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Paris-Versailles

Je ne me suis pas inscrit naturellement sur le Paris-Versailles. Je dois même avouer que je méprisais l’idée même de participer à une telle course. Partir au pied de la tour Eiffel et parcourir seize kilomètre accompagné de 25000 personnes me donnait la nausée. Une course de masse, à l’instar de la Parisienne, où la course compte moins que le nombre ; Une grande messe à la gloire des sponsors et de David Guetta. il n’a rien à voir la dedans mais le souvenir des sono surdimensionnés qui  nous balancent des tubes formatés pendant des heures sur la ligne de départ m’inspire très modérément. Ça peut toujours être pire. Les Chariots de Feu ou Carmina Burana au moment du départ et votre course est ruinée. Sur l’UTMB, par exemple, c’est abominable: Vous suez sang et eau pour parvenir à boucler les cent-soixante-dix kilomètres du parcours et, alors que vous allez franchir la ligne, BING ! On vous balance du Vangelis.  Encore ! Avec 1492, vous regrettez presque de ne pas avoir abandonné au quarantième kilomètre. Bref, Je me représentais cette course comme une épreuve pour ceux qui ne courent jamais et qui se lancent dans un pari stupide dès lors  qu’ils ont réussi à enchainer péniblement deux tours du jardin du Luxembourg.

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Je ne voulais pas participer au Paris-Versailles, comme je ne participe ni au marathon de Paris, ni aux 10km de l’équipe. J’ai couru les 20km et le semi de Paris, le Paris-Saint-Germain aussi: Je ne suis pas à une contradiction près. Je ne pouvais pas courir le Paris-Versailles parce que je participe à la Grande Course des templiers le mois prochain, et que courir 16 kilomètres en ville quand on doit en faire 75 sur les Causses, ce n’est pas raisonnable. Le paris-Versailles n’entrait pas dans mon plan d’entraînement, c’est tout.

 

Julien a insisté au milieu du mois de juillet pour que je l’accompagne sur cette épreuve qui arrive aux pieds de chez lui. J’avais établi un planning différent et je comptais plutôt courir sur les 33km de l’Imperial  Trail de Fontainebleau que sur du bitume. Je me suis finalement résolu à m’inscrire au tout début du mois d’août en prétextant que je pourrai toujours revendre mon dossard si je trouvais quelque chose de plus adapté à mon entrainement ce jour là.

L’été est passé, j’ai couru en montagne et en Toscane, j’ai couru la QBRC à Viroflay et septembre touchait à sa fin. Je courrais lentement, en nature le plus souvent, et en essayant d’intégrer beaucoup de dénivelé. ça na pas marché. Mon volume d’entraînement est très en dessous de ce qu’il aurait dû être ; je suis un fainéant. Quelques boucles entre le canal de l’Ourcq,les hauts de Pantin et la porte des Lilas avec Fred et François, des sorties longues en forêt de Meudon ou entre le Mont-Valérien et le vingtième mais c’est tout. Je ne dépassais pas les soixante-dix kilomètres par semaine quand j’ai donné rendez-vous à François, devant la tour Eiffel, afin que nous allions, ensemble, retirer notre dossard.

Le soleil brillait déjà depuis deux ou trois heures samedi matin quand je suis monté sur mon vélo. Un journaliste allemand qui m’avait interrogé la veille, nous promettait une météo parfaite pour le weekend et la semaine qui suivait. Il avait brandi son Iphone sur lequel irradiaient une dizaine de petits soleils. Les rues de Paris étaient encore vides et j’ai glissé tranquillement de Gambetta à la Bastille ; J’ai remonté la rue Saint-Paul et la rue de Rivoli, traversé la Seine au niveau du pont Alexandre III, et j’ai atteint la rive gauche en moins d’une demi-heure. Il m’a encore fallu cinq minutes pour relier le quai d’Orsay au quai Branly et j’ai retrouvé François. Il m’attendait sous le pilier nord-est de la tour Eiffel avec son Vélib.  Nous avons pédalé ensemble jusqu’à Issy les Moulineaux en longeant le charmant Parc André Citroën, l’héliport de Paris et le stade Suzanne Lenglen. Je craignais que nous arrivions dans un gymnase bondé et qu’il nous faille attendre des heures avant d’accéder à la personne qui nous remettrait notre puce et notre dossard. Le gymnase était immense et vide ; en moins de trois minutes nous avions tout reçu, y compris un sémillant T-shirt Adidas vert pomme. Il n’était pas midi et j’avais encore toute un après midi devant moi.

Nous sommes repartis aussi vite que nous étions venus. Nous nous sommes quitté devant l’Assemblée Nationale en promettant de nous retrouver le lendemain vers 8h30 à l’angle du quai Branly et de l’avenue de la Bourdonnais.

 

Je suis allé, en famille, assister samedi soir à une représentation de la Comédie Française hors les murs :  le jeu de l’amour et du hasard mis en scène par Galin Stoev au 104. Nous avons diné au « café caché ». Je suis resté sobre, me suis limité à une brochette de poulet accompagnée de Boulgour et, à minuit, je dormais comme un bienheureux.

 

Le réveil à 6h30, dimanche matin fut plus difficile. Après un petit déjeuner « léger », j’ai enfilé mes Adidas SuperNova Glide et épinglé mon dossard sur mon maillot Salomon  jaune. J’ai quitté la maison vers 7h30 et me suis rapidement engouffré dans le métro. Dans la rame, j’ai rencontré un concurrent avec qui j’ai engagé la conversation. Il allait courir son huitième Paris-Versailles. Il avait l’habitude de les terminer en moins de 1h20, et parfois, en 1h10.  Il accompagnait un non-voyant  avec lequel il s’entraîne régulièrement. Il a évoqué la force et « le sixième sens » de ces personnes qui appréhendent à 14km/h une route ou un chemin qu’ils ne voient pas ; la confiance absolue de l’un envers l’autre et la responsabilité qui pesait alors sur ses épaules. Il m’a raconté son bonheur de courir à deux  avec des trémolos dans la voix. Ses yeux brillaient et j’ai bien voulu croire qu’il avait raison. Il m’a indiqué l’adresse d’un site internet sur lequel je pourrais trouver des renseignements et m’inscrire pour accompagner moi aussi, de temps en temps un non voyant ; il faut du monde pour aider une personne qui court trois à cinq fois par semaine.

Je suis descendu à la station Iéna, ai couru jusqu’à la passerelle Debilly et attendu François et Julien devant la brasserie de la Tour Eiffel. J’avais de l’avance et eux un peu de retard. Je me suis attablé en terrasse et ai commandé un déca. François m’a rejoint vers 8h45 et nous avons attendu Julien jusqu’à 9h05 environ. J’attendais depuis près de quarante-cinq minutes et le flot des coureurs grossissait considérablement devant la ligne de départ. Je regardais les cars venus de province, débarquer leurs chargements de coureurs. Des équipes, affichant les emblèmes et les couleurs de leurs clubs sur des t-shirts en cotons, immortalisaient leurs exploits en posant crânement devant la tour Eiffel. Les rouges dépassaient en nombre et en vivacité les blancs et les bleus; quant aux jaunes, je ne donnais pas cher de leur peau. Tous les autres étaient verts, c’était la couleur du maillot distribué avec nos dossards. Un vert qui est à la nature ce qu’Areva est à l’Écologie. Je suis sûr que, s’il existe, Adidas n’a pas fait mieux pour équiper le semi-marathon de Creys-Malville.

 

L’organisation avait placé le départ sur le quai Branly, au niveau de l’avenue de Suffren. Nous nous sommes glissés au milieu des coureurs à cent mètres environs de la première ligne. Pendant près d’une heure nous avons piétiné en attendant les ordres du starter. Le ciel azur et l’absence de vent constituaient la promesse d’une course parfaite. Je craignais que l’attente dans le froid ne soit extrêmement désagréable mais ce ne fut pas le cas. Je n’avais pas oublié de prendre avec moi un vieux sweatshirt Qeshua orange; Il ne m’a servi à rien et je me suis résolu à le laisser sur une barrière en espérant qu’il finisse par alimenter une cargaison pour Emmaüs. J’étais surpris par le nombre inhabituel de femmes qui m’entouraient. D’habitude, sur les courses de ce type, on compte facilement un rapport de 1 à 4 entre les hommes et les femmes. Cette fois-ci il y en avait beaucoup plus. Comme les filles qui pratiquent la course à pied sont sans doute plus affutées que celles qui pratiquent l’aquagym en compétition, – je ne dispose pas de statistiques précises sur cette question mais c’est une intuition qui doit aussi marcher avec les gars qui lancent des fléchettes – je ne regrettais plus tout à fait de que Julien m’ait convaincu de m’aligner sur cette épreuve. Nous avons eu une pensé pour notre pote, Fred, qui s’était déplacer à Berlin se weekend pour participer à un des plus beaux marathons du monde. Il devait être parti depuis près d’une heure, avait traversé Tier Garten avec 40000 personnes et, à l’heure qu’il était, il approchait sans doute le quartier de Mitte et la célèbre Alexander Paltz.

 

A 10h00 le starter a donné le coup d’envoi des coureurs élites. Les autres coureurs se sont élancés par vagues successives chaque minute au son de Muse. Partir sur Uprising me convenait tout à fait; je conserverais du jus sur au moins deux kilomètres et je serais pétri de remord d’avoir dénigré Carl Orff et David Guetta. Nous étions François et moi, avec deux cent-quatre vingt-dix-huit autres personnes, dans la huitième vague. Il devait être 10h10 quand ils ont lancé les Blues Brothers et que nous sommes partis. Je n’y avais pas pensé; J’aurais dû le mettre dans la liste des musiques interdites. C’était terrible; j’allais devoir me traîner pendant plus d’une heure en essayant d’oublier ce refrain assommant: Everybody needs somebody to love…

Notre plan était simple: s’échauffer tranquillement pendant les deux premiers kilomètres en ne dépassant pas 12km/h puis augmenter progressivement notre allure en passant à 4’45 »/km sur les deux kilomètres suivants jusqu’à ce que nous atteignons notre rythme de croisière (4’30 »/km) sur les deux kilomètres qui précèdent la côte des gardes. Nous avions pour objectif de terminer en moins de 1:15:00, il suffisait de suivre le plan.

Aussitôt après que le signal eut été donné, nous sommes partis à fond, oubliant dès nos premières foulées, le plan que nous avions établi. Nous longeons la Seine, il y a de l’espace. Contrairement aux grandes courses parisiennes sur lesquelles il faut jouer du coude pour doubler les grappes de coureurs qui piétinent devant soi, je peux courir à mon rythme sans aucune gène. Nous remontons le plus de concurrents possible avant d’atteindre Meudon : entre la côte des gardes et les chemins étroits en forêt chaque place gagnée coutera beaucoup plus chère que sur les larges voies des quais de Seine. Je compte 4’25 »/km de moyenne sur les trois premiers kilomètres ; c’est un peu rapide. Le kilomètre suivant est plus lent: Nous profitons de notre avance et d’une pelleteuse garée au niveau du pont du Garigliano pour nous soulager d’une envie pressante que nous retenions depuis plus d’une heure.

Nous franchissons le périphérique et continuons à toute allure sur les quais d’Issy. Nous laissons l’Ile saint Germain sur notre droite. Avec un  temps pareil, je serai bien revenu m’installer sur la terrasse de l’Ile pour y déjeuner en famille après la course. Je dois pour l’instant me contenter d’un ravitaillement frugal servi après le pont de Billancourt. J’attrape la bouteille d’eau minérale que me tend une jeune scout. J’en bois une moitié et déverse l’autre sur ma tête pour la rafraîchir.  A peine ai-je fini cette toilette succincte que la longue file de coureur tourne vers la gauche pour attaquer la partie la plus redoutée du parcours.

Nous cumulons déjà six kilomètres de course et avons mis moins de vingt-huit minutes pour les parcourir. Avec 4’36 » de moyenne je suis certain de pulvériser l’objectif que nous nous étions fixé. François semble en pleine forme. Bien que nous ayons longuement discuté de cette côte et de la nécessité d’en garder sous le pied pour ne pas finir la course carbonisé dès le septième kilomètre, je ne veux pas le freiner.  Nous décidons tacitement de ne rien lâcher et continuons  sur notre lancée ; Enfin pas tout à fait. Nous avalons le premier kilomètre de la côte des gardes à une allure de 5’15 »/km. Mon rythme cardiaque augmente en proportion inverse de notre vitesse. Je passe de 166 à 172 bpm. Je suis au taquet. François aussi n’est pas au mieux, il est devenu écarlate. Nous doublons des coureurs par paquets. Je pensais naïvement que les premières vagues étaient composées de coureurs bien plus rapides que nous, mais ce n’est pas le cas. Certains d’entre eux marchent, d’autres forment un front infranchissable, oubliant les consignes qui avaient été données de laisser un espace à gauche pour doubler. Ils nous contraignent à un slalom incessant qui rend notre ascension plus laborieuse encore. Certains s’agacent quand on les supplie de s’écarter vers la droite, de sorte que ceux qui ont choisi de courir puissent continuer à le faire. La course à pied est aussi, dans ces moments là, un sport de combat. C’est ce que je craignais. Avec une telle foule et sans véritable sas pour organiser les coureurs en niveaux homogènes, on est vite confronté à des bouchons monstrueux.

Nous quittons la route des Gardes pour emprunter  l’avenue du Château. Notre allure fléchit encore un peu et sommes à quelques secondes de la barre fatidique des 10km/h.  Je n’ose pas dire à François que nous devrions nous calmer et ralentir un peu. Mais je sens qu’il souffre beaucoup lui aussi. La longue ligne droite pavée qui doit nous conduire jusqu’à l’observatoire de Meudon semble interminable.

Nous atteignons finalement le sommet autour du huitième kilomètre après quarante minutes de course. Nous pénétrons dans la forêt de Meudon en suivant la Route Royale. La pente s’adoucit, mais Je ne parviens pas à retrouver l’allure à laquelle nous courrions avant notre ascension ; mes jambes sont lourdes, je suis cramé. Je crois que François l’est aussi.

Un second ravitaillement  est établi à proximité de la Route du Pavé d Meudon. Des enfants nous  propose des quartiers d’orange, du sucre et du raisin sec pour accompagner les flacons d’eau minérale. Je propose à François que nous marchions pendant que nous nous hydraterons. Une longue minute s’écoule pendant laquelle je sens mon pouls diminuer. Nous reprenons enfin notre souffle. Ma fréquence cardiaque passe de 174 à 151 bpm et, pour la troisième fois consécutive, notre temps au kilomètre dépasse cinq minutes et trente secondes. Un homme déguisé en pingouin titube devant moi. Je l’interpelle d’un « Salut Linux ! » sonore auquel il ne répond pas. Il ne comprend pas à quoi je fais allusion ? Je suis le trois-cent-cinquante-septième à faire la même plaisanterie ?  Ou bien est-il tout simplement exténué: avec sa double couche de poils et de plumes dans une côte pareille, il est certainement en train d’achever sa sublimation.

Notre chemin descend légèrement en direction des étangs de Meudon. Au dixième kilomètre, nous tournons sur la gauche pour aller passer sous la N118. Un nouveau raidillon d’une dizaine de mètres vient rappeler les lois de la gravités à nos pauvres jambes. Je reconnais ce trajet ; Nous l’avions emprunté quinze jours auparavant avec François, lorsque nous avons sillonné la forêt de Meudon, en trail, pendant trente kilomètres. Une fois passé du côté de Chaville, une longue descente de plus de trois kilomètres s’offre à nous. Nous déroulons tranquillement jusqu’aux faubourgs de Viroflay. Une dernière côte apparaît au bout de l’allée Noire avant que nous ne longions la lisière du Bois du Pont Colbert. Nous la gravissons lentement. Et perdons encore de précieuses secondes. Je sais pourtant que nous ne réaliserons pas notre objectif. Trois cents mètres avant que nous dépassions le panneau indiquant le point kilométrique treize, j’entends tout autour de moi le couinement des GPS qui signalent la fin d’un kilomètre.  J’imagine déjà tous ceux qui, sur les forums de course à pied, contesteront dès cet après midi, la longueur du tracé. Nous courrons depuis une heure trois, très exactement,  et il nous reste, au mieux, trois kilomètres à courir. Je suis incapable de tenir à une allure de quatre minutes par kilomètre pendant douze minutes. C’est mort pour 1h15.

Le dernier ravitaillement est installé avant le quatorzième kilomètre.  Nous avions convenu, avec François, de l’ignorer et de continuer à bonne allure afin de ne pas dépasser le seuil de 1h20. Nous franchissons la frontière de Versailles au bout de 14,5km. Il nous reste à peine 1,5 kilomètre à courir lorsque nous  foulons le goudron de l’avenue de Paris. C’est une très large artère bordée d’arbre.  Des centaines de spectateurs hurlent des encouragements tout au long des quelques hectomètres qui nous séparent de la ligne d’arrivée. Comme sur les quais, au début de la course, les concurrents ont  un espace immense pour lâcher leurs chevaux.  Il ne me reste malheureusement plus grand-chose à lâcher et François n’en a pas davantage sous le pied. J’arrache ce que je peux dans les derniers mètres et j’arrête mon chronomètre à 1 :18 :53.  François ne m’a pas quitté d’une semelle, ou peut-être est-ce moi qui ne l’ai pas quitté.

Le ciel est toujours bleu et le soleil qui brille sur Versailles comme il brillait sur Paris nous sèche rapidement. Une armée de scout en chemise rouge gère au millimètre chaque opération du processus d’arrivée. Je n’en avais jamais vu autant. Ils sont des centaines. Nous recevons un sachet de ravitaillement composé de deux barres de céréales, d’une pomme et d’une bouteille d’eau. Nous sommes ensuite décoré d’une médaille dont la forme rappelle celle d’une feuille de chêne mais dont je ne peux définir la matière.

C’est fini. Je prends mon temps, j’observe les autres coureurs qui terminent leurs courses, j’attends Julien. Même s’il court beaucoup plus vite que nous et projetait de passer sous la barre des 1h07, s’il a surfé avec la vingt-cinquième vague, il est possible qu’il arrive à Versailles bien après nous. Nous apercevons les vainqueurs sur le podium.  Les éthiopiens Atsedu et Goitetom se partagent les deux premières places.  Nous étions encore au milieu de la côte des gardes quand ils ont franchi la ligne d’arrivée(respectivement 47’39’’ et 53’41’’). Ils sont douchés et ont déjà revêtu leurs survêtements ; ce sont des extra terrestres. Haftu, la gracieuse petite Kenyane est particulièrement émouvante  quand elle monte sur la première marche. Le maire de Versailles qui ne doit pas compter beaucoup d’africain parmi ses électeurs, félicite un plateau d’éthiopiens, de kényans et d’érythréens ; la course à pied offre parfois des situations singulières, c’est un vrai bonheur.

Au bout de l’avenue colorée par les maillots des scouts et des coureurs, en toile de fond, le château de Versailles affiche sa splendeur ; c’est un joli spectacle.

Je n’ai pas retrouvé Julien et je quitte François qui se dirige vers le RER C. Je remonte l’avenue du Maréchal Foch pour rejoindre la gare SNCF rive droite. Je traverse la place du marché; Versailles me semble, sous ces couleurs, une ville animée et absolument agréable. On y croise bien quelques jeunes gens très « sortie de messe » mais ça me change des types qui, comme moi, terminent leur dimanche en t-shirt, en short et en sueur.

Je recevrai à l’heure du déjeuner un SMS de Julien qui a réussi à se mêler à la première vague et termine sa course en 1h05; Pas mal. Je reçois aussi un message de Sophie qui m’écrit que Fred a couru son marathon à Berlin en 4h14 ce qui est, pour lui, une très belle performance.

temps final : 1h18mn51s

Rang Scratch : 3032/20738

Rang VH1 : 838/4730

Rang Hommes : 2921/16062

Accès à la Trace du Paris-Versailles 2011

David sur la QBRC

QBRC Viroflay

Pour qui veut connaître les incidences des affres de l’alcool sur les performances en course à pied l’expérience que j’ai vécue hier, présente un intérêt certain. Nous avions quelques raisons de nous enivrer: l’anniversaire d’un fils qui grandit trop vite, la fin de l’été et la rentrée scolaire ; et, puisque nous revenions tout juste de deux semaines  en Toscane, nous avons accompagné notre diner d’un excellent Prosecco et d’un  Chianti Classico non moins fameux. A 2h30, épuisé et repu, je me suis glissé dans mon lit en espérant dormir suffisamment pour prendre sans séquelles le départ de la course du lendemain.

Le réveil a sonné, dimanche matin, un peu avant sept heures. Si je n’avais pas donné rendez-vous à Fred et promis à Julien de le rejoindre à Viroflay, j’étoufferais la sonnerie de mon réveil et attendrais que les éléphants dans mon crâne aient terminé leur partie de bowling avant de me lever. J’enfile avec courage mon short Salomon, marketing oblige, des boosters BV Sport et le joli t-shirt rouge reçu lors du marathon du Mont-Blanc. Je chausse ma fidèle paire d’Adidas Supernova Riot 3. Ce sont des chaussures que l’on apprécie lentement. Elles sont lourdes, je ne le suis pas moins, mais offrent un amorti irréprochable et un maintien qui les rend, sur longue distance, infiniment plus confortable que les S-Lab 3 que je portais jusqu’au printemps. Elles reviendront sans doute maculées de boue; la pluie qui tombe sans discontinuer depuis le début de la nuit risque de rendre cette course cauchemardesque. J’avale rapidement un bol de Muesli accompagné d’un jus d’orange sans gout, revêts une veste imperméable et sors affronter l’eau, la boue et le froid  .

bol de muesli

Cela fait dix bonnes minutes que j’attends Fred en bas des marches quand j’aperçois sa voiture descendre la rue des Pyrénées. Il a cherché partout un Certificat Médical l’autorisant à courir mais ne l’a pas retrouvé. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, que celui de l’année dernière devrait pouvoir passer car il est peu probable que les bénévoles, lors de l’inscription, procèdent à une lecture attentive de tous les documents.

Nous empruntons le périphérique vers le sud puis la N118 entre le Pont de Sèvres et Meudon. Nous atteignons Viroflay bien avant 9h00 ce qui nous laisse une bonne heure pour retirer nos dossards, nous préparer et nous placer devant la ligne de départ. L’avantage, quand on participe à une petite course le dimanche matin à quelques kilomètre de Paris, c’est que l’on trouve facilement de la place où garer sa voiture ; Fred a rangé la sienne à deux cents mètre du gymnase dans lequel  sont installés les organisateurs de la QBRC. La pluie a cessé et nous voyons déjà quelques participants converger tranquillement vers le camp de base de la course. On est loin de la foule des grands événements parisiens comme le semi ou le marathon de Paris. On observe une ambiance plus tranquille et plus sereine, presque familiale; les concurrents sont venus en voisin; Fred et moi, en tant que parisiens, appartenons sans doute au groupe restreint des étrangers.

En pénétrant dans le gymnase je reconnais Olivier ‘Toto’ avec lequel je communique, depuis quelques semaines, sur FaceBook. Il est entouré d’une impressionnante escouade de coureurs. Anxieux et tourmenté par l’alcool qui circulait encore dans mon sang, je le salue rapidement et le remercie pour l’aide qu’il m’a apporté lorsque ma montre Garmin m’a lâchement abandonné à l’aube d’un trail dans la Garfagnagna.

Je m’acquitte des seize euros de mon dossard ; à quatre vingt centimes par kilomètre on reste dans un ratio prix/distance très honorable. Nous recevons une bouteille de bière bio brassée par une entreprise de la Vallée de Chevreuse. Noyer une course dans des flots de bière semble devenir une constante dans le petit monde de la course à pied; Lorsqu’on institutionnalise une pratique, je la trouve bien moins attrayante. Désormais la bière et le trail sont liés comme le cancer et la prostate.

Compte-tenu de mon état, La simple vue de ce flacon me donne des nausées. Je n’aurai aucun mal à m’abstenir d’y goûter  et à le réserver pour l’après course. Certains ont laissé leur bouteille au vestiaire, étiquetée comme un fossile dans une fouille archéologique. Fred récupère son dossard sans soucis ; aucune question ne lui a été posé quant au certificat médical vieux de deux ans qu’il a présenté pour s’inscrire.

Julien n’est pas encore arrivé, nous retournons donc achever notre préparation près de la voiture. J’abandonne ma veste imperméable et ma bière sur le siège avant, referme la portière et retourne avec Fred au gymnase. Nous croisons Julien accompagné d’un de ses potes du club de Triathlon de Versailles. Ils ne courront pas dans la même catégorie que nous, c’est certain. Nous rejoignons ensemble la ligne de départ.

Je n’ai aucun courage ce matin et je laisse les autres se lancer dans un simulacre d’échauffement. J’en profite pour défendre ma place sur la ligne de départ. C’est la première fois que j’arrive suffisamment tôt pour occuper le premier rang et goûter, pendant quelques mètres, au plaisir de courir en tête.

Julien me présente avec fierté Yann Prigent, un autre copain de son club de triathlon; Un monstre discret qui est monté sur le podium de la QBRC précédente, a couru plusieurs fois l’UTMB, l’ironman de Hawaï et terminé quatrième de l’Eco-Trail 50km en 2011. Je reconnais, sur la ligne, Jef’ qui travaille dans la même société que moi, avec qui j’avais couru en relais lors de la dernière édition du marathon Nice-Cannes et que j’avais filmé en attendant que nos partenaires nous transmettent nos témoins respectifs. Je l’interroge sur son objectif: Il a gagné la course l’an passé et espère bien renouveler son exploit cette année. Tout simplement.

Je m’élance raisonnablement lorsque le starter donne le signal du départ. J’ai abandonné l’idée de rester en tête sur les deux cents premiers mètres et laisse des dizaines de coureurs plus rapides passer devant moi. Je regarde Julien et son pote fuser comme des missiles tomahawk et perds  Fred qui prend tout son temps. Nous traversons le centre de Viroflay et remontons vers le nord à bonne allure. Je cours à 4,40mn/km, je sais que cela ne durera pas, je n’en aurai pas la force.

Nous attaquons la première côte avant la fin du premier kilomètre ; une mise en bouche de cinq cents mètres pendant laquelle nous grimpons, sur le bitume, nos quarante premiers mètres de dénivelé. Nous rejoignons alors un plateau et pénétrons enfin dans la forêt de Fausses Reposes. On effectue une petite boucle vers l’est et le Chesnay en passant derrière l’autoroute A86. Julien et ses copains sont chez eux, pas moi. Plus d’une centaine de coureurs ont dû me dépasser. Certains d’entre eux ne courront que onze kilomètres puisque les deux courses (11km et 20km) empruntent le même parcours.

La seconde côte, plus courte mais aussi plus raide, apparait après deux kilomètres et demi de course. J’ai les jambes lourdes et éprouve quelques difficultés à maintenir mon rythme mais je refuse de capituler si tôt : j’ai vaincu le marathon du Mont-Blanc et couru cet été autour du massif des Ecrins, des Alpes Apuanes ou encore de la Garfagnagna ; je ne m’étendrai pas sur les feuilles mortes de Viroflay. Je m’empare du gel énergétique que j’avais glissé dans ma poche et pars, dans la descente, à l’assaut de la tête de course.

C’est le premier exercice technique de la matinée. Bien que les chemins, sur cette partie du parcours, soient assez larges et moins boueux que sur les sentiers que nous rencontrerons après le onzième kilomètre, la descente en trail reste, quoiqu’il arrive, un exercice périlleux. Nous glissons pendant deux cent mètres vers  Ville d’Avray. Un ravitaillement sommaire est organisé en bordure des lacs, à l’extrémité nord de la forêt.  Je me réhydrate rapidement de quelques  verres d’eau  et me lance dans le second quart de la course, cap au sud. Je suis dans le dur, le rouge et peut-être même le noir. Je sens mon sang qui cogne dans mes tempes, j’ai mal au ventre ; je n’ai digéré ni l’excellent veau aux olives confit dans son jus, ni le tiramisu de la veille.  Nous effectuons l’ascension une dernière bosse au huitième kilomètre avant de redescendre vers Viroflay.

Depuis le ravitaillement du cinquième kilomètre, plus personne ne me double et je revendique même une lente remontée dans le classement.

Nous traversons la ligne de chemin de fer en escaladant une passerelle à laquelle manque un véritable ascenseur et rejoignons enfin le point de départ.

David sur la QBRC

Les coureurs du « onze kilomètre » sont orientés vers leur ligne d’arrivée et ceux du « vingt kilomètre » atteignent le second ravitaillement. Des petites filles nous tendent gentiment des barres de céréales dont je garde un excellent souvenir. Il faudra que je retrouve la marque de ces produits car j’en emporterai volontiers dans mes prochains trails et sorties longues.

Comme les choses délicieuses ne durent jamais, je quitte la zone de ravitaillement en regrettant de ne pas avoir terminé ici ma course dominicale. Nous entrons dans le Bois du Pont Colbert et entamons la deuxième phase de notre circuit. Ma montre affiche un peu moins de une heure et, à cette allure, je peux espérer parcourir les neuf kilomètres suivants en cinquante minutes, moins si le rapport de la distance au dénivelé est plus réduit que sur les onze kilomètres que je viens de terminer. En théorie, les onze premiers kilomètres cumulent trois cents mètres de dénivelé pour cent soixante sur les neufs autres kilomètres. J’espère donc un circuit beaucoup plus roulant et regagner ainsi les quelques minutes qui me permettront de ne pas terminer au-delà de 1h50. La côte que nous gravissons alors est d’une toute autre dimension que toutes celles que nous avons dû franchir jusque là. Pendant un kilomètre au moins nous ne cessons de monter. Je suis fourbu. Je fractionne mon ascension en marchant pendant dix secondes toutes les vingt secondes; Dans mon dos, deux garçons discutent tranquillement. Alors que je suis à la limite de l’apnée, ils progressent, eux, en complète aisance respiratoire. J’ai envie de leur crier « un peu de décence Messieurs ! Respectez au moins ceux qui souffrent » mais j’évite de me rendre ridicule, je me redresse et jette mes dernières forces dans l’ascension  des quelques mètres qui me séparent du sommet.

Je craignais que le parcours ne ressemble trop à celui de l’Eco-Trail que j’avais trouvé triste et monotone. Ce n’est pas le cas. Nous sillonnons des sentiers étroits et sinueux encombrés par des branches de hêtre (ou peut-être sont-ce des merisiers ; à cette vitesse je n’ai pas pris le temps d’étudier attentivement les feuilles qui me balaient le visage). C’est magique. Malgré ma fatigue et mon état nauséeux, je prends un plaisir immense à courir à travers ces arbres, slalomer entre les pierres et plonger dans les vasques de boue.

A partir du treizième kilomètre nous glissons pendant cinq cents mètres jusqu’à l’échangeur entre la N12 et l’A86 dont on voit les voies sur notre droite. Nous remontons ensuite pendant deux kilomètres jusqu’au dernier ravitaillement. Je suis heureux et commence à me sentir vraiment bien. Les bénévoles qui nous tendent gentiment des gobelets occupent un carrefour à la lisière de Vélizy. J’ai rejoint l’extrémité sud du parcours en 1h30 et il ne me reste plus qu’à redescendre doucement vers le sud en longeant Vélizy. Les cinq derniers kilomètres sont beaucoup plus roulant que tout ce que j’ai subi jusque là. Mon rythme et celui des autres coureurs augmente significativement. Depuis quelques centaines de mètres, ma montre affiche quelques signes de défaillance. Ni la distance ni la vitesse ne sont mesurés correctement. Je joue à « je te double, tu me doubles » avec  les gars qui me précèdent quand, au dix-neuvième kilomètre, alors que je m’apprête à sortir de la forêt , un organisateur m’annonce qu’il me reste à peine deux cents mètres avant l’arrivée. J’ai effectivement un gros problème avec ma montre mais je vérifierai cela plus tard. Je me lance dans un sprint désespéré afin de grappiller une fraction de seconde.

1h48’

Les chronos sont relevés manuellement sur un clavier d’ordinateur portable par une jeune femme attablée derrière la ligne. Je me désaltère  en testant successivement un sirop de menthe bio puis un coca équitable dont le goût ressemble davantage à celui d’un médicament qu’à celui de la célèbre boisson yankee. Je retrouve Julien qui attend devant le gymnase. Il a couru en 1h36 et son ami Yann a terminé troisième. Nous nous quittons en nous promettant de nous retrouver sur le départ du Paris-Versailles dans trois semaines. Je n’ai pas revu Jef’ qui semble avoir abandonné après avoir occupé le groupe de tête jusqu’à la moitié du parcours. Je ne retrouve pas son nom sur les listings ; je lui enverrai un message la semaine prochaine. « Toto » franchit la ligne en un peu plus de deux heures. Je croyais l’avoir vu partir comme une flèche au début de la course et comme je ne l’avais pas dépassé, il devait logiquement être devant moi. Ce n’était pas lui, je l’aurai sans doute confondu avec quelqu’un qui portait le même maillot Adidas bleu que lui. Je devais dû m’en douter, il avait écrit la veille qu’il envisageait de courir en 2h00 environ; il a gagné son pari.  J’attend Fred un long moment. Une demi-heure pour être exact. Il ne s’est pas pressé, a couru sa course comme il aurait fait son footing et termine frais comme un gardon.

Nous repartons aussitôt de Viroflay et regagnons la place Gambetta avant treize heures.

Même si cette course vient diminuer la distance hebdomadaire que je me suis engagé à parcourir dans le cadre de ma préparation à la grande course des Templiers, je ne regrette pas ces bosses et ces raidillons boueux. Ce fut une matinée agréable dont je garderai, contre toute attente, un excellent souvenir. Une ambiance sympathique et surtout un excellent niveau de la plupart des participants. Je termine, en général, mes courses dans le premier tiers voire le premier quart; En arrivant 116ème sur 246 je ne me situe que dans la première moitié des arrivants ce qui témoigne de la qualité de l’ensemble des participants.

Accès à la trace de la QRBC Viroflay; le parcours dessine un 8, comme le circuit 24 dont j’ai toujours rêvé lorsque j’étais enfant.

 

balme

les Posettes



indicators, originally uploaded by ilgigrad.


les aiguilles rouges, originally uploaded by ilgigrad.


Col des Posettes, originally uploaded by ilgigrad.

trop grave

Trop Grave



Puy Vâcher, originally uploaded by ilgigrad.


GR54, originally uploaded by ilgigrad.


GR54, originally uploaded by ilgigrad.

arrivée à Plan Praz

Marathon du Mont-Blanc

récit du Marathon du Mont-Blanc 2011

Le Marathon du Mont-Blanc était l’objectif principal du premier semestre 2011 et l’acmé de ma première année de course à pied.

J’ai commencé à courir au printemps 2010 pour mieux descendre à ski; C’est en descendant dans les combes enneigées des Grands Montets, à Argentière, que Thibaut m’a révélé son secret de montagnard: Il pouvait enchaîner 1000m de dénivelé d’un trait là où je devais m’arrêter quatre ou cinq fois, tout simplement parce qu’il courrait régulièrement. Et puis il y avait cette course que l’on avait découverte un été, en traversant Chamonix alors que nous revenions d’un séjour féérique sur les lacs italiens. Nous avions été fascinés par ces extra terrestres qui avaient couru deux jours durant pour achever le tour du massif du Mont-Blanc: l’UTMB. Je cours parce que j’ai l’espoir de terminer moi aussi un jour cette course mythique et le marathon du Mont Blanc en constitue la première étape.

Dire que je m’y suis préparé relève de la litote. J’ai sans doute commencé mon entraînement un peu trop tôt. Dès le début du mois de Janvier j’ai enchainé quatre à cinq séances par semaine cumulant 1267 km et 14924mD+ ; soit quatre vingt-onze sorties de 14 km et d’une durée de 1h20 chacune, en moyenne. (Voir les activités )

J’avais établi un programme strict, un plan d’entraînement que j’avais moi-même méticuleusement composé en fonction de mes paramètres physiologiques (VMA, FCmax) et de l’étude assidue des théories publiées sur ce sujet. Je ne l’ai finalement pas suivi. Je préfère courir en écoutant mes sensations et en suivant mes envies plutôt qu’en m’imposant un plan rigide. Même si j’en ai accompli chaque semaine, les séries de fractionné et de côtes m’ennuient. J’aime le trail parce que c’est un sport en nature et qu’on s’y sent libre; la planification n’est décidément pas mon truc. J’ai cependant essayé de m’imposer une règle : une sortie longue d’au moins 20km chaque semaine, en empruntant si possible des parcours vallonnés et en nature, une séance de côtes, une séance à rythme rapide (seuil) et une séance de footing plus tranquille…

J’ai intercalé quelques courses dans ce programme afin de vérifier la qualité de ma progression et de donner un peu de sens aux sorties longues pour lesquelles il n’est pas toujours facile de se motiver en plein hiver.

Semi Marathon de Paris, le 6 mars, 21km, 1h43’

Eco Trail de Paris, le 26 mars, 55km, 7h03’

Paris-Saint-Germain la Course, 20km, 1h37’

J’ai réalisé ma dernière sortie longue avec Fred et François en forêt de Compiègne ; une vingtaine de kilomètre sur un terrain relativement vallonné par rapport à ce que l’on trouve habituellement en région parisienne. Le souvenir de mon échec sur le Marathon des Causses en Octobre 2010 (près de 7h39 pour boucler les 42km de course avec une abominable douleur au genou gauche) m’a poussé à alléger considérablement la charge d’entraînement pendant les deux semaines qui précédaient cette course tant attendue. Je cumulais près de 80km par semaine depuis le début du mois de mai et la fatigue accumulée commençait à se faire sentir : tendinite à la cheville gauche, mal aux genoux, dégout de la course à pied. Je ne courrais plus parce que j’en avais envie mais parce qu’il fallait poursuivre mon entraînement ; or je ne pouvais pas prendre le départ de ce Marathon rêvé sans être emporté par un véritable désir de montagne et de course. Les séances de côte dans le parc des Buttes Chaumont avec Laurent devenaient laborieuses ; il faut bien avouer que s’acharner à courir à travers les pelouses d’un parc planté au milieu de Paris pour essayer tant bien que mal de « bouffer » du dénivelé et de s’exercer aux descentes, relève de la folie douce quand on rêve d’espace et des Alpes…

Les deux dernières semaines ont duré des années. J’ai cru devenir fou, cette course devenait une obsession. Je me levais la nuit pour aller parcourir compulsivement le net et y repérer tout ce qui traitait de ce sujet. Lire et relire les témoignages de ceux qui avaient vécu ou survécu à cette aventure. Trouver sur les forums, les fils sur lesquels on dissertait sur le respect les consignes de l’organisation quant à la composition du sac (collants ? gants ?) ou sur l’utilité des bâtons.

Je suis retourné deux cents fois au moins, sur le site softrun.fr pour évaluer le temps de mon parcours et calculer les temps de passage aux différents points. J’ai finalement développé mon propre tableau Excel, en modulant ma vitesse avec le pourcentage de la pente à gravir. L’énergie que je récupérais à ne pas courir, je la perdais à ne pas dormir et à me tourmenter sur des points tactiques ou techniques pour lesquels j’aurai été interné si on avait découvert mon obsession.

Et puis le mois de juin s’est écoulé. Je mangeais des pâtes pour fêter l’été. Trois jours plus tard le weekend a commencé…

Anne et moi sommes arrivés à Argentière le vendredi en fin d’après midi. Laurent et Valérie avaient rejoint Chamonix un peu plus tôt et en ont profité pour effectuer une petite randonnée sur le balcon nord entre le Plan de l’Aiguille et la gare du Montenvers.

Comme nous avions prévu de ne pas nous retrouver devant l’hôtel des Grands Montets avant 19h30 et que Thibaut avait annulé le pot que nous avions envisagé de prendre ensemble dans Chamonix, nous sommes immédiatement partis à l’assaut de la montagne, après avoir déposés nos bagages à l’hôtel ; une petite ballade d’une heure trente et de 400m D+ le long de la Pierraric. C’est toujours amusant de retrouver l’été un coin qu’on ne connait que l’hiver. J’ai du descendre cette piste des centaines de fois puisque c’est l’unique moyen de rejoindre la vallée depuis le secteur des Grands Montets. A ski, c’est une gentille piste rouge, guère impressionnante quand on a cessé d’être débutant depuis plus de trente ans ; A pied c’est une autre histoire : la pente dépasse allègrement les 20% et quand on arrive de Paris et que l’on sort tout juste de sa voiture, on pense que l’entraînement dans le Parc des Buttes Chaumont ne va peut-être pas être suffisant…

Après notre ascension nous avons repris la voiture pour récupérer nos dossards dans Chamonix. Laurent et Val nous attendait devant le centre où convergeaient des dizaines, voire des centaines de coureurs. Nous avons consulté les immenses panneaux sur lesquels la liste des milliers de coureurs qui participent à l’ensemble des courses est affichée. Je porterai le dossard 1445.

Nous retirons nos dossards et nos maillots. Celui de Anne est en coton ; elle est un peu déçue et jalouse de nos maillots techniques Salomon dont nous ne parvenons pas à définir précisément la jolie couleur (rouge ? vieil orange ?). De retour à l’hôtel Nous plongeons dans la piscine puis le Jacuzzi extérieur, face au Mont-Blanc. Nous sommes au paradis.

Nous aurions voulu diner à la Crémerie du Glacier, le restaurant que nous affectionnons tant à Argentière, mais n’avons pu réserver que pour le lendemain. Nous dinons finalement à la Flambée. Décoration soignée, dans un style authentiquement chamoniard. Le restaurant est déjà bondé lorsque nous pénétrons à l’intérieur et nous patienterons au moins une heure avant d’être servi. Peu importe; aucune attente ne peut contrarier notre sérénité, nous sommes hédonistes; d’ailleurs Laurent a commandé du vin.

Le lendemain, Anne est, à 9h00, au départ du 10km du Mont-Blanc ; l’idée de se lever à 7h00, un samedi matin pour aller courir dans la montagne l’angoissait quelque peu. Après un petit déjeuner léger, nous sommes descendus à Chamonix sur l’aire d’atterrissage des parapentes. Je l’ai suivie sur ses différents points de passage avec le VTT que m’avait prêté Laurent. Elle a couru un joli cross en sous bois, agrémenté de petits raidillons dont le dénivelé total dépassait 300m. Elle termine sa course en 1h12, dans la première moitié du scratch féminin (168/343), ce qui n’est pas mal pour une première.

Anne à l'arrivée du 10km du Mont Blanc 2011

Avec le temps qu’il faisait sur Chamonix ce jour là, nous n’avons pas pu nous empêcher de partir dans une randonnée l’après midi. Nous avons quitté l’Hôtel après que Anne se soit douchée et avons commencé à grimper à l’assaut de l’aiguillette d’Argentière. Sur la carte le parcours effectuait une petite boucle au dessus d’Argentière. C’était, en fait un beau parcours de montagne dont une partie ressemblait à de la via Ferrata. Nous avons pique niqué accroché à un rocher face au glacier d’Argentière, au milieu des bouquetins, après une ascension de 900m environ. C’était grandiose. J’ai profité de la descente pour tester ma technique de « bâtons ». Descendre à fond, comme à ski, en utilisant mes Leki plutôt que mes genoux. C’était vraiment très amusant, même si cela a consommé quelque peu l’énergie que je voulais préserver pour le lendemain.

le Glacier d'Argentière depuis l'Aiguillette...

Il était un peu tard pour rejoindre Thibaut à Chamonix. J’avais prévu de ne pas me coucher trop tard et lui-même pouvait partir à l’assaut du Mont-Blanc dès la première cabine. Nous aurions chacun notre course, à quelques kilomètres de distance ; lui vers les 4810m du sommet et moi sur le Marathon, un joli derby.

Après notre retour à l’hôtel et quelques minutes à se prélasser dans le jacuzzi et le sauna, nous allons enfin diner à Crémerie du Glacier. Cet endroit est aussi chouette en été qu’en hiver. Je prends une croûte. Ce n’est pas tout à fait adapté à la course qui nous attend, mais je pense avoir suffisamment mangé de pâtes cette année… A 22h30 nous étions au lit.

Réveil à 5h00, petit déjeuner léger et à 6h00 nous prêt à partir. Je croise sur le parking de l’hôtel un groupe de filles qui me propose de m’emmener jusqu’à Chamonix. Je décline leur aimable proposition et rejoint Laurent qui m’attend dans sa voiture.

Nous errons dans Chamonix pour trouver un parking ouvert. Nous nous garons finalement derrière la gare SNCF et arrivons au niveau de la place Balmat moins de cinq minutes avant le signal du starter. Nous nous retrouvons en queue de peloton et c’est tout juste si nous comprenons que le départ a été donné lorsque nous voyons le cortège s’étirer devant nous.

7h00 ! Bang !

Un groupe de six anglais déguisés en vache et un type en soldat romain nous devancent. Nous devons être plus ou moins classés dans les deux cents derniers. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de sentir la pression monter avant le départ. Ressentir cette ambiance un peu particulière des minutes qui précèdent le départ: une légère angoisse qui nous comprime le cœur et le ventre, mêlée à une sensation d’euphorie que je ne m’explique pas. Mais là rien ! la précipitation, les problèmes de parking, notre arrivée trop tardive et ce départ trop rapide sans décompte et sans bruit. J’ai ressenti ce frisson deux cent mètres plus tard. Nous traversions Chamonix au milieu d’une foule digne du Tour de France et là, sans raison, tous les poils de mon corps se sont hérissés : je pouvais les compter. Un moment de grâce et de joie : j’étais enfin dans mon rêve.

Dès le départ nous essayons de gagner des places afin de ne pas être trop gênés lorsque nous nous retrouverons sur une monotrace. Il ne faut pas non plus se carboniser trop vite. Nous nous plaçons sur la gauche du peloton dont l’allure est légèrement inférieure à la notre. Notre vitesse dépasse un peu les 10km/h, le peloton ne les atteint pas tout à fait. De toute façon, cela est un peu vain; rapidement les chemins rétréciront et il deviendra particulièrement périlleux de doubler. Nous longeons l’Arve, passons le petit pont de bois avant lequel Anne avait eu son ravitaillement la veille. Nous entrons dans la forêt et entamons notre première côte. Trop facile ! Nous grimpons doucement jusqu’au Lavancher, traversons une prairie ou paissent tranquillement quelques vaches puis poursuivons vers Argentière. J’extraie les bâtons de mon sac en prenant garde de n’éborgner personne. Je les déplie avec difficulté. C’est dingue comme un geste répété cent fois devient difficile quand on l’exerce en courant et que plein d’yeux vous surveillent avec suspicion. Dès les premiers raidillons je me rends compte à quel point ils vont m’aider (les bâtons, pas les raidillons). Je monte sans forcer, c’est un bonheur. Arrivés dans les faubourgs d’Argentière, nous apercevons l’hôtel en contrebas du chemin. Je hurle à Anne et Valérie de se réveiller, pensant qu’elles sont encore enfouie dans un profond sommeil. Quelques gars autour de nous se reconnaissent dans cet appel : Leurs femmes dorment aussi pendant qu’ils courent seuls. Je saurai plus tard que Anne s’est levée, a traversé quelques prés humides et nous regarde passer au détour d’un chemin, à proximité de la Crémerie. Nous atteignons Argentière. Avant de franchir la ligne, Laurent s’arrête pour la pose technique que je lui avais promis. Je regarde tous les coureurs que nous avions poussivement réussi à doubler, nous passer devant. A chaque seconde, qui passe un paquet d’au moins dix personnes nous dépasse, et les secondes défilent. Le tableau officiel indique qu’il est alors 8h15 et que je suis 1198ème. Nous avons parcouru un peu plus de 10km et sans doute 400mD+. Bref ravitaillement, j’enfile trois verres de boisson énergétique et rempli un de mes bidons. Je m’étais pourtant juré de ne faire aucune nouvelle expérience alimentaire pendant la course et de me contenter d’eau pour m’hydrater, mais la peur du vide énergétique est trop forte et je me jette frénétiquement sur tout ce qui peu contenir du sucre. Nous continuons de progresser gentiment jusqu’au col des Montets puis basculons vers Vallorcine en continuant à longer l’Arve; Nous sommes encore dans l’ombre mais le soleil commence à caresser les montagnes qui bordent le lac d’Emosson. Je me sens bien. Laurent sort son appareil photo et réalise la deuxième séquence de son reportage sur la course. J’annonce que la première partie de la course est, malgré un dénivelé respectable (650m au moins), assez roulante et très agréable. Nous avons mis moins de 2h10 pour parcourir les 18 premiers kilomètres, c’est cool. Mes prévisions donnaient une bonne demi-heure de plus , nous pourrions pulvériser la barre des six heures si la suite était aussi facile. Laurent tempère mon ardeur et affirme qu’on attendra le prochain « point presse » pour se déterminer plus précisément.

Je me bâfre de saucisson, de fromage, de banane et de céréales sur le ravitaillement de Vallorcine. J’en ai plein les mains car les organisateurs ont eu l’excellente idée de trancher les bananes comme des concombres ce qui ne facilite pas les choses. La prochaine fois s’ils peuvent se limiter à les diviser en trois ou quatre ce serait plus pratique. Nous passons sur les capteurs du chronographe et franchissons un petit portillon qui doit nous conduire en enfer. Nous courrons depuis 2h14 et sommes guère mieux placés qu’au pointage précédent : 1165èmes.

Les difficultés commencent. On attaque la grosse ascension de la course : celle du Col puis de l’aiguille des Posettes (2200m / 1000mD+). Une longue file ininterrompue de grimpeurs s’enfonce silencieusement dans la forêt. Ça ne rigole pas. Les derniers bâtons ont été sortis de leurs sacs et je commence à respecter sérieusement ceux qui montent le dos courbés, les mains sur les cuisses. Ils vont souffrir. Je repense aux polémiques interminables qui inondent les forums : le trailer est-il un coureur ou un randonneur ? Je ne sais pas si deux barils de Kilian Jornet valent un baril de Gebre Selassie ou le contraire, mais une chose est sûr : la randonnée en montagne est un sport.

Lorsque nous sortons enfin de la forêt, le ciel s’ouvre, on a pris pas mal d’altitude. Même les odeurs sont différentes, plus bas c’est l’herbe mouillée, la terre et les mousses qui dominaient. On sent le ciel à présent. Il est bleu et pas un nuage ne vient le tâcher. Je reconnais la piste de la forêt, celle sur laquelle un anglais inconscient, lancé à fond, avait failli percuté mon fils de sept ans l’hiver dernier. Nous passons devant l’arrivée du télésiège de Vallorcine. Le paysage qui s’offre à nous est grandiose. C’est vraiment beau. Ça grimpe dur et il y a bien longtemps que tout le monde a cessé de faire semblant de courir. Nous marchons. Laurent discute avec un autre coureur qui vient de Lille et a traversé la semaine dernière la corse par le GR20. Il a parcouru 200km en quatre jours ! Il n’a plus de jambes, je le comprends.

Nous atteignons le col des Posettes, un type sorti de nulle part joue de la guitare électrique, planté à l’arrière de son Pick-Up. Il se prend pour Joan Jet. Laurent ressort son appareil pour une nouvelle séquence. Il est 10h18, nous sommes 1033èmes . Les 132 coureurs que nous avons doublé n’ont probablement pas de bâtons. Laurent fait sa deuxième pause et je regarde de nouveau des paquets de concurrents repasser devant nous.

Je contemple le massif du Mont-Blanc et l’Aiguille des Posettes en avalant un verre d’eau. Un long ruban coloré de coureurs serpente jusqu’au sommet. Nous grimpons au milieu des Rhododendrons, c’est magique. Au sommet de l’aiguille nous avons la banane : Nous courons depuis 3h39 et sommes en avance de plus de 30 minutes sur notre temps prévisionnel. Je me lance dans la descente en étant persuadé que je vais pulvériser la barre des 6h00. Il reste 18km et moins de 800m de dénivelé à parcourir, en 2h20 c’est réalisable compte tenu de notre temps de passage à Vallorcine…

Gros Fun dans la descente. Je me sens pousser des ailes je suis à fond. J’utilise les Leki pour garder l’équilibre. Cela allège les genoux et limite le besoin de freiner. Le trail comme de sport de glisse c’est un truc dont je n’avais pas l’habitude, surtout après l’expérience du Marathon des Causses où chaque mètre vers le bas constituait un véritable calvaire. La prochaine fois que je me lance dans une course en montagne, je m’équiperai d’un GoPro pour garder un souvenir de mes minutes les plus folles en descente… Il ne fallait pas rêver, le Paradis sans Enfer, ça n’existe pas, je suis passé par le Purgatoire : Au niveau du 27ème kilomètre, je suis foudroyé par une crampe. Ma jambe se dérobe sous moi et je tombe dans la pente du bas côté. Laurent m’aide à me réhydrater et à reprendre doucement mes appuis. Nous nous faisons méchamment doubler par tous les types que nous avions laborieusement dépassés. Je fais quelques pas et je sens que mon muscle se contracte de nouveau. Je m’allonge et tente d’étirer ma jambe. Je commence à douter de mes chances d’en finir. Ce doute est heureusement assez passager car au bout d’une dizaine de minutes je reprends la descente. ; lentement, d’abord puis de plus en plus vite. J’en voulais à Laurent de nous avoir fait perdre du temps pour ses pauses techniques. La mienne valait bien la somme des siennes et je m’en veux de n’avoir pas été plus patient avec lui. Nous franchissons la barrière du Tour après 4h30 de course et être redescendu à la 1190ème position. Nous contournons le village par lequel nous étions passé lorsque nous nous dirigions vers le col des Montets.

Nous parvenons au ravitaillement de Tré-le-Champ (31km) en 4h49 et regagnons quelques places au classement (1092). Laurent est épuisé il est sur le point de tourner de l’œil. La chaleur est terrible et nous en souffrons beaucoup. Nous nous aspergeons copieusement d’eau pour faire descendre la température. Nous nous attardons un bon quart d’heure autour du buffet avant de repartir. je compose un sandwich saucisson-fromage avec l’excellent pain offert par les bénévoles, je picore un aggloméré de céréales et je vide le reste d’une bouteille de Coca. J’envoie ensuite un texto optimiste à Anne : Il reste moins de 11km et 700m de dénivelé. C’est raté pour 6h00 mais j’espère encore pouvoir arriver là haut en moins de 6h30. 1h30 pour finir, ça me semble jouable. Je me trompe. J’ai encore des jambes et ne ressens plus aucune contracture à ma cuisse, mais la route vers Flégère est plus difficile qu’elle ne parait.

à l'assaut de la Flégère...

Nous progressons en suivant le balcon sud.Le parcours est toujours aussi sublime. Nous avions emprunté une partie de ce chemin, la veille, lorsque nous montions vers l’aiguillette d’Argentière. Malgré ma détermination, je ne parviens pas toujours à trouver la force de doubler ceux qui courent devant nous. La piste est étroite et il faut se faufiler entre une épaule et le fossé. On perd énormément d’énergie dans cet exercice de slalom. De nombreux coureurs ont du mal à avancer, certains sont effondrés sur le bord du sentier et ils méditent en tenant leur tête entre leurs mains comme le penseur de Rodin. Je crois qu’ils se demandent s’ils vont continuer. Nous sommes pourtant à moins d’un kilomètre de la Flégère. J’essaie de résoudre un petit problème avec mon sac. Je n’ai jamais réussi à me servir correctement d’une poche à eau. Cela m’avait même posé de sérieux problème sur le Marathon des Causses sur lequel je ne parvenais pas à étancher ma soif à cause d’une pipette dont seul le mode « goutte à goutte » fonctionnait. J’ai préféré m’équiper deux portes bidons Salomon que l’on ajoute aux bretelles de son sac. Ce système n’est pas excessivement pratique, la contenance est limitée à moins de 1200ml et les bidons remuent beaucoup. Le poids exercé par celui de gauche sur l’attache de ma bretelle à fini par l’arracher. Depuis quelques kilomètres je dois courir en tenant ma bretelle et mon bidon pour ne pas qu’il tombe. Je m’arrête finalement pour placer mon bidon gigoteur à l’intérieur de mon sac; de toute façon je n’en aurai plus besoin. Le sentier quitte la forêt et atteint une colline tondue à plus de 1600m d’altitude. La dernière partie de cette étape est vraiment pénible. Il fait chaud, nos cuisses deviennent raides et avons un mal fou à marcher sous ce cagnard. Chaque mètre de dénivelé, dans un sens ou dans l’autre, est un supplice. Nous entendons une armée de tambours qui jouent de la samba. En passant devant eux j’esquisse quelques pas de danse en chantant. J’ai surement l’air ridicule mais ça donne du courage. Nous atteignons la Flégère en 6h14 et avons encore gagné une trentaine de places (1061). Il reste 5km, et je me fiche du temps. Je sais désormais que nous ne terminerons pas en moins 6h30. Je veux juste arriver.

Après le dernier ravitaillement Laurent a repris du poil de bête, il repart de la Flégère comme une fusée; moi moins que lui. Je prend des risques pour doubler les coureurs qui me séparent de lui. En franchissant à fond la caisse un pierrier, je pose mon pied sur une pierre plate un peu branlante. Je dévisse et tombe une nouvelle fois dans un petit ravin. J’ai eu chaud, je suis retenu par un branchage, 5m plus tôt j’aurai fait un plongeon dans le vide. Je reste étendu pendant quelques minutes, choqué. A part mon coude qui saigne, je n’ai rien de cassé. J’ai bien senti mon genou heurter le sol mais je ne ressens aucune douleur. Celui que je venais de doubler lorsque je suis tombé m’aide à me relever. C’est un truc assez fort sur les trails : l’entraide. La solidarité compte plus que le temps ou la performance et j’apprécie beaucoup cela. Je vérifie longuement que mon genou supportera les quelques kilomètres qu’il me reste. Je repars, encore plus vite pour rattraper mon retard et Laurent. Laurent m’attend au pied du dernier mur. On entend le speaker et la foule qui encouragent les concurrents qui arrivent. Une côte de 1km avec une pente supérieure à 20% et c’est fini. La course vient se terminer sur un site qui forme comme une arène ouverte face au Mont-Blanc. Je pense à Thibaut qui doit terminer l’ ascension de son sommet.

Des cailloux, du soleil et pas un gramme d’ombre.

arrivée à Plan Praz

Curieusement, mes nerfs lâchent. Ce dernier kilomètre est interminable. Je me promets de ne plus jamais courir, d’arrêter le trail et de me lancer dans une activité sportive moins pénible. Je laisse tomber la course des Templiers sur laquelle je devais m’aligner fin octobre. Je ne passerai pas l’été à courir en Toscane ou ailleurs, c’est fini, je raccroche.

Anne et Val nous attendent à 400m de l’arrivée; les spectateurs hurlent nos prénoms mais je n’arrive pas à avancer. On a l’impression de se trouver sur une étape de Montagne du tour de France. Il règne sur Plan Praz une ambiance incroyable. Je pleure de joie et de douleur. Laurent est plus en forme que moi. Il m’attend dans le dernier mur pour que nous passions sous l’arche ensemble. J’ai un mal fou à franchir la ligne dignement mes jambes ne veulent plus faire cet effort et je pousse un râle de tennisman lorsque je trouve enfin la force de me propulser sur les vingt derniers mètres.

7h18 !

Résultats


accès à la Trace du Marathon du Mont-Blanc 2011

j’avais prévu 7h15

Un petit comparatif entre les temps de passage théoriques calculés avant la course et la façon dont nous nous avons réellement couru montre que nous sommes très proche de la course théorique. Nous allions même de plus en plus vite jusqu’au col des Posettes. Après, notre vitesse a baissé. Au final, trois minutes d’écart avec le pronostique basé sur une allure de 10km/h plat…Si on projette notre avance du Col des Posettes jusqu’à l’arrivée (en pourcentage de gain), nous aurions mis 5h40 ! ça ouvre des perspectives…

Après quelques minutes de repos, allongé derrière la ligne, tout va mieux: les organisateurs offrent des bières bien fraîches au concurrents, j’ai fini…

Nous recherchons un petit coin à l’ombre à l’écart du site d’arrivée. Nous contournons le bâtiment de la télécabine derrière lequel nous trouvons quelques arbres chétifs. Nous partageons le pain et le jambon que les filles avaient apportés pour se restaurer. Après un dernier café au restaurant d’altitude nous redescendons sur Chamonix. J’abrège mon planning de shopping dans les magasins de sport de la ville. Tant pis pour North Face, j’arrête la course à pied.

Nous retournons diner le soir même à la Crémerie pour ce qui deviendra sans doute une de nos meilleures soirées de l’été.

Le lendemain, avant de reprendre la route, nous effectuons une dernière ballade jusqu’aux Gorges du Glacier d’Argentière. Je m’étais promis de me reposer quelques heures et de patauger dans la piscine de l’hôtel plutôt que de solliciter les muscles de mes cuisses trop rapidement, mais le ciel et la montagne ont été plus forts.

au fond des Gorges du Glacier

J’ai mis quelques jours avant de reposer les pieds sur terre. C’est sans doute la plus belle course que j’ai eu l’occasion de courir. Le parcours est magnifique, l’ambiance chaleureuse et l’organisation parfaite. J’ai gagné le point qui me permettra peut-être de m’inscrire à la CCC® de 2012. Je reviendrai l’an prochain; quant à la grande course des Templiers, je me lance dès la semaine prochaine dans une préparation qui devrait peut-être me permettre de suivre Thibaut jusqu’à l’arrivée…

 

…Comme je n’ai pas couru seul, d’autres expériences que la mienne ont fleuri ici ou , et encore et ici

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Eco-Trail Paris 50km

récit de l’Eco-Trail de Paris 2011 50km

Je me suis inscrit à l’Eco-Trail de Paris au tout début de l’automne 2010. J’ai pensé que cette course pourrait constituer une première étape dans ma progression vers une participation à l’UTMB en 2013 ou en 2014. Après quoi, et à moins que je ne sois en réanimation cardiaque au CHU de Sallanches, je pourrai toujours me lancer dans le tour de Mars sans scaphandre.
Ce devait aussi être mon premier gros trail de la saison 2011 avant le Marathon du Mont-Blanc, en juin et surtout la grande course des Templiers en octobre.

arrivée de l'Ecotrail 50km

Même si certains orthodoxes de l’ultra considèrent un parcours de cinquante kilomètres comme une promenade de santé, une telle épreuve se prépare.
La course avait été programmée quelques jours après l’arrivée du Printemps, mais c’est quand même en hiver qu’il a fallu s’entraîner. Et sortir en décembre ou en janvier quand il pleut, qu’il neige et surtout qu’il fait froid, ce n’est pas toujours un plaisir.
On me reproche parfois d’avoir une relation addictive à la course à pied, mais la perspective de courir en été a davantage motivé mes sorties plutôt que le besoin ou l’envie de sortir de nuit, attraper la crève.

Le bilan de mes entrainements hivernal n’était pas particulièrement brillant. A l’exception d’une ballade à Crécy la Chapelle et d’une autre sur les bords de Marne de 25 km chacune, je n’ai pas fait véritablement de sortie longue. Je me suis contenté de courir au bois de Vincennes avec Fred. Comme Laurent s’était inscrit lui aussi sur cette course, nous avons régulièrement traversé ensemble le parc des Buttes Chaumont. J’ai aussi effectué quelques sorties avec Thibaut, mais lui avait un engagement beaucoup plus sérieux que le notre : les 80km.

Vendredi, veille de la course, Laurent me rejoint devant la sortie du Métro Père Lachaise. Nous traversons Paris en voiture pour rejoindre la tour Eiffel où nous devons récupérer nos dossards. Je me gare sous le Musée du quai Branly en face duquel est installé le village quelque peu anémique de l’Ecotrail. Pour le shopping c’est raté, on se croirait dans un supermarché de l’ère soviétique. J’ai de toute façon opéré suffisamment de descentes chez Team Outdoor, lorsque je manquais de motivation et que je compensais avec ma carte bleue les kilomètres qui manquaient à ma semaine, pour ne pas avoir besoin de m’acheter quoi que ce soit.
La remise du dossard est un grand moment d’émotion qui mériterait d’être mieux mis en scène. Je porterai le numéro 6341 pendant plus de 50km. Il faudra que je m’habitue à lui et que lui aussi accepte le coureur médiocre que je suis. Mais comme, 6341 ça reste quand même très éloigné des prestigieux numéros à un seul chiffre, nos médiocrités réciproques devraient s’ajuster. En revenant vers le parking, j’aperçois la terrasse des Ombres, le sublime restaurant qui surplombe le musée. L’idée d’y passer la soirée, demain, après notre arrivée, commence à me hanter. Nous pourrons y attendre paisiblement l’arrivée de Thibaut qui ne devrait pas atteindre la tour Eiffel avant minuit.

Nous prenons ensuite la direction de Versailles. Julien nous a aimablement proposé d’occuper l’appartement de ses parents, situé à moins de deux kilomètres de la ligne de départ. Nous avons rendez-vous dans un restaurant chinois du centre commercial Parly 2 pour y consommer notre dernier repas. A défaut de pâtes, je mange du riz. De toute façon, demain soir, je dînerai aux Ombres.
Nous ne nous éternisons pas sur notre frugal repas et allons rapidement nous préparer pour la nuit.
Laurent, bon prince, m’accorde la jouissance du grand lit ; il restera dans le salon, sur les coussins du canapé. Après une longue douche et avoir soigneusement préparé mon vestiaire pour le lendemain, je m’endors rapidement.

Je ne suis pas certain d’avoir passé une excellente nuit. J’étais anxieux et cela a quelque peu perturbé mon sommeil. Je dormirai bien mieux ce soir, c’est certain. Laurent, lui a passé sa nuit à tourner sur ses coussins sans trouver la position qui lui convienne. Il se réveille avec une douleur dans le dos; ça commence mal. Nous partageons le Gâteau Energie que j’avais préparé la veille et l’accompagnons d’un verre de concentré d’orange. Je me passe difficilement de mon bol de Muesli noyé dans du Fjord mais j’espère bien me rattraper avec la livre de bananes et de figues séchées que j’emporterai dans mon sac. J’ajoute quelques barres de céréales, deux ou trois gels et je prépare consciencieusement mes bidons en ajoutant à l’eau, une poudre sucrée Isostar.
Catherine et Julien passent nous prendre un peu avant 9h00 et nous déposent au bout d’une allée du parc qui entoure le Château de Versailles. Catherine repart rapidement, nous laissant tous les trois rejoindre, avec nos tenues de mercenaires, la Porte des Matelots.

Des bénévoles récupèrent nos jolis sacs verts et les déposent à l’arrière d’une camionnette. Nous récupèrerons nos affaires après l’arrivée dans quelques heures. Nous procédons aux derniers ajustement sur le bord du plan d’eau. la pression monte.

derniers ajustements

Le départ du 50km est donné au milieu du parc du Château de Versailles, le samedi matin vers 10h30, sous un très beau ciel bleu. Je suis entouré de Laurent, avec qui j’avais couru à Millau en octobre, et de Julien qui enchaine habituellement les Ironmen. Il est lui même accompagné de quelques potes tri athlètes dont l’un d’eux terminera quatrième.
Nous faisons, sur les six ou sept premiers kilomètres, notre chemin de croix autour du grand canal, au pied du château, sur de larges allées bien plates.
C’est magique, notre enthousiasme est intact, on se laisse entrainer à courir bien au dessus du rythme prévu mais ce n’est pas grave on sait que cela ne va pas durer.
On sort du Parc et on continue le long du camp des Matelots, puis derrière la pièce d’eau des Suisses. Le peloton est animé, il y règne une bonne ambiance, et, avec le soleil, c’est le printemps.
Attaque de la première véritable côte au bas du camp militaire de Satory. Les coureurs ralentissent et se mettent sagement à la marche. On entre ensuite dans la forêt de Buc. Julien décide de nous abandonner et de courir dans les côtes. Nous ne le reverrons plus. Laurent et moi préférons rester sur notre plan: marcher sur les pentes raides puis relancer notre course aussitôt le sommet franchi. Nous en sommes à 13km, la moitié du chemin qui doit nous conduire jusqu’au premier ravitaillement

Nous traversons une autoroute vers le quinzième kilomètre. Je commence là à moins apprécier le parcours. Cela n’a finalement rien d’une course en nature; on traverse des bois péri-urbains et des zones résidentielles, on est loin des Causses. Vers Vélizy, un type compte les filles sur le bord du chemin : La 104ème est juste derrière moi. Il y a huit garçons qui courent autour de mois pour une seule fille; un dixième. Nous en déduisons avec Laurent que nous devons nous situer à la millième place. C’est une erreur, les filles courent plus vite que ça.
Les fruits séchés que j’avais placés dans le petit pochon à déchet remis par les organisateurs laissent dégouliner un liquide visqueux et sucré. J’en ai plein les mains et ça colle. Mon t-shirt et mon short sont eux aussi maculés de ce sirop. J’avale ce qui reste de fruits pour éviter que tout cela ne me salisse davantage et je passe au moins deux kilomètres à lécher mes doigts pour tenter de faire disparaitre cette sensation très désagréable sur mes mains. Je pense pendant quelques instants à utiliser l’eau contenues dans mes bidons mais je réalise rapidement que la boisson à qu’ils contiennent est elle aussi sucrée…
Forêt de Meudon puis Chaville.

jumping jack flash

Ca commence à tirer, le ravitaillement se fait attendre, mes gourdes sont presque vides. Nous n’en sommes pourtant qu’au 22ème kilomètre et la pause est théoriquement prévue cinq kilomètres plus loin. Il faudra attendre un kilomètre de plus. Nous atteignons le ravitaillement en plus de trois heures. Une demi-heure de plus que dans le planning que je m’étais fixé.
Laurent change de semelles, il souffre des talons. Je remplis les bidons avec de l’eau pétillante (grosse erreur) et j’avale goulument quelques rondelles de saucisson et des Tucs . Depuis quelques kilomètres, je n’ai plus le goût du sucre. La boisson au gout d’Orange que j’avais dans mes bidons m’était devenue insupportable.

On continue d’enchaîner des raidillons tous les cinq cents mètres. C’est très pénible car on ne peut pas s’installer dans un rythme. Il me faut bien un kilomètre pour me sentir à l’aise et dérouler, mais là je n’y parviens jamais; dès que ça commence à aller et que je sens que je vais avancer. Paf, une côte! En fait, c’est simple, le parcours est une sinusoïde : ça ne fait que monter et descendre!

Ville d’Avray et un petit tour dans la bourgeoise Marne la Coquette. Ca fait longtemps que la bonne ambiance a disparu. Plus personne ne parle. C’est lugubre. Laurent râle, il n’apprécie pas le parcours et il tarde de plus en plus à se relancer lorsqu’il parvient au sommet d’une côte. Je le laisse derrière moi en promettant de l’attendre au prochain ravitaillement. Mes jambes commencent à devenir lourdes mais comme on approche de la distance du Marathon je reprends un peu de courage. Depuis la sortie du premier ravitaillement je double des coureurs sans jamais me faire doubler et, malgré la fatigue, je poursuis sur ce rythme à 7 ou 8km/h environ.

L’eau pétillante avec laquelle j’ai rempli mes bidons, sous l’effet des secousses, a fait exploser les bidons. Je suis trempé et je n’ai plus grand chose à boire. Entre le trente cinquième et le quarante-quatrième kilomètre je dois économiser mon eau, ce n’est pas agréable.
J’ai des jambes en bois je suis au bord des crampes quand j’atteins le second ravitaillement au sommet du Parc de Saint-Cloud après plus de quarante-quatre kilomètres et cinq heures trente de course.
Je prends un thé, je remplis mes bidons avec une boisson isotonique à la menthe et je m’assieds sur un banc pour attendre Laurent.
Il arrive au bout d’un quart d’heure. Il est énervé, ne supporte plus ce parcours en Ile de France, souffre de ses talons, de son genou et ne parvient pas à digérer tout ce qu’il a mangé sur le premier ravitaillement. Il annonce qu’il a décidé de s’arrêter là. J’essaie de le persuader de reprendre la course, en vain.

Je repars seul et, alors que j’ai déjà perdu un quart d’heure et cent-cinquante places je m’arrête au bout de cent mètres pour faire une chose stupide: j’attrape l’Iphone que j’avais enfoui au fond de mon sac et je passe cinq bonnes minutes à tenter de démêler l’écheveau de fils de mon casque. Je ne cours habituellement jamais en musique et là je perds un temps fou à me brancher. Des dizaines coureurs me dépassent et je continue à ajuster mes écouteurs. Je crois que la fatigue m’a fait perdre la raison.

Je descends la longue pente du Parc de Saint-Cloud en écoutant The Verve et puis je croise Papa qui m’attend à la sortie du Parc, juste avant la Seine. Je discute 5mn avec lui et le remercie pour sa patience. Il a vu passer Julien environ 45mn avant moi. J’arrache mon casque et je continue le long des quais.
C’est à partir de là que ma course se transforme en calvaire. Les excursions sur les différentes iles qui se succèdent entre Saint-Cloud et la porte d’Issy ne rajoutent pas grand chose au trail. On se retrouve au milieu des promeneurs du dimanche avec leurs poussettes qui se demandent ce qu’on fait là avec nos têtes de zombies et nos sacs à dos ; et nous aussi on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère au milieu des gamins qui jouent au ballon.
Je mobilise mes dernières forces pour ne pas me mettre à marcher sur ce tronçon interminable qui longe les entrepôts d’entreprises de BTP (désolé Thibaut); c’est franchement glauque. C’est peut-être plus supportable de nuit mais là il fait encore jour. Je réussis à doubler une quinzaine de coureurs qui n’en peuvent plus.
Plus les kilomètres passent, plus il en reste. J’ai envie de trucider un des bénévoles qui tous les kilomètres annoncent «allez, encore un petit kilomètre». Au final ce trail mesure 55km.
Je me traine jusqu’au pont de Suffren alors que la pluie commence à tomber. Anne, val et Fred m’attendent en haut des marches. C’est une super surprise. J’ai beaucoup de mal à afficher ma joie tellement je redoute qu’il me faille encore faire le tour du champ de Mars avant d’arriver. Mais je suis vraiment très content qu’ils m’accompagnent en courant jusqu’à la ligne d’arrivée.
Autre bonne surprise, la ligne est placée un peu avant le pont d’Iéna et non pas à l’autre bout du Champ de Mars comme je le craignais. Elle est un peu misérable cette ligne, dans l’indifférence et sous la pluie. Mais elle est là, et ça me va bien.
Sur une idée de Fred, je termine par un sprint pour doubler, au finish, un couple qui se traine 200m devant moi.

c'est la lutte finale !

Grosse déception, le t-shirt Mizuno finisher est vraiment très moche. Les organisateurs avaient été mieux inspirés l’an dernier; cet imprimé vert sur fond blanc est assez bas de gamme. Il faudra vraiment que je n’ai rien à me mettre pour le porter.

Voilà! la douche était encore chaude même s’il fallait s’entasser à vingt-cinq vieux poilus dans des vestiaires prévus pour accueillir une équipe de foot de benjamins. Pendant que je me rhabille, Laurent apparait dans l’embrasure de la porte en affichant un large sourire.
Il a finalement repris la course après qu’il se soit rendu compte qu’il devrait attendre près de deux heures dans le parc de Saint-Cloud avant qu’une navette ne le ramène vers la ligne d’arrivée. Les organisateurs n’ont pas voulu lui rendre son dossard et il terminera sa course en homme libre. Il est lui aussi un véritable finisher mais nous serons les seuls à le savoir.
Après avoir passé quelques longues minutes étendus dans un coin du gymnase, nous nous précipitons dans le bistrot le plus proche pour boire les bières dont nous avons tant rêvé. J’apprends qu’ Agnès Hervé, la gentille gérante de Team Outdoor, a remporté la course chez les femmes malgré un gros problème de balisage qui lui a fait perdre de précieuses minutes.

Nous laissons tomber les Ombres et rentrons finalement Anne, Val, Laurent et moi à la maison en taxi. Nous savourons les plats délicieux d’un traiteur thaï secret du douzième arrondissement.
Je vais ranger mes chaussures pour quatre jours au moins. Je pars pour Lisbonne Mercredi et ne désespère pas de faire quelques pas dans le parc Monsanto

temps officiel : 07:02:22 – classement général : 678 sur 1299 – classement catégorie V1H : 226 sur 394

la trace du parcours de l’Eco-Trail de Paris 50km

le Causse Noir

Marathon des Causses

récit du Marathon des Causses 2010

le Causse Noir

Ça ne faisait pas trois mois que j’avais commencé à courir quand je me suis inscrit pour le Marathon des Causses.

J’ai dû mal à expliquer comment m’est venue l’idée de me fixer un tel objectif avec aussi peu d’expérience. J’ai bien quelques insatisfactions dans ma vie : un boulot pas si passionnant que ça, une fille en pleine crise d’adolescence et un couloir à repeindre, mais cela ne justifie pas que l’on se jette du haut d’une falaise ni que l’on avale une boite de tranquillisant.

Je n’ai pas consulté de psychanalyste depuis, on s’en tiendra donc à un stupide élan de vanité masculine ; une tentative désespérée d’accomplir un exploit pour laisser à la postérité une trace dérisoire de mon passage sur terre. Prendre le risque de mourir pour prouver qu’on a été vivant ce n’est pas le dernier de mes paradoxes.

 

Un des principaux problèmes posés par un objectif ambitieux, c’est que, pour ne pas prendre le risque d’être complètement ridicule, on doit s’atteler à un programme d’entraînement conséquent; Or des forces contraires s’exercent sur vous et vous poussent à rester une heure de plus au lit ou à accepter le verre de prune que vous tend un pote pour conclure un diner déjà trop arrosé. A chaque fois que le doute s’installe ou que la motivation décroit (courir sous la pluie ou chausser une paire de running au réveil d’une nuit imparfaite, c’est très moyennement sympa), j’imaginais les remarques sarcastiques que Bruno me ferait supporter en cas d’abandon. J’ai été trop peu discret pour pouvoir échouer dignement.

 

J’avais un été pour courir alors j’ai couru. Autour des Buttes Chaumont d’abord, parce que c’est un des rares parcs de Paris qui dispose d’un dénivelé honnête, parce que c’est tout à côté de la maison et parce que, franchement, lorsque j’observe, à chaque tour du parc, les clients endimanchés du Rosa Bonheur enfermés dans leur enclos, je rêve de les y rejoindre et de siroter une grande bière bien fraiche avec eux ; le long du canal de l’Ourcq, ensuite ; et puis dans les Deux-Sèvres où j’ai l’habitude de passer quelques jours au printemps et en été. Malgré un joli paysage de bocage assez vallonné, ce n’est pas un coin parfaitement adapté à la pratique du trail: les champs et les bois sont majoritairement clos et les chemins privés aboutissent à des culs de sac. J’ai fini par découvrir quelques itinéraires agréables et cela constitue sans doute l’un des attraits du trail: tracer des routes.

 

A l’occasion d’un weekend en Suisse alémanique au mois d’Août j’ai effectué ma première véritable course en montagne. Je suis parti un matin du centre de Wengen et j’ai grimpé jusqu’au pied de l’Eiger. Il a plu pendant toute l’ascension; un parcours de 10km pendant lequel j’ai croisé Suzana, une jeune femme d’Interlaken, qui s’entrainait pour le «Jungfrau Marathon». Elle m’a accompagné jusqu’au sommet. J’étais loin d’être certain d’atteindre le bout de cette espèce de kilomètre vertical; Bruno et Anne ont pas mal insisté pour que, comme eux, les enfants et tous les touristes japonais et indiens, je les accompagne là haut en train. Ils ne se sont sans doute pas rendus compte combien ce petit succès sur la montagne a compté pour moi.

J’ai enchaîné en allant courir en Toscane à travers les sentiers vallonnés des forêts et des monts du Chianti. Je garde de ces ballades au milieu des cyprès, des vignes et des oliviers, un souvenir merveilleux. Depuis, lorsque je cours, j’associe toujours des parfums à mes parcours, comme en forêt de Fontainebleau où j’adore retrouver cette odeur de bruyère et de lavande qui enveloppe tout le massif.

Tous ces trails estivaux m’ont permis d’expérimenter mon équipement et mon alimentation. Pour transporter mon matériel et mon eau, j’ai choisi un petit sac à dos Salomon de dix litres. Les sangles sont un peu étroites mais cela ne devrait pas me poser de problèmes de confort sur des distances dites moyennes ; et puis la poche à eau de deux litres s’est révélée plutôt pratique même si j’ai compris tardivement comment éviter les bulles d’air et le bruit insupportable de l’eau qui se balance dans mon dos. J’ai bien entendu fait l’acquisition de S-Lab 3 XT Wings. En l’absence de toute référence, j’ai succombé à la puissance marketing de Salomon. Il m’est difficile de formuler une opinion objective puisque ce sont mes premières chaussures de trail; Je trouve cependant qu’en dépit d’une excellente accroche, le maintien reste léger et que cela peut constituer un danger, en fin de course, lorsque la fatigue diminue l’attention que l’on porte aux imperfections des sentiers. Pour finir, j’ai pris l’habitude, lorsque j’envisage de courir plus de deux heures, d’assortir mes mollets de manchons de compression BV-Sport et mes cuisses de Quads CompresSport; ça ne sert probablement à rien mais, avec ça au moins, j’ai l’air d’un trailer.

J’ai aussi testé toute sorte de gels, de barres énergétiques et de boissons isotoniques ; Je n’ai pas réussi à former une religion à ce sujet, j’ai donc supposé que les produits Isostar vendus chez Décathlon devraient convenir à mes modestes besoins.

Food & Drugs

A la fin de l’été j’ai alterné des entrainements à bloc en compagnie de Fred, François, Simon et Sylvain sur une boucle de 12km entre le canal de l’Ourcq et la porte des Lilas, avec de longues vingt kilomètres de Paris, sur lesquels j’ai réalisé un temps de 1h38, moins de quinze jours avant mon Marathon. Je pense avoir commis là une grosse erreur. J’ai sans doute exagéré la charge de mon entraînement, accumulé la fatigue et me suis finalement blessé en recommençant à courir dès le lendemain de ma course parisienne.

J’ai passé les jours suivants à espérer que l’élongation dont je souffrais, se résorberait avant notre départ pour Millau. Je me préparais aussi à l’idée de rester derrière la ligne et de rejoindre Laurent sur les ravitaillements pour l’encourager dans sa course…

Laurent m’attend au sommet du boulevard Magenta. A l’aube, les environs de Barbès ne sont pas encore devenus une ruche autour de laquelle s’active une foule grouillante; Je n’ai aucun mal à les retrouver, son sac de voyage et lui. Il embarque et nous fuyons par la porte la plus proche. Périphérique, A6b, A10… Quand on quitte Paris le vendredi matin en direction de la province, la probabilité de se retrouver enfermé dans un embouteillage monstrueux reste faible. L’autoroute est déserte et nous naviguons rapidement vers le sud. Après plus de cinq cents kilomètres de route, nous nous arrêtons au sud de Saint-Flour sur l’aire de services de la Lozère afin de nous restaurer. Nous atteignons Millau deux heures plus tard. Depuis que nous avons dépassé Clermont, un joli camaïeu de bleu et un grand soleil envahissent le ciel au dessus de la voiture. Le weekend s’annonce radieux.

Nous errons un peu dans le centre de Millau sans parvenir à localiser la zone dans laquelle est installé le festival des Templiers. Au bout de quelques tours nous tombons finalement sur un immense chapiteau, dressé au milieu d’un terrain vague à l’ouest de la ville, à proximité du Tarn; il abrite quelques dizaines d’exposants qui organisent majoritairement la promotion de courses en nature. Quelques uns proposent des produits nutritifs dignes de la pharmacopée du Docteur Ferrari. Nous parcourons consciencieusement toutes les allées et recueillons gentiment chacun des prospectus que l’on nous tend. Je suis un peu déçu. J’imaginais ce salon comme le parcours shopping d’une fashion-addict à l’ouverture des soldes londoniennes mais là c’est plus austère : On est là pour courir dans la nature et ça se voit.

Nous récupérons nos dossards, nos puces et nos épingles. Laurent sera le 560 et je serai le 388. Si je pouvais conserver ce classement à l’arrivée de la course je ne regretterai pas mon weekend, il me reste encore toute une nuit pour y rêver. Nous emportons aussi le cadeau de l’organisation, un joli buff kaki que je devrais pouvoir réutiliser s’il me venait l’idée, à quarante-quatre ans, de m’engager dans la légion.

Nous avions réservé des chambres dans un hôtel qui surplombe les gorges du Tarn à Compeyre, au nord de Millau. Sur le papier l’auberge du Rascalat affiche le charme un peu suranné des endroits où l’on vous sert une fricassée de faisan et de cèpes au foie gras suivi d’une blanquette de veau à l’ancienne. L’accueil modérément sympathique du réceptionniste semble en cohérence avec la propreté douteuse de son t-shirt et de son bas de jogging. Nous nous embrouillons à propos du petit déjeuner: faire bouillir de l’eau pour cuire des pâtes lui semble extrêmement compliqué. Une nouvelle déception nous submerge lorsque nous découvrons que la piscine dans laquelle nous espérions nous détendre est remplie d’un mélange d’eau saumâtre et d’algues vertes.

Nous ne nous éternisons pas et repartons immédiatement en voiture à l’assaut du Causse Noir pour découvrir, avant l’heure, ce qui nous attend demain. Depuis le plateau on distingue les lumières Millau qui scintillent dans le crépuscule et, au loin, vers l’ouest, le pont derrière lequel un énorme soleil rouge vient mourir. Ici où là on croise des zombies exténuées qui avancent en titubant à la lumière de leurs lampes frontales. Ce sont les coureurs de l’endurance trail qui terminent le parcours de 110km. Je n’aimerais pas me retrouver, comme eux, seul au milieu du Causse et de la nuit à chercher au fond de moi le dernier soupçon d’énergie qui me permette d’atteindre la ligne d’arrivée.

Reconnaissance

Nous redescendons pour tenter de dénicher le restaurant dans lequel nous prendrons notre dernier véritable repas. Malheureusement nous ne sommes pas à Paris, et trouver un restaurant ouvert après 21h00 tient du miracle. Nous échouons dans une brasserie de la place Mandarous. La serveuse nous installe sur une petite table à l’écart et nous attendrons des heures avant d’être servis ; nous ne sommes manifestement pas les seuls coureurs à atterrir au Boca Reva. Nous nous consolerons en buvant quelques demis bien frais.

Contre toute attente je passe une excellente nuit. Je me réveille vers 9h00 et rejoins tranquillement Laurent dans la salle de restaurant. Il est désespéré : L’aubergiste n’a pas de lait. Je mélange mes céréales avec un yaourt et les accompagne de quelques tartines de pain, de beurre et de confiture. Ce petit déjeuner ne serait sans doute pas agréé par l’association française des nutritionnistes du sport, mais la steak-frites et les bières de la veille non plus.

Le départ du Marathon des Causses doit être donné à 13h00. cela nous laisse pas mal de temps pour nous préparer et rejoindre Millau. En remplissant mon Camelbak je constate que la pipette fuit abondamment. Je la remplace précipitamment par une tétine que j’avais emportée au cas où je me retrouverais confronté à une telle situation. J’ajoute à mon sac quatre barres de céréales, cinq tubes de gels, une veste imperméable, un t-shirt de rechange, un vêtement chaud et une bande strap. Avant de partir, nous prenons quelques photos devant l’hôtel ; sur celles-ci au moins, nous aurons l’air de vainqueurs.

Sortie de l'hôtel

 

Après avoir garé la voiture à l’autre bout de la ville, nous retrouvons la tente qui abrite le salon du trail. Nous regardons les concurrents qui arrivent peu à peu sur la zone de départ pendant que nous faisons semblant d’effectuer quelques étirements. Ceux de Laurent sont sans doute plus orthodoxes que les miens, mais je ne suis pas suffisamment concentré pour parvenir à étendre mes muscles. Les autres coureurs m’impressionnent ; ils semblent monstrueusement affutés et je crains que nous ne soyons grotesques. Une jolie brunette qui ne doit pas avoir la moitié de l’âge moyen des gens qui s’agglutinent autour de nous, fend la foule vers la ligne de départ. Avec son short, ses manchons qui couvrent ses mollets comme des bottes et son porte bidon qu’elle exhibe comme une ceinture de révolver, nous décidons de la baptiser Lara Croft. J’apprendrais plus tard qu’il s’agissait de Fiona Porte, qu’elle est arrivée première chez les femmes et septième au scratch. Pas étonnant que nous ne l’ayons pas revue: elle est partie devant nous et y est restée.

 

avant le départ

étirements

 

L’heure du départ approche et la pression monte. Les sages et les habitués de l’épreuve irriguent leurs voisins de leurs expériences et de leurs conseils. Ils connaissent le parcours et la région par cœur ; cette course ne sera pour eux qu’une courte formalité. J’essaie de glaner quelques informations utiles, en vain.

Le ciel est dégagé au dessus des Causses, il est treize heures; le cortège s’ébranle à travers les rues de Millau et franchit le pont sur le Tarn. C’est parti.

Nous traversons les faubourgs de Millau et prenons la direction du nord en suivant la rive gauche du Tarn. La route est plate, ça avance vite. Laurent me fait remarquer qu’à près de 12km/h, nous courons bien au dessus de l’allure que nous nous étions promis de suivre. Je me sens bien.

Après le deuxième kilomètre nous bifurquons vers la droite et attaquons, dans un grand champ d’herbes desséchées, notre premier raidillon.

La troupe s’est arrêtée net et progresse en marchant. La pente ne m’effraie pas, j’ai connu pire: Même celle de la rue de Crimée, dans les Buttes Chaumont, me semble plus difficile. Je continue de courir et remonte lentement la file de coureurs. Je sens dans mon dos comme une rumeur de désapprobation. Je comprends vite qu’il vaut mieux, pour éviter l’arrêt respiratoire deux kilomètres plus loin, que je rentre dans le rang.

Dès que la pente s’adoucie, nous recommençons à courir. Nous traversons une jolie oliveraie et atteignons gentiment nos premiers 200m de dénivelé. Après le sixième kilomètre nous glissons doucement vers le petit hameau de Carbassas où de petits groupes de personnes nous encouragent bruyamment.

Nous attaquons ensuite une deuxième côte, plus sévère, qui préfigure ce que nous allons devoir gravir quelques hectomètres plus loin. Les mieux équipés déplient leurs bâtons. Je n’ai que mes cuisses sur lesquelles m’appuyer et, en une centaine de mètres d’ascension, j’ai compris ce que pousser veut dire. Sur le replat nous effectuons une halte technique et naturelle pendant laquelle nous comptons une bonne centaine de concurrents passer devant nous.

Nous suivons une petite route qui nous dépose au niveau de Paulhe, après huit kilomètres et demi, au pied de la première véritable côte. J’appréhendais ce moment. Quand je regardais le profil de la course je m’interrogeais sur ma capacité, non seulement à atteindre le plateau, mais surtout à courir plus de trente kilomètre avec une telle ascension dans les cuisses.

En moins d’un kilomètre, nous avalons plus de trois cent cinquante mètres de dénivelé, sur un sentier étroit, collés les uns derrières les autres. Je monte au rythme de celui qui me précède. Nous nous écartons pour laisser passer une jeune femme qui se hisse vers la tête. Je n’apprécie pas le ton avec lequel elle nous hurle dessus ; j’ai l’impression d’entendre « poussez-vous, grosses merdes molles » ou quelque chose d’approchant. J’ai quelques difficultés à trouver l’espace suffisant pour poser mes deux pieds et me retrouve déséquilibré à son passage.

Je profite de notre faible allure pour attaquer ma première barre énergétique. Bien que nous ne dépassions pas les 16mn/km, mon cœur doit battre à 160. L’hyperventilation induite par un rythme cardiaque important n’est pas vraiment compatible avec l’absorbation de flocons de céréales scellés par du chocolat ; je m’étouffe en aspirant les miettes.

Arrivés sur le plateau, à 840m d’altitude, nous observons une vue superbe sur toute la vallée du Tarn. J’ai oublié de boire mais je profite de la vue pour faire quelques photos.

Laurent km 10

Nous poursuivons notre route en longeant la falaise sur la portion la plus roulante du parcours. Pendant trois kilomètres je sens pousser mes ailes. Je fonce à plus de 12km/h et je dépasse un à un tous ceux qui entrent dans mon champs de vision. Ils doivent bien rigoler en regardant filer une fusée inconsciente qui grille en vingt minutes toute l’énergie qui lui restait pour terminer la course. Laurent qui possède encore sa raison propose que nous levions le pied. Je ne l’écoute pas et poursuis ma course folle jusqu’au Roc Pointu, à l’aplomb de la Cresse. Nous courrons depuis moins de deux heures et je n’ai bu que quelques gouttes d’eau. Je ne parviens pas à faire fonctionner la nouvelle pipette; j’ai beau aspirer comme un dératé, rien ne vient.

Nous plongeons dans le ravin de Font Auzal, 220m de descente sur un sentier très escarpé. Les cuisses et les genoux commencent à souffrir. Je suis foudroyé par ma première crampe avant le treizième kilomètre. A peine avons-nous atteint le fond, à 574m d’altitude, qu’il nous faut recommencer à grimper au dessus du ravin des Fons. Pendant deux kilomètres j’accumule les crampes. Je ralentis et regarde bondir tous ceux que j’avais doublés sans modestie quelques minutes plus tôt.

Nous progressons de nouveau sur le plateau en suivant alternativement de petits chemins verts assez roulants et de larges routes forestières longues et monotones comme une nationale dans la Beauce. Je ne compte plus les coureurs qui passent devant moi. Je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir autant de monde derrière. Les encouragements de Laurent n’y font rien, les cinq kilomètres qui nous séparent du ravitaillement me paraissent incroyablement longs.

Au vingtième kilomètre, nous atteignons enfin le ravitaillement, après trois heures quinze de course. Une tente blanche a été installée au milieu d’une clairière sur le passage du GR. Je me précipite sur les boissons et absorbe successivement cinq ou six verres de coca. Je dévore aussi quelques pâtes de fruit. Je profite de cet arrêt pour changer de vêtement. Mon T-shirt Salomon Jaune est trempé je l’échange avec un maillot à manche longue Mizuno bleu.

David km 20

Lorsque nous repartons, nous comptons une vingtaine de minutes d’avance sur la barrière horaire. Nous traversons un joli petit bois couvert d’herbes hautes et fraiches. C’est là que les photographes officiels de la course se sont installés pour réaliser leur œuvre. Je me redresse, bombe le torse et rentre le ventre pour faire bonne figure sur leurs clichés.

David km 22

Au bout de deux kilomètres, nous arrivons sur une nouvelle extrémité du plateau, plus sauvage, aride et calcaire. Des rapaces planent sur notre gauche. Je pense à des Vautours qui se jetteront sur mon cadavre quand il pourrira au fond d’un ravin.

Les forces que j’ai regagnées pendant le ravitaillement s’épuisent rapidement. Je laisse Laurent partir devant moi lorsque nous entamons notre longue descente vers les gorges de la Dourbie. Une nouvelle crampe me saisit. Je suis fauché en pleine course et tombe dans un virage, entraînant dans ma chute le garçon placé juste derrière moi. Il n’a rien et repart rapidement. Mon genou est en sang. Je me cale contre une souche pour étirer mon muscle et soulager ma douleur. Je regarde, hagard, défiler les concurrents. Je me relève péniblement et reprends lentement ma course. Je ne profite pas suffisamment du paysage sublime qui s’étend devant moi; je regarde mes pieds. C’est pourtant un des plus beaux panoramas du parcours mais il me faut aller jusqu’au bout de ces trois cents mètres de dénivelé négatif.

On sort de la forêt après le vingt-cinquième kilomètre pour aborder la partie « escalade » de l’épreuve. Laurent m’attendait, tranquillement assis sur le bas côté. Il rayonne. Nous serpentons entre les pierres jusqu’au Rocher du Boffi. On distingue l’entrée d’une grotte au dessus de nous. Deux hommes équipés de baudriers nous observent depuis l’entrée. Je me demande si nous devrons nous aussi nous faufiler dans ce qui ressemble à une souricière. Je suis rapidement rassuré, notre chemin s’écarte sur la gauche, vers le nord, et suit sur deux kilomètres un balcon sous la falaise. Nous posons les pieds sur de grandes pierres plates qui doivent se révéler terriblement glissantes lorsqu’elles sont mouillées.

Au vingt-neuvième kilomètre Laurent propose de me laisser courir à mon rythme et de profiter de sa forme pour avancer plus rapidement. Je le regarde contourner le ravin du Monna et disparaitre vers le sud.

J’ai les yeux rivés sur ma montre. La seconde barrière horaire est fixée à 5h45. Le départ a été donné depuis plus de 5h00 et il me reste au moins 4 kilomètres avant d’atteindre le ravitaillement. Je commence à douter de ma capacité à y parvenir. Les encouragements des spectateurs et des organisateurs ne me sont d’aucun secours ; surtout quand certains vous affirment que le point d’eau que vous espérez tant se trouve à moins d’un kilomètre et que vous courrez toujours deux kilomètres plus tard. Mon seul réconfort est que nous suivons un GR relativement large et que je peux dérouler sans soucis.

J’atteins le trente-quatrième kilomètre au crépuscule. Le Buffet a été dressé dans une grange de pierres au milieu d’un minuscule hameau. On y pénètre par une porte étroite. Les gens se bousculent pour entrer. Je me rue sur les pichets de Coca et en bois un bon demi-litre. J’avale goulûment quelques rondelles de saucisson. Avant de repartir, je sollicite une infirmière afin qu’elle pose une bande strap sous mon genou gauche. Elle sort une lame de sa trousse de secours et entreprend de raser ma jambe. Les minutes passent et l’opération se révèle fastidieuse. La pression croît dans la grange, nous approchons de la barrière horaire. Je m’enquiers, auprès d’un organisateur moustachu, de savoir s’il me reste suffisamment de temps pour achever mon soin. Il affirme que je pourrais repartir quoiqu’il arrive. Je presse l’infirmière d’abandonner sa lame et de poser la bande directement sur mes jambes poilues. Les portes se ferment. J’entends derrière moi une bousculade entre les organisateurs et les derniers concurrents, la directrice de course crie. Je comprends qu’il me faut quitter la grange au plus vite si je veux terminer la course. Je remercie mon infirmière, lui retire le reste de bande des mains et l’enroule prestement autour de ma jambe. Je sors par la porte arrière, que l’organisateur moustachu m’a ouverte, contourne le hameau, passe sous les rubans et reprends ma course vers le GR. Dans mon dos, une voix m’interpelle mais je continue pour ne pas me lancer dans une discussion sans fin et expliquer qu’une gentille bénévole procédait au bandage mon genou quand la porte a été refermée.

La nuit est tombée. Je plonge la main au fond de mon sac pour tenter de retrouver ma lampe frontale enfouie sous les vêtements. La puissance de l’éclairage est insuffisante pour apprécier convenablement le relief mais ce premier kilomètre me semble peu escarpé, je ne risque rien. Des lueurs scintillent devant moi et je m’efforce vainement de les rattraper. Je ressens une douleur vive sous mon genou aussitôt que je tente d’accélérer et je les regarde s’enfoncer dans la nuit sans espoir de les rejoindre.

Je suis logiquement le dernier concurrent et je vais devoir affronter seul la longue descente vers Millau. Je quitte le GR pour un chemin étroit sur ma gauche. La bande strap se délite lentement et ne maintient plus mon genou. Je souffre à chaque pas que je fais. J’arrache le reste de bande qui pendait autour de ma jambe en essayant de ne pas hurler quand les poils qui y sont collés disparaissent avec mon épilation barbare.

Quelques centaines de mètres après avoir quitté le GR, je croise un groupe de secouristes qui bavardent sous leur tente. Ils ne prêtent pas attention à moi et malgré mes difficultés, je ne prends pas le risque de m’arrêter à leur poste.

Un couple de coureurs me dépasse. Je suis surpris de voir qu’ils portent encore leurs dossards. Je n’ai doublé personne et je suis le dernier à être parti du ravitaillement. Je suppose qu’ils ont contourné le hameau pour poursuivre la course sans être arrêté par la barrière horaire. D’autres concurrents me doubleront de la même façon tout au long de ma descente. Chaque pas constitue un enfer. Je ramasse un long bâton qui traîne sur ma route. Je longe un ravin et je tremble à l’idée que ma jambe se dérobe sous moi et me fasse basculer dans le vide. Je vérifie sur ma montre la distance qui me sépare de Millau : trois kilomètres. Avec mon genou, mon bâton et à ce rythme, j’en ai au moins pour une heure encore. Je suis résolu à abandonner. Je pense à Laurent qui doit être arrivé, et à Bruno qui rigolera bien de mon échec. Je m’écroulerai au prochain poste de secours, trente-six kilomètres ou peut-être trente-sept, ce n’est pas si mal.

Je ne compte plus les groupes d’attardés qui passent devant moi ; peu importe le temps, peu importe la distance, je veux juste en finir. Je sanglote comme un enfant.

Après une éternité et trente neuf kilomètres, j’atteins les faubourgs de Millau. Une voiture de secours est rangée à l’issue de la piste. Je l’ignore. Il doit rester cinq ou six cents mètres, je saurai supporter encore cela. Une berline remplie de coureurs croise ma route. Je pleure. Ils m’encouragent. Eux ont abandonnés. Leur soutien me procure quelques forces supplémentaires. Je dois encore franchir un pont, serpenter autour du Tarn et me traîner jusqu’à l’arrivée.

Laurent m’attend une centaine de mètres de la ligne. J’avance en titubant et m’effondre aussitôt la ligne franchie. Mes derniers muscles me lâchent définitivement. Je grelote.

On m’évacue rapidement vers le poste de secours.

Je passe une bonne heure allongé sur un lit de camp recouvert d’une couverture le temps de recouvrer un peu de vigueur.

Je termine, en 7h33, 606ème sur 612 concurrents. Laurent, quant à lui termine 393ème en 6h29. Nous étions 740 au départ, cela fait pas mal d’abandon.

Voici la trace de ma course…

Je suis déçu; les sensations étaient bonnes au début mais mon problème d’eau m’a déstabilisé. Malgré la nature, la montagne, les chevreuils et les vautours les descentes ont été un calvaire auquel je ne m’étais pas suffisamment préparé.

Après m’être enfin rhabillé, non sans difficultés – j’étais saisi de crampes terribles à chaque fois que j’essayais d’enfiler mes chaussettes ou de lasser mes chaussures – nous sommes partis à la recherche d’un restaurant susceptible de nous accueillir. Diner à 22h00, un samedi soir à Millau se révèle aussi difficile que la veille. Nous échouons dans un restaurant oriental. Je dévore un tajine au poulet que j’accompagne d’une triste bière en bouteille. Nous saluons quelques clients qui ont participé eux aussi à la course. Ce sont ceux que j’avais croisé quelques heures plus tôt dans une voiture et qui redescendaient du dernier point de ravitaillement.

Contre toute attente, je n’ai pas mieux dormi pendant ma seconde nuit à Millau. L’excitation de la course y est sans doute pour beaucoup. Je dormirai davantage la nuit suivante. Retour à Paris en voiture. Notre prochain objectif est l’Eco-Trail 50km. Le parcours sera moins vallonné, plus roulant et sans doute plus facile…

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