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massif des Ecrins

Villar d’Arène morning trail

Pour ceux qui ne seraient sensibles ni à la course, ni à la montagne, ils pourront toujours entendre la pop sirupeuse de SuperPitcher.

 

Notre route estivale vers l’Italie s’annonçait longue et éprouvante, nous avons choisi de fractionner notre trajet en effectuant une courte étape au pied du massif des Ecrins. Après avoir serpenté pendant quelques heures depuis Grenoble derrière une file de véhicules sur la D1091, nous avons atteint la Grave, samedi en fin d’après midi.

Nous avons établi notre camp de base dans un hôtel dont la description, sur internet, de l’ambiance chaleureuse et authentique nous a laissés perplexes. Accrochés à flanc de montagne, les chambres et appartements formaient un hameau de chalets orientés au sud dont les trois étoiles rayonnent sur toute la vallée. Trônant dans le hall, une photographie dédicacée de Lance Armstrong attestait de la gloire de l’hôtel et du champion. Les lambris de sapin clair et le mobilier acquis parmi les promotions d’un IKEA asthénique concordaient parfaitement avec l’accueil antipathique du Thénardier des lieux. L’aspirateur que l’on passe pour signifier, à 10h02, que le temps imparti au petit déjeuner est révolu ou ses accès d’autorité sur les Cosette qui desservaient les tables, nous mettaient profondément mal à l’aise. A sa décharge, la piscine et sa terrasse en thèque, face au glacier, nous ont offert quelques heures enchantées. Ainsi, après avoir déposé nos valises et découvert notre studio fonctionnel et sans charme nous nous sommes étendus sur des transats dans lequel j’ai entrepris d’achever la lecture des Privilèges de Jonathan Dee.

 

swimming the Meije

Avant de nous préparer pour le diner, j’ai suivi, avec Anne, la première trace que j’avais dessiné autour de la grave. Une petite boucle de sept kilomètres qui suivait un chemin vallonné le long de la Romanche, puis remontait dans les alpages, après avoir traversé Villar d’Arène et le bois de la Chal d’Outre, en empruntant le GR54. A l’exception d’une petite crise d’hypoglycémie dont Anne a été victime après trois kilomètres, nous avons trouvé ce parcours rafraichissant. Courir dans la montagne, sur des sentiers couverts d’épines de pin, quand on arrive de Paris, c’est toujours un grand bonheur.

La Crèperie des Plagnes est retirée au pied des pistes du Chazelet, un petit village qui surplombe la Grave. C’est là que, trois jours de suite, nous nous sommes réfugies pour profiter de diners magiques au milieu de la montagne. A l’instar de la Crèmerie du Glacier à Argentière, ce lieu avait quelque chose de lynchéen ; il aurait pu figurer dans Twin Peaks entre le One Eyed Jack et le Double R.

Dimanche, les garçons nous ont accompagné dans une longue descente randonnée entre la gare intermédiaire de Peyrou d’Amont et le lit de la Romanche. Après avoir emprunté le téléphérique des glaciers de la Meije, et suivi, au milieu des pierres, un sentier qui nous conduisait jusqu’au petit lac de Puy-Vachier, nous nous sommes assis contre un gros rocher pour y consommer notre pique nique. La pluie qui menaçait depuis le matin nous a contraint à reprendre rapidement notre randonnée. Le soleil est apparu après que nous ayons traversé le bois des Fréaux et il ne nous a plus quitté. Il aura fallu près de quatre heures pour que nous dévalions nos mille mètres de dénivelé; avec un enfant de sept ans, je n’en espérais pas tant.

au loin, la Meije

J’ai attendu le lundi matin pour me lancer dans le trail que j’avais imaginé  et dont j’ai longtemps rêvé. J’avais dessiné une jolie boucle, à l’est de la Meije entre le Pied du col, le refuge de l’Alpe de Villar d’Arène et le col du Lautaret;

Alice nous attend vers midi à Serre Chevalier où elle a passé deux semaines dans un centre de vacances;  Arrivé à 9h00 à proximité du camping du Pied du Col, je dois faire vite. La brume recouvre la vallée et je crains qu’il ne se mette rapidement à pleuvoir. Pressé par le temps et menacé par la pluie, j’hésite un moment avant de me lancer dans cette course solitaire de 17km. J’ajuste mes bâtons et fixe la caméra Gopro sur ma tête. Lorsque je me vois dans le rétroviseur de la voiture, j’espère ne pas croiser trop de randonneurs.  L’idée de filmer un de mes trails m’est venue après avoir maté quelques videos de downhill sur Youtube. On y voit des types, à qui on a sans doute retiré un bout conséquent de l’hypothalamus, descendre des collines à fond sur leurs mountain bikes du hard rock plein les oreilles . Je voulais faire la même chose en courant; montrer à quel point les sensations d’un trail en montagne peuvent approcher celles du ski. Malheureusement le soleil n’apparaîtra qu’à la toute fin de ma course et les sentiers ne semblent pas, sur le film, aussi vertigineux qu’ils le sont en réalité; Et puis, à pied dans une côte,  on n’atteint pas une vitesse suffisante pour rendre ces images aussi impressionnant que sur un mountain bike.

Je n’ai pas quitté le parking depuis 5mn quand je croise un groupe de pêcheurs réunis autour d’une caravane.  Je me souviendrai longtemps de la façon dont chacune de leurs dix têtes se lève pour observer mon passage. Je les ignore superbement poursuis ma course sur la route qui longe la Romanche. Le paysage qui m’entoure jusque là ne présente pas de grand intérêt : des cailloux et de grands espaces  aménagés par une armée de pelleteuses et de bulldozers. .. Il me faut courir pendant un peu plus de deux kilomètres sur un petit sentier qui surplombe la rivière avant d’atteindre la première côte. Le paysage se découvre et, sur ma droite, une magnifique cascade plonge vers la rivière dans un vacarme assourdissant. Je m’efforce de ne pas trop ralentir lorsque je commence mon ascension et, dès que la pente diminue, je reprends ma course. Au niveau du troisième kilomètre, un groupe de randonneurs forme une haie d’honneur à mon passage. Je ne sais pas si c’est la vitesse avec laquelle j’avale les mètres de cailloux ou la caméra au sommet de mon crâne qu’ils saluent ainsi; Je me sens en grande forme et j’interprète tous les signes que l’on m’adresse comme un encouragement sincère. Je leur retourne un large sourire et les remercie d’un geste de la main.

Je franchis ensuite un petit pont de bois qui enjambe la rivière et attaque la seconde partie de mon ascension. La pente est plus forte et surtout bien plus longue. Ce qui avait précédé n’était qu’une mise en bouche. Mon rythme cardiaque accélère, mon souffle est court mais grâce à l’appui de mes bâtons je parviens à conserver un bon rythme. Je dépasse trois ou quatre autres couples de randonneurs, qui s’écartent poliment à mon passage. Leurs airs surpris fini par m’amuser et je ne m’inquiète plus de passer pour un doux dingue.

Je quitte le GR54 qui se prolonge sur ma gauche pour suivre, entre les rochers, le sentier des sources de la Romanche. Lorsque j’atteins le col, je suis saisi par le froid et le vent. Le ciel commence à se dégager mais le soleil est encore loin de me caresser de ses rayons. Tout autour de moi des marmottes sortent de leurs trous. Mon passage ne semble pas les inquiéter. Je n’en avais jamais vu autant. Je continue ma course en suivant le chemin du plan de l’Alpe, au dessus de la Romanche, jusqu’au refuge de l’Alpe de Villar d’Arène où je rejoins le GR 54. Il continue vers le lac d’Arsine, ce n’est pas mon chemin. Malgré les 700m de dénivelé, je n’ai parcouru que 5km environ. Je marque pas de pause et repars immédiatement en sens inverse, plus à l’ouest cette fois-ci. Je laisse une petite station météorologique sur ma gauche et me dirige vers le col du Lautaret. J’emprunte le Chemin des Crevasses dont le nom avait fait frémir Anne. Ce long balcon exposé à l’ouest, zébré par les torrents et balafré par d’étranges combes d’ardoise, est magnifique. On est sur la Lune, ou peut-être sur Neptune. La rivière coule 800m plus bas et je suis seul au monde. A 2000m d’altitude, je cours dans le ciel ; je fais du sky running, c’est fabuleux.

interprétation des crevasses

Après avoir franchis le Rocher Blanc, au bout de neuf kilomètres, je quitte ce chemin étroit et abrupt pour suivre, le Chemin d’interprétation des Crevasses. Je suis toujours sur un balcon, mais celui-ci est exposé au nord. Le paysage change radicalement. La pente au dessous de moi est plus douce, le sol est moins aride et on aperçoit quelques buissons aussi.

J’atteins le col du Lautaret à mon douzième kilomètre. Si c’est un lieu dont rêve les cyclistes, j’avoue rester froid devant cette large route balayée par le vent et sur laquelle circule de gros camions. Je m’arrête quelques instant sur un des parkings qui entourent le col et j’avertis Anne que je m’apprête à redescendre vers Villar d’Arène. Je cours depuis moins de deux heures et j’en aurai terminé dans trois quart d’heures tout au plus.

Je traverse la route et suis le GR 50, au milieu des pâturages en direction du  Pied du Col. Depuis mon arrivée au Lautaret, le soleil brille intensément. Je reste suspendu pendant encore deux kilomètres à plus de deux mille mètres d’altitude; et puis je bascule, ma descente est rapide ; en moins d’un quart d’heure je retrouve la rivière et ma voiture.

L’après midi même, j’ai proposé à Anne, Hugo et Théophile de découvrir ce parcours avec moi. Ils étaient enchantés. Les garçons ont cherchés des marmottes, escaladé les rochers qui entourent la Romanche ; J’ai de nouveau croisé tous ceux que j’avais dépassés ce matin pendant ma course. Ils étaient tout aussi étonnés de me voir escalader encore une fois cette montagne. J’ai échangé quelques mots avec chacun d’entre eux; ils revenaient du lac d’Arsine. Je leur ai expliqué ma course et mon envie de partager ce bout du monde avec mes enfants. J’espère que mon explication les a convaincus et que le fou qu’ils ont vu courir dans la montagne avec une caméra sur la tête leur est apparu moins suspect.

les sources de la Romanche

J’aurais aimé que ce circuit ait duré plus longtemps et faire le tour de la Meije n passant par le lac du Pavée et le col des Chamois ou par le refuge du Chatelleret et le glacier des Cavales. J’ai l’impression qu’au pied du glacier du Clot des Cavales  il faut s’équipé de crampons et d’un piolet, ce n’est plus vraiment du trail…

trop grave

Trop Grave



Puy Vâcher, originally uploaded by ilgigrad.


GR54, originally uploaded by ilgigrad.


GR54, originally uploaded by ilgigrad.

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