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Anne Eco-Off

Eco-Off

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David Eco-Off

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in the boue for love

in the boue for love

Trail des Marcassins 2013 – 34km

in the boue for love

J’avais terminé le mois de janvier sur les rotules ; les quelques heures à courir dans la neige sur la Romeufontaine (Font-Romeu, 66) m’avaient sérieusement épuisé et augmenté ma capacité à collectionner tous les virus qui traînaient autour de moi. Mais, avec un Ultra-Trans Aubrac (105km) qui approche à grands pas, il n’était pas question de relâcher la pression surtout que, sur le papier, un trail de 34km à 20mn de Paris, ça doit pouvoir s’avaler facilement.

Les Marcassins, ça sonnait comme une ballade sympathique et j’étais plein de confiance en allant retirer mon dossard samedi après midi à à Saint-Brice sous Forêt, une jolie petite ville en lisière de forêt, coincée entre Sarcelles et, au nord de Paris.

Anne m’avait convaincu d’aller repérer l’itinéraire la veille, histoire de quitter la maison le plus tard possible tout en conservant suffisamment de temps pour nous préparer une fois arrivé à proximité du stade de Saint-Brice. Bien entendu, j’ai loupé la sortie d’autoroute et passé de trop longues minutes à errer dans le labyrinthe des ruelles de Sarcelles, un jour de marché.

J’ai finalement réussi à garer la voiture à un bon kilomètre de la ligne, un quart d’heure avant le départ. J’ai à peine eu le temps d’enfiler une première couche thermique Mizuno, le short Salomon Exo Wings qui m’accompagne sur la quasi-totalité de mes sorties trail et surtout, les Speedcross que j’avais étrenné quinze jours avant, sur la Romeufontaine. J’ai appuyé sur le bouton de ma montre Garmin 910, et l’écran est resté désespérément vierge. J’étais pourtant persuadé de l’avoir rechargée la veille… Sur le départ d’une course on a tous ses petites habitudes et les l’idée de ne pas pouvoir  suivre, en course, mon allure, ma fréquence cardiaque, ou d’avoir une vague idée du temps et de la distance parcourue m’a un peu ébranlé.

J’ai couru jusqu’à la ligne de départ sur laquelle j’ai retrouvé Benoît, souriant et confiant qui faisait sa première expérience sur une telle distance en trail. Je n’avais aucune inquiétude quant au fait que son expérience vaudrait la somme de toutes les miennes et qu’il se retrouverait plus probablement que moi sur le podium. Il m’a dit que Matthieu nous attendait un peu plus loin sur le chemin pour prendre une photographie du départ.

Je n’avais pas encore repris mon souffle quand le starter a donné le signal du départ.

J’étais un peu troublé car un autre groupe de coureur s’est élancé, à une cinquantaine de mètres, sur notre droite. Un terrible doute m’a envahit et j’ai demandé à Benoît de me confirmer qu’il courait bien le 34km et non le 17km. Il y avait effectivement deux départs pour la même course, de part et d’autre du ruisseau que nous devions longer pendant les cinq cents premiers mètres.

Je me suis calé derrière Benoît et ai pris son rythme qui m’a semblé tout à fait raisonnable pour un début de course. J’ai interpellé Matthieu qui nous attendait à deux cents mètres de la ligne avec son appareil photo ; pour la première fois de ma vie, on me photographiait en tête d’une course ; je n’étais pas peu fier. Et puis mon pied s’est enfoncé dans une boue profonde et j’ai découvert ce que serait la nature exacte de cette course. C’était Verdun.

J’avais fait une reconnaissance du parcours sur Openrunner.com afin d’avoir une vague idée du profil de la course. Les côtes n’étaient pas très nombreuses et le premier kilomètre apparaissait relativement plat ; Le ruisseau du fond des Aulnes m’avait fait penser à ce célèbre poème de Goethe. Quand j’y repense j’aurais dû me douter que cela ne préfigurait rien de bon. Les chemins plats n’ont rien de roulant quand ils sont gorgés d’eau et mon calvaire a débuté.

Au bout de cinq-cents mètres je suis toujours second, nous tournons sur notre droite et franchissons la rivière. J’avance à 14km/h et je commence à réaliser que je suis peut-être en surrégime. Je décroche et laisse Benoit filer devant moi.

Les premiers coureurs  me dépassent alors qu’on progresse sur un léger faux plat toujours aussi boueux.

Je franchis le premier kilomètre en cinq ou sixième position en empruntant, sur notre gauche, la première petite pente du parcours. Vingt-cinq mètres de dénivelé jusqu’à ce que l’on atteigne enfin une route forestière sans boue. Un coureur m’interpelle, David, il a repéré mon petit sac Wasp de chez Ultimate Direction sur lequel j’ai épinglé le logo du Team Outdoor Paris. Il est lui aussi équipé de ce petit sac moutarde qu’il a acheté dans notre magasin préféré de la Porte Dorée. Il m’abandonne et poursuit sa course à l’assaut des premiers. Je suis dixième ou peut-être douzième ; je ne sais plus ; ça commence à défiler. Je décide de ne pas m’attarder sur cette hémorragie de place et de me concentrer sur les trente-deux kilomètres qu’il me reste à parcourir et qui promettent d’être un peu plus technique que je ne l’avais pensé.

 

Au deuxième kilomètre, avant d’atteindre le GR de pays, on attaque la première véritable bosse; une jolie monotrace qui suit une petite ravine. Un peu plus de 12%, cinquante mètres de dénivelé. J’avale ça la tête haute  sans rien lâcher ; Mon cœur cogne, on se sent vivant.

Le troisième kilomètre arrive vite.  On redescend de cinquante mètres. Ça donne le ton: des montée et des descentes ; une pente qui s’inverse tous les 500m, les cuisses apprécient. La descente est assez ludique ça serpente entre les arbres, le sol est moins boueux on peut envoyer un peu. Je compte les kilomètres au pif ; Le temps aussi. Aux environs du cinquième kilomètre, on atteint l’extrémité nord du parcours. On remonte alors vers un château d’eau.

J’interroge un gars qui court à mes côtés depuis un bon quart d’heure.  Il a une Garmin 310 à son poignet et doit savoir où nous en sommes. Il m’annonce 6.3km. Ça colle avec mon estimation. Je ne cours peut-être pas aussi vite que je le voudrais mais j’ai conservé le sens de l’orientation et un bon timing.

Les kilomètres défilent : sept, huit, la moitié de la première boucle. Je croise la route D123 que j’avais traversé quelques kilomètres plus tôt. La route forme comme une ligne médiane qui sépare le sud et le nord du parcours. Je suis revenu du bon côté…

On entame une belle descente qui s’achève sur une flaque d’eau large comme une piscine. Je suis mal préparé au triathlon alors je la contourne.

On retrouve la route forestière du début. Ce tracé est un labyrinthe : on passe et repasse sur les mêmes chemins et les mêmes routes, on longe le même ruisseau, dans un sens puis dans l’autre ; on croise des coureurs qui arrivent de partout. C’est déroutant.

Les coureurs du 17km  viennent à notre rencontre. On les identifie grâce au point rouge imprimé sur leur dossard. Un bénévole qui fait la girouette pour photographier les coureurs qui arrivent respectivement devant et derrière lui, annonce  qu’à ce niveau,  il me reste 8km et qu’il n’en restera que cinq lorsque je repasserai devant lui, dans l’autre sens. La réalité est plus dure, il faut en ajouter dix-sept; j’ai une deuxième boucle à parcourir.

Entre le dixième et le onzième kilomètre on enchaîne une succession de boucles dans un sens puis dans l’autre; on croise à chaque fois des coureurs qui arrivent dans l’autre sens mais on ne sait jamais s’ils sont devant ou derrière. Des montées et des descentes; c’est assez ludique pour qui a des jambes.

On rejoint une nouvelle fois la large route forestière que suit la ceinture verte (GR) une longue descente de 700m dont on voit le bout au loin. Mais ce n’est pas pour tout de suite car on repart pour une nouvelle boucle en forêt avant de revenir sur la route sur laquelle on peut enfin se relâcher pendant 500m.

Je retrouve le bénévole qui fait la girouette et je comprends qu’il me reste cinq kilomètres sur cette première boucle et que les types qui arrivent face à moi sont, en fait, 3km derrière.

 

Une fusée en débardeur et en short déboule à fond et me laisse sur place. Je comprends vite qu’il est le premier du 17km. J’espère voir Matthieu dans son sillage mais il tarde à me dépasser.

Le second  du 17km me double deux minutes plus tard. Ils peuvent y aller, ils sont sur la fin.

 

On longe des terrains de sport en lisière de forêt. J’imagine que ce sont ceux du stade de Saint-Brice Sous Forêt et que je suis en train de terminer mon tour. J’interroge un garçon équipé d’un GPS. Il m’annonce 14km. Il m’en reste 3. Ça n’en finit pas. Il reconnait, lui aussi, l’écusson du TOP sur mon sac. Il évoque Agnès et me chambre un peu sur ma vitesse. Je lui réponds que c’est une sortie tranquille en endurance et que je rentre, après la course, en courant  jusqu’à Paris.

 

Un kilomètre plus tard je rejoins les faubourgs de Montmorency. Ce n’est pas encore fini. Il faut remonter jusqu’à la forêt pour une dernière descente jusqu’au point de départ.

Matthieu me double. Il est quatrième.

 

J’atteins enfin le ravitaillement. Je prends un verre d’eau glacée au bar. Je me renseigne sur l’horaire. 1h35 pour faire dix-sept kilomètres, c’est très moyen. En mettant le paquet sur la deuxième boucle je devrais pouvoir m’en sortir honorablement.

Je me suis fait à la boue ; Je n’aime pas beaucoup mais une fois qu’on a compris qu’il est vain d’essayer d’éviter les flaques en sautillant d’une « berge » à l’autre et qu’il vaut mieux y aller carrément sans se poser de question, ça finit par passer.  Dès les premiers mètres je me rends compte que ce nouveau tour sera différent. Le chemin qui a été piétiné successivement par tous les concurrents du 34km puis par tous ceux du 17km est devenu impraticable.

Je comprends mieux l’origine du nom de ce trail. Les Marcassins. J’ai l’impression que des hordes de sangliers sont passés devant moi. Les Speedcross n’y changent rien; la boue colle aux chaussures et on soulève à chaque pas cinq-cents grammes de glaise. Je n’avance pas. Ma course ressemble à ces  cauchemars où l’on tente de fuir mais un câble invisible vous retient sans que vous ne puissiez rien y faire.

 

côte rotie

Je retrouve les mêmes chemins, mais je prends moins de plaisir qu’à mon premier passage. Mes jambes sont lourdes. La descente sinueuse entre les arbres au troisième kilomètre m’apparaît moins ludique.  Je sors une barre Mac’Amande Fenioux. Je n’ai rien pris sur les dix-sept premiers kilomètres et j’espère que cela me donnera un petit regain d’énergie.

Je ne cours plus sur les bosses. Je les monte en marchant ; c’est mauvais signe. Je prends du retard.

Au château d’eau je sais qu’il ne me reste onze kilomètre mais Je suis à la dérive. Mon maillot est trempé et cela provoque des douleurs au ventre. J’en ai un de rechange dans  mon sac mais je rejette l’idée d’une pause. Cela me ferait perdre beaucoup de temps pour un gain dérisoire ; une distraction inutile. Je décide de serrer les dents et de faire l’effort de conserver ma place, voire d’en grappiller quelques unes.

Nouvelle succession de boucles de montées et de descentes; difficile de savoir où je suis ni dans quelle direction j’avance. Je croise encore une fois le bénévole-photographe-girouette. J’ai compris le truc : 8km ce coup-ci, 5km au prochain passage. Cette fois-ci il n’y a pas de tour à ajouter, la fin est proche…

La route forestière qu’on emprunte, qu’on quitte et que l’on retrouve. Encore cinq.

Les stades en lisière de forêt ; plus que trois.

Les faubourgs de Montmorency ; deux.

Un coureur me double. Il va vite. Je ne comprends pas comment quelqu’un qui arrive des abimes de la course peut conserver une telle vitesse. A ce stade les gars rapides sont devant moi, pas derrière. Je m’accroche à lui mais il s’éloigne inexorablement.

Un dernier passage en forêt ça descend. J’accélère. Je vois la ligne. Il la franchit avant moi.

C’est terminé.

Anne m’attend avec un verre de vin chaud. Sympa, je suis glacé.

Elle a terminé son 17km en à peine plus de deux heures. Pas mal, pour une première expérience en trail sur cette distance.

Le sympathique garçon qui m’avait chambré au quatorzième kilomètre est là. Il promet de cafter ma déchéance à Agnès. Je ne pourrais pas lui laisser croire que j’ai talonné Benoît pendant toute la course et évoquer une scandaleuse erreur de chronométrage. Je revois également David, le client de Team Outdoor au sac Wasp qui m’avait laissé sur place au quatrième kilomètre. Il est sixième.

Je lis sur le panneau d’affichage que Benoît termine deuxième ; pas mal pour une première. Matthieu est quatrième du 17km, mais je le savais, j’avais compté les coureurs avant qu’il ne me dépasse.

Je termine 68ème en 3h38. Petite déception : j’aurais pu être bien meilleur en gérant ma course plus sérieusement.

Je garderai, malgré toute cette boue et mon chrono misérable, un excellent souvenir de cette course. Le balisage était parfait et l’accueil des bénévoles et des organisateurs très chaleureux ; le parcours compte beaucoup de monotraces et de petites ou grosses bosses très ludiques ; Le Trail des Marcassins est  infiniment moins monotone que ne l’est l’Eco-Trail. Et puis, en y repensant, même la boue me manque un peu.

chemin rouge

Run the Poitou

traces du Poitou

sentier boueux

ravitaillement complet

 

running field

 

chemin rouge

 

matin d’hiver

 

jolie courbe

autres traces…

 

16915

Paris-Versailles

Je ne me suis pas inscrit naturellement sur le Paris-Versailles. Je dois même avouer que je méprisais l’idée même de participer à une telle course. Partir au pied de la tour Eiffel et parcourir seize kilomètre accompagné de 25000 personnes me donnait la nausée. Une course de masse, à l’instar de la Parisienne, où la course compte moins que le nombre ; Une grande messe à la gloire des sponsors et de David Guetta. il n’a rien à voir la dedans mais le souvenir des sono surdimensionnés qui  nous balancent des tubes formatés pendant des heures sur la ligne de départ m’inspire très modérément. Ça peut toujours être pire. Les Chariots de Feu ou Carmina Burana au moment du départ et votre course est ruinée. Sur l’UTMB, par exemple, c’est abominable: Vous suez sang et eau pour parvenir à boucler les cent-soixante-dix kilomètres du parcours et, alors que vous allez franchir la ligne, BING ! On vous balance du Vangelis.  Encore ! Avec 1492, vous regrettez presque de ne pas avoir abandonné au quarantième kilomètre. Bref, Je me représentais cette course comme une épreuve pour ceux qui ne courent jamais et qui se lancent dans un pari stupide dès lors  qu’ils ont réussi à enchainer péniblement deux tours du jardin du Luxembourg.

16915

Je ne voulais pas participer au Paris-Versailles, comme je ne participe ni au marathon de Paris, ni aux 10km de l’équipe. J’ai couru les 20km et le semi de Paris, le Paris-Saint-Germain aussi: Je ne suis pas à une contradiction près. Je ne pouvais pas courir le Paris-Versailles parce que je participe à la Grande Course des templiers le mois prochain, et que courir 16 kilomètres en ville quand on doit en faire 75 sur les Causses, ce n’est pas raisonnable. Le paris-Versailles n’entrait pas dans mon plan d’entraînement, c’est tout.

 

Julien a insisté au milieu du mois de juillet pour que je l’accompagne sur cette épreuve qui arrive aux pieds de chez lui. J’avais établi un planning différent et je comptais plutôt courir sur les 33km de l’Imperial  Trail de Fontainebleau que sur du bitume. Je me suis finalement résolu à m’inscrire au tout début du mois d’août en prétextant que je pourrai toujours revendre mon dossard si je trouvais quelque chose de plus adapté à mon entrainement ce jour là.

L’été est passé, j’ai couru en montagne et en Toscane, j’ai couru la QBRC à Viroflay et septembre touchait à sa fin. Je courrais lentement, en nature le plus souvent, et en essayant d’intégrer beaucoup de dénivelé. ça na pas marché. Mon volume d’entraînement est très en dessous de ce qu’il aurait dû être ; je suis un fainéant. Quelques boucles entre le canal de l’Ourcq,les hauts de Pantin et la porte des Lilas avec Fred et François, des sorties longues en forêt de Meudon ou entre le Mont-Valérien et le vingtième mais c’est tout. Je ne dépassais pas les soixante-dix kilomètres par semaine quand j’ai donné rendez-vous à François, devant la tour Eiffel, afin que nous allions, ensemble, retirer notre dossard.

Le soleil brillait déjà depuis deux ou trois heures samedi matin quand je suis monté sur mon vélo. Un journaliste allemand qui m’avait interrogé la veille, nous promettait une météo parfaite pour le weekend et la semaine qui suivait. Il avait brandi son Iphone sur lequel irradiaient une dizaine de petits soleils. Les rues de Paris étaient encore vides et j’ai glissé tranquillement de Gambetta à la Bastille ; J’ai remonté la rue Saint-Paul et la rue de Rivoli, traversé la Seine au niveau du pont Alexandre III, et j’ai atteint la rive gauche en moins d’une demi-heure. Il m’a encore fallu cinq minutes pour relier le quai d’Orsay au quai Branly et j’ai retrouvé François. Il m’attendait sous le pilier nord-est de la tour Eiffel avec son Vélib.  Nous avons pédalé ensemble jusqu’à Issy les Moulineaux en longeant le charmant Parc André Citroën, l’héliport de Paris et le stade Suzanne Lenglen. Je craignais que nous arrivions dans un gymnase bondé et qu’il nous faille attendre des heures avant d’accéder à la personne qui nous remettrait notre puce et notre dossard. Le gymnase était immense et vide ; en moins de trois minutes nous avions tout reçu, y compris un sémillant T-shirt Adidas vert pomme. Il n’était pas midi et j’avais encore toute un après midi devant moi.

Nous sommes repartis aussi vite que nous étions venus. Nous nous sommes quitté devant l’Assemblée Nationale en promettant de nous retrouver le lendemain vers 8h30 à l’angle du quai Branly et de l’avenue de la Bourdonnais.

 

Je suis allé, en famille, assister samedi soir à une représentation de la Comédie Française hors les murs :  le jeu de l’amour et du hasard mis en scène par Galin Stoev au 104. Nous avons diné au « café caché ». Je suis resté sobre, me suis limité à une brochette de poulet accompagnée de Boulgour et, à minuit, je dormais comme un bienheureux.

 

Le réveil à 6h30, dimanche matin fut plus difficile. Après un petit déjeuner « léger », j’ai enfilé mes Adidas SuperNova Glide et épinglé mon dossard sur mon maillot Salomon  jaune. J’ai quitté la maison vers 7h30 et me suis rapidement engouffré dans le métro. Dans la rame, j’ai rencontré un concurrent avec qui j’ai engagé la conversation. Il allait courir son huitième Paris-Versailles. Il avait l’habitude de les terminer en moins de 1h20, et parfois, en 1h10.  Il accompagnait un non-voyant  avec lequel il s’entraîne régulièrement. Il a évoqué la force et « le sixième sens » de ces personnes qui appréhendent à 14km/h une route ou un chemin qu’ils ne voient pas ; la confiance absolue de l’un envers l’autre et la responsabilité qui pesait alors sur ses épaules. Il m’a raconté son bonheur de courir à deux  avec des trémolos dans la voix. Ses yeux brillaient et j’ai bien voulu croire qu’il avait raison. Il m’a indiqué l’adresse d’un site internet sur lequel je pourrais trouver des renseignements et m’inscrire pour accompagner moi aussi, de temps en temps un non voyant ; il faut du monde pour aider une personne qui court trois à cinq fois par semaine.

Je suis descendu à la station Iéna, ai couru jusqu’à la passerelle Debilly et attendu François et Julien devant la brasserie de la Tour Eiffel. J’avais de l’avance et eux un peu de retard. Je me suis attablé en terrasse et ai commandé un déca. François m’a rejoint vers 8h45 et nous avons attendu Julien jusqu’à 9h05 environ. J’attendais depuis près de quarante-cinq minutes et le flot des coureurs grossissait considérablement devant la ligne de départ. Je regardais les cars venus de province, débarquer leurs chargements de coureurs. Des équipes, affichant les emblèmes et les couleurs de leurs clubs sur des t-shirts en cotons, immortalisaient leurs exploits en posant crânement devant la tour Eiffel. Les rouges dépassaient en nombre et en vivacité les blancs et les bleus; quant aux jaunes, je ne donnais pas cher de leur peau. Tous les autres étaient verts, c’était la couleur du maillot distribué avec nos dossards. Un vert qui est à la nature ce qu’Areva est à l’Écologie. Je suis sûr que, s’il existe, Adidas n’a pas fait mieux pour équiper le semi-marathon de Creys-Malville.

 

L’organisation avait placé le départ sur le quai Branly, au niveau de l’avenue de Suffren. Nous nous sommes glissés au milieu des coureurs à cent mètres environs de la première ligne. Pendant près d’une heure nous avons piétiné en attendant les ordres du starter. Le ciel azur et l’absence de vent constituaient la promesse d’une course parfaite. Je craignais que l’attente dans le froid ne soit extrêmement désagréable mais ce ne fut pas le cas. Je n’avais pas oublié de prendre avec moi un vieux sweatshirt Qeshua orange; Il ne m’a servi à rien et je me suis résolu à le laisser sur une barrière en espérant qu’il finisse par alimenter une cargaison pour Emmaüs. J’étais surpris par le nombre inhabituel de femmes qui m’entouraient. D’habitude, sur les courses de ce type, on compte facilement un rapport de 1 à 4 entre les hommes et les femmes. Cette fois-ci il y en avait beaucoup plus. Comme les filles qui pratiquent la course à pied sont sans doute plus affutées que celles qui pratiquent l’aquagym en compétition, – je ne dispose pas de statistiques précises sur cette question mais c’est une intuition qui doit aussi marcher avec les gars qui lancent des fléchettes – je ne regrettais plus tout à fait de que Julien m’ait convaincu de m’aligner sur cette épreuve. Nous avons eu une pensé pour notre pote, Fred, qui s’était déplacer à Berlin se weekend pour participer à un des plus beaux marathons du monde. Il devait être parti depuis près d’une heure, avait traversé Tier Garten avec 40000 personnes et, à l’heure qu’il était, il approchait sans doute le quartier de Mitte et la célèbre Alexander Paltz.

 

A 10h00 le starter a donné le coup d’envoi des coureurs élites. Les autres coureurs se sont élancés par vagues successives chaque minute au son de Muse. Partir sur Uprising me convenait tout à fait; je conserverais du jus sur au moins deux kilomètres et je serais pétri de remord d’avoir dénigré Carl Orff et David Guetta. Nous étions François et moi, avec deux cent-quatre vingt-dix-huit autres personnes, dans la huitième vague. Il devait être 10h10 quand ils ont lancé les Blues Brothers et que nous sommes partis. Je n’y avais pas pensé; J’aurais dû le mettre dans la liste des musiques interdites. C’était terrible; j’allais devoir me traîner pendant plus d’une heure en essayant d’oublier ce refrain assommant: Everybody needs somebody to love…

Notre plan était simple: s’échauffer tranquillement pendant les deux premiers kilomètres en ne dépassant pas 12km/h puis augmenter progressivement notre allure en passant à 4’45 »/km sur les deux kilomètres suivants jusqu’à ce que nous atteignons notre rythme de croisière (4’30 »/km) sur les deux kilomètres qui précèdent la côte des gardes. Nous avions pour objectif de terminer en moins de 1:15:00, il suffisait de suivre le plan.

Aussitôt après que le signal eut été donné, nous sommes partis à fond, oubliant dès nos premières foulées, le plan que nous avions établi. Nous longeons la Seine, il y a de l’espace. Contrairement aux grandes courses parisiennes sur lesquelles il faut jouer du coude pour doubler les grappes de coureurs qui piétinent devant soi, je peux courir à mon rythme sans aucune gène. Nous remontons le plus de concurrents possible avant d’atteindre Meudon : entre la côte des gardes et les chemins étroits en forêt chaque place gagnée coutera beaucoup plus chère que sur les larges voies des quais de Seine. Je compte 4’25 »/km de moyenne sur les trois premiers kilomètres ; c’est un peu rapide. Le kilomètre suivant est plus lent: Nous profitons de notre avance et d’une pelleteuse garée au niveau du pont du Garigliano pour nous soulager d’une envie pressante que nous retenions depuis plus d’une heure.

Nous franchissons le périphérique et continuons à toute allure sur les quais d’Issy. Nous laissons l’Ile saint Germain sur notre droite. Avec un  temps pareil, je serai bien revenu m’installer sur la terrasse de l’Ile pour y déjeuner en famille après la course. Je dois pour l’instant me contenter d’un ravitaillement frugal servi après le pont de Billancourt. J’attrape la bouteille d’eau minérale que me tend une jeune scout. J’en bois une moitié et déverse l’autre sur ma tête pour la rafraîchir.  A peine ai-je fini cette toilette succincte que la longue file de coureur tourne vers la gauche pour attaquer la partie la plus redoutée du parcours.

Nous cumulons déjà six kilomètres de course et avons mis moins de vingt-huit minutes pour les parcourir. Avec 4’36 » de moyenne je suis certain de pulvériser l’objectif que nous nous étions fixé. François semble en pleine forme. Bien que nous ayons longuement discuté de cette côte et de la nécessité d’en garder sous le pied pour ne pas finir la course carbonisé dès le septième kilomètre, je ne veux pas le freiner.  Nous décidons tacitement de ne rien lâcher et continuons  sur notre lancée ; Enfin pas tout à fait. Nous avalons le premier kilomètre de la côte des gardes à une allure de 5’15 »/km. Mon rythme cardiaque augmente en proportion inverse de notre vitesse. Je passe de 166 à 172 bpm. Je suis au taquet. François aussi n’est pas au mieux, il est devenu écarlate. Nous doublons des coureurs par paquets. Je pensais naïvement que les premières vagues étaient composées de coureurs bien plus rapides que nous, mais ce n’est pas le cas. Certains d’entre eux marchent, d’autres forment un front infranchissable, oubliant les consignes qui avaient été données de laisser un espace à gauche pour doubler. Ils nous contraignent à un slalom incessant qui rend notre ascension plus laborieuse encore. Certains s’agacent quand on les supplie de s’écarter vers la droite, de sorte que ceux qui ont choisi de courir puissent continuer à le faire. La course à pied est aussi, dans ces moments là, un sport de combat. C’est ce que je craignais. Avec une telle foule et sans véritable sas pour organiser les coureurs en niveaux homogènes, on est vite confronté à des bouchons monstrueux.

Nous quittons la route des Gardes pour emprunter  l’avenue du Château. Notre allure fléchit encore un peu et sommes à quelques secondes de la barre fatidique des 10km/h.  Je n’ose pas dire à François que nous devrions nous calmer et ralentir un peu. Mais je sens qu’il souffre beaucoup lui aussi. La longue ligne droite pavée qui doit nous conduire jusqu’à l’observatoire de Meudon semble interminable.

Nous atteignons finalement le sommet autour du huitième kilomètre après quarante minutes de course. Nous pénétrons dans la forêt de Meudon en suivant la Route Royale. La pente s’adoucit, mais Je ne parviens pas à retrouver l’allure à laquelle nous courrions avant notre ascension ; mes jambes sont lourdes, je suis cramé. Je crois que François l’est aussi.

Un second ravitaillement  est établi à proximité de la Route du Pavé d Meudon. Des enfants nous  propose des quartiers d’orange, du sucre et du raisin sec pour accompagner les flacons d’eau minérale. Je propose à François que nous marchions pendant que nous nous hydraterons. Une longue minute s’écoule pendant laquelle je sens mon pouls diminuer. Nous reprenons enfin notre souffle. Ma fréquence cardiaque passe de 174 à 151 bpm et, pour la troisième fois consécutive, notre temps au kilomètre dépasse cinq minutes et trente secondes. Un homme déguisé en pingouin titube devant moi. Je l’interpelle d’un « Salut Linux ! » sonore auquel il ne répond pas. Il ne comprend pas à quoi je fais allusion ? Je suis le trois-cent-cinquante-septième à faire la même plaisanterie ?  Ou bien est-il tout simplement exténué: avec sa double couche de poils et de plumes dans une côte pareille, il est certainement en train d’achever sa sublimation.

Notre chemin descend légèrement en direction des étangs de Meudon. Au dixième kilomètre, nous tournons sur la gauche pour aller passer sous la N118. Un nouveau raidillon d’une dizaine de mètres vient rappeler les lois de la gravités à nos pauvres jambes. Je reconnais ce trajet ; Nous l’avions emprunté quinze jours auparavant avec François, lorsque nous avons sillonné la forêt de Meudon, en trail, pendant trente kilomètres. Une fois passé du côté de Chaville, une longue descente de plus de trois kilomètres s’offre à nous. Nous déroulons tranquillement jusqu’aux faubourgs de Viroflay. Une dernière côte apparaît au bout de l’allée Noire avant que nous ne longions la lisière du Bois du Pont Colbert. Nous la gravissons lentement. Et perdons encore de précieuses secondes. Je sais pourtant que nous ne réaliserons pas notre objectif. Trois cents mètres avant que nous dépassions le panneau indiquant le point kilométrique treize, j’entends tout autour de moi le couinement des GPS qui signalent la fin d’un kilomètre.  J’imagine déjà tous ceux qui, sur les forums de course à pied, contesteront dès cet après midi, la longueur du tracé. Nous courrons depuis une heure trois, très exactement,  et il nous reste, au mieux, trois kilomètres à courir. Je suis incapable de tenir à une allure de quatre minutes par kilomètre pendant douze minutes. C’est mort pour 1h15.

Le dernier ravitaillement est installé avant le quatorzième kilomètre.  Nous avions convenu, avec François, de l’ignorer et de continuer à bonne allure afin de ne pas dépasser le seuil de 1h20. Nous franchissons la frontière de Versailles au bout de 14,5km. Il nous reste à peine 1,5 kilomètre à courir lorsque nous  foulons le goudron de l’avenue de Paris. C’est une très large artère bordée d’arbre.  Des centaines de spectateurs hurlent des encouragements tout au long des quelques hectomètres qui nous séparent de la ligne d’arrivée. Comme sur les quais, au début de la course, les concurrents ont  un espace immense pour lâcher leurs chevaux.  Il ne me reste malheureusement plus grand-chose à lâcher et François n’en a pas davantage sous le pied. J’arrache ce que je peux dans les derniers mètres et j’arrête mon chronomètre à 1 :18 :53.  François ne m’a pas quitté d’une semelle, ou peut-être est-ce moi qui ne l’ai pas quitté.

Le ciel est toujours bleu et le soleil qui brille sur Versailles comme il brillait sur Paris nous sèche rapidement. Une armée de scout en chemise rouge gère au millimètre chaque opération du processus d’arrivée. Je n’en avais jamais vu autant. Ils sont des centaines. Nous recevons un sachet de ravitaillement composé de deux barres de céréales, d’une pomme et d’une bouteille d’eau. Nous sommes ensuite décoré d’une médaille dont la forme rappelle celle d’une feuille de chêne mais dont je ne peux définir la matière.

C’est fini. Je prends mon temps, j’observe les autres coureurs qui terminent leurs courses, j’attends Julien. Même s’il court beaucoup plus vite que nous et projetait de passer sous la barre des 1h07, s’il a surfé avec la vingt-cinquième vague, il est possible qu’il arrive à Versailles bien après nous. Nous apercevons les vainqueurs sur le podium.  Les éthiopiens Atsedu et Goitetom se partagent les deux premières places.  Nous étions encore au milieu de la côte des gardes quand ils ont franchi la ligne d’arrivée(respectivement 47’39’’ et 53’41’’). Ils sont douchés et ont déjà revêtu leurs survêtements ; ce sont des extra terrestres. Haftu, la gracieuse petite Kenyane est particulièrement émouvante  quand elle monte sur la première marche. Le maire de Versailles qui ne doit pas compter beaucoup d’africain parmi ses électeurs, félicite un plateau d’éthiopiens, de kényans et d’érythréens ; la course à pied offre parfois des situations singulières, c’est un vrai bonheur.

Au bout de l’avenue colorée par les maillots des scouts et des coureurs, en toile de fond, le château de Versailles affiche sa splendeur ; c’est un joli spectacle.

Je n’ai pas retrouvé Julien et je quitte François qui se dirige vers le RER C. Je remonte l’avenue du Maréchal Foch pour rejoindre la gare SNCF rive droite. Je traverse la place du marché; Versailles me semble, sous ces couleurs, une ville animée et absolument agréable. On y croise bien quelques jeunes gens très « sortie de messe » mais ça me change des types qui, comme moi, terminent leur dimanche en t-shirt, en short et en sueur.

Je recevrai à l’heure du déjeuner un SMS de Julien qui a réussi à se mêler à la première vague et termine sa course en 1h05; Pas mal. Je reçois aussi un message de Sophie qui m’écrit que Fred a couru son marathon à Berlin en 4h14 ce qui est, pour lui, une très belle performance.

temps final : 1h18mn51s

Rang Scratch : 3032/20738

Rang VH1 : 838/4730

Rang Hommes : 2921/16062

Accès à la Trace du Paris-Versailles 2011

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Chianti


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  • mai 2013

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