici ou , et encore et ici

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Chamonix plage

Cairns, originally uploaded by ilgigrad.


pause, originally uploaded by ilgigrad.
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Chianti


smells like teen spirit, originally uploaded by ilgigrad.

petit poucet, originally uploaded by ilgigrad.

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