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fragment des Templiers

un bout des Templiers


Nous étions résolus, Laurent et moi, à nous attaquer à la course des Templiers quelques jours à peine après être revenus du Marathon des Causses. Je n’ai pas attendu le deuxième jour des inscriptions pour m’engager sur une épreuve qui dépassait très largement mes aptitudes en endurance, mais les austères sentiers des Causses nous avaient marqués pour la vie et courir à Millau en 2011 était devenu une évidence.

J’ai couru le marathon du Mont-Blanc en juin et le plaisir que j’y ai pris m’a donné une grande confiance quant à ma capacité à affronter un dénivelé et un kilométrage important. Je disposais de tout un été pour être en mesure de courir, en montagne, trente kilomètres au-delà du marathon. Cela me semblait parfaitement jouable.
J’ai couru cet été autour de la Grave, dans la Garfagnagna et les Alpes Apuanes et je suis retourné à Chamonix fin août. Début septembre il me restait un peu plus d’un mois pour affiner mon entraînement. J’avais un programme de longues sorties en  nature  et en VTT tout autour de Paris mais je ne m’y suis pas tenu. Laurent, qui devait plonger avec moi dans cette aventure y a renoncé au début de l’été. Un tournage en Papouasie pendant le mois de novembre lui interdisait de se préparer et de se lancer dans une telle course. J’ai vécu cette annonce difficilement. J’avais bien sûr promis à Thibaut que nous courrions  ensemble. C’est lui qui m’avait convaincu, lors d’un séjour au ski, de me mettre à la course à pied et grâce à qui j’avais triomphé de ma première compétition; mais Thibaut n’a besoin de personne pour terminer les courses les plus dures et je craignais d’être un poids pour lui. Il serait l’exemple, celui qui court devant, qui fixerait l’objectif et nous essaierions de le suivre. Laurent c’était différent. Nous partagions un niveau identique et la même expérience : les Causses, l’Eco-Trail et le Mont-Blanc. Je savais que, quoiqu’il arrive, nous serions côte à côte jusqu’au bout. J’en ai parlé à Julien, mais il n’a jamais répondu. J’ai pensé à Frédéric mais il revenait de son Marathon à Berlin et il n’était pas tout à fait prêt pour une telle distance. J’ai voulu convaincre François de reprendre le flambeau et ce fardeau, mais, après avoir longuement hésité, il a préféré ne pas se perdre dans un défi auquel il ne s’était pas suffisamment préparé. J’aurais bien voulu que Bruno courre avec moi. Bien qu’il s’en défende je suis sûr qu’il aimerait ce genre de chose et qu’il ferait un excellent coureur de fond. On pourrait fonder une Dream Team. Je n’ai finalement trouvé personne qui puisse  prendre la place de Laurent.
Je me suis dissipé. J’ai participé à des épreuves de demi-fond, la QBRC et le Paris Versailles et je suis tombé malade. J’ai enchaîné pendant trois semaines différents stades d’états fébriles, grippe, angine et j’ai arrêté de courir. Habituellement je supporte difficilement de laisser passer plus de deux jours sans chausser mes runnings. Là les jours défilaient pendant lesquels je ne ressentais plus rien, aucune envie, aucun frisson. Une rupture.
J’ai annoncé à Thibaut que je l’accompagnerai pour faire des photographies et lui servir d’assistance mais qu’il était impossible que je courre moi même.
J’ai retrouvé quelques forces trois jours avant de partir pour Millau; j’ai mis mes bâtons et mes chaussures dans un grand sac et j’ai pris le train.
 

Trans Millau Express

J’ai retrouvé Thibaut à la gare de Lyon. J’avais aussi donné rendez-vous à Olivier qui avait gagné récemment un dossard  et que je ne voulais pas laisser seul dans ce challenge vertigineux.
Nous avons confortablement voyagé en première jusqu’à Millau détaillant jusqu’à l’infini notre plan de course du lendemain. J’avais développé un tableau de bord dans lequel j’indiquais les temps de passage probable sur chaque point haut ou bas du parcours, en intégrant la distance, la pente, ma vitesse de base et le déclin potentiel lié à la fatigue. Mes estimations les plus objectives donnaient 11:30. Thibaut trouvait que ce timing manquait d’ambition et que nous devrions plutôt nous fixer un objectif de 10:00. Olivier, plus réaliste, comptait simplement se caler sur les barrières horaires pour terminer sa course. Je contestais qu’en se fixant sur les barrières horaires, on prend le risque d’être hors limite si un incident survient. Je le reconnais, il est plus aisé de discuter de tout cela confortablement installé dans un fauteuil que lorsqu’on se retrouve confronté à la dure réalité du terrain.
En gare de Montpellier, Thibaut  à pris le volant d’une Opel Zafira que j’avais réservé chez Avis depuis trois mois et nous avons roulé vers Millau.
Nous avons quitté l’autoroute avant d’atteindre le pont; quelques kilomètres plus tard, Thibaut et Olivier découvraient le profil du Causse Noir et à 16:00 nous étions sur le site des Templiers pour récupérer nos dossards. Nous avons fait un tour dans le salon du trail mais je n’ai rien trouvé qui satisfasse ma frénésie consumériste. Le cadeau offert par les organisateurs m’a déçu, on nous distribuait une fois encore, le buff que nous avions reçu l’année dernière.

dossard 616

Nous avons laissé Olivier à son hôtel, sur les hauteurs de Millau et nous avons rejoint le notre. L’Hotel des Causses est situé en centre ville; il est en cours de restauration par un couple de néo-propriétaires tout à fait sympathique. Nos cellules étaient spartiates mais suffisaient largement à notre programme.
J’ai épinglé mon dossard à mon joli T-shirt finisher du marathon du Mont-Blanc, préparé et vérifié trous fois mon sac de course, étalé avec ordre mes vêtements sur le minuscule bureau. J’ai hésité un moment sur la quantité de gels et de barres de céréales à emporter dans mon sac. J’ai finalement opté pour trois gels et trois barres de céréales dont deux salées. Consommer davantage de gels pourrait me poser des problèmes gastriques et pour le reste, je pourrai toujours, si besoin, compléter mon panier pique-nique lors des ravitaillements. Je fourre la caméra dans une des poches. Ce n’est pas une décision raisonnable : c’est lourd et gérer deux objectifs (terminer une course et faire un film) créé un handicap supplémentaire.
Après quelques minutes de tourments quant à l’utilisation de la caméra en course, je suis descendu dîner avec Thibaut dans le restaurant de l’hôtel.
Nous étions entourés, ce n’est pas un hasard, d’une petite dizaine d’autres coureurs pour lesquels nos hôtes avaient composé un succulent menu spécial trail.
Une assiette de pâte et une gaufre au chocolat plus tard, j’étais dans mon lit.
Il était 22:00 et je pouvais espérer dormir au moins 6:00 avant mon réveil.
Longtemps je me suis couché de bonne heure…
…Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait…

J’ai presque pu compter le nombre de fois pendant lequel j’ai tourné dans mon lit sans trouver le sommeil. J’ai allumé la lumière, examiné le parcours sur l’Ipad que j’avais mis dans mes bagages, fait et refait mon plan de course, parfait les réglages de la caméra GoPro avec laquelle j’envisageais de filmer les éclats de notre « randonnée ».  Mes yeux se sont clos vers 1:30; il était temps.
Quand le trio pour piano et cordes en mi bémol majeur de Schubert a retentit dans la pièce, je savais que la nuit s’achevait, qu’il était quatre heures du matin et que dans une heure à peine, je serais sur la ligne de départ. L’hôtelière nous avait prévenus : aucun petit  déjeuner ne serait servi aussi tôt ce matin. J’avais pris, vendredi soir, la précaution de confectionner un Gâteau Energie. Je l’avais laissé brûler dans le four et je me retrouvais là, dans ma chambre à mâcher un mélange au charbon et aux fruits rouges. J’avais dormi trois heures et demie, je sentais que la fièvre des jours précédents n’avait pas complètement disparu, je n’avais rien à manger. J’ai dissout deux comprimés d’aspirine dans un verre d’eau, je me suis habillé, badigeonné de crème anti-frottements NOK et j’ai rejoint Thibaut dans la voiture.

Uniforme

Nous avions eu, la veille, un débat sur nos tenues : short ou corsaire ? Après une longue conversation sur le temps, le froid et la fatigue nous avons tous les deux choisis le port du short. De toute façon, à moins qu’il ne fasse moins quinze, je ne me sépare jamais de mon short Salomon avec un cuissard intégré. Il combine à la fois la légèreté, la fluidité et les propriétés déperlantes d’un short et la sensation de compression des cuisses que j’apprécie infiniment sur les courses longues. Je n’ai pas été saisi par le froid en mettant mon nez dehors ; j’avais fait le bon choix.
Nous sommes passés prendre Olivier à son hôtel. Comme il jouxtait le bowling de Millau, nous avons pris deux gars en auto-stop. Ils puaient l’alcool et rentraient se coucher chez eux, en centre ville. Ils n’imaginaient pas qu’on puisse courir pendant plus de dix heures sur les Causses. Deux mondes se rencontraient ; ça n’a pas duré. Nous les avons déposés avant qu’ils ne nous vomissent dessus et avons filé vers la zone de départ. A cette heure, le parking le plus proche de la ligne était encore accessible. A cinq heures nous étions garés et prêts à en découdre.
Les premiers concurrents commençaient à affluer vers les sas encore déserts. Nous allions nous placer dans le troisième sas quand un organisateur nous a informés que nos dossards (respectivement 251, 316, 716) permettaient d’accéder au second sas. Nous ne voulions pas nous retrouver à la toute fin du peloton et là, nous allions partir à quelques mètres des élites. A attendre pendant plus d’une heure sur une route balayée par le vent, je commençais à prendre froid. J’ai revêtu un maillot thermique moulant (avec lequel je pourrai tout aussi bien me lancer dans la plongée sous-marine dans l’Artique) sous mon T-shirt, ajouté une deuxième couche et enfilé une veste imperméable. J’ai retiré ma veste quelques minutes avant le départ et j’ai gardé le reste pour conserver un peu de chaleur pendant les tous premiers kilomètres.

Anemo

Quand les sas furent bondés et que la pression du départ est devenue palpable, la sono a craché son hymne. On ne me compte pas parmi les grands fans d’Euro-dance et de chants crypto-grégoriens à la sauce technoïde. J’ai doucement sourit du silence religieux qui s’est répandu lorsque le cruel Ameno d’Era a retentit.
Le speaker a lancé le décompte,  des feux rouges ont jailli devant nous jusqu’à l’horizon et nous sommes partis. 
6:17 à ma montre 

A peine ai-je franchi  la ligne de départ, qu’une puissante émotion me submerge. Un sentiment profond de bonheur et de puissance m’accompagne pendant les quatre cents premiers mètres. Les larmes me viennent aux yeux. Même cette musique pathétique raisonne différemment à mes oreilles. Je suis sur un nuage au milieu de ces torches qui inondent la route d’un halo rouge féérique.
La musique s’estompe à mesure que nous avançons ; on n’entend plus que le souffle des coureurs , le bruit de leurs semelles qui frappent le bitume et il n’y a plus que la lumière de nos  frontales pour nous éclairer dans la nuit.
Je suis parti trop vite. Entraîné par le flot des coureurs du premier sas, je dépasse 11km/h sur les deux premiers kilomètres. Je m’aperçois que j’ai laissé Olivier et Thibaut derrière moi. Je ralentis et laisse des centaines de coureurs passer devant moi. J’en profite pour ranger dans mon sac la caméra, avec laquelle j’ai filmé le départ. Au bout de deux ou trois minutes qui me paraissent interminables, je distingue  Thibaut qui court sur la droite de la chaussée sous les 10km/h. Contrairement à moi, il a suivi le plan. Olivier est resté loin derrière et préfère courir plus lentement. Nous trottons tranquillement jusqu’à notre première étape, sans nous rendre vraiment compte de la pente ascendante sur laquelle nous sommes. Nous atteignons Carbassas  au bout de vingt minutes, tournons vers l’est et entamons notre première ascension autour du 5 ème kilomètre.  Je suis émerveillé par le long ruban de lucioles qui serpentent dans la montagne.  J’appréhendais de partir avant l’aube et de courir dans  l’obscurité mais je dois reconnaitre que cela confère un aspect magique aux premières heures de la course.  Elles me resteront sans doute très longtemps en mémoire. Nous grimpons sur le Causse. Comme prévu, la pente est sévère, l’allure diminue et nous progressons en marchant. Tout va bien: je ne crains pas trop les côtes et nous n’en sommes encore qu’au tout début. On entend fuser les blagues habituelles :  » ils n’ont pas installé d’ascenseur ? Il est où l ‘Escalator ? », ambiance !

Après 300md+ d’ascension un type me plante son bâton dans ma Supernova Riot et me fait trébucher. Je sens mon genou qui veille légèrement. Je m’écarte sur le bord de la piste pour effectuer un bref état des lieux. Rien de grave mais j’ai l’impression que cela a réveillé une très ancienne tendinite. Je repars rapidement mais j’ai de nouveau perdu Thibaut qui a continué à monter sans m’attendre. Ce n’est pas trop grave, il me reste encore 66 kilomètres pour le rattraper. 
Après une ascension d’un peu plus de 400md+, j’arrive enfin sur le plateau, à 820m d’altitude. La course a été lancée depuis 52 mn. Nous nous dirigeons en direction de l’est sur un large chemin au milieu des arbres. Je n’en vois pas davantage. Éclairé par ma lampe frontale et celles de ceux qui courent autour de moi, j’éprouve quelques difficultés à distinguer la nature exacte de notre environnement. 
Je cours de nouveau à belle allure et enchaîne des portions de plat très roulantes et des pentes douces sur lesquelles, quelque soit le sens, je continue à courir. 
Vers le 10 ème kilomètre, au niveau de Paulhe, je profite de l’aube pour éteindre ma lampe et la glisser dans ma poche. Je suis en nage. Je retire aussi la seconde couche que j’avais conservé sur moi pendent toute ma grimpette.
Mon t-shirt est trempé et il fait encore assez froid. J’hésite à changer de maillot, celui que j’ai pris en rechange ne devrait servir qu’en cas de pluie ou après que j’aie dépassé le 50 ème kilomètre. Je grelotte lorsque nous sortons de la forêt et que le parcours s’ouvre sur une steppe balayée par le vent. Pour ne rien arranger, je perds mon dossard. Les épingles à nourrice ont dû s’ouvrir et je dois revenir sur mes pas pour le récupérer. Je gaspille quelques précieuses minutes à tenter de le fixer avec une épingle qui y était restée accrochée. Je ressors ma caméra, tente de filmer quelques images et m’arrête de nouveau deux kilomètres plus loin pour m’en débarrasser. 
Nous longeons un centre équestre. Je pense qu’il s’agit de la Rouvière, le point à partir duquel débute la descente vers Peyreleau. Ça ne correspond pas tout à fait aux indications de mon GPS qui n’affiche qu’une distance cumulée de 17km.    J’interroge peu après un groupe de spectateurs qui nous encouragent devant une jolie ferme restaurée. Ils confirment les indications de ma montre: Je me trouve au niveau du lieu-dit Puech Margue, à 18km, du départ.

Run the Plateau

J’atteins finalement la Rouvière vers 9h20 et 23km au compteur; ça fait trois kilomètres de  plus que ce que j’avais en tête, et depuis un quart d’heure je m’interroge sur ma position; ce n’est pas bon signe. Il me reste tout de même plus de 50 kilomètres à parcourir et je ferai mieux de ne pas trop penser à chacun d’entre eux.
Je ressors la caméra de mon sac et la fixe sur ma tête à l’aide d’une sangle élastique. On dirait une grosse lampe frontale. La première descente commence là. C’est un sentier en monotrace  qui plonge doucement vers Peyreleau en suivant une jolie combe en face de laquelle on observe le Pic de Montaigu. En moins de vingt minutes, je passe de 750m à 400m d’altitude. Les bâtons que je tiens à la main me gênent quelque peu. Je les avais sortis pour affronter une bosse vers le 15 ème kilomètre et je n’ai jamais pris le temps de les replier depuis. 

Ravito-Peyreleau


 
A 9h45, après 3h30 de course, j’atteins enfin la première étape à Peyreleau.  Un ravitaillement sans histoire et sans cœur. Je bois deux ou trois vers de coca que j’accompagne d’une banane et d’une barre de céréale. Je remplis mes bidons avec de l’eau qu’un bénévole puise à l’aide d’une carafe dans une vaste poubelle. Je suis déçu par le côté distant de l’accueil et de l’ambiance qui règne autour des tables.  Je passe un coup de fil à Thibaut pour savoir où il en est. Il me précède de 15mn. Je ne m’attarde pas et me lance à sa poursuite. Je croise, en sortant du village, un petit groupe de jolies filles déguisées en stroumpfettes; c’est tellement plus sympa que tous ces gars qui, comme moi, cours avec leur sac sur le dos et leurs drôles de chaussettes…
J’attaque ensuite la deuxième difficulté du parcours : 450md+ de côte. Je dois grimper sur la corniche du Causse Noir.  Je ne suis pas le seul , ça avance lentement. J’en profite pour téléphoner à Olivier. Il arrive au ravitaillement. Au bout de 100md+ je me retrouve enfermé dans un énorme embouteillage. Nous sommes à l’arrêt. Assis sur une souche, je récupère. On parle du match, de la finale qui se déroule au même moment en Nouvelle Zélande. Nous sommes en terres de rugby ; les gars autour de moi ont l’accent qui chante ; les informations circulent : les blacks mènent 7à 0. Ça repart lentement. Certains commencent à s’inquiéter pour la prochaine barrière horaire. Nous atteignons un belvédère qui surplombe toute la vallée. Je sors mon Iphone et prends une photo. La caméra est dans mon sac, elle y restera jusqu’à la fin de la course. D’autres coureurs font la même chose que moi, certains prennent la pause devant l’objectif de leur pote ; la vue est superbe.

sous le Champignon

Cent mètres plus haut nous atteignons le champignon préhistorique et le 29ème kilomètre.  J’avance depuis 4h30 et je me sens physiquement assez bien. Depuis que j’utilise des Leki de Nordic Walking pour m’assister dans les pentes les plus raides, ça passe beaucoup mieux. Les têtes de séries en ont aussi et on peut difficilement les soupçonner d’être des randonneurs. Arrivé sur le plateau Je ne prends pas le temps de me couvrir et repars sans attendre en direction du sud est.
Aux environs du 30 ème kilomètre, des secouristes sont collés à leur transistor. Je leur demande le score ;  8 à 0 mais les français sont à douze mètres de la ligne des blacks.  Je n’ai pas couru cinq cent mètres quand j’entends le klaxon de leur véhicule de secours accompagné d’une clameur qui se répand dans la forêt. Je regarde mes compagnons de route, on est d’accord : « essai français !». Trois minutes plus tard, nouveau coup de klaxon et nouvel clameur : « transformation !»
Je jette un œil à ma montre : 11h10, presque cinq heures de course.  J’ai froid et faim. Je n’ai avalé, depuis le départ, qu’un gel, un quart de barre aux céréales et une banane. La douleur que j’avais ressentie à mon genou droit dans la première côte, s’accentue. Ça ne s’arrange pas, lorsque nous amorçons une légère descente au 32 ème kilomètre.
J’atteins Saint André de Vézines, 36 ème  kilomètre, en 6h03. J’ai une vingtaine de minutes d’avance sur la barrière horaire. J’entre dans la cour d’un petit bâtiment. C’est un peu le bordel. Les boissons et la nourriture sont servis autour de hauts comptoirs installés sous un préau. Je cherche désespérément quelque chose de salé à avaler. Les pâtes de fruits qui sont exposées sur les buffets ne m’attirent pas beaucoup. A partir d’un certain temps de course le goût du sucre disparait. C’est un des effets de l’ultra : il faut savoir aller par delà le sucre et le mal. Je me jette comme un affamé sur une assiette de fromage, engloutie une banane entière et bois un verre de thé sucré brulant. Comme à l’étape précédente, je ne suis pas emballé par l’ambiance qui règne ici. C’est un peu déshumanisé. J’appelle Thibaut, il est à cinq ou six kilomètres du troisième ravitaillement. L’écart est creusé. Je ne le rattraperai plus. Et puis cette douleur aiguë qui ne me quitte plus ne préfigure rien de bon. Je ne parviens pas à me relancer immédiatement. Je marche jusqu’à la sortie du village. On nous oriente vers l’ouest et le GR 62. Nous plongeons vers le ravin de L’Adrech. Chaque pas est insupportable, je ne peux absolument plus courir. Je suis au ralenti. J’appelle Olivier et je m’étonne qu’il ne m’ait pas encore rattraper. Il entre tout juste dans Saint-André de Vézines. Je lui annonce qu’il me rejoindra sans doute bientôt car je suis HS. J’hésite à retourner jusqu’au point de secours et à jeter l’éponge. Le téléphone sonne. C’est Stéphane. Il me rassure en me racontant qu’il a terminé, il y a quelques années, les Templiers en marchant du 37ème kilomètre à la fin de la course. Il me conseille d’avancer et de courir dans les portions les plus roulantes. J’ai à peine raccroché lorsque Olivier me rejoint. Je lui détaille la nature de mes ennuis; lui m’explique qu’il souffre beaucoup dans les côtes. Son arrivée me redonne un peu de courage et je reprends ma course.
A 13h00, nous tournons vers le sud. Nous commençons notre 41ème kilomètre et il nous en reste moins de dix jusqu’à l’étape suivante. Nous disposons de plus de 2h20 pour y parvenir. C’est jouable.
Au 42ème kilomètre un photographe nous immortalise dans les rochers de Roques Altès. Nous débouchons sur la corniche du Rajol. Le panorama est sublime. Des vautours planent au dessus de nos têtes. Ceux qui cheminent à notre proximité n’ont pas l’air beaucoup plus en forme que nous; les rapaces attendent leur diner.
Au 45ème kilomètre, Olivier à mes cotés, j’attaque la première partie de la descente vers la Rocque-Sainte-Marguerite. Le sentier est extrêmement escarpé. C’est une torture pour mon genou. Je ne parviens plus à le plier ce qui est loin d’être pratique pour descendre dans une pente à plus de 15%. Je reprends ma course sur un replat entre le 47ème et le 48ème kilomètre. Je laisse Olivier derrière moi. Je sens que je suis surhumain. je double quelques coureurs qui trainaient devant moi; un miracle. Cela ne dure pas. C’était mon chant du cygne. Les 150 derniers mètres de dénivelé vers la Rocque constituent un véritable calvaire. Olivier repasse devant moi et s’envole vers la prochaine étape. J’espère le rattraper dans la côte suivante mais là, je suis accroché à mes cailloux. Je franchie la Dourbie à 14h40. Selon le timing fournit par l’organisation, il nous reste 40mn pour faire les 2km qui nous séparent de la barrière horaire de Pierrefiche. Ca grimpe dure mais c’est parfaitement jouable. J’interroge un homme qui progresse difficilement devant moi. Son GPS indique, comme le mien 49.6km; nous sommes, en toute logique, tout près du but. Il vient de Lille et s’entraine sur des terrils; rien à voir avec ce qu’il affronte ici.
Je ne lâche rien. Les minutes défilent et on progresse toujours au milieu de la pampa. Une forêt qui n’en finit pas et aucun ravitaillement en vue. Je rejoins Olivier cinq minutes avant le mur horaire; il est aussi désemparé que le lillois et moi.
Nous atteignons le plateau du Larzac, là où, théoriquement, aurait dû se trouver le point de ravitaillement, à 15h30. Je suis abattu. La course est finie pour nous. Malgré nos ultimes efforts, nous ne serons pas dans les temps. La pluie commence à tomber et je suis saisi par le froid. Ma déception me cloue au sol; je ne peux plus avancer. J’appelle Laurent qui avait laissé un SMS sur mon téléphone. Je lui annonce mon échec sur sa boite vocale.
Il nous faudra encore faire 2 kilomètres pour rejoindre Pierrefiche du Larzac. L’étape est en cours de démontage. Il n’y a plus rien à manger ni à boire. On nous reprend froidement nos dossards.
Voilà, ça c’est terminé comme ça.

Quelques coureurs hagards ont le nez plongé sur leur GPS et sur leur chronomètre. Comme moi, ils ne comprennent probablement pas pourquoi ils se sont trompés de plus de deux kilomètres. Un type au bord de l’hypothermie sous sa couverture de survie. Il ne porte qu’un t-shirt à manche longue et n’a emporté avec lui ni seconde couche ni vêtement imperméable parce qu’il pensait sincèrement qu’il n’aurait pas besoin de s’arrêter ! Je n’ose imaginer ce qu’il serait advenu de lui s’il était retenu seul au milieu du parcours après que la nuit soit tombée quelque part entre Pierrefiche et l’arrivée…
J’enfile le rechange que j’avais conservé précieusement dans mon sac afin d’aborder au sec la dernière partie du parcours. Au moins je n’aurai pas froid dans la navette qui me ramènera à Millau.

Il y avait peut-être moyen de terminer et de franchir la barrière de la ferme du Cade si la descente vers le Monna était, comme on me la dit, plus roulante que celle que je venais de terminer, mais je ne le saurai pas; pas cette année. Je suis déçu. Déçu de ne pas avoir pris suffisamment de marge sur la barrière horaire et déçu que sur une telle course on ne puisse s’appuyer sur une mesure fiable du kilométrage par les organisateurs.

Grosse déception en atteignant, en navette, le site d’arrivée pour accueillir et féliciter Thibaut qui me précédait de quelques kilomètres dans cette course. Tous ces finishers avec leurs grosses médailles et les magnifiques maillots bleu-nuit Adidas; j’avais une grosse boule dans la gorge de m’être arrêté, contraint et forcé, 23km plus tôt.
Je ne sais pas si ce décalage entre les temps et les distances des barrières horaires annoncées et ceux qui furent réellement constatés correspond à une volonté délibéré ou à une certaine approximation dans les mesures. Je me suis fait avoir cette fois-ci mais je reconnais que cet écart n’est, au final, pas si important et que je dois mon échec à ma méforme plus qu’à un défaut d’organisation. On est juste très agacé quand on se retrouve hors limite de 3 minutes…
 
Sur le site de départ, un immense chapiteau d’au moins 1000m2 était dressé pour accueillir les participants et leur offrir un copieux repas. Au menu Aligot-saucisse, salade et soupe de légume. Je dévore tout ce qu’il y a sur mon plateau. Je ne touche pas aux bouteilles de vin cinq étoiles disposées sur les tables. Je ne suis pas certain de l’effet d’une telle piquette sur l’organisme.

Thibaut a bouclé l’intégralité du parcours en 12h11. Il était épuisé. Nous aussi d’ailleurs.
Nous sommes rentrés sans attendre à nos hôtels et nous nous sommes couchés sans prendre le temps de célébrer la victoire de Thibaut sur le temps et sur lui même. Je n’ai pas non plus savourer la bière dont j’avais rêvé depuis une semaine, je n’avais plus la tête à ça.

Ceux qui ne courent pas ne comprendront pas ma déception. « Plus de 50km et 2000m de dénivelé, c’est énorme ! » diront-ils; « courir pendant plus de neuf heures aussi. Cela constitue, en soit, déjà une énorme performance. »… Pierrefiche de Larzac n’était pas mon objectif. J’espérais aller bien au delà et je pensais sincèrement m’être suffisamment préparé à cela. 50km ce n’est rien; 75km aussi. L’épreuve, ce n’est pas la course; c’est tout ce qui précède. Les heures d’entraînement, de fractionnés et de côtes qu’il a fallu avaler avant de m’aligner sur les Templiers. La course c’est une récompense. J’ai, en fait, le sentiment d’avoir été privé de dessert.

Nous avons quitté Millau sous la pluie le lendemain matin. Personne ne voulait prendre le volant mais comme Thibaut avait conduit à l’aller, j’ai fait le retour.

Welcome to Millau

Je reviendrai à Millau.
J’ai beaucoup apprécié l’ambiance du départ et j’ai ressenti un gros frisson en passant entre la haie torches qui illuminaient la cohorte. j’ai trouvé certains passages somptueux et je regrette de ne pas les avoir tous découverts.
Je reviendrai l’an prochain terminer la Grande Course des Templiers.

accès à la trace des Templiers avortés

Film officiel de la course : première partie
La Grande Course des Templiers 2011, par VO2 Running Live

David sur la QBRC

QBRC Viroflay

Pour qui veut connaître les incidences des affres de l’alcool sur les performances en course à pied l’expérience que j’ai vécue hier, présente un intérêt certain. Nous avions quelques raisons de nous enivrer: l’anniversaire d’un fils qui grandit trop vite, la fin de l’été et la rentrée scolaire ; et, puisque nous revenions tout juste de deux semaines  en Toscane, nous avons accompagné notre diner d’un excellent Prosecco et d’un  Chianti Classico non moins fameux. A 2h30, épuisé et repu, je me suis glissé dans mon lit en espérant dormir suffisamment pour prendre sans séquelles le départ de la course du lendemain.

Le réveil a sonné, dimanche matin, un peu avant sept heures. Si je n’avais pas donné rendez-vous à Fred et promis à Julien de le rejoindre à Viroflay, j’étoufferais la sonnerie de mon réveil et attendrais que les éléphants dans mon crâne aient terminé leur partie de bowling avant de me lever. J’enfile avec courage mon short Salomon, marketing oblige, des boosters BV Sport et le joli t-shirt rouge reçu lors du marathon du Mont-Blanc. Je chausse ma fidèle paire d’Adidas Supernova Riot 3. Ce sont des chaussures que l’on apprécie lentement. Elles sont lourdes, je ne le suis pas moins, mais offrent un amorti irréprochable et un maintien qui les rend, sur longue distance, infiniment plus confortable que les S-Lab 3 que je portais jusqu’au printemps. Elles reviendront sans doute maculées de boue; la pluie qui tombe sans discontinuer depuis le début de la nuit risque de rendre cette course cauchemardesque. J’avale rapidement un bol de Muesli accompagné d’un jus d’orange sans gout, revêts une veste imperméable et sors affronter l’eau, la boue et le froid  .

bol de muesli

Cela fait dix bonnes minutes que j’attends Fred en bas des marches quand j’aperçois sa voiture descendre la rue des Pyrénées. Il a cherché partout un Certificat Médical l’autorisant à courir mais ne l’a pas retrouvé. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, que celui de l’année dernière devrait pouvoir passer car il est peu probable que les bénévoles, lors de l’inscription, procèdent à une lecture attentive de tous les documents.

Nous empruntons le périphérique vers le sud puis la N118 entre le Pont de Sèvres et Meudon. Nous atteignons Viroflay bien avant 9h00 ce qui nous laisse une bonne heure pour retirer nos dossards, nous préparer et nous placer devant la ligne de départ. L’avantage, quand on participe à une petite course le dimanche matin à quelques kilomètre de Paris, c’est que l’on trouve facilement de la place où garer sa voiture ; Fred a rangé la sienne à deux cents mètre du gymnase dans lequel  sont installés les organisateurs de la QBRC. La pluie a cessé et nous voyons déjà quelques participants converger tranquillement vers le camp de base de la course. On est loin de la foule des grands événements parisiens comme le semi ou le marathon de Paris. On observe une ambiance plus tranquille et plus sereine, presque familiale; les concurrents sont venus en voisin; Fred et moi, en tant que parisiens, appartenons sans doute au groupe restreint des étrangers.

En pénétrant dans le gymnase je reconnais Olivier ‘Toto’ avec lequel je communique, depuis quelques semaines, sur FaceBook. Il est entouré d’une impressionnante escouade de coureurs. Anxieux et tourmenté par l’alcool qui circulait encore dans mon sang, je le salue rapidement et le remercie pour l’aide qu’il m’a apporté lorsque ma montre Garmin m’a lâchement abandonné à l’aube d’un trail dans la Garfagnagna.

Je m’acquitte des seize euros de mon dossard ; à quatre vingt centimes par kilomètre on reste dans un ratio prix/distance très honorable. Nous recevons une bouteille de bière bio brassée par une entreprise de la Vallée de Chevreuse. Noyer une course dans des flots de bière semble devenir une constante dans le petit monde de la course à pied; Lorsqu’on institutionnalise une pratique, je la trouve bien moins attrayante. Désormais la bière et le trail sont liés comme le cancer et la prostate.

Compte-tenu de mon état, La simple vue de ce flacon me donne des nausées. Je n’aurai aucun mal à m’abstenir d’y goûter  et à le réserver pour l’après course. Certains ont laissé leur bouteille au vestiaire, étiquetée comme un fossile dans une fouille archéologique. Fred récupère son dossard sans soucis ; aucune question ne lui a été posé quant au certificat médical vieux de deux ans qu’il a présenté pour s’inscrire.

Julien n’est pas encore arrivé, nous retournons donc achever notre préparation près de la voiture. J’abandonne ma veste imperméable et ma bière sur le siège avant, referme la portière et retourne avec Fred au gymnase. Nous croisons Julien accompagné d’un de ses potes du club de Triathlon de Versailles. Ils ne courront pas dans la même catégorie que nous, c’est certain. Nous rejoignons ensemble la ligne de départ.

Je n’ai aucun courage ce matin et je laisse les autres se lancer dans un simulacre d’échauffement. J’en profite pour défendre ma place sur la ligne de départ. C’est la première fois que j’arrive suffisamment tôt pour occuper le premier rang et goûter, pendant quelques mètres, au plaisir de courir en tête.

Julien me présente avec fierté Yann Prigent, un autre copain de son club de triathlon; Un monstre discret qui est monté sur le podium de la QBRC précédente, a couru plusieurs fois l’UTMB, l’ironman de Hawaï et terminé quatrième de l’Eco-Trail 50km en 2011. Je reconnais, sur la ligne, Jef’ qui travaille dans la même société que moi, avec qui j’avais couru en relais lors de la dernière édition du marathon Nice-Cannes et que j’avais filmé en attendant que nos partenaires nous transmettent nos témoins respectifs. Je l’interroge sur son objectif: Il a gagné la course l’an passé et espère bien renouveler son exploit cette année. Tout simplement.

Je m’élance raisonnablement lorsque le starter donne le signal du départ. J’ai abandonné l’idée de rester en tête sur les deux cents premiers mètres et laisse des dizaines de coureurs plus rapides passer devant moi. Je regarde Julien et son pote fuser comme des missiles tomahawk et perds  Fred qui prend tout son temps. Nous traversons le centre de Viroflay et remontons vers le nord à bonne allure. Je cours à 4,40mn/km, je sais que cela ne durera pas, je n’en aurai pas la force.

Nous attaquons la première côte avant la fin du premier kilomètre ; une mise en bouche de cinq cents mètres pendant laquelle nous grimpons, sur le bitume, nos quarante premiers mètres de dénivelé. Nous rejoignons alors un plateau et pénétrons enfin dans la forêt de Fausses Reposes. On effectue une petite boucle vers l’est et le Chesnay en passant derrière l’autoroute A86. Julien et ses copains sont chez eux, pas moi. Plus d’une centaine de coureurs ont dû me dépasser. Certains d’entre eux ne courront que onze kilomètres puisque les deux courses (11km et 20km) empruntent le même parcours.

La seconde côte, plus courte mais aussi plus raide, apparait après deux kilomètres et demi de course. J’ai les jambes lourdes et éprouve quelques difficultés à maintenir mon rythme mais je refuse de capituler si tôt : j’ai vaincu le marathon du Mont-Blanc et couru cet été autour du massif des Ecrins, des Alpes Apuanes ou encore de la Garfagnagna ; je ne m’étendrai pas sur les feuilles mortes de Viroflay. Je m’empare du gel énergétique que j’avais glissé dans ma poche et pars, dans la descente, à l’assaut de la tête de course.

C’est le premier exercice technique de la matinée. Bien que les chemins, sur cette partie du parcours, soient assez larges et moins boueux que sur les sentiers que nous rencontrerons après le onzième kilomètre, la descente en trail reste, quoiqu’il arrive, un exercice périlleux. Nous glissons pendant deux cent mètres vers  Ville d’Avray. Un ravitaillement sommaire est organisé en bordure des lacs, à l’extrémité nord de la forêt.  Je me réhydrate rapidement de quelques  verres d’eau  et me lance dans le second quart de la course, cap au sud. Je suis dans le dur, le rouge et peut-être même le noir. Je sens mon sang qui cogne dans mes tempes, j’ai mal au ventre ; je n’ai digéré ni l’excellent veau aux olives confit dans son jus, ni le tiramisu de la veille.  Nous effectuons l’ascension une dernière bosse au huitième kilomètre avant de redescendre vers Viroflay.

Depuis le ravitaillement du cinquième kilomètre, plus personne ne me double et je revendique même une lente remontée dans le classement.

Nous traversons la ligne de chemin de fer en escaladant une passerelle à laquelle manque un véritable ascenseur et rejoignons enfin le point de départ.

David sur la QBRC

Les coureurs du « onze kilomètre » sont orientés vers leur ligne d’arrivée et ceux du « vingt kilomètre » atteignent le second ravitaillement. Des petites filles nous tendent gentiment des barres de céréales dont je garde un excellent souvenir. Il faudra que je retrouve la marque de ces produits car j’en emporterai volontiers dans mes prochains trails et sorties longues.

Comme les choses délicieuses ne durent jamais, je quitte la zone de ravitaillement en regrettant de ne pas avoir terminé ici ma course dominicale. Nous entrons dans le Bois du Pont Colbert et entamons la deuxième phase de notre circuit. Ma montre affiche un peu moins de une heure et, à cette allure, je peux espérer parcourir les neuf kilomètres suivants en cinquante minutes, moins si le rapport de la distance au dénivelé est plus réduit que sur les onze kilomètres que je viens de terminer. En théorie, les onze premiers kilomètres cumulent trois cents mètres de dénivelé pour cent soixante sur les neufs autres kilomètres. J’espère donc un circuit beaucoup plus roulant et regagner ainsi les quelques minutes qui me permettront de ne pas terminer au-delà de 1h50. La côte que nous gravissons alors est d’une toute autre dimension que toutes celles que nous avons dû franchir jusque là. Pendant un kilomètre au moins nous ne cessons de monter. Je suis fourbu. Je fractionne mon ascension en marchant pendant dix secondes toutes les vingt secondes; Dans mon dos, deux garçons discutent tranquillement. Alors que je suis à la limite de l’apnée, ils progressent, eux, en complète aisance respiratoire. J’ai envie de leur crier « un peu de décence Messieurs ! Respectez au moins ceux qui souffrent » mais j’évite de me rendre ridicule, je me redresse et jette mes dernières forces dans l’ascension  des quelques mètres qui me séparent du sommet.

Je craignais que le parcours ne ressemble trop à celui de l’Eco-Trail que j’avais trouvé triste et monotone. Ce n’est pas le cas. Nous sillonnons des sentiers étroits et sinueux encombrés par des branches de hêtre (ou peut-être sont-ce des merisiers ; à cette vitesse je n’ai pas pris le temps d’étudier attentivement les feuilles qui me balaient le visage). C’est magique. Malgré ma fatigue et mon état nauséeux, je prends un plaisir immense à courir à travers ces arbres, slalomer entre les pierres et plonger dans les vasques de boue.

A partir du treizième kilomètre nous glissons pendant cinq cents mètres jusqu’à l’échangeur entre la N12 et l’A86 dont on voit les voies sur notre droite. Nous remontons ensuite pendant deux kilomètres jusqu’au dernier ravitaillement. Je suis heureux et commence à me sentir vraiment bien. Les bénévoles qui nous tendent gentiment des gobelets occupent un carrefour à la lisière de Vélizy. J’ai rejoint l’extrémité sud du parcours en 1h30 et il ne me reste plus qu’à redescendre doucement vers le sud en longeant Vélizy. Les cinq derniers kilomètres sont beaucoup plus roulant que tout ce que j’ai subi jusque là. Mon rythme et celui des autres coureurs augmente significativement. Depuis quelques centaines de mètres, ma montre affiche quelques signes de défaillance. Ni la distance ni la vitesse ne sont mesurés correctement. Je joue à « je te double, tu me doubles » avec  les gars qui me précèdent quand, au dix-neuvième kilomètre, alors que je m’apprête à sortir de la forêt , un organisateur m’annonce qu’il me reste à peine deux cents mètres avant l’arrivée. J’ai effectivement un gros problème avec ma montre mais je vérifierai cela plus tard. Je me lance dans un sprint désespéré afin de grappiller une fraction de seconde.

1h48’

Les chronos sont relevés manuellement sur un clavier d’ordinateur portable par une jeune femme attablée derrière la ligne. Je me désaltère  en testant successivement un sirop de menthe bio puis un coca équitable dont le goût ressemble davantage à celui d’un médicament qu’à celui de la célèbre boisson yankee. Je retrouve Julien qui attend devant le gymnase. Il a couru en 1h36 et son ami Yann a terminé troisième. Nous nous quittons en nous promettant de nous retrouver sur le départ du Paris-Versailles dans trois semaines. Je n’ai pas revu Jef’ qui semble avoir abandonné après avoir occupé le groupe de tête jusqu’à la moitié du parcours. Je ne retrouve pas son nom sur les listings ; je lui enverrai un message la semaine prochaine. « Toto » franchit la ligne en un peu plus de deux heures. Je croyais l’avoir vu partir comme une flèche au début de la course et comme je ne l’avais pas dépassé, il devait logiquement être devant moi. Ce n’était pas lui, je l’aurai sans doute confondu avec quelqu’un qui portait le même maillot Adidas bleu que lui. Je devais dû m’en douter, il avait écrit la veille qu’il envisageait de courir en 2h00 environ; il a gagné son pari.  J’attend Fred un long moment. Une demi-heure pour être exact. Il ne s’est pas pressé, a couru sa course comme il aurait fait son footing et termine frais comme un gardon.

Nous repartons aussitôt de Viroflay et regagnons la place Gambetta avant treize heures.

Même si cette course vient diminuer la distance hebdomadaire que je me suis engagé à parcourir dans le cadre de ma préparation à la grande course des Templiers, je ne regrette pas ces bosses et ces raidillons boueux. Ce fut une matinée agréable dont je garderai, contre toute attente, un excellent souvenir. Une ambiance sympathique et surtout un excellent niveau de la plupart des participants. Je termine, en général, mes courses dans le premier tiers voire le premier quart; En arrivant 116ème sur 246 je ne me situe que dans la première moitié des arrivants ce qui témoigne de la qualité de l’ensemble des participants.

Accès à la trace de la QRBC Viroflay; le parcours dessine un 8, comme le circuit 24 dont j’ai toujours rêvé lorsque j’étais enfant.

 

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Eco-Trail Paris 50km

récit de l’Eco-Trail de Paris 2011 50km

Je me suis inscrit à l’Eco-Trail de Paris au tout début de l’automne 2010. J’ai pensé que cette course pourrait constituer une première étape dans ma progression vers une participation à l’UTMB en 2013 ou en 2014. Après quoi, et à moins que je ne sois en réanimation cardiaque au CHU de Sallanches, je pourrai toujours me lancer dans le tour de Mars sans scaphandre.
Ce devait aussi être mon premier gros trail de la saison 2011 avant le Marathon du Mont-Blanc, en juin et surtout la grande course des Templiers en octobre.

arrivée de l'Ecotrail 50km

Même si certains orthodoxes de l’ultra considèrent un parcours de cinquante kilomètres comme une promenade de santé, une telle épreuve se prépare.
La course avait été programmée quelques jours après l’arrivée du Printemps, mais c’est quand même en hiver qu’il a fallu s’entraîner. Et sortir en décembre ou en janvier quand il pleut, qu’il neige et surtout qu’il fait froid, ce n’est pas toujours un plaisir.
On me reproche parfois d’avoir une relation addictive à la course à pied, mais la perspective de courir en été a davantage motivé mes sorties plutôt que le besoin ou l’envie de sortir de nuit, attraper la crève.

Le bilan de mes entrainements hivernal n’était pas particulièrement brillant. A l’exception d’une ballade à Crécy la Chapelle et d’une autre sur les bords de Marne de 25 km chacune, je n’ai pas fait véritablement de sortie longue. Je me suis contenté de courir au bois de Vincennes avec Fred. Comme Laurent s’était inscrit lui aussi sur cette course, nous avons régulièrement traversé ensemble le parc des Buttes Chaumont. J’ai aussi effectué quelques sorties avec Thibaut, mais lui avait un engagement beaucoup plus sérieux que le notre : les 80km.

Vendredi, veille de la course, Laurent me rejoint devant la sortie du Métro Père Lachaise. Nous traversons Paris en voiture pour rejoindre la tour Eiffel où nous devons récupérer nos dossards. Je me gare sous le Musée du quai Branly en face duquel est installé le village quelque peu anémique de l’Ecotrail. Pour le shopping c’est raté, on se croirait dans un supermarché de l’ère soviétique. J’ai de toute façon opéré suffisamment de descentes chez Team Outdoor, lorsque je manquais de motivation et que je compensais avec ma carte bleue les kilomètres qui manquaient à ma semaine, pour ne pas avoir besoin de m’acheter quoi que ce soit.
La remise du dossard est un grand moment d’émotion qui mériterait d’être mieux mis en scène. Je porterai le numéro 6341 pendant plus de 50km. Il faudra que je m’habitue à lui et que lui aussi accepte le coureur médiocre que je suis. Mais comme, 6341 ça reste quand même très éloigné des prestigieux numéros à un seul chiffre, nos médiocrités réciproques devraient s’ajuster. En revenant vers le parking, j’aperçois la terrasse des Ombres, le sublime restaurant qui surplombe le musée. L’idée d’y passer la soirée, demain, après notre arrivée, commence à me hanter. Nous pourrons y attendre paisiblement l’arrivée de Thibaut qui ne devrait pas atteindre la tour Eiffel avant minuit.

Nous prenons ensuite la direction de Versailles. Julien nous a aimablement proposé d’occuper l’appartement de ses parents, situé à moins de deux kilomètres de la ligne de départ. Nous avons rendez-vous dans un restaurant chinois du centre commercial Parly 2 pour y consommer notre dernier repas. A défaut de pâtes, je mange du riz. De toute façon, demain soir, je dînerai aux Ombres.
Nous ne nous éternisons pas sur notre frugal repas et allons rapidement nous préparer pour la nuit.
Laurent, bon prince, m’accorde la jouissance du grand lit ; il restera dans le salon, sur les coussins du canapé. Après une longue douche et avoir soigneusement préparé mon vestiaire pour le lendemain, je m’endors rapidement.

Je ne suis pas certain d’avoir passé une excellente nuit. J’étais anxieux et cela a quelque peu perturbé mon sommeil. Je dormirai bien mieux ce soir, c’est certain. Laurent, lui a passé sa nuit à tourner sur ses coussins sans trouver la position qui lui convienne. Il se réveille avec une douleur dans le dos; ça commence mal. Nous partageons le Gâteau Energie que j’avais préparé la veille et l’accompagnons d’un verre de concentré d’orange. Je me passe difficilement de mon bol de Muesli noyé dans du Fjord mais j’espère bien me rattraper avec la livre de bananes et de figues séchées que j’emporterai dans mon sac. J’ajoute quelques barres de céréales, deux ou trois gels et je prépare consciencieusement mes bidons en ajoutant à l’eau, une poudre sucrée Isostar.
Catherine et Julien passent nous prendre un peu avant 9h00 et nous déposent au bout d’une allée du parc qui entoure le Château de Versailles. Catherine repart rapidement, nous laissant tous les trois rejoindre, avec nos tenues de mercenaires, la Porte des Matelots.

Des bénévoles récupèrent nos jolis sacs verts et les déposent à l’arrière d’une camionnette. Nous récupèrerons nos affaires après l’arrivée dans quelques heures. Nous procédons aux derniers ajustement sur le bord du plan d’eau. la pression monte.

derniers ajustements

Le départ du 50km est donné au milieu du parc du Château de Versailles, le samedi matin vers 10h30, sous un très beau ciel bleu. Je suis entouré de Laurent, avec qui j’avais couru à Millau en octobre, et de Julien qui enchaine habituellement les Ironmen. Il est lui même accompagné de quelques potes tri athlètes dont l’un d’eux terminera quatrième.
Nous faisons, sur les six ou sept premiers kilomètres, notre chemin de croix autour du grand canal, au pied du château, sur de larges allées bien plates.
C’est magique, notre enthousiasme est intact, on se laisse entrainer à courir bien au dessus du rythme prévu mais ce n’est pas grave on sait que cela ne va pas durer.
On sort du Parc et on continue le long du camp des Matelots, puis derrière la pièce d’eau des Suisses. Le peloton est animé, il y règne une bonne ambiance, et, avec le soleil, c’est le printemps.
Attaque de la première véritable côte au bas du camp militaire de Satory. Les coureurs ralentissent et se mettent sagement à la marche. On entre ensuite dans la forêt de Buc. Julien décide de nous abandonner et de courir dans les côtes. Nous ne le reverrons plus. Laurent et moi préférons rester sur notre plan: marcher sur les pentes raides puis relancer notre course aussitôt le sommet franchi. Nous en sommes à 13km, la moitié du chemin qui doit nous conduire jusqu’au premier ravitaillement

Nous traversons une autoroute vers le quinzième kilomètre. Je commence là à moins apprécier le parcours. Cela n’a finalement rien d’une course en nature; on traverse des bois péri-urbains et des zones résidentielles, on est loin des Causses. Vers Vélizy, un type compte les filles sur le bord du chemin : La 104ème est juste derrière moi. Il y a huit garçons qui courent autour de mois pour une seule fille; un dixième. Nous en déduisons avec Laurent que nous devons nous situer à la millième place. C’est une erreur, les filles courent plus vite que ça.
Les fruits séchés que j’avais placés dans le petit pochon à déchet remis par les organisateurs laissent dégouliner un liquide visqueux et sucré. J’en ai plein les mains et ça colle. Mon t-shirt et mon short sont eux aussi maculés de ce sirop. J’avale ce qui reste de fruits pour éviter que tout cela ne me salisse davantage et je passe au moins deux kilomètres à lécher mes doigts pour tenter de faire disparaitre cette sensation très désagréable sur mes mains. Je pense pendant quelques instants à utiliser l’eau contenues dans mes bidons mais je réalise rapidement que la boisson à qu’ils contiennent est elle aussi sucrée…
Forêt de Meudon puis Chaville.

jumping jack flash

Ca commence à tirer, le ravitaillement se fait attendre, mes gourdes sont presque vides. Nous n’en sommes pourtant qu’au 22ème kilomètre et la pause est théoriquement prévue cinq kilomètres plus loin. Il faudra attendre un kilomètre de plus. Nous atteignons le ravitaillement en plus de trois heures. Une demi-heure de plus que dans le planning que je m’étais fixé.
Laurent change de semelles, il souffre des talons. Je remplis les bidons avec de l’eau pétillante (grosse erreur) et j’avale goulument quelques rondelles de saucisson et des Tucs . Depuis quelques kilomètres, je n’ai plus le goût du sucre. La boisson au gout d’Orange que j’avais dans mes bidons m’était devenue insupportable.

On continue d’enchaîner des raidillons tous les cinq cents mètres. C’est très pénible car on ne peut pas s’installer dans un rythme. Il me faut bien un kilomètre pour me sentir à l’aise et dérouler, mais là je n’y parviens jamais; dès que ça commence à aller et que je sens que je vais avancer. Paf, une côte! En fait, c’est simple, le parcours est une sinusoïde : ça ne fait que monter et descendre!

Ville d’Avray et un petit tour dans la bourgeoise Marne la Coquette. Ca fait longtemps que la bonne ambiance a disparu. Plus personne ne parle. C’est lugubre. Laurent râle, il n’apprécie pas le parcours et il tarde de plus en plus à se relancer lorsqu’il parvient au sommet d’une côte. Je le laisse derrière moi en promettant de l’attendre au prochain ravitaillement. Mes jambes commencent à devenir lourdes mais comme on approche de la distance du Marathon je reprends un peu de courage. Depuis la sortie du premier ravitaillement je double des coureurs sans jamais me faire doubler et, malgré la fatigue, je poursuis sur ce rythme à 7 ou 8km/h environ.

L’eau pétillante avec laquelle j’ai rempli mes bidons, sous l’effet des secousses, a fait exploser les bidons. Je suis trempé et je n’ai plus grand chose à boire. Entre le trente cinquième et le quarante-quatrième kilomètre je dois économiser mon eau, ce n’est pas agréable.
J’ai des jambes en bois je suis au bord des crampes quand j’atteins le second ravitaillement au sommet du Parc de Saint-Cloud après plus de quarante-quatre kilomètres et cinq heures trente de course.
Je prends un thé, je remplis mes bidons avec une boisson isotonique à la menthe et je m’assieds sur un banc pour attendre Laurent.
Il arrive au bout d’un quart d’heure. Il est énervé, ne supporte plus ce parcours en Ile de France, souffre de ses talons, de son genou et ne parvient pas à digérer tout ce qu’il a mangé sur le premier ravitaillement. Il annonce qu’il a décidé de s’arrêter là. J’essaie de le persuader de reprendre la course, en vain.

Je repars seul et, alors que j’ai déjà perdu un quart d’heure et cent-cinquante places je m’arrête au bout de cent mètres pour faire une chose stupide: j’attrape l’Iphone que j’avais enfoui au fond de mon sac et je passe cinq bonnes minutes à tenter de démêler l’écheveau de fils de mon casque. Je ne cours habituellement jamais en musique et là je perds un temps fou à me brancher. Des dizaines coureurs me dépassent et je continue à ajuster mes écouteurs. Je crois que la fatigue m’a fait perdre la raison.

Je descends la longue pente du Parc de Saint-Cloud en écoutant The Verve et puis je croise Papa qui m’attend à la sortie du Parc, juste avant la Seine. Je discute 5mn avec lui et le remercie pour sa patience. Il a vu passer Julien environ 45mn avant moi. J’arrache mon casque et je continue le long des quais.
C’est à partir de là que ma course se transforme en calvaire. Les excursions sur les différentes iles qui se succèdent entre Saint-Cloud et la porte d’Issy ne rajoutent pas grand chose au trail. On se retrouve au milieu des promeneurs du dimanche avec leurs poussettes qui se demandent ce qu’on fait là avec nos têtes de zombies et nos sacs à dos ; et nous aussi on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère au milieu des gamins qui jouent au ballon.
Je mobilise mes dernières forces pour ne pas me mettre à marcher sur ce tronçon interminable qui longe les entrepôts d’entreprises de BTP (désolé Thibaut); c’est franchement glauque. C’est peut-être plus supportable de nuit mais là il fait encore jour. Je réussis à doubler une quinzaine de coureurs qui n’en peuvent plus.
Plus les kilomètres passent, plus il en reste. J’ai envie de trucider un des bénévoles qui tous les kilomètres annoncent «allez, encore un petit kilomètre». Au final ce trail mesure 55km.
Je me traine jusqu’au pont de Suffren alors que la pluie commence à tomber. Anne, val et Fred m’attendent en haut des marches. C’est une super surprise. J’ai beaucoup de mal à afficher ma joie tellement je redoute qu’il me faille encore faire le tour du champ de Mars avant d’arriver. Mais je suis vraiment très content qu’ils m’accompagnent en courant jusqu’à la ligne d’arrivée.
Autre bonne surprise, la ligne est placée un peu avant le pont d’Iéna et non pas à l’autre bout du Champ de Mars comme je le craignais. Elle est un peu misérable cette ligne, dans l’indifférence et sous la pluie. Mais elle est là, et ça me va bien.
Sur une idée de Fred, je termine par un sprint pour doubler, au finish, un couple qui se traine 200m devant moi.

c'est la lutte finale !

Grosse déception, le t-shirt Mizuno finisher est vraiment très moche. Les organisateurs avaient été mieux inspirés l’an dernier; cet imprimé vert sur fond blanc est assez bas de gamme. Il faudra vraiment que je n’ai rien à me mettre pour le porter.

Voilà! la douche était encore chaude même s’il fallait s’entasser à vingt-cinq vieux poilus dans des vestiaires prévus pour accueillir une équipe de foot de benjamins. Pendant que je me rhabille, Laurent apparait dans l’embrasure de la porte en affichant un large sourire.
Il a finalement repris la course après qu’il se soit rendu compte qu’il devrait attendre près de deux heures dans le parc de Saint-Cloud avant qu’une navette ne le ramène vers la ligne d’arrivée. Les organisateurs n’ont pas voulu lui rendre son dossard et il terminera sa course en homme libre. Il est lui aussi un véritable finisher mais nous serons les seuls à le savoir.
Après avoir passé quelques longues minutes étendus dans un coin du gymnase, nous nous précipitons dans le bistrot le plus proche pour boire les bières dont nous avons tant rêvé. J’apprends qu’ Agnès Hervé, la gentille gérante de Team Outdoor, a remporté la course chez les femmes malgré un gros problème de balisage qui lui a fait perdre de précieuses minutes.

Nous laissons tomber les Ombres et rentrons finalement Anne, Val, Laurent et moi à la maison en taxi. Nous savourons les plats délicieux d’un traiteur thaï secret du douzième arrondissement.
Je vais ranger mes chaussures pour quatre jours au moins. Je pars pour Lisbonne Mercredi et ne désespère pas de faire quelques pas dans le parc Monsanto

temps officiel : 07:02:22 – classement général : 678 sur 1299 – classement catégorie V1H : 226 sur 394

la trace du parcours de l’Eco-Trail de Paris 50km

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à la recherche du temps perdu

à la recherche du temps perdu, originally uploaded by ilgigrad.

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meeting régional

plongeon, originally uploaded by ilgigrad.

chambre d’appel, originally uploaded by ilgigrad.

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supersport

réparation, première mise en ligne par ilgigrad.

100m NL, première mise en ligne par ilgigrad.

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4’13 »22

4’13 »22, première mise en ligne par ilgigrad.

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