/* SCRIPT GOOGLE ANALYTICS DEPOSE PAR David le 20/04/2012 */ /* FIN DU SCRIPT GOOGLE ANALYTICS DEPOSE PAR David le 20/04/2012 */
kinega

fuerteventura

Canaries, Fuerteventura, Trail Tindaya-Vallebron, 19km

kinega

kinega

 

volcano

la fenêtre panoramique

body surf

…au bout du désert, la plage

Gangstasand

les bâtisseurs

 

fuerteventura

fuerteventura

un chateau en Espagne

un chateau en Espagne

terrasse

une maison sur mars

airport

aeropuerto

Salon extérieur

camping sauvage

Camping Sauvage

Camping Sauvage


 

Salon extérieur

Salon extérieur

 

révision

révision

révision

révision

brunch au Ritz

deux jours au Ritz

ma chambre

ma chambre

brunch au Ritz

brunch au Ritz

corner blues

The Match

corner blues

corner blues

défense crépusculaire

défense crépusculaire

penalty

une journée en Ukraine

Liverpool sur Marne

le tunnel

banc de touche

ça rigole pas

supporters

les petits matins blêmes

banc de touche 2

Vincennester United

hip hop foot

FIFA street soccer

Energy on Loire

Pâques on Loire

grilled sausages

Kitchen Aid

free hot-dog

Energy on Loire

farniente

aods

 

 

chemin rouge

Run the Poitou

traces du Poitou

sentier boueux

ravitaillement complet

 

running field

 

chemin rouge

 

matin d’hiver

 

jolie courbe

autres traces…

 

Grand Bornand 2012

comme neige au soleil

aravis large

Aravis Ride



télésiège, originally uploaded by ilgigrad.



Aravis Large, originally uploaded by ilgigrad.

carrot cake

carrot cake



carrot cake, originally uploaded by ilgigrad.



mascarpone, originally uploaded by ilgigrad.

DCIM101GOPRO

Montmorency Hopeless Romantic

Je suis un peu victime d’un effet pervers induit par la vision du film de Nicolas Winding Refn. Je l’appelle le Drive Driving Syndrome™. Je rigolais en voyant ma sœur infuser des heures dans la baignoire avec des palmes et un tuba, après avoir vu six fois le Grand Bleu, il y a vingt trois ans. Elle avait quelques circonstances atténuantes, elle achevait son adolescence.  Elle en est sortie (de l’adolescence bien sûr et du film de Besson surtout). Les heures à écouter la musique d’Eric Serra ne lui ont laissé aucune séquelle. Je peux donc espérer moi aussi qu’un jour je serai guéri et que mon affection ne constituera plus qu’un souvenir embarrassant; J’aurai honte de ce DDS™ comme d’une lointaine syphilis.

Ça a commencé bêtement un mardi, quatre jours après  être sorti du cinéma. On m’avait prévenu; les filles craquent pour Ryan Gosling, Carey Mulligan est mignone, le scénario est bien foutu et les séquences en bagnole sont hypnotiques. Ca ne suffit pas pour faire de ce film un chef d’oeuvre mais il reste quelques images rémanentes et des envies d’autoroute.

L’idée de faire  six fois le tour du périphérique avec une Chevy Malibu 1973,  des mitaines en cuir et une paire d’Aviator sur le nez, m’est apparu comme le truc le plus évident du moment. J’ai redécouvert les groupes du Collectif Valérie comme Anoraak, Kavinsky ou College dont le titre a Real Hero arrive en tête des charts de mon Iphone ou de mon autoradio; Je zone sur deezer, Spotify, itunes et ce qui reste de myspace à la recherche de titres crypto new-wave qui me rappellent les boucles de basse électro qui encombrent la bande Original composée par Cliff Martinez; bref, je suis givré.

J’ai fixé la Gopro sur le pare-brise de ma Volvo et j’ai entrepris de filmer en timelapse toutes mes sorties du weekend. Des aller-retours dans le vingtième arrondissement, un tour dans le bois de Vincennes et un autre jusqu’à Montmorency où je suis allé courir, sous la pluie, dimanche matin.

Ce n’est pas Drive.  Ce n’est pas non plus un hommage; il existe sur la toile des “tributes” bien mieux roulés, à l’instar de ce petit clip d’animation

Là, ce sont juste des images de la circulation dans le nord de Paris; des heures en voiture, du bitume et des embouteillages. C’est gris, c’est Paris et on s’ennuie. J’ai ajouté un petit air synthétique de FM Attack comme on met de la musique dans les ascenseurs et les parkings, en espérant que ça crée une ambiance. Si les crapauds se transforment parfois en prince, mais la musique n’y changera rien : les ascenseurs et les parkings demeureront des espaces oppressant. Paris en décembre est sous la pluie; même filmé en timelapse ce n’est pas Hollywood.

Je vais reprendre mon vélo , c’est finalement beaucoup plus sympa que de regarder pendant des heures, les feux de stop de la voiture qui me précède.

fragment des Templiers

un bout des Templiers


Nous étions résolus, Laurent et moi, à nous attaquer à la course des Templiers quelques jours à peine après être revenus du Marathon des Causses. Je n’ai pas attendu le deuxième jour des inscriptions pour m’engager sur une épreuve qui dépassait très largement mes aptitudes en endurance, mais les austères sentiers des Causses nous avaient marqués pour la vie et courir à Millau en 2011 était devenu une évidence.

J’ai couru le marathon du Mont-Blanc en juin et le plaisir que j’y ai pris m’a donné une grande confiance quant à ma capacité à affronter un dénivelé et un kilométrage important. Je disposais de tout un été pour être en mesure de courir, en montagne, trente kilomètres au-delà du marathon. Cela me semblait parfaitement jouable.
J’ai couru cet été autour de la Grave, dans la Garfagnagna et les Alpes Apuanes et je suis retourné à Chamonix fin août. Début septembre il me restait un peu plus d’un mois pour affiner mon entraînement. J’avais un programme de longues sorties en  nature  et en VTT tout autour de Paris mais je ne m’y suis pas tenu. Laurent, qui devait plonger avec moi dans cette aventure y a renoncé au début de l’été. Un tournage en Papouasie pendant le mois de novembre lui interdisait de se préparer et de se lancer dans une telle course. J’ai vécu cette annonce difficilement. J’avais bien sûr promis à Thibaut que nous courrions  ensemble. C’est lui qui m’avait convaincu, lors d’un séjour au ski, de me mettre à la course à pied et grâce à qui j’avais triomphé de ma première compétition; mais Thibaut n’a besoin de personne pour terminer les courses les plus dures et je craignais d’être un poids pour lui. Il serait l’exemple, celui qui court devant, qui fixerait l’objectif et nous essaierions de le suivre. Laurent c’était différent. Nous partagions un niveau identique et la même expérience : les Causses, l’Eco-Trail et le Mont-Blanc. Je savais que, quoiqu’il arrive, nous serions côte à côte jusqu’au bout. J’en ai parlé à Julien, mais il n’a jamais répondu. J’ai pensé à Frédéric mais il revenait de son Marathon à Berlin et il n’était pas tout à fait prêt pour une telle distance. J’ai voulu convaincre François de reprendre le flambeau et ce fardeau, mais, après avoir longuement hésité, il a préféré ne pas se perdre dans un défi auquel il ne s’était pas suffisamment préparé. J’aurais bien voulu que Bruno courre avec moi. Bien qu’il s’en défende je suis sûr qu’il aimerait ce genre de chose et qu’il ferait un excellent coureur de fond. On pourrait fonder une Dream Team. Je n’ai finalement trouvé personne qui puisse  prendre la place de Laurent.
Je me suis dissipé. J’ai participé à des épreuves de demi-fond, la QBRC et le Paris Versailles et je suis tombé malade. J’ai enchaîné pendant trois semaines différents stades d’états fébriles, grippe, angine et j’ai arrêté de courir. Habituellement je supporte difficilement de laisser passer plus de deux jours sans chausser mes runnings. Là les jours défilaient pendant lesquels je ne ressentais plus rien, aucune envie, aucun frisson. Une rupture.
J’ai annoncé à Thibaut que je l’accompagnerai pour faire des photographies et lui servir d’assistance mais qu’il était impossible que je courre moi même.
J’ai retrouvé quelques forces trois jours avant de partir pour Millau; j’ai mis mes bâtons et mes chaussures dans un grand sac et j’ai pris le train.
 

Trans Millau Express

J’ai retrouvé Thibaut à la gare de Lyon. J’avais aussi donné rendez-vous à Olivier qui avait gagné récemment un dossard  et que je ne voulais pas laisser seul dans ce challenge vertigineux.
Nous avons confortablement voyagé en première jusqu’à Millau détaillant jusqu’à l’infini notre plan de course du lendemain. J’avais développé un tableau de bord dans lequel j’indiquais les temps de passage probable sur chaque point haut ou bas du parcours, en intégrant la distance, la pente, ma vitesse de base et le déclin potentiel lié à la fatigue. Mes estimations les plus objectives donnaient 11:30. Thibaut trouvait que ce timing manquait d’ambition et que nous devrions plutôt nous fixer un objectif de 10:00. Olivier, plus réaliste, comptait simplement se caler sur les barrières horaires pour terminer sa course. Je contestais qu’en se fixant sur les barrières horaires, on prend le risque d’être hors limite si un incident survient. Je le reconnais, il est plus aisé de discuter de tout cela confortablement installé dans un fauteuil que lorsqu’on se retrouve confronté à la dure réalité du terrain.
En gare de Montpellier, Thibaut  à pris le volant d’une Opel Zafira que j’avais réservé chez Avis depuis trois mois et nous avons roulé vers Millau.
Nous avons quitté l’autoroute avant d’atteindre le pont; quelques kilomètres plus tard, Thibaut et Olivier découvraient le profil du Causse Noir et à 16:00 nous étions sur le site des Templiers pour récupérer nos dossards. Nous avons fait un tour dans le salon du trail mais je n’ai rien trouvé qui satisfasse ma frénésie consumériste. Le cadeau offert par les organisateurs m’a déçu, on nous distribuait une fois encore, le buff que nous avions reçu l’année dernière.

dossard 616

Nous avons laissé Olivier à son hôtel, sur les hauteurs de Millau et nous avons rejoint le notre. L’Hotel des Causses est situé en centre ville; il est en cours de restauration par un couple de néo-propriétaires tout à fait sympathique. Nos cellules étaient spartiates mais suffisaient largement à notre programme.
J’ai épinglé mon dossard à mon joli T-shirt finisher du marathon du Mont-Blanc, préparé et vérifié trous fois mon sac de course, étalé avec ordre mes vêtements sur le minuscule bureau. J’ai hésité un moment sur la quantité de gels et de barres de céréales à emporter dans mon sac. J’ai finalement opté pour trois gels et trois barres de céréales dont deux salées. Consommer davantage de gels pourrait me poser des problèmes gastriques et pour le reste, je pourrai toujours, si besoin, compléter mon panier pique-nique lors des ravitaillements. Je fourre la caméra dans une des poches. Ce n’est pas une décision raisonnable : c’est lourd et gérer deux objectifs (terminer une course et faire un film) créé un handicap supplémentaire.
Après quelques minutes de tourments quant à l’utilisation de la caméra en course, je suis descendu dîner avec Thibaut dans le restaurant de l’hôtel.
Nous étions entourés, ce n’est pas un hasard, d’une petite dizaine d’autres coureurs pour lesquels nos hôtes avaient composé un succulent menu spécial trail.
Une assiette de pâte et une gaufre au chocolat plus tard, j’étais dans mon lit.
Il était 22:00 et je pouvais espérer dormir au moins 6:00 avant mon réveil.
Longtemps je me suis couché de bonne heure…
…Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait…

J’ai presque pu compter le nombre de fois pendant lequel j’ai tourné dans mon lit sans trouver le sommeil. J’ai allumé la lumière, examiné le parcours sur l’Ipad que j’avais mis dans mes bagages, fait et refait mon plan de course, parfait les réglages de la caméra GoPro avec laquelle j’envisageais de filmer les éclats de notre « randonnée ».  Mes yeux se sont clos vers 1:30; il était temps.
Quand le trio pour piano et cordes en mi bémol majeur de Schubert a retentit dans la pièce, je savais que la nuit s’achevait, qu’il était quatre heures du matin et que dans une heure à peine, je serais sur la ligne de départ. L’hôtelière nous avait prévenus : aucun petit  déjeuner ne serait servi aussi tôt ce matin. J’avais pris, vendredi soir, la précaution de confectionner un Gâteau Energie. Je l’avais laissé brûler dans le four et je me retrouvais là, dans ma chambre à mâcher un mélange au charbon et aux fruits rouges. J’avais dormi trois heures et demie, je sentais que la fièvre des jours précédents n’avait pas complètement disparu, je n’avais rien à manger. J’ai dissout deux comprimés d’aspirine dans un verre d’eau, je me suis habillé, badigeonné de crème anti-frottements NOK et j’ai rejoint Thibaut dans la voiture.

Uniforme

Nous avions eu, la veille, un débat sur nos tenues : short ou corsaire ? Après une longue conversation sur le temps, le froid et la fatigue nous avons tous les deux choisis le port du short. De toute façon, à moins qu’il ne fasse moins quinze, je ne me sépare jamais de mon short Salomon avec un cuissard intégré. Il combine à la fois la légèreté, la fluidité et les propriétés déperlantes d’un short et la sensation de compression des cuisses que j’apprécie infiniment sur les courses longues. Je n’ai pas été saisi par le froid en mettant mon nez dehors ; j’avais fait le bon choix.
Nous sommes passés prendre Olivier à son hôtel. Comme il jouxtait le bowling de Millau, nous avons pris deux gars en auto-stop. Ils puaient l’alcool et rentraient se coucher chez eux, en centre ville. Ils n’imaginaient pas qu’on puisse courir pendant plus de dix heures sur les Causses. Deux mondes se rencontraient ; ça n’a pas duré. Nous les avons déposés avant qu’ils ne nous vomissent dessus et avons filé vers la zone de départ. A cette heure, le parking le plus proche de la ligne était encore accessible. A cinq heures nous étions garés et prêts à en découdre.
Les premiers concurrents commençaient à affluer vers les sas encore déserts. Nous allions nous placer dans le troisième sas quand un organisateur nous a informés que nos dossards (respectivement 251, 316, 716) permettaient d’accéder au second sas. Nous ne voulions pas nous retrouver à la toute fin du peloton et là, nous allions partir à quelques mètres des élites. A attendre pendant plus d’une heure sur une route balayée par le vent, je commençais à prendre froid. J’ai revêtu un maillot thermique moulant (avec lequel je pourrai tout aussi bien me lancer dans la plongée sous-marine dans l’Artique) sous mon T-shirt, ajouté une deuxième couche et enfilé une veste imperméable. J’ai retiré ma veste quelques minutes avant le départ et j’ai gardé le reste pour conserver un peu de chaleur pendant les tous premiers kilomètres.

Anemo

Quand les sas furent bondés et que la pression du départ est devenue palpable, la sono a craché son hymne. On ne me compte pas parmi les grands fans d’Euro-dance et de chants crypto-grégoriens à la sauce technoïde. J’ai doucement sourit du silence religieux qui s’est répandu lorsque le cruel Ameno d’Era a retentit.
Le speaker a lancé le décompte,  des feux rouges ont jailli devant nous jusqu’à l’horizon et nous sommes partis. 
6:17 à ma montre 

A peine ai-je franchi  la ligne de départ, qu’une puissante émotion me submerge. Un sentiment profond de bonheur et de puissance m’accompagne pendant les quatre cents premiers mètres. Les larmes me viennent aux yeux. Même cette musique pathétique raisonne différemment à mes oreilles. Je suis sur un nuage au milieu de ces torches qui inondent la route d’un halo rouge féérique.
La musique s’estompe à mesure que nous avançons ; on n’entend plus que le souffle des coureurs , le bruit de leurs semelles qui frappent le bitume et il n’y a plus que la lumière de nos  frontales pour nous éclairer dans la nuit.
Je suis parti trop vite. Entraîné par le flot des coureurs du premier sas, je dépasse 11km/h sur les deux premiers kilomètres. Je m’aperçois que j’ai laissé Olivier et Thibaut derrière moi. Je ralentis et laisse des centaines de coureurs passer devant moi. J’en profite pour ranger dans mon sac la caméra, avec laquelle j’ai filmé le départ. Au bout de deux ou trois minutes qui me paraissent interminables, je distingue  Thibaut qui court sur la droite de la chaussée sous les 10km/h. Contrairement à moi, il a suivi le plan. Olivier est resté loin derrière et préfère courir plus lentement. Nous trottons tranquillement jusqu’à notre première étape, sans nous rendre vraiment compte de la pente ascendante sur laquelle nous sommes. Nous atteignons Carbassas  au bout de vingt minutes, tournons vers l’est et entamons notre première ascension autour du 5 ème kilomètre.  Je suis émerveillé par le long ruban de lucioles qui serpentent dans la montagne.  J’appréhendais de partir avant l’aube et de courir dans  l’obscurité mais je dois reconnaitre que cela confère un aspect magique aux premières heures de la course.  Elles me resteront sans doute très longtemps en mémoire. Nous grimpons sur le Causse. Comme prévu, la pente est sévère, l’allure diminue et nous progressons en marchant. Tout va bien: je ne crains pas trop les côtes et nous n’en sommes encore qu’au tout début. On entend fuser les blagues habituelles : ” ils n’ont pas installé d’ascenseur ? Il est où l ‘Escalator ?”, ambiance !

Après 300md+ d’ascension un type me plante son bâton dans ma Supernova Riot et me fait trébucher. Je sens mon genou qui veille légèrement. Je m’écarte sur le bord de la piste pour effectuer un bref état des lieux. Rien de grave mais j’ai l’impression que cela a réveillé une très ancienne tendinite. Je repars rapidement mais j’ai de nouveau perdu Thibaut qui a continué à monter sans m’attendre. Ce n’est pas trop grave, il me reste encore 66 kilomètres pour le rattraper. 
Après une ascension d’un peu plus de 400md+, j’arrive enfin sur le plateau, à 820m d’altitude. La course a été lancée depuis 52 mn. Nous nous dirigeons en direction de l’est sur un large chemin au milieu des arbres. Je n’en vois pas davantage. Éclairé par ma lampe frontale et celles de ceux qui courent autour de moi, j’éprouve quelques difficultés à distinguer la nature exacte de notre environnement. 
Je cours de nouveau à belle allure et enchaîne des portions de plat très roulantes et des pentes douces sur lesquelles, quelque soit le sens, je continue à courir. 
Vers le 10 ème kilomètre, au niveau de Paulhe, je profite de l’aube pour éteindre ma lampe et la glisser dans ma poche. Je suis en nage. Je retire aussi la seconde couche que j’avais conservé sur moi pendent toute ma grimpette.
Mon t-shirt est trempé et il fait encore assez froid. J’hésite à changer de maillot, celui que j’ai pris en rechange ne devrait servir qu’en cas de pluie ou après que j’aie dépassé le 50 ème kilomètre. Je grelotte lorsque nous sortons de la forêt et que le parcours s’ouvre sur une steppe balayée par le vent. Pour ne rien arranger, je perds mon dossard. Les épingles à nourrice ont dû s’ouvrir et je dois revenir sur mes pas pour le récupérer. Je gaspille quelques précieuses minutes à tenter de le fixer avec une épingle qui y était restée accrochée. Je ressors ma caméra, tente de filmer quelques images et m’arrête de nouveau deux kilomètres plus loin pour m’en débarrasser. 
Nous longeons un centre équestre. Je pense qu’il s’agit de la Rouvière, le point à partir duquel débute la descente vers Peyreleau. Ça ne correspond pas tout à fait aux indications de mon GPS qui n’affiche qu’une distance cumulée de 17km.    J’interroge peu après un groupe de spectateurs qui nous encouragent devant une jolie ferme restaurée. Ils confirment les indications de ma montre: Je me trouve au niveau du lieu-dit Puech Margue, à 18km, du départ.

Run the Plateau

J’atteins finalement la Rouvière vers 9h20 et 23km au compteur; ça fait trois kilomètres de  plus que ce que j’avais en tête, et depuis un quart d’heure je m’interroge sur ma position; ce n’est pas bon signe. Il me reste tout de même plus de 50 kilomètres à parcourir et je ferai mieux de ne pas trop penser à chacun d’entre eux.
Je ressors la caméra de mon sac et la fixe sur ma tête à l’aide d’une sangle élastique. On dirait une grosse lampe frontale. La première descente commence là. C’est un sentier en monotrace  qui plonge doucement vers Peyreleau en suivant une jolie combe en face de laquelle on observe le Pic de Montaigu. En moins de vingt minutes, je passe de 750m à 400m d’altitude. Les bâtons que je tiens à la main me gênent quelque peu. Je les avais sortis pour affronter une bosse vers le 15 ème kilomètre et je n’ai jamais pris le temps de les replier depuis. 

Ravito-Peyreleau


 
A 9h45, après 3h30 de course, j’atteins enfin la première étape à Peyreleau.  Un ravitaillement sans histoire et sans cœur. Je bois deux ou trois vers de coca que j’accompagne d’une banane et d’une barre de céréale. Je remplis mes bidons avec de l’eau qu’un bénévole puise à l’aide d’une carafe dans une vaste poubelle. Je suis déçu par le côté distant de l’accueil et de l’ambiance qui règne autour des tables.  Je passe un coup de fil à Thibaut pour savoir où il en est. Il me précède de 15mn. Je ne m’attarde pas et me lance à sa poursuite. Je croise, en sortant du village, un petit groupe de jolies filles déguisées en stroumpfettes; c’est tellement plus sympa que tous ces gars qui, comme moi, cours avec leur sac sur le dos et leurs drôles de chaussettes…
J’attaque ensuite la deuxième difficulté du parcours : 450md+ de côte. Je dois grimper sur la corniche du Causse Noir.  Je ne suis pas le seul , ça avance lentement. J’en profite pour téléphoner à Olivier. Il arrive au ravitaillement. Au bout de 100md+ je me retrouve enfermé dans un énorme embouteillage. Nous sommes à l’arrêt. Assis sur une souche, je récupère. On parle du match, de la finale qui se déroule au même moment en Nouvelle Zélande. Nous sommes en terres de rugby ; les gars autour de moi ont l’accent qui chante ; les informations circulent : les blacks mènent 7à 0. Ça repart lentement. Certains commencent à s’inquiéter pour la prochaine barrière horaire. Nous atteignons un belvédère qui surplombe toute la vallée. Je sors mon Iphone et prends une photo. La caméra est dans mon sac, elle y restera jusqu’à la fin de la course. D’autres coureurs font la même chose que moi, certains prennent la pause devant l’objectif de leur pote ; la vue est superbe.

sous le Champignon

Cent mètres plus haut nous atteignons le champignon préhistorique et le 29ème kilomètre.  J’avance depuis 4h30 et je me sens physiquement assez bien. Depuis que j’utilise des Leki de Nordic Walking pour m’assister dans les pentes les plus raides, ça passe beaucoup mieux. Les têtes de séries en ont aussi et on peut difficilement les soupçonner d’être des randonneurs. Arrivé sur le plateau Je ne prends pas le temps de me couvrir et repars sans attendre en direction du sud est.
Aux environs du 30 ème kilomètre, des secouristes sont collés à leur transistor. Je leur demande le score ;  8 à 0 mais les français sont à douze mètres de la ligne des blacks.  Je n’ai pas couru cinq cent mètres quand j’entends le klaxon de leur véhicule de secours accompagné d’une clameur qui se répand dans la forêt. Je regarde mes compagnons de route, on est d’accord : « essai français !». Trois minutes plus tard, nouveau coup de klaxon et nouvel clameur : « transformation !»
Je jette un œil à ma montre : 11h10, presque cinq heures de course.  J’ai froid et faim. Je n’ai avalé, depuis le départ, qu’un gel, un quart de barre aux céréales et une banane. La douleur que j’avais ressentie à mon genou droit dans la première côte, s’accentue. Ça ne s’arrange pas, lorsque nous amorçons une légère descente au 32 ème kilomètre.
J’atteins Saint André de Vézines, 36 ème  kilomètre, en 6h03. J’ai une vingtaine de minutes d’avance sur la barrière horaire. J’entre dans la cour d’un petit bâtiment. C’est un peu le bordel. Les boissons et la nourriture sont servis autour de hauts comptoirs installés sous un préau. Je cherche désespérément quelque chose de salé à avaler. Les pâtes de fruits qui sont exposées sur les buffets ne m’attirent pas beaucoup. A partir d’un certain temps de course le goût du sucre disparait. C’est un des effets de l’ultra : il faut savoir aller par delà le sucre et le mal. Je me jette comme un affamé sur une assiette de fromage, engloutie une banane entière et bois un verre de thé sucré brulant. Comme à l’étape précédente, je ne suis pas emballé par l’ambiance qui règne ici. C’est un peu déshumanisé. J’appelle Thibaut, il est à cinq ou six kilomètres du troisième ravitaillement. L’écart est creusé. Je ne le rattraperai plus. Et puis cette douleur aiguë qui ne me quitte plus ne préfigure rien de bon. Je ne parviens pas à me relancer immédiatement. Je marche jusqu’à la sortie du village. On nous oriente vers l’ouest et le GR 62. Nous plongeons vers le ravin de L’Adrech. Chaque pas est insupportable, je ne peux absolument plus courir. Je suis au ralenti. J’appelle Olivier et je m’étonne qu’il ne m’ait pas encore rattraper. Il entre tout juste dans Saint-André de Vézines. Je lui annonce qu’il me rejoindra sans doute bientôt car je suis HS. J’hésite à retourner jusqu’au point de secours et à jeter l’éponge. Le téléphone sonne. C’est Stéphane. Il me rassure en me racontant qu’il a terminé, il y a quelques années, les Templiers en marchant du 37ème kilomètre à la fin de la course. Il me conseille d’avancer et de courir dans les portions les plus roulantes. J’ai à peine raccroché lorsque Olivier me rejoint. Je lui détaille la nature de mes ennuis; lui m’explique qu’il souffre beaucoup dans les côtes. Son arrivée me redonne un peu de courage et je reprends ma course.
A 13h00, nous tournons vers le sud. Nous commençons notre 41ème kilomètre et il nous en reste moins de dix jusqu’à l’étape suivante. Nous disposons de plus de 2h20 pour y parvenir. C’est jouable.
Au 42ème kilomètre un photographe nous immortalise dans les rochers de Roques Altès. Nous débouchons sur la corniche du Rajol. Le panorama est sublime. Des vautours planent au dessus de nos têtes. Ceux qui cheminent à notre proximité n’ont pas l’air beaucoup plus en forme que nous; les rapaces attendent leur diner.
Au 45ème kilomètre, Olivier à mes cotés, j’attaque la première partie de la descente vers la Rocque-Sainte-Marguerite. Le sentier est extrêmement escarpé. C’est une torture pour mon genou. Je ne parviens plus à le plier ce qui est loin d’être pratique pour descendre dans une pente à plus de 15%. Je reprends ma course sur un replat entre le 47ème et le 48ème kilomètre. Je laisse Olivier derrière moi. Je sens que je suis surhumain. je double quelques coureurs qui trainaient devant moi; un miracle. Cela ne dure pas. C’était mon chant du cygne. Les 150 derniers mètres de dénivelé vers la Rocque constituent un véritable calvaire. Olivier repasse devant moi et s’envole vers la prochaine étape. J’espère le rattraper dans la côte suivante mais là, je suis accroché à mes cailloux. Je franchie la Dourbie à 14h40. Selon le timing fournit par l’organisation, il nous reste 40mn pour faire les 2km qui nous séparent de la barrière horaire de Pierrefiche. Ca grimpe dure mais c’est parfaitement jouable. J’interroge un homme qui progresse difficilement devant moi. Son GPS indique, comme le mien 49.6km; nous sommes, en toute logique, tout près du but. Il vient de Lille et s’entraine sur des terrils; rien à voir avec ce qu’il affronte ici.
Je ne lâche rien. Les minutes défilent et on progresse toujours au milieu de la pampa. Une forêt qui n’en finit pas et aucun ravitaillement en vue. Je rejoins Olivier cinq minutes avant le mur horaire; il est aussi désemparé que le lillois et moi.
Nous atteignons le plateau du Larzac, là où, théoriquement, aurait dû se trouver le point de ravitaillement, à 15h30. Je suis abattu. La course est finie pour nous. Malgré nos ultimes efforts, nous ne serons pas dans les temps. La pluie commence à tomber et je suis saisi par le froid. Ma déception me cloue au sol; je ne peux plus avancer. J’appelle Laurent qui avait laissé un SMS sur mon téléphone. Je lui annonce mon échec sur sa boite vocale.
Il nous faudra encore faire 2 kilomètres pour rejoindre Pierrefiche du Larzac. L’étape est en cours de démontage. Il n’y a plus rien à manger ni à boire. On nous reprend froidement nos dossards.
Voilà, ça c’est terminé comme ça.

Quelques coureurs hagards ont le nez plongé sur leur GPS et sur leur chronomètre. Comme moi, ils ne comprennent probablement pas pourquoi ils se sont trompés de plus de deux kilomètres. Un type au bord de l’hypothermie sous sa couverture de survie. Il ne porte qu’un t-shirt à manche longue et n’a emporté avec lui ni seconde couche ni vêtement imperméable parce qu’il pensait sincèrement qu’il n’aurait pas besoin de s’arrêter ! Je n’ose imaginer ce qu’il serait advenu de lui s’il était retenu seul au milieu du parcours après que la nuit soit tombée quelque part entre Pierrefiche et l’arrivée…
J’enfile le rechange que j’avais conservé précieusement dans mon sac afin d’aborder au sec la dernière partie du parcours. Au moins je n’aurai pas froid dans la navette qui me ramènera à Millau.

Il y avait peut-être moyen de terminer et de franchir la barrière de la ferme du Cade si la descente vers le Monna était, comme on me la dit, plus roulante que celle que je venais de terminer, mais je ne le saurai pas; pas cette année. Je suis déçu. Déçu de ne pas avoir pris suffisamment de marge sur la barrière horaire et déçu que sur une telle course on ne puisse s’appuyer sur une mesure fiable du kilométrage par les organisateurs.

Grosse déception en atteignant, en navette, le site d’arrivée pour accueillir et féliciter Thibaut qui me précédait de quelques kilomètres dans cette course. Tous ces finishers avec leurs grosses médailles et les magnifiques maillots bleu-nuit Adidas; j’avais une grosse boule dans la gorge de m’être arrêté, contraint et forcé, 23km plus tôt.
Je ne sais pas si ce décalage entre les temps et les distances des barrières horaires annoncées et ceux qui furent réellement constatés correspond à une volonté délibéré ou à une certaine approximation dans les mesures. Je me suis fait avoir cette fois-ci mais je reconnais que cet écart n’est, au final, pas si important et que je dois mon échec à ma méforme plus qu’à un défaut d’organisation. On est juste très agacé quand on se retrouve hors limite de 3 minutes…
 
Sur le site de départ, un immense chapiteau d’au moins 1000m2 était dressé pour accueillir les participants et leur offrir un copieux repas. Au menu Aligot-saucisse, salade et soupe de légume. Je dévore tout ce qu’il y a sur mon plateau. Je ne touche pas aux bouteilles de vin cinq étoiles disposées sur les tables. Je ne suis pas certain de l’effet d’une telle piquette sur l’organisme.

Thibaut a bouclé l’intégralité du parcours en 12h11. Il était épuisé. Nous aussi d’ailleurs.
Nous sommes rentrés sans attendre à nos hôtels et nous nous sommes couchés sans prendre le temps de célébrer la victoire de Thibaut sur le temps et sur lui même. Je n’ai pas non plus savourer la bière dont j’avais rêvé depuis une semaine, je n’avais plus la tête à ça.

Ceux qui ne courent pas ne comprendront pas ma déception. “Plus de 50km et 2000m de dénivelé, c’est énorme !” diront-ils; “courir pendant plus de neuf heures aussi. Cela constitue, en soit, déjà une énorme performance.”… Pierrefiche de Larzac n’était pas mon objectif. J’espérais aller bien au delà et je pensais sincèrement m’être suffisamment préparé à cela. 50km ce n’est rien; 75km aussi. L’épreuve, ce n’est pas la course; c’est tout ce qui précède. Les heures d’entraînement, de fractionnés et de côtes qu’il a fallu avaler avant de m’aligner sur les Templiers. La course c’est une récompense. J’ai, en fait, le sentiment d’avoir été privé de dessert.

Nous avons quitté Millau sous la pluie le lendemain matin. Personne ne voulait prendre le volant mais comme Thibaut avait conduit à l’aller, j’ai fait le retour.

Welcome to Millau

Je reviendrai à Millau.
J’ai beaucoup apprécié l’ambiance du départ et j’ai ressenti un gros frisson en passant entre la haie torches qui illuminaient la cohorte. j’ai trouvé certains passages somptueux et je regrette de ne pas les avoir tous découverts.
Je reviendrai l’an prochain terminer la Grande Course des Templiers.

accès à la trace des Templiers avortés

Film officiel de la course : première partie
La Grande Course des Templiers 2011, par VO2 Running Live

Birthday

The Gifts



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Miss A, originally uploaded by ilgigrad.


BG, originally uploaded by ilgigrad.

16915

Paris-Versailles

Je ne me suis pas inscrit naturellement sur le Paris-Versailles. Je dois même avouer que je méprisais l’idée même de participer à une telle course. Partir au pied de la tour Eiffel et parcourir seize kilomètre accompagné de 25000 personnes me donnait la nausée. Une course de masse, à l’instar de la Parisienne, où la course compte moins que le nombre ; Une grande messe à la gloire des sponsors et de David Guetta. il n’a rien à voir la dedans mais le souvenir des sono surdimensionnés qui  nous balancent des tubes formatés pendant des heures sur la ligne de départ m’inspire très modérément. Ça peut toujours être pire. Les Chariots de Feu ou Carmina Burana au moment du départ et votre course est ruinée. Sur l’UTMB, par exemple, c’est abominable: Vous suez sang et eau pour parvenir à boucler les cent-soixante-dix kilomètres du parcours et, alors que vous allez franchir la ligne, BING ! On vous balance du Vangelis.  Encore ! Avec 1492, vous regrettez presque de ne pas avoir abandonné au quarantième kilomètre. Bref, Je me représentais cette course comme une épreuve pour ceux qui ne courent jamais et qui se lancent dans un pari stupide dès lors  qu’ils ont réussi à enchainer péniblement deux tours du jardin du Luxembourg.

16915

Je ne voulais pas participer au Paris-Versailles, comme je ne participe ni au marathon de Paris, ni aux 10km de l’équipe. J’ai couru les 20km et le semi de Paris, le Paris-Saint-Germain aussi: Je ne suis pas à une contradiction près. Je ne pouvais pas courir le Paris-Versailles parce que je participe à la Grande Course des templiers le mois prochain, et que courir 16 kilomètres en ville quand on doit en faire 75 sur les Causses, ce n’est pas raisonnable. Le paris-Versailles n’entrait pas dans mon plan d’entraînement, c’est tout.

 

Julien a insisté au milieu du mois de juillet pour que je l’accompagne sur cette épreuve qui arrive aux pieds de chez lui. J’avais établi un planning différent et je comptais plutôt courir sur les 33km de l’Imperial  Trail de Fontainebleau que sur du bitume. Je me suis finalement résolu à m’inscrire au tout début du mois d’août en prétextant que je pourrai toujours revendre mon dossard si je trouvais quelque chose de plus adapté à mon entrainement ce jour là.

L’été est passé, j’ai couru en montagne et en Toscane, j’ai couru la QBRC à Viroflay et septembre touchait à sa fin. Je courrais lentement, en nature le plus souvent, et en essayant d’intégrer beaucoup de dénivelé. ça na pas marché. Mon volume d’entraînement est très en dessous de ce qu’il aurait dû être ; je suis un fainéant. Quelques boucles entre le canal de l’Ourcq,les hauts de Pantin et la porte des Lilas avec Fred et François, des sorties longues en forêt de Meudon ou entre le Mont-Valérien et le vingtième mais c’est tout. Je ne dépassais pas les soixante-dix kilomètres par semaine quand j’ai donné rendez-vous à François, devant la tour Eiffel, afin que nous allions, ensemble, retirer notre dossard.

Le soleil brillait déjà depuis deux ou trois heures samedi matin quand je suis monté sur mon vélo. Un journaliste allemand qui m’avait interrogé la veille, nous promettait une météo parfaite pour le weekend et la semaine qui suivait. Il avait brandi son Iphone sur lequel irradiaient une dizaine de petits soleils. Les rues de Paris étaient encore vides et j’ai glissé tranquillement de Gambetta à la Bastille ; J’ai remonté la rue Saint-Paul et la rue de Rivoli, traversé la Seine au niveau du pont Alexandre III, et j’ai atteint la rive gauche en moins d’une demi-heure. Il m’a encore fallu cinq minutes pour relier le quai d’Orsay au quai Branly et j’ai retrouvé François. Il m’attendait sous le pilier nord-est de la tour Eiffel avec son Vélib.  Nous avons pédalé ensemble jusqu’à Issy les Moulineaux en longeant le charmant Parc André Citroën, l’héliport de Paris et le stade Suzanne Lenglen. Je craignais que nous arrivions dans un gymnase bondé et qu’il nous faille attendre des heures avant d’accéder à la personne qui nous remettrait notre puce et notre dossard. Le gymnase était immense et vide ; en moins de trois minutes nous avions tout reçu, y compris un sémillant T-shirt Adidas vert pomme. Il n’était pas midi et j’avais encore toute un après midi devant moi.

Nous sommes repartis aussi vite que nous étions venus. Nous nous sommes quitté devant l’Assemblée Nationale en promettant de nous retrouver le lendemain vers 8h30 à l’angle du quai Branly et de l’avenue de la Bourdonnais.

 

Je suis allé, en famille, assister samedi soir à une représentation de la Comédie Française hors les murs :  le jeu de l’amour et du hasard mis en scène par Galin Stoev au 104. Nous avons diné au « café caché ». Je suis resté sobre, me suis limité à une brochette de poulet accompagnée de Boulgour et, à minuit, je dormais comme un bienheureux.

 

Le réveil à 6h30, dimanche matin fut plus difficile. Après un petit déjeuner « léger », j’ai enfilé mes Adidas SuperNova Glide et épinglé mon dossard sur mon maillot Salomon  jaune. J’ai quitté la maison vers 7h30 et me suis rapidement engouffré dans le métro. Dans la rame, j’ai rencontré un concurrent avec qui j’ai engagé la conversation. Il allait courir son huitième Paris-Versailles. Il avait l’habitude de les terminer en moins de 1h20, et parfois, en 1h10.  Il accompagnait un non-voyant  avec lequel il s’entraîne régulièrement. Il a évoqué la force et « le sixième sens » de ces personnes qui appréhendent à 14km/h une route ou un chemin qu’ils ne voient pas ; la confiance absolue de l’un envers l’autre et la responsabilité qui pesait alors sur ses épaules. Il m’a raconté son bonheur de courir à deux  avec des trémolos dans la voix. Ses yeux brillaient et j’ai bien voulu croire qu’il avait raison. Il m’a indiqué l’adresse d’un site internet sur lequel je pourrais trouver des renseignements et m’inscrire pour accompagner moi aussi, de temps en temps un non voyant ; il faut du monde pour aider une personne qui court trois à cinq fois par semaine.

Je suis descendu à la station Iéna, ai couru jusqu’à la passerelle Debilly et attendu François et Julien devant la brasserie de la Tour Eiffel. J’avais de l’avance et eux un peu de retard. Je me suis attablé en terrasse et ai commandé un déca. François m’a rejoint vers 8h45 et nous avons attendu Julien jusqu’à 9h05 environ. J’attendais depuis près de quarante-cinq minutes et le flot des coureurs grossissait considérablement devant la ligne de départ. Je regardais les cars venus de province, débarquer leurs chargements de coureurs. Des équipes, affichant les emblèmes et les couleurs de leurs clubs sur des t-shirts en cotons, immortalisaient leurs exploits en posant crânement devant la tour Eiffel. Les rouges dépassaient en nombre et en vivacité les blancs et les bleus; quant aux jaunes, je ne donnais pas cher de leur peau. Tous les autres étaient verts, c’était la couleur du maillot distribué avec nos dossards. Un vert qui est à la nature ce qu’Areva est à l’Écologie. Je suis sûr que, s’il existe, Adidas n’a pas fait mieux pour équiper le semi-marathon de Creys-Malville.

 

L’organisation avait placé le départ sur le quai Branly, au niveau de l’avenue de Suffren. Nous nous sommes glissés au milieu des coureurs à cent mètres environs de la première ligne. Pendant près d’une heure nous avons piétiné en attendant les ordres du starter. Le ciel azur et l’absence de vent constituaient la promesse d’une course parfaite. Je craignais que l’attente dans le froid ne soit extrêmement désagréable mais ce ne fut pas le cas. Je n’avais pas oublié de prendre avec moi un vieux sweatshirt Qeshua orange; Il ne m’a servi à rien et je me suis résolu à le laisser sur une barrière en espérant qu’il finisse par alimenter une cargaison pour Emmaüs. J’étais surpris par le nombre inhabituel de femmes qui m’entouraient. D’habitude, sur les courses de ce type, on compte facilement un rapport de 1 à 4 entre les hommes et les femmes. Cette fois-ci il y en avait beaucoup plus. Comme les filles qui pratiquent la course à pied sont sans doute plus affutées que celles qui pratiquent l’aquagym en compétition, – je ne dispose pas de statistiques précises sur cette question mais c’est une intuition qui doit aussi marcher avec les gars qui lancent des fléchettes – je ne regrettais plus tout à fait de que Julien m’ait convaincu de m’aligner sur cette épreuve. Nous avons eu une pensé pour notre pote, Fred, qui s’était déplacer à Berlin se weekend pour participer à un des plus beaux marathons du monde. Il devait être parti depuis près d’une heure, avait traversé Tier Garten avec 40000 personnes et, à l’heure qu’il était, il approchait sans doute le quartier de Mitte et la célèbre Alexander Paltz.

 

A 10h00 le starter a donné le coup d’envoi des coureurs élites. Les autres coureurs se sont élancés par vagues successives chaque minute au son de Muse. Partir sur Uprising me convenait tout à fait; je conserverais du jus sur au moins deux kilomètres et je serais pétri de remord d’avoir dénigré Carl Orff et David Guetta. Nous étions François et moi, avec deux cent-quatre vingt-dix-huit autres personnes, dans la huitième vague. Il devait être 10h10 quand ils ont lancé les Blues Brothers et que nous sommes partis. Je n’y avais pas pensé; J’aurais dû le mettre dans la liste des musiques interdites. C’était terrible; j’allais devoir me traîner pendant plus d’une heure en essayant d’oublier ce refrain assommant: Everybody needs somebody to love…

Notre plan était simple: s’échauffer tranquillement pendant les deux premiers kilomètres en ne dépassant pas 12km/h puis augmenter progressivement notre allure en passant à 4’45”/km sur les deux kilomètres suivants jusqu’à ce que nous atteignons notre rythme de croisière (4’30”/km) sur les deux kilomètres qui précèdent la côte des gardes. Nous avions pour objectif de terminer en moins de 1:15:00, il suffisait de suivre le plan.

Aussitôt après que le signal eut été donné, nous sommes partis à fond, oubliant dès nos premières foulées, le plan que nous avions établi. Nous longeons la Seine, il y a de l’espace. Contrairement aux grandes courses parisiennes sur lesquelles il faut jouer du coude pour doubler les grappes de coureurs qui piétinent devant soi, je peux courir à mon rythme sans aucune gène. Nous remontons le plus de concurrents possible avant d’atteindre Meudon : entre la côte des gardes et les chemins étroits en forêt chaque place gagnée coutera beaucoup plus chère que sur les larges voies des quais de Seine. Je compte 4’25”/km de moyenne sur les trois premiers kilomètres ; c’est un peu rapide. Le kilomètre suivant est plus lent: Nous profitons de notre avance et d’une pelleteuse garée au niveau du pont du Garigliano pour nous soulager d’une envie pressante que nous retenions depuis plus d’une heure.

Nous franchissons le périphérique et continuons à toute allure sur les quais d’Issy. Nous laissons l’Ile saint Germain sur notre droite. Avec un  temps pareil, je serai bien revenu m’installer sur la terrasse de l’Ile pour y déjeuner en famille après la course. Je dois pour l’instant me contenter d’un ravitaillement frugal servi après le pont de Billancourt. J’attrape la bouteille d’eau minérale que me tend une jeune scout. J’en bois une moitié et déverse l’autre sur ma tête pour la rafraîchir.  A peine ai-je fini cette toilette succincte que la longue file de coureur tourne vers la gauche pour attaquer la partie la plus redoutée du parcours.

Nous cumulons déjà six kilomètres de course et avons mis moins de vingt-huit minutes pour les parcourir. Avec 4’36” de moyenne je suis certain de pulvériser l’objectif que nous nous étions fixé. François semble en pleine forme. Bien que nous ayons longuement discuté de cette côte et de la nécessité d’en garder sous le pied pour ne pas finir la course carbonisé dès le septième kilomètre, je ne veux pas le freiner.  Nous décidons tacitement de ne rien lâcher et continuons  sur notre lancée ; Enfin pas tout à fait. Nous avalons le premier kilomètre de la côte des gardes à une allure de 5’15”/km. Mon rythme cardiaque augmente en proportion inverse de notre vitesse. Je passe de 166 à 172 bpm. Je suis au taquet. François aussi n’est pas au mieux, il est devenu écarlate. Nous doublons des coureurs par paquets. Je pensais naïvement que les premières vagues étaient composées de coureurs bien plus rapides que nous, mais ce n’est pas le cas. Certains d’entre eux marchent, d’autres forment un front infranchissable, oubliant les consignes qui avaient été données de laisser un espace à gauche pour doubler. Ils nous contraignent à un slalom incessant qui rend notre ascension plus laborieuse encore. Certains s’agacent quand on les supplie de s’écarter vers la droite, de sorte que ceux qui ont choisi de courir puissent continuer à le faire. La course à pied est aussi, dans ces moments là, un sport de combat. C’est ce que je craignais. Avec une telle foule et sans véritable sas pour organiser les coureurs en niveaux homogènes, on est vite confronté à des bouchons monstrueux.

Nous quittons la route des Gardes pour emprunter  l’avenue du Château. Notre allure fléchit encore un peu et sommes à quelques secondes de la barre fatidique des 10km/h.  Je n’ose pas dire à François que nous devrions nous calmer et ralentir un peu. Mais je sens qu’il souffre beaucoup lui aussi. La longue ligne droite pavée qui doit nous conduire jusqu’à l’observatoire de Meudon semble interminable.

Nous atteignons finalement le sommet autour du huitième kilomètre après quarante minutes de course. Nous pénétrons dans la forêt de Meudon en suivant la Route Royale. La pente s’adoucit, mais Je ne parviens pas à retrouver l’allure à laquelle nous courrions avant notre ascension ; mes jambes sont lourdes, je suis cramé. Je crois que François l’est aussi.

Un second ravitaillement  est établi à proximité de la Route du Pavé d Meudon. Des enfants nous  propose des quartiers d’orange, du sucre et du raisin sec pour accompagner les flacons d’eau minérale. Je propose à François que nous marchions pendant que nous nous hydraterons. Une longue minute s’écoule pendant laquelle je sens mon pouls diminuer. Nous reprenons enfin notre souffle. Ma fréquence cardiaque passe de 174 à 151 bpm et, pour la troisième fois consécutive, notre temps au kilomètre dépasse cinq minutes et trente secondes. Un homme déguisé en pingouin titube devant moi. Je l’interpelle d’un “Salut Linux !” sonore auquel il ne répond pas. Il ne comprend pas à quoi je fais allusion ? Je suis le trois-cent-cinquante-septième à faire la même plaisanterie ?  Ou bien est-il tout simplement exténué: avec sa double couche de poils et de plumes dans une côte pareille, il est certainement en train d’achever sa sublimation.

Notre chemin descend légèrement en direction des étangs de Meudon. Au dixième kilomètre, nous tournons sur la gauche pour aller passer sous la N118. Un nouveau raidillon d’une dizaine de mètres vient rappeler les lois de la gravités à nos pauvres jambes. Je reconnais ce trajet ; Nous l’avions emprunté quinze jours auparavant avec François, lorsque nous avons sillonné la forêt de Meudon, en trail, pendant trente kilomètres. Une fois passé du côté de Chaville, une longue descente de plus de trois kilomètres s’offre à nous. Nous déroulons tranquillement jusqu’aux faubourgs de Viroflay. Une dernière côte apparaît au bout de l’allée Noire avant que nous ne longions la lisière du Bois du Pont Colbert. Nous la gravissons lentement. Et perdons encore de précieuses secondes. Je sais pourtant que nous ne réaliserons pas notre objectif. Trois cents mètres avant que nous dépassions le panneau indiquant le point kilométrique treize, j’entends tout autour de moi le couinement des GPS qui signalent la fin d’un kilomètre.  J’imagine déjà tous ceux qui, sur les forums de course à pied, contesteront dès cet après midi, la longueur du tracé. Nous courrons depuis une heure trois, très exactement,  et il nous reste, au mieux, trois kilomètres à courir. Je suis incapable de tenir à une allure de quatre minutes par kilomètre pendant douze minutes. C’est mort pour 1h15.

Le dernier ravitaillement est installé avant le quatorzième kilomètre.  Nous avions convenu, avec François, de l’ignorer et de continuer à bonne allure afin de ne pas dépasser le seuil de 1h20. Nous franchissons la frontière de Versailles au bout de 14,5km. Il nous reste à peine 1,5 kilomètre à courir lorsque nous  foulons le goudron de l’avenue de Paris. C’est une très large artère bordée d’arbre.  Des centaines de spectateurs hurlent des encouragements tout au long des quelques hectomètres qui nous séparent de la ligne d’arrivée. Comme sur les quais, au début de la course, les concurrents ont  un espace immense pour lâcher leurs chevaux.  Il ne me reste malheureusement plus grand-chose à lâcher et François n’en a pas davantage sous le pied. J’arrache ce que je peux dans les derniers mètres et j’arrête mon chronomètre à 1 :18 :53.  François ne m’a pas quitté d’une semelle, ou peut-être est-ce moi qui ne l’ai pas quitté.

Le ciel est toujours bleu et le soleil qui brille sur Versailles comme il brillait sur Paris nous sèche rapidement. Une armée de scout en chemise rouge gère au millimètre chaque opération du processus d’arrivée. Je n’en avais jamais vu autant. Ils sont des centaines. Nous recevons un sachet de ravitaillement composé de deux barres de céréales, d’une pomme et d’une bouteille d’eau. Nous sommes ensuite décoré d’une médaille dont la forme rappelle celle d’une feuille de chêne mais dont je ne peux définir la matière.

C’est fini. Je prends mon temps, j’observe les autres coureurs qui terminent leurs courses, j’attends Julien. Même s’il court beaucoup plus vite que nous et projetait de passer sous la barre des 1h07, s’il a surfé avec la vingt-cinquième vague, il est possible qu’il arrive à Versailles bien après nous. Nous apercevons les vainqueurs sur le podium.  Les éthiopiens Atsedu et Goitetom se partagent les deux premières places.  Nous étions encore au milieu de la côte des gardes quand ils ont franchi la ligne d’arrivée(respectivement 47’39’’ et 53’41’’). Ils sont douchés et ont déjà revêtu leurs survêtements ; ce sont des extra terrestres. Haftu, la gracieuse petite Kenyane est particulièrement émouvante  quand elle monte sur la première marche. Le maire de Versailles qui ne doit pas compter beaucoup d’africain parmi ses électeurs, félicite un plateau d’éthiopiens, de kényans et d’érythréens ; la course à pied offre parfois des situations singulières, c’est un vrai bonheur.

Au bout de l’avenue colorée par les maillots des scouts et des coureurs, en toile de fond, le château de Versailles affiche sa splendeur ; c’est un joli spectacle.

Je n’ai pas retrouvé Julien et je quitte François qui se dirige vers le RER C. Je remonte l’avenue du Maréchal Foch pour rejoindre la gare SNCF rive droite. Je traverse la place du marché; Versailles me semble, sous ces couleurs, une ville animée et absolument agréable. On y croise bien quelques jeunes gens très « sortie de messe » mais ça me change des types qui, comme moi, terminent leur dimanche en t-shirt, en short et en sueur.

Je recevrai à l’heure du déjeuner un SMS de Julien qui a réussi à se mêler à la première vague et termine sa course en 1h05; Pas mal. Je reçois aussi un message de Sophie qui m’écrit que Fred a couru son marathon à Berlin en 4h14 ce qui est, pour lui, une très belle performance.

temps final : 1h18mn51s

Rang Scratch : 3032/20738

Rang VH1 : 838/4730

Rang Hommes : 2921/16062

Accès à la Trace du Paris-Versailles 2011

David sur la QBRC

QBRC Viroflay

Pour qui veut connaître les incidences des affres de l’alcool sur les performances en course à pied l’expérience que j’ai vécue hier, présente un intérêt certain. Nous avions quelques raisons de nous enivrer: l’anniversaire d’un fils qui grandit trop vite, la fin de l’été et la rentrée scolaire ; et, puisque nous revenions tout juste de deux semaines  en Toscane, nous avons accompagné notre diner d’un excellent Prosecco et d’un  Chianti Classico non moins fameux. A 2h30, épuisé et repu, je me suis glissé dans mon lit en espérant dormir suffisamment pour prendre sans séquelles le départ de la course du lendemain.

Le réveil a sonné, dimanche matin, un peu avant sept heures. Si je n’avais pas donné rendez-vous à Fred et promis à Julien de le rejoindre à Viroflay, j’étoufferais la sonnerie de mon réveil et attendrais que les éléphants dans mon crâne aient terminé leur partie de bowling avant de me lever. J’enfile avec courage mon short Salomon, marketing oblige, des boosters BV Sport et le joli t-shirt rouge reçu lors du marathon du Mont-Blanc. Je chausse ma fidèle paire d’Adidas Supernova Riot 3. Ce sont des chaussures que l’on apprécie lentement. Elles sont lourdes, je ne le suis pas moins, mais offrent un amorti irréprochable et un maintien qui les rend, sur longue distance, infiniment plus confortable que les S-Lab 3 que je portais jusqu’au printemps. Elles reviendront sans doute maculées de boue; la pluie qui tombe sans discontinuer depuis le début de la nuit risque de rendre cette course cauchemardesque. J’avale rapidement un bol de Muesli accompagné d’un jus d’orange sans gout, revêts une veste imperméable et sors affronter l’eau, la boue et le froid  .

bol de muesli

Cela fait dix bonnes minutes que j’attends Fred en bas des marches quand j’aperçois sa voiture descendre la rue des Pyrénées. Il a cherché partout un Certificat Médical l’autorisant à courir mais ne l’a pas retrouvé. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, que celui de l’année dernière devrait pouvoir passer car il est peu probable que les bénévoles, lors de l’inscription, procèdent à une lecture attentive de tous les documents.

Nous empruntons le périphérique vers le sud puis la N118 entre le Pont de Sèvres et Meudon. Nous atteignons Viroflay bien avant 9h00 ce qui nous laisse une bonne heure pour retirer nos dossards, nous préparer et nous placer devant la ligne de départ. L’avantage, quand on participe à une petite course le dimanche matin à quelques kilomètre de Paris, c’est que l’on trouve facilement de la place où garer sa voiture ; Fred a rangé la sienne à deux cents mètre du gymnase dans lequel  sont installés les organisateurs de la QBRC. La pluie a cessé et nous voyons déjà quelques participants converger tranquillement vers le camp de base de la course. On est loin de la foule des grands événements parisiens comme le semi ou le marathon de Paris. On observe une ambiance plus tranquille et plus sereine, presque familiale; les concurrents sont venus en voisin; Fred et moi, en tant que parisiens, appartenons sans doute au groupe restreint des étrangers.

En pénétrant dans le gymnase je reconnais Olivier ‘Toto’ avec lequel je communique, depuis quelques semaines, sur FaceBook. Il est entouré d’une impressionnante escouade de coureurs. Anxieux et tourmenté par l’alcool qui circulait encore dans mon sang, je le salue rapidement et le remercie pour l’aide qu’il m’a apporté lorsque ma montre Garmin m’a lâchement abandonné à l’aube d’un trail dans la Garfagnagna.

Je m’acquitte des seize euros de mon dossard ; à quatre vingt centimes par kilomètre on reste dans un ratio prix/distance très honorable. Nous recevons une bouteille de bière bio brassée par une entreprise de la Vallée de Chevreuse. Noyer une course dans des flots de bière semble devenir une constante dans le petit monde de la course à pied; Lorsqu’on institutionnalise une pratique, je la trouve bien moins attrayante. Désormais la bière et le trail sont liés comme le cancer et la prostate.

Compte-tenu de mon état, La simple vue de ce flacon me donne des nausées. Je n’aurai aucun mal à m’abstenir d’y goûter  et à le réserver pour l’après course. Certains ont laissé leur bouteille au vestiaire, étiquetée comme un fossile dans une fouille archéologique. Fred récupère son dossard sans soucis ; aucune question ne lui a été posé quant au certificat médical vieux de deux ans qu’il a présenté pour s’inscrire.

Julien n’est pas encore arrivé, nous retournons donc achever notre préparation près de la voiture. J’abandonne ma veste imperméable et ma bière sur le siège avant, referme la portière et retourne avec Fred au gymnase. Nous croisons Julien accompagné d’un de ses potes du club de Triathlon de Versailles. Ils ne courront pas dans la même catégorie que nous, c’est certain. Nous rejoignons ensemble la ligne de départ.

Je n’ai aucun courage ce matin et je laisse les autres se lancer dans un simulacre d’échauffement. J’en profite pour défendre ma place sur la ligne de départ. C’est la première fois que j’arrive suffisamment tôt pour occuper le premier rang et goûter, pendant quelques mètres, au plaisir de courir en tête.

Julien me présente avec fierté Yann Prigent, un autre copain de son club de triathlon; Un monstre discret qui est monté sur le podium de la QBRC précédente, a couru plusieurs fois l’UTMB, l’ironman de Hawaï et terminé quatrième de l’Eco-Trail 50km en 2011. Je reconnais, sur la ligne, Jef’ qui travaille dans la même société que moi, avec qui j’avais couru en relais lors de la dernière édition du marathon Nice-Cannes et que j’avais filmé en attendant que nos partenaires nous transmettent nos témoins respectifs. Je l’interroge sur son objectif: Il a gagné la course l’an passé et espère bien renouveler son exploit cette année. Tout simplement.

Je m’élance raisonnablement lorsque le starter donne le signal du départ. J’ai abandonné l’idée de rester en tête sur les deux cents premiers mètres et laisse des dizaines de coureurs plus rapides passer devant moi. Je regarde Julien et son pote fuser comme des missiles tomahawk et perds  Fred qui prend tout son temps. Nous traversons le centre de Viroflay et remontons vers le nord à bonne allure. Je cours à 4,40mn/km, je sais que cela ne durera pas, je n’en aurai pas la force.

Nous attaquons la première côte avant la fin du premier kilomètre ; une mise en bouche de cinq cents mètres pendant laquelle nous grimpons, sur le bitume, nos quarante premiers mètres de dénivelé. Nous rejoignons alors un plateau et pénétrons enfin dans la forêt de Fausses Reposes. On effectue une petite boucle vers l’est et le Chesnay en passant derrière l’autoroute A86. Julien et ses copains sont chez eux, pas moi. Plus d’une centaine de coureurs ont dû me dépasser. Certains d’entre eux ne courront que onze kilomètres puisque les deux courses (11km et 20km) empruntent le même parcours.

La seconde côte, plus courte mais aussi plus raide, apparait après deux kilomètres et demi de course. J’ai les jambes lourdes et éprouve quelques difficultés à maintenir mon rythme mais je refuse de capituler si tôt : j’ai vaincu le marathon du Mont-Blanc et couru cet été autour du massif des Ecrins, des Alpes Apuanes ou encore de la Garfagnagna ; je ne m’étendrai pas sur les feuilles mortes de Viroflay. Je m’empare du gel énergétique que j’avais glissé dans ma poche et pars, dans la descente, à l’assaut de la tête de course.

C’est le premier exercice technique de la matinée. Bien que les chemins, sur cette partie du parcours, soient assez larges et moins boueux que sur les sentiers que nous rencontrerons après le onzième kilomètre, la descente en trail reste, quoiqu’il arrive, un exercice périlleux. Nous glissons pendant deux cent mètres vers  Ville d’Avray. Un ravitaillement sommaire est organisé en bordure des lacs, à l’extrémité nord de la forêt.  Je me réhydrate rapidement de quelques  verres d’eau  et me lance dans le second quart de la course, cap au sud. Je suis dans le dur, le rouge et peut-être même le noir. Je sens mon sang qui cogne dans mes tempes, j’ai mal au ventre ; je n’ai digéré ni l’excellent veau aux olives confit dans son jus, ni le tiramisu de la veille.  Nous effectuons l’ascension une dernière bosse au huitième kilomètre avant de redescendre vers Viroflay.

Depuis le ravitaillement du cinquième kilomètre, plus personne ne me double et je revendique même une lente remontée dans le classement.

Nous traversons la ligne de chemin de fer en escaladant une passerelle à laquelle manque un véritable ascenseur et rejoignons enfin le point de départ.

David sur la QBRC

Les coureurs du « onze kilomètre » sont orientés vers leur ligne d’arrivée et ceux du « vingt kilomètre » atteignent le second ravitaillement. Des petites filles nous tendent gentiment des barres de céréales dont je garde un excellent souvenir. Il faudra que je retrouve la marque de ces produits car j’en emporterai volontiers dans mes prochains trails et sorties longues.

Comme les choses délicieuses ne durent jamais, je quitte la zone de ravitaillement en regrettant de ne pas avoir terminé ici ma course dominicale. Nous entrons dans le Bois du Pont Colbert et entamons la deuxième phase de notre circuit. Ma montre affiche un peu moins de une heure et, à cette allure, je peux espérer parcourir les neuf kilomètres suivants en cinquante minutes, moins si le rapport de la distance au dénivelé est plus réduit que sur les onze kilomètres que je viens de terminer. En théorie, les onze premiers kilomètres cumulent trois cents mètres de dénivelé pour cent soixante sur les neufs autres kilomètres. J’espère donc un circuit beaucoup plus roulant et regagner ainsi les quelques minutes qui me permettront de ne pas terminer au-delà de 1h50. La côte que nous gravissons alors est d’une toute autre dimension que toutes celles que nous avons dû franchir jusque là. Pendant un kilomètre au moins nous ne cessons de monter. Je suis fourbu. Je fractionne mon ascension en marchant pendant dix secondes toutes les vingt secondes; Dans mon dos, deux garçons discutent tranquillement. Alors que je suis à la limite de l’apnée, ils progressent, eux, en complète aisance respiratoire. J’ai envie de leur crier « un peu de décence Messieurs ! Respectez au moins ceux qui souffrent » mais j’évite de me rendre ridicule, je me redresse et jette mes dernières forces dans l’ascension  des quelques mètres qui me séparent du sommet.

Je craignais que le parcours ne ressemble trop à celui de l’Eco-Trail que j’avais trouvé triste et monotone. Ce n’est pas le cas. Nous sillonnons des sentiers étroits et sinueux encombrés par des branches de hêtre (ou peut-être sont-ce des merisiers ; à cette vitesse je n’ai pas pris le temps d’étudier attentivement les feuilles qui me balaient le visage). C’est magique. Malgré ma fatigue et mon état nauséeux, je prends un plaisir immense à courir à travers ces arbres, slalomer entre les pierres et plonger dans les vasques de boue.

A partir du treizième kilomètre nous glissons pendant cinq cents mètres jusqu’à l’échangeur entre la N12 et l’A86 dont on voit les voies sur notre droite. Nous remontons ensuite pendant deux kilomètres jusqu’au dernier ravitaillement. Je suis heureux et commence à me sentir vraiment bien. Les bénévoles qui nous tendent gentiment des gobelets occupent un carrefour à la lisière de Vélizy. J’ai rejoint l’extrémité sud du parcours en 1h30 et il ne me reste plus qu’à redescendre doucement vers le sud en longeant Vélizy. Les cinq derniers kilomètres sont beaucoup plus roulant que tout ce que j’ai subi jusque là. Mon rythme et celui des autres coureurs augmente significativement. Depuis quelques centaines de mètres, ma montre affiche quelques signes de défaillance. Ni la distance ni la vitesse ne sont mesurés correctement. Je joue à « je te double, tu me doubles » avec  les gars qui me précèdent quand, au dix-neuvième kilomètre, alors que je m’apprête à sortir de la forêt , un organisateur m’annonce qu’il me reste à peine deux cents mètres avant l’arrivée. J’ai effectivement un gros problème avec ma montre mais je vérifierai cela plus tard. Je me lance dans un sprint désespéré afin de grappiller une fraction de seconde.

1h48’

Les chronos sont relevés manuellement sur un clavier d’ordinateur portable par une jeune femme attablée derrière la ligne. Je me désaltère  en testant successivement un sirop de menthe bio puis un coca équitable dont le goût ressemble davantage à celui d’un médicament qu’à celui de la célèbre boisson yankee. Je retrouve Julien qui attend devant le gymnase. Il a couru en 1h36 et son ami Yann a terminé troisième. Nous nous quittons en nous promettant de nous retrouver sur le départ du Paris-Versailles dans trois semaines. Je n’ai pas revu Jef’ qui semble avoir abandonné après avoir occupé le groupe de tête jusqu’à la moitié du parcours. Je ne retrouve pas son nom sur les listings ; je lui enverrai un message la semaine prochaine. « Toto » franchit la ligne en un peu plus de deux heures. Je croyais l’avoir vu partir comme une flèche au début de la course et comme je ne l’avais pas dépassé, il devait logiquement être devant moi. Ce n’était pas lui, je l’aurai sans doute confondu avec quelqu’un qui portait le même maillot Adidas bleu que lui. Je devais dû m’en douter, il avait écrit la veille qu’il envisageait de courir en 2h00 environ; il a gagné son pari.  J’attend Fred un long moment. Une demi-heure pour être exact. Il ne s’est pas pressé, a couru sa course comme il aurait fait son footing et termine frais comme un gardon.

Nous repartons aussitôt de Viroflay et regagnons la place Gambetta avant treize heures.

Même si cette course vient diminuer la distance hebdomadaire que je me suis engagé à parcourir dans le cadre de ma préparation à la grande course des Templiers, je ne regrette pas ces bosses et ces raidillons boueux. Ce fut une matinée agréable dont je garderai, contre toute attente, un excellent souvenir. Une ambiance sympathique et surtout un excellent niveau de la plupart des participants. Je termine, en général, mes courses dans le premier tiers voire le premier quart; En arrivant 116ème sur 246 je ne me situe que dans la première moitié des arrivants ce qui témoigne de la qualité de l’ensemble des participants.

Accès à la trace de la QRBC Viroflay; le parcours dessine un 8, comme le circuit 24 dont j’ai toujours rêvé lorsque j’étais enfant.

 

Eddy Merckx 1971

bike office

Les vidéos de coursiers new-yorkais qui traversent la Grande Pomme à fond sur leurs fixies m’ont toujours beaucoup impressionné. Je l’expliquerai plus bas, aspirant à vivre de nombreuses années encore et d’en profiter autrement qu’assis dans une chaise roulante, je ne possède pas de vélo à pignon fixe. J’avais l’ambition de réaliser un petit clip qui exposerait, à la manière d’une vidéo de downhill, le trajet que j’effectue chaque matin jusqu’à mon bureau. J’avais déjà, cet été, tenté de filmer un de mes trails avec une GoPro; j’espérais que la vitesse induite par une longue descente en vélo offrirait davantage de sensations qu’une ascension en montagne…

 

J’ai commencé à me déplacer en vélo dans Paris au début de l’été 2007, après l’apparition du Vélib. Le principe d’utiliser librement un vélo, de le prendre et de l’abandonner où bon me semblait, m’a tout de suite emballé. J’ai souscrit à un abonnement annuel (29€ anywhere, anytime) et j’ai pédalé. Ce fut une révélation : la traversée de Paris en 30 minutes, les trajets matinaux jusqu’au bureau en moins d’un quart d’heure et la fin de la promiscuité dans le bus ou le métro m’ont permis de redécouvrir Paris.

Mon expérience du vélo restait, jusque là, assez modeste et, à l’exception d’une courte randonnée sur les GR 9 et 4 entre Cavaillon et Nice, je n’affichait aucun intérêt pour la bicyclette: Je n’ai pas le souvenir d’après midi de juillet à surveiller les étapes du Tour de France à la télévision ni de discussions interminables sur les avantages des dérailleurs Mafac ou Campagnolo; Bernard Hinault était un Blaireau, Poulidor un looser absolu et je n’ai jamais compris ce que disait  Merckx lorsqu’on l’interviewait.

Eddy Merckx 1971

J’étais perdu pour la pédale.

Et puis j’ai découvert Vélib. J’ai investit dans un casque Poc parce que j’ai rapidement eu l’intuition qu’il y avait un certain danger à affronter nu les automobilistes énervés et j’ai profité de l’été pour faire mes premiers allers et retours jusqu’au bureau. J’avais l’agréable sensation de rompre avec ma léthargie sédentaire et de pratiquer enfin une activité presque sportive et surtout Je pouvais même qualifier mon attitude d’écologiquement responsable. Ça pose un homme !

J’ai roulé tout l’été et pendant tout l’hiver qui a suivi. Les pistes cyclables n’étaient pas aussi nombreuses qu’aujourd’hui et le système du contre-sens n’avait pas encore été mis en place. Les règles quant à l’utilisation des voies réservées aux Bus n’étaient pas d’une très grande clarté et j’ai reçu  ma première contravention un soir, rue Lafayette alors que je rejoignais Anne au cinéma. Quand on exploite intensivement un système, on finit par en atteindre les limites; et celles de Vélib se rencontrent à ces bornes. Je ne parle pas là du décompte des vélos défectueux ou des dysfonctionnements du système informatique, cela se corrige, mais du problème systémique induit par le Vélib. J’habite au sommet d’une Colline dont l’accès à vélo nécessite un effort que l’on pourrait qualifier de « sportif ». Or les sportifs ne sont pas si nombreux surtout quand il s’agit de remonter un vélo après une journée de boulot. La rue de Ménilmontant est sympathique quand on la descend, dans l’autre sens, c’est un enfer. La probabilité de trouver un vélo le matin autour de chez moi a diminué avec  le succès de Vélib. Celle de ne pas pouvoir rendre son vélo parce que la borne que l’on rejoint est pleine étant à peu près équivalente à la précédente, j’ai dû marcher davantage que je ne roulais. Je faisais le tour des bornes du quartier, souvent en vain, pour trouver un vélo en état de fonctionner et je répétais cette errance pour trouver une place libre quelques kilomètres plus bas. L’approvisionnement des stations d’altitude est un problème critique et, à moins d’installer une batterie de télésièges autour des buttes de Paris, je ne vois pas comment le résoudre. On a bien essayé d’inciter les abonnés à monter les vélos en accordant un bonus horaire à tous ceux qui auraient le courage d’affronter les côtes les plus raides mais ce n’est pas suffisant. Pour grimper il faut développer du muscle pas un crédit d’heures. Peut-être qu’en autorisant un marché à terme de ces points et en valorisant financièrement l’ascension de Montmartre, de Gambetta ou de la Butte aux Cailles en Vélib, trouverait-on davantage de personnes motivées pour approvisionner les points hauts.

Lassé de mes trop longues heures à naviguer entre les bornes j’ai décidé de m’équiper de mon propre vélo. J’ai trouvé sur e-bay un VTT sur lequel j’ai tenté, en juin 2009, une traversé des Alpes avec Bruno. Je craignais en possédant mon propre vélo, de perdre la liberté offerte par le Vélib ; Ce fut loin d’être le cas et je suis devenu un cycliste convaincu.

chic-cycliste

J’ai touché du doigt le danger que représente la circulation à vélo dans Paris. Si la vidéo ci-dessus laisse supposer que ma conduite est imprudente, il n’en est rien; Je respecte autant que possible les règles applicables aux vélos. J’eus aimé que cela soit partagé par les automobilistes que je croise. A l’exception de deux soleils au dessus de portières ouvertes inopinément et dont je me suis échappé sans blessures grâce à mon casque et à une pratique intensive des chutes au judo,  je n’ai pas eu d’accident majeur. Je suis en revanche toujours choqué par la méconnaissance qu’ont certains conducteurs quant au partage de la voirie. Les voitures ne sont pas prioritaires, les cyclistes ne sont pas tenus de serrer la bordure du trottoir ou la file de voitures rangées sur leur droite pour laisser passer les véhicules qui les suivent et, surtout, il convient de laisser une distance d’au moins 1m50 entre son véhicule et l’épaule gauche du cycliste que l’on double. Une voiture est passé en force hier dans le bas de la rue de Crimée ; le conducteur m’a heurté avec son rétroviseur; j’aurais pu y laisser une jambe, il m’a insulté.

Après qu’on ait sectionné l’antivol et volé mon VTT, un après midi de 2010 devant le cinéma du quai de Seine,  j’ai fait l’acquisition d’un nouveau vélo. J’ai hésité un moment. Le look épuré des fixies m’a longtemps fait rêvé. Mais j’en ai finalement laissé l’usage aux jeunes et chics bobos téméraires. Sans pignons et sans frein on souffre autant dans les côtes que dans les descentes; comme l’écrivais un de mes potes, ces bécanes sont le fruit d’une entente démoniaque entre les cardiologues et les traumatologues.

Je possède désormais un joli Giant urbain noir très confortable et relativement léger… J’y ai ajouté un siège passager que j’utilise pour transporter Hugo ou Théophile quand ils revenaient de leurs entrainements de Foot. J’ai fait le taxi pendant près d’un an mais j’ai dû cette activité illégale; en grandissant, Hugo devenait de plus en plus lourd et je frôlais l’infarctus  lorsque je devais hisser ses quarante-cinq kilos et son énorme sac de la Porte de Montreuil à la Place Gambetta.

Après quatre ans d’une pratique régulière de la bicyclette à Paris, je ne conçois plus qu’on puisse se déplacer autrement. A l’instar d’un ancien fumeur face à une cigarette qui se consume, les voitures dans Paris me révoltent. Moins pour une raison environnementale, que pour des motifs comportementaux. J’ai en horreur ceux qui roulent vite dans les rues trop étroites ou qui klaxonnent pour qu’on s’écarte à leur passage. Ils n’ont pas compris qu’en ville la route est un espace public que l’on partage.

Je ne suis pas un intégriste, j’adapte mes principes à ma convenance et j’avoue sortir quelquefois ma grosse Volvo du garage pour aller chercher Hugo le soir quand il termine ses entraînements. Il vient d’ailleurs d’avoir quatorze ans et m’a demandé l’autorisation de disposer de sa propre carte Vélib. J’hésite encore; je crains qu’il ne soit pas suffisamment attentif et inconscient des dangers que représentent les automobiles.   J’ai un espoir; J’espère qu’un jour nos enfants pourront circuler librement et sans danger, à bicyclette dans Paris et ailleurs.

balme

les Posettes



indicators, originally uploaded by ilgigrad.


les aiguilles rouges, originally uploaded by ilgigrad.


Col des Posettes, originally uploaded by ilgigrad.

Bandita Di Caccia

des sentiers en Toscane

Salto in Chianti

La Toscane est un pays de vieux beaux, de retraités fortunés et de touristes américains. On y vient pour dépenser un trop plein de temps et d’argent. Des artistes voudraient pouvoir puiser dans Le ciel azur, les cyprès, les oliviers, les vignes et les bastides de pierre une inspiration qui ne viendra qu’après la sieste Bref, La Toscane c’est beau, mais c’est chiant.
Malgré les yeux et les seins de Liv Tyler, Beauté volé, le film de Bernardo Bertolucci, m’avait fermement ennuyé; Les clichés n’ont jamais nourris de bons films; il suffit de regarder ce que Woody Allen a fait de Barcelone ou de Paris pour s’en convaincre, mais je m’éloigne.
Dans mon catalogue d’idées préconçues, on n’allait pas en Toscane pour courir mais pour y prendre son temps; Un truc de vieux, on y revient.

 

J’ai vieilli moi aussi et après avoir regarder pendant des années mes enfants faire du wakeboard sur le lac de Côme, je me suis résolu à découvrir la Toscane.
Je me souvenais surtout de l’adaptation par Kenneth Branagh d’une pièce de Shakespeare : beaucoup de bruit pour rien, lorsque j’ai mis pour la première fois les pieds en Toscane. Même si cette comédie est supposée se tenir quatre siècles plus tôt, en Sicile, mon souvenir s’adaptait parfaitement aux paysages qui s’offraient à moi, au Palio de Sienne et, bien entendu, au Chianti Classico.

 

Je ne rédigerai pas un guide de Florence, de Lucques ou de Siennes; l’Histoire et les Arts demeureront débiteurs à vie de ces villes et les touristes en short du monde entier le leur rendent suffisamment bien. J’aurais voulu écrire un article que j’aurais modestement intitulé « courir en Toscane » ; mais, bon, prétendre embrasser un tel sujet quand on a effectué, en tout et pour tout, six sorties dans une région deux fois plus grande que l’Ile de France, c’est présomptueux.
J’ai ramené avec moi quelques images; Les muséologues seront déçus : notre vie aquatique et nos ballades familiales ne font pas très Médicis.

 

J’ai beau aimer courir, il me faut reconnaître que la Toscane est le paradis des hédonistes. Je pourrais passer des heures sur les glaciers qu’on trouve à chaque coin de rue à Florence et à Lucques, où des Cantucci à mourir des cafés et des chocolats sublimes; mais avant d’exposer les chemins sur lesquels je me suis perdu,  je me sens contraint d’évoquer l’adresse emblématique de toute une région : le Mac Dario .
Panzano in Chianti est un petit bourg situé à équidistance de Sienne et de Florence. C’est là que Dario Cecchini a, pendant plus de trente ans, développé la “Antica Macelleria Cecchini”, la plus célèbre et sans doute la meilleure boucherie du monde. Adepte du slow food, à l’instar de Jamie Oliver dont il est intime, il a élevé la cuisson parfaite de chaque coupe de viande, au rang d’Art. Je me méfie toujours, des principes induits par la préservation du terroir et des traditions culinaires : on n’est jamais très loin des valeurs rances et nauséabondes du racisme et de la xénophobie. J’aimerais croire que, lorsqu’on interdit ici ou là en Toscane et en Italie du Nord, la vente de nems et de kebabs, c’est pour lutter contre les effets dégradants de l’industrialisation agroalimentaire et non pour stigmatiser les albanais et les étrangers de la péninsule.

Depuis 2006, il a ouvert, autour de sa boucherie, trois espaces dans lesquels sont servies les viandes les plus délicieuses qu’il m’ait jamais été donné de goûter. Il n’y a pas de cartes. A chaque lieu est attaché un menu et un prix.  On ne recommandera pas l’Officina della Bistecca aux appétits d’oiseaux: Pour cinquante euros, on enchaine des plats comme une sublime Côte de boeuf à la Fiorentina ou le meilleur Beefsteack à la Panzanese d’Italie. La Solociccia tient davantage de la maison du boucher que du restaurant et offre, pour trente euros,  un menu tout aussi savoureux. Mais son “oeuvre” la plus originale est sans aucun doute le Mac Dario. Pour le  prix d’un Maxi best of de l’ami Ronald, Dario prépare à ses hôtes un burger incomparable (Medaglione) accompagné d’excellents légumes crus, de pommes de terres croustillantes, de douces tranches d’oignons rouges et de tomates fraiches.
Les repas sont servis sur de grandes tables autour desquelles les convives viennent s’assoir; c’est sans chichi, c’est très bobo. Tous les américains d’Italie viennent y apprendre ce que manger veut dire. C’est enchanteur.

 

Antica Macellaria Cecchini


 

Grosseto
Je suis allé à Grosseto. Anne avait trouvé dans un guide l’adresse de Warm-Up, un Bed & Breakfast un peu spécial qui prétendait n’accueillir que les marathoniens et les triathlètes. L’endroit est sympathique et les chambres joliment décorées. L’accueil de nos hôtes est chaleureux et nous avons beaucoup apprécié qu’ils nous invitent à diner dès le deuxième soir pour que nous parlions de nos exploits sportifs respectifs. Il court le marathon en moins de 2h30; elle le termine en 3h30. Un couloir de natation permet de faire des longueurs ou de tremper ses os usés à ciel ouvert, c’est un bonheur. Quant au plaisir de cueillir, pour le petit déjeuner, des figues fraiches sur leur arbre, il est indescriptible.
Pour courir en revanche le coin est un peu monotone. Plat et sans charme, on ne trouve ni sentiers, ni chemins de traverses, mais des routes, de vastes exploitations agricoles et des sites industrielles. Il faut aller, plus au sud, jusqu’au Parco Regionale della Maremma pour trouver un espace plus sauvage…

 

 

run in Chianti
Le Chianti est la partie de Toscane qui ressemble le plus à l’idée que l’on s’en fait (de la Toscane). Les cyprès, les vignes, les oliviers et les paysages délicatement vallonnés, on les trouve autour de Sienne et de Gaiole in Chianti. Chaque plan semble avoir été dessiné par un paysagiste et taillé au cordeau. Rien ne dépasse; tout est impeccablement beau. Le Chianti c’est la Suisse, le soleil en plus.
Et comme les choses les meilleures sont très inégalement réparties, on trouve aussi d’immenses forêts peuplées de chênes, de pins, de hêtres, de châtaigniers et d’oliviers sauvages. On ne craint pas de rencontrer, sur les sentiers du chianti, des hordes de randonneurs qui viendraient perturber votre course. Au pire on croise des touristes qui, entre la visite d’une église et celle d’une cave, effectuent une courte promenade digestive en lisière de forêt. Le reste nous appartient.
Le circuit que je propose ci-dessous, décrit un huit autour de Castello di Brolio, un château néo-gothique et un vignoble situé à à mi distance entre Sienne et Gaiole in Chianti.
Je laisse ma Volvo dans le centre du village sur le parking de la coopérative vinicole puis je grimpe tranquillement vers le château en direction du sud. Au bout d’un petit kilomètre et une ascension de 50m j’atteins le sommet d’une petite colline sur laquelle le château a été construit.
Je redescends ensuite pendant quatre kilomètres à travers les vignes jusqu’à la route, 100m plus bas.
Je suis la route, traverse le petit village de San Regolo et reviens, après 7km de mise en bouche, à mon point de départ. Je n’avais pas vraiment prévu cette première boucle mais elle constitue un bon échauffement d’une heure…
Les choses sérieuses commencent avec une boucle en forêt dans laquelle on pénètre par un large chemin qui part vers sur gauche environ un kilomètre après avoir quitté le village par l’est.
La terre est ocre, presque rouge et l’odeur des pins donne une ambiance très estivale à ma course. Je m’offre un premier raidillon entre le 8ème et le 10ème kilomètre. Ça commence enfin à ressembler à du trail. Le sol est bosselé, je ne regrette pas d’avoir chaussé mes Salomon S-Lab 3. Je passe de 490m à 690m d’altitude en moins de deux kilomètres.
Je quitte ensuite momentanément la forêt et déroule vers le nord sur une route relativement plane.
Arrivé au 12ème kilomètre, je retourne dans la forêt et amorce ma longue descente jusqu’à Brolio. Une biche surgit sur le chemin a quelques mètres de moi. Elle semblait tellement étonnée de me trouver là qu’elle a marqué un temps d’arrêt en me regardant qui m’a paru durer des heures.
J’atteins, au niveau du 13ème kilomètre, l’extrémité nord de mon parcours. J’entends sur ma droite des grognements et des bruits de bêtes qui bougent dans les buissons. Ce sont sans doute des sangliers. J’accélère, je suis beaucoup moins confiance qu’avec la biche…
Je plonge vers le sud. 200m de dénivelé en moins de trois kilomètres. Je cours en équilibre sur de grosses pierres; c’est sublime.
Une promenade sportive de 2h15, sur 17km avec un dénivelé positif d’environ 300m.
Trace Brolio In Chianti

Chianti

 

 

cartes
Difficile de trouver en Italie des cartes semblables à celles produites par l’IGN ou des sites sur lesquels on puisse dessiner des traces en s’appuyant sur des cartes topographiques au 1/250000ème à l’instar de ce que permettent OpenRunner, Géolives ou GPSies. Quand on veut s’aventurer sur des sentiers et en montagne, les cartes proposées par Google sont loin d’être suffisantes et même si on peut avoir, sur Google Earth, une vague idée du relief rien ne vaut une véritable carte topographique.
J’ai bien trouvé Gulliver.it, un site qui recense un grand nombre de parcours en les classant par activité (Trail, VTT, randonnée) et par difficulté, mais pour qui ne pratique pas couramment l’italien, il reste un peu hermétique. J’ai aussi tenté d’utiliser le Geoportale Nazionale, mais je ne suis pas aussi à l’aise avec ce système que je le suis avec Openrunner.
Je me suis finalement rabattu sur les cartes édités par les Edizioni Multigraphic – Firenze; elles sont moins claires que celles de l’IGN mais précises et fiables, ça compte déjà beaucoup.
Ma fidèle montre Garmin Forerunner 305 ayant rendu l’âme en plein milieu d’un de mes trails transalpins, je n’ai pu reporter la trace de mes parcours. Si le Directeur Général de Garmin pour la France, l’Europe ou même le monde lit ces pages, je veux bien qu’il prenne contact avec moi à l’aide du formulaire situé en bas de page.

 

 

Les Alpes Apuanes
On attaque les choses sérieuses avec les Alpes Apuanes. Comme son nom ne l’indique pas c’est un massif montagneux qui appartient aux Appenins du nord et non aux Alpes. Le point le plus haut, le Mont Pisano, culmine à 1946 mètres d’altitude. Le nord du parc, du côté de Carrare (dont les carrières de marbre sont internationalement connues), est sans doute plus escarpé, on y trouve davantage de sentiers de randonnées. Les sommets du sud du massif (province de Lucques) sont plus modestes (Pania della Croce, 1858m). La plupart des itinéraires de cette partie méridionale sont répertoriés sur la carte “carta dei sentieri e dei rifugi 1:25000 / Parco delle Alpi Apuane” ci dessous (cliquer pour agrandir)

carte topographique des Alpes Apuanes

J’ai choisi de découvrir les Alpes Apuanes en parcourant les monts à l’est de Camaiore, une petite ville située à 10km de la mer et de la station balnéaire de Viaregio.
j’avais identifié une boucle à partir de Metato un petit village, accroché à la montagne, à cinq kilomètres de Camaiore. On emprunte une route étroite qui serpente dans la montagne et sur laquelle on croise, comme dans le reste de la région d’ailleurs, un nombre incroyable de Marco Pantani. Le sport, ici, c’est le cyclisme, pas le trail, ni la randonnée; j’aurai l’occasion de m’en apercevoir.
Il faut arriver suffisamment tôt si l’on veut loger sa voiture dans l’une des dix places du petit parking du village. Le début du parcours est indiqué par un large panneau sur laquelle on trouve une carte des sentiers de la zone.
La ballade commence par un chemin goudronné et balisé (n°104), que je suis en direction de l’est. On entre immédiatement dans le vif du sujet avec une pente qui dépasse 10%. Sans échauffement, c’est dur.
On passe de 500m à 920m en moins de quatre kilomètres. Sur sa première moitié, le chemin est bordé par de jolies petites maisons isolées dont l’accès nécessite la possession d’un quatre quatre. Ensuite c’est une forêt de hêtres et de Mélèzes jusqu’à ce qu’on atteigne un col au pied du Mont Prana (1221m).
Plusieurs itinéraires irradient depuis ce point. En contrebas du sentier n°101, on aperçoit le refuge Baita Barsi. Je prolonge ma route vers le nord en suivant, sur une crête, le sentier n°101. Après 500m, sous un magnifique ciel bleu, je laisse le n°102 sur ma droite et poursuis sur le n°101 jusqu’à un nouveau col (Focce de Termine o del Croccione). J’ai parcouru un peu plus de trois kilomètres depuis le précédent carrefour.
Je me dirige alors vers le sud ouest par le sentier n°2. Le ciel bleu disparaît lorsque je m’enfonce de nouveau dans la forêt. Je manque d’eau. Une multitude de torrents sont indiqués sur la carte mais tous ceux que je croise sont à sec. Les filets de boue qui s’écoulent ne m’inspirent aucune confiance. Je descend pendant quatre kilomètres jusqu’à la bifurcation avec le chemin n°112, à 450m d’altitude (500md-).
J’abandonne le chemin n°2 qui rejoint peu après la route et le village de Casoli et pars sur la gauche en direction du sud est, par le chemin n° 112. Un torrent d’eau fraiche coule quelques mètres après le croisement. J’en profite pour boire, remplir mes bidons et rafraîchir ma tête et mon corps.
Le chemin remonte sur cinq kilomètres. La température au dessus de la canopée doit frôler 40°C, je suis à bout. Après avoir grimpé plus de 500md+, je rejoins le premier col.
Je reprends enfin le sentier n°104 qui plonge jusqu’à Metato.
Voilà. J’ai effectué en plein cagnard et sans eau, une boucle d’une vingtaine de kilomètres et d’un dénivelé qui dépasse les 1000md+. J’ai mis plus de quatre heures pour terminer mon périple; je n’ai pas croisé une seule âme et n’avais prévenu personne de mon programme…

Alpes Apuanes

 

 

La Garfagnagna
La Garfagnagna est un petit massif montagneux et sauvage séparé des Alpes Apuanes par la rivière Serchio. les pentes y sont plus abruptes que dans le sud Alpes Apuanes. Les gorges et les barres rocheuses y sont nombreuses. Le Monte Rondinaio culmine à près de 2000m, c’est le point le plus haut de la Garfagnagna.
J’ai longtemps cherché un document qui me renseigne sur les itinéraires de randonnée de cette région. J’ai finalement mis la main, chez un libraire peu aimabe de Lucques sur une carte dont la typographie rend impossible la lecture des noms et des cotes. illisible : “Media Valle del Serchio – Garfagnagna – Val di Luma” (cliquer pour agrandir)

carte topographique de la Garfagnagna

J’ai jeté mon dévolu sur une trace qui devait me faire découvrir le sud du massif. J’ai suivi le Serchio depuis Lucques jusqu’à Fornoli à deux ou trois kilomètres au nord du pont le plus gothique jamais construit : le Ponte della Maddalena. On le surnomme le pont du diable et j’avoue avoir senti mon sang se glacer en le découvrant à 60km/h, confortablement installé dans ma Volvo.
Je grimpe pendant quinze kilomètres sur une petite route au nord de Fornoli en direction de Tereglio. Je me rends ensuite au centro Accoglienza Visitatori qui constitue le point de départ de la visite des gorges de Botri. C’est ici que je croiserai les seuls “randonneurs” de toute mes sorties toscanes; des familles en jean et en tennis qui affrontent courageusement, sur quelques centaines de mètres, les gorges de la Botri. Ils payaient pour ça; de la randonnée comme dans un parc d’attraction; autant dire que quand ils m’ont vu débarquer avec mes chaussures de trail, mon sac, mes bidons, mes manchons de compression, mes Leki et mon buff, je faisais figure d’extra terrestre.
J’ai voulu valider auprès de l’homme qui surveillait l’entrée des gorges que mon parcours était réalisable et pas trop dangereux. Je ne voulais pas, par exemple, me retrouver après quatre heure de course face à une barre rocheuse qu’on ne peut passer qu’en via ferrata. Il n’a pas été très clair dans ses réponses et je suis parti quand même. J’ai dû mettre quarante cinq minutes avant de quitter Ponte a Gaio, le point de départ. Contrairement aux sentiers des Alpes Apuanes, ceux de la Garfagnagna sont particulièrement mal fléchés et mal entretenus.
J’ai finalement trouvé la voie qui me conduisait vers le sentier n°11; une ligne de crête de 4km vers l’est. Les herbes sont hautes, la route n’est pas tracée et la plupart des piquets sont dans un état de délabrement tel qu’ils en deviennent difficilement visibles.
Je grimpe rapidement passant de 750m à 1300m en une longue heure. Le paysage est magnifique. Sur ma droite s’étend, sous une immense barre rocheuse, les gorges de la Botri. Il fait extrêmement chaud et je progresse face au soleil. Je ne vois pas le chemin qui s’ouvre sur ma gauche et continue à suivre la ligne de crête jusqu’au sommet du Mont Mosca à 1520m. La pente est forte et à l’instar d’une échelle sur laquelle on monte plus facilement qu’on ne descend, la peur du vide me pose quelques problèmes lorsque je dois revenir sur mes pas.
Je retrouve le chemin n°12 plus bas. Il surplombe les gorges en direction du nord pendant 2km environ sans difficulté majeure.
J’atteins alors le refuge de la fontaine di Troghi 1300m et plonge dans la forêt sur le sentier n°14.
C’est un passage très vallonné mais sans gros dénivelé. Je traverse plusieurs cascades de pierre qui, en hiver et au printemps, abritent sans doute de nombreux torrents.
Je cours vers le nord est pendant encore 2km jusqu’au Col delle Prada. Je poursuis ensuite le contournement des gorges en courant pendant 1km,5 vers le nord puis 1km vers le sud jusqu’au Refuge Cassenti.
C’est un joli petit refuge de montagne assez accueillant dans lequel quelques familles de bourgeois bohèmes ont pris position. Les hommes surveillent de larges pièces d’agneaux qui dorent au dessus d’un grand feu pendant que les femmes dressent les tables autour desquelles courent des hordes d’enfant. On dirait le sud et je resterai bien finir la journée avec eux. J’y reviendrai le lendemain avec Anne et Théophile.
Depuis le refuge on se lance dans un tour rapide de l’extrémité nord ouest des gorges. 3km de ballade sur le chemin n°13. Il vaut mieux entamer la boucle par le coté est car après avoir dépassé le belvédère c’est EXTRÊMEMENT DANGEREUX. Un sentier de 40cm de large surplombe un précipice de plusieurs centaines de mètres. C’est, au mieux de l’alpinisme, au pire du suicide. Le panorama est splendide mais je n’en avais pas terminé avec la vie et je suis revenu au refuge sans terminer la boucle (d’où l’idée de la prendre par l’est, sinon on ne franchit pas deux-cents mètres)
Depuis le refuge on emprunte, pour terminer, le sentier n°16b vers l’est, jusqu’à ce qu’on rejoigne la route. Attention, en cas de doute, il vaut mieux toujours se diriger vers la gauche lorsqu’on perd la trace du sentier; il y a sur la droite des barres rocheuses sur lesquelles il est préférable de ne pas s’aventurer. Après au moins trois kilomètres sur un sentier très mal balisé; quand on a de la chance; on retrouve la route et un peu de sérénité.
Il m’aura fallu, quant à moi, plus de deux heures pour parcourir cette courte distance.
Je redescend enfin la route pendant 4km jusqu’à ponte a Gaio, le point de retour.
Une vingtaine de kilomètres, 1000md+ de dénivelé mais de très grosses frayeurs. C’est un parcours sauvage, superbe, peu balisé et extrêmement dangereux. Le téléphone portable ne fonctionne pas dans cette zone et tout accident peut avoir ici des conséquences dramatiques.

Bandita Di Caccia

 

 

f-men

Capella is burning



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lire des sentiers en Toscane

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notre vie aquatique



lire “des sentiers en Toscane”

massif des Ecrins

Villar d’Arène morning trail

Pour ceux qui ne seraient sensibles ni à la course, ni à la montagne, ils pourront toujours entendre la pop sirupeuse de SuperPitcher.

 

Notre route estivale vers l’Italie s’annonçait longue et éprouvante, nous avons choisi de fractionner notre trajet en effectuant une courte étape au pied du massif des Ecrins. Après avoir serpenté pendant quelques heures depuis Grenoble derrière une file de véhicules sur la D1091, nous avons atteint la Grave, samedi en fin d’après midi.

Nous avons établi notre camp de base dans un hôtel dont la description, sur internet, de l’ambiance chaleureuse et authentique nous a laissés perplexes. Accrochés à flanc de montagne, les chambres et appartements formaient un hameau de chalets orientés au sud dont les trois étoiles rayonnent sur toute la vallée. Trônant dans le hall, une photographie dédicacée de Lance Armstrong attestait de la gloire de l’hôtel et du champion. Les lambris de sapin clair et le mobilier acquis parmi les promotions d’un IKEA asthénique concordaient parfaitement avec l’accueil antipathique du Thénardier des lieux. L’aspirateur que l’on passe pour signifier, à 10h02, que le temps imparti au petit déjeuner est révolu ou ses accès d’autorité sur les Cosette qui desservaient les tables, nous mettaient profondément mal à l’aise. A sa décharge, la piscine et sa terrasse en thèque, face au glacier, nous ont offert quelques heures enchantées. Ainsi, après avoir déposé nos valises et découvert notre studio fonctionnel et sans charme nous nous sommes étendus sur des transats dans lequel j’ai entrepris d’achever la lecture des Privilèges de Jonathan Dee.

 

swimming the Meije

Avant de nous préparer pour le diner, j’ai suivi, avec Anne, la première trace que j’avais dessiné autour de la grave. Une petite boucle de sept kilomètres qui suivait un chemin vallonné le long de la Romanche, puis remontait dans les alpages, après avoir traversé Villar d’Arène et le bois de la Chal d’Outre, en empruntant le GR54. A l’exception d’une petite crise d’hypoglycémie dont Anne a été victime après trois kilomètres, nous avons trouvé ce parcours rafraichissant. Courir dans la montagne, sur des sentiers couverts d’épines de pin, quand on arrive de Paris, c’est toujours un grand bonheur.

La Crèperie des Plagnes est retirée au pied des pistes du Chazelet, un petit village qui surplombe la Grave. C’est là que, trois jours de suite, nous nous sommes réfugies pour profiter de diners magiques au milieu de la montagne. A l’instar de la Crèmerie du Glacier à Argentière, ce lieu avait quelque chose de lynchéen ; il aurait pu figurer dans Twin Peaks entre le One Eyed Jack et le Double R.

Dimanche, les garçons nous ont accompagné dans une longue descente randonnée entre la gare intermédiaire de Peyrou d’Amont et le lit de la Romanche. Après avoir emprunté le téléphérique des glaciers de la Meije, et suivi, au milieu des pierres, un sentier qui nous conduisait jusqu’au petit lac de Puy-Vachier, nous nous sommes assis contre un gros rocher pour y consommer notre pique nique. La pluie qui menaçait depuis le matin nous a contraint à reprendre rapidement notre randonnée. Le soleil est apparu après que nous ayons traversé le bois des Fréaux et il ne nous a plus quitté. Il aura fallu près de quatre heures pour que nous dévalions nos mille mètres de dénivelé; avec un enfant de sept ans, je n’en espérais pas tant.

au loin, la Meije

J’ai attendu le lundi matin pour me lancer dans le trail que j’avais imaginé  et dont j’ai longtemps rêvé. J’avais dessiné une jolie boucle, à l’est de la Meije entre le Pied du col, le refuge de l’Alpe de Villar d’Arène et le col du Lautaret;

Alice nous attend vers midi à Serre Chevalier où elle a passé deux semaines dans un centre de vacances;  Arrivé à 9h00 à proximité du camping du Pied du Col, je dois faire vite. La brume recouvre la vallée et je crains qu’il ne se mette rapidement à pleuvoir. Pressé par le temps et menacé par la pluie, j’hésite un moment avant de me lancer dans cette course solitaire de 17km. J’ajuste mes bâtons et fixe la caméra Gopro sur ma tête. Lorsque je me vois dans le rétroviseur de la voiture, j’espère ne pas croiser trop de randonneurs.  L’idée de filmer un de mes trails m’est venue après avoir maté quelques videos de downhill sur Youtube. On y voit des types, à qui on a sans doute retiré un bout conséquent de l’hypothalamus, descendre des collines à fond sur leurs mountain bikes du hard rock plein les oreilles . Je voulais faire la même chose en courant; montrer à quel point les sensations d’un trail en montagne peuvent approcher celles du ski. Malheureusement le soleil n’apparaîtra qu’à la toute fin de ma course et les sentiers ne semblent pas, sur le film, aussi vertigineux qu’ils le sont en réalité; Et puis, à pied dans une côte,  on n’atteint pas une vitesse suffisante pour rendre ces images aussi impressionnant que sur un mountain bike.

Je n’ai pas quitté le parking depuis 5mn quand je croise un groupe de pêcheurs réunis autour d’une caravane.  Je me souviendrai longtemps de la façon dont chacune de leurs dix têtes se lève pour observer mon passage. Je les ignore superbement poursuis ma course sur la route qui longe la Romanche. Le paysage qui m’entoure jusque là ne présente pas de grand intérêt : des cailloux et de grands espaces  aménagés par une armée de pelleteuses et de bulldozers. .. Il me faut courir pendant un peu plus de deux kilomètres sur un petit sentier qui surplombe la rivière avant d’atteindre la première côte. Le paysage se découvre et, sur ma droite, une magnifique cascade plonge vers la rivière dans un vacarme assourdissant. Je m’efforce de ne pas trop ralentir lorsque je commence mon ascension et, dès que la pente diminue, je reprends ma course. Au niveau du troisième kilomètre, un groupe de randonneurs forme une haie d’honneur à mon passage. Je ne sais pas si c’est la vitesse avec laquelle j’avale les mètres de cailloux ou la caméra au sommet de mon crâne qu’ils saluent ainsi; Je me sens en grande forme et j’interprète tous les signes que l’on m’adresse comme un encouragement sincère. Je leur retourne un large sourire et les remercie d’un geste de la main.

Je franchis ensuite un petit pont de bois qui enjambe la rivière et attaque la seconde partie de mon ascension. La pente est plus forte et surtout bien plus longue. Ce qui avait précédé n’était qu’une mise en bouche. Mon rythme cardiaque accélère, mon souffle est court mais grâce à l’appui de mes bâtons je parviens à conserver un bon rythme. Je dépasse trois ou quatre autres couples de randonneurs, qui s’écartent poliment à mon passage. Leurs airs surpris fini par m’amuser et je ne m’inquiète plus de passer pour un doux dingue.

Je quitte le GR54 qui se prolonge sur ma gauche pour suivre, entre les rochers, le sentier des sources de la Romanche. Lorsque j’atteins le col, je suis saisi par le froid et le vent. Le ciel commence à se dégager mais le soleil est encore loin de me caresser de ses rayons. Tout autour de moi des marmottes sortent de leurs trous. Mon passage ne semble pas les inquiéter. Je n’en avais jamais vu autant. Je continue ma course en suivant le chemin du plan de l’Alpe, au dessus de la Romanche, jusqu’au refuge de l’Alpe de Villar d’Arène où je rejoins le GR 54. Il continue vers le lac d’Arsine, ce n’est pas mon chemin. Malgré les 700m de dénivelé, je n’ai parcouru que 5km environ. Je marque pas de pause et repars immédiatement en sens inverse, plus à l’ouest cette fois-ci. Je laisse une petite station météorologique sur ma gauche et me dirige vers le col du Lautaret. J’emprunte le Chemin des Crevasses dont le nom avait fait frémir Anne. Ce long balcon exposé à l’ouest, zébré par les torrents et balafré par d’étranges combes d’ardoise, est magnifique. On est sur la Lune, ou peut-être sur Neptune. La rivière coule 800m plus bas et je suis seul au monde. A 2000m d’altitude, je cours dans le ciel ; je fais du sky running, c’est fabuleux.

interprétation des crevasses

Après avoir franchis le Rocher Blanc, au bout de neuf kilomètres, je quitte ce chemin étroit et abrupt pour suivre, le Chemin d’interprétation des Crevasses. Je suis toujours sur un balcon, mais celui-ci est exposé au nord. Le paysage change radicalement. La pente au dessous de moi est plus douce, le sol est moins aride et on aperçoit quelques buissons aussi.

J’atteins le col du Lautaret à mon douzième kilomètre. Si c’est un lieu dont rêve les cyclistes, j’avoue rester froid devant cette large route balayée par le vent et sur laquelle circule de gros camions. Je m’arrête quelques instant sur un des parkings qui entourent le col et j’avertis Anne que je m’apprête à redescendre vers Villar d’Arène. Je cours depuis moins de deux heures et j’en aurai terminé dans trois quart d’heures tout au plus.

Je traverse la route et suis le GR 50, au milieu des pâturages en direction du  Pied du Col. Depuis mon arrivée au Lautaret, le soleil brille intensément. Je reste suspendu pendant encore deux kilomètres à plus de deux mille mètres d’altitude; et puis je bascule, ma descente est rapide ; en moins d’un quart d’heure je retrouve la rivière et ma voiture.

L’après midi même, j’ai proposé à Anne, Hugo et Théophile de découvrir ce parcours avec moi. Ils étaient enchantés. Les garçons ont cherchés des marmottes, escaladé les rochers qui entourent la Romanche ; J’ai de nouveau croisé tous ceux que j’avais dépassés ce matin pendant ma course. Ils étaient tout aussi étonnés de me voir escalader encore une fois cette montagne. J’ai échangé quelques mots avec chacun d’entre eux; ils revenaient du lac d’Arsine. Je leur ai expliqué ma course et mon envie de partager ce bout du monde avec mes enfants. J’espère que mon explication les a convaincus et que le fou qu’ils ont vu courir dans la montagne avec une caméra sur la tête leur est apparu moins suspect.

les sources de la Romanche

J’aurais aimé que ce circuit ait duré plus longtemps et faire le tour de la Meije n passant par le lac du Pavée et le col des Chamois ou par le refuge du Chatelleret et le glacier des Cavales. J’ai l’impression qu’au pied du glacier du Clot des Cavales  il faut s’équipé de crampons et d’un piolet, ce n’est plus vraiment du trail…

trop grave

Trop Grave



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GR54, originally uploaded by ilgigrad.


GR54, originally uploaded by ilgigrad.

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Niort Grand Prix


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10, originally uploaded by ilgigrad.

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d’entre les morts


christ est mort, originally uploaded by ilgigrad.


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arrivée à Plan Praz

Marathon du Mont-Blanc

récit du Marathon du Mont-Blanc 2011

Le Marathon du Mont-Blanc était l’objectif principal du premier semestre 2011 et l’acmé de ma première année de course à pied.

J’ai commencé à courir au printemps 2010 pour mieux descendre à ski; C’est en descendant dans les combes enneigées des Grands Montets, à Argentière, que Thibaut m’a révélé son secret de montagnard: Il pouvait enchaîner 1000m de dénivelé d’un trait là où je devais m’arrêter quatre ou cinq fois, tout simplement parce qu’il courrait régulièrement. Et puis il y avait cette course que l’on avait découverte un été, en traversant Chamonix alors que nous revenions d’un séjour féérique sur les lacs italiens. Nous avions été fascinés par ces extra terrestres qui avaient couru deux jours durant pour achever le tour du massif du Mont-Blanc: l’UTMB. Je cours parce que j’ai l’espoir de terminer moi aussi un jour cette course mythique et le marathon du Mont Blanc en constitue la première étape.

Dire que je m’y suis préparé relève de la litote. J’ai sans doute commencé mon entraînement un peu trop tôt. Dès le début du mois de Janvier j’ai enchainé quatre à cinq séances par semaine cumulant 1267 km et 14924mD+ ; soit quatre vingt-onze sorties de 14 km et d’une durée de 1h20 chacune, en moyenne. (Voir les activités )

J’avais établi un programme strict, un plan d’entraînement que j’avais moi-même méticuleusement composé en fonction de mes paramètres physiologiques (VMA, FCmax) et de l’étude assidue des théories publiées sur ce sujet. Je ne l’ai finalement pas suivi. Je préfère courir en écoutant mes sensations et en suivant mes envies plutôt qu’en m’imposant un plan rigide. Même si j’en ai accompli chaque semaine, les séries de fractionné et de côtes m’ennuient. J’aime le trail parce que c’est un sport en nature et qu’on s’y sent libre; la planification n’est décidément pas mon truc. J’ai cependant essayé de m’imposer une règle : une sortie longue d’au moins 20km chaque semaine, en empruntant si possible des parcours vallonnés et en nature, une séance de côtes, une séance à rythme rapide (seuil) et une séance de footing plus tranquille…

J’ai intercalé quelques courses dans ce programme afin de vérifier la qualité de ma progression et de donner un peu de sens aux sorties longues pour lesquelles il n’est pas toujours facile de se motiver en plein hiver.

Semi Marathon de Paris, le 6 mars, 21km, 1h43’

Eco Trail de Paris, le 26 mars, 55km, 7h03’

Paris-Saint-Germain la Course, 20km, 1h37’

J’ai réalisé ma dernière sortie longue avec Fred et François en forêt de Compiègne ; une vingtaine de kilomètre sur un terrain relativement vallonné par rapport à ce que l’on trouve habituellement en région parisienne. Le souvenir de mon échec sur le Marathon des Causses en Octobre 2010 (près de 7h39 pour boucler les 42km de course avec une abominable douleur au genou gauche) m’a poussé à alléger considérablement la charge d’entraînement pendant les deux semaines qui précédaient cette course tant attendue. Je cumulais près de 80km par semaine depuis le début du mois de mai et la fatigue accumulée commençait à se faire sentir : tendinite à la cheville gauche, mal aux genoux, dégout de la course à pied. Je ne courrais plus parce que j’en avais envie mais parce qu’il fallait poursuivre mon entraînement ; or je ne pouvais pas prendre le départ de ce Marathon rêvé sans être emporté par un véritable désir de montagne et de course. Les séances de côte dans le parc des Buttes Chaumont avec Laurent devenaient laborieuses ; il faut bien avouer que s’acharner à courir à travers les pelouses d’un parc planté au milieu de Paris pour essayer tant bien que mal de « bouffer » du dénivelé et de s’exercer aux descentes, relève de la folie douce quand on rêve d’espace et des Alpes…

Les deux dernières semaines ont duré des années. J’ai cru devenir fou, cette course devenait une obsession. Je me levais la nuit pour aller parcourir compulsivement le net et y repérer tout ce qui traitait de ce sujet. Lire et relire les témoignages de ceux qui avaient vécu ou survécu à cette aventure. Trouver sur les forums, les fils sur lesquels on dissertait sur le respect les consignes de l’organisation quant à la composition du sac (collants ? gants ?) ou sur l’utilité des bâtons.

Je suis retourné deux cents fois au moins, sur le site softrun.fr pour évaluer le temps de mon parcours et calculer les temps de passage aux différents points. J’ai finalement développé mon propre tableau Excel, en modulant ma vitesse avec le pourcentage de la pente à gravir. L’énergie que je récupérais à ne pas courir, je la perdais à ne pas dormir et à me tourmenter sur des points tactiques ou techniques pour lesquels j’aurai été interné si on avait découvert mon obsession.

Et puis le mois de juin s’est écoulé. Je mangeais des pâtes pour fêter l’été. Trois jours plus tard le weekend a commencé…

Anne et moi sommes arrivés à Argentière le vendredi en fin d’après midi. Laurent et Valérie avaient rejoint Chamonix un peu plus tôt et en ont profité pour effectuer une petite randonnée sur le balcon nord entre le Plan de l’Aiguille et la gare du Montenvers.

Comme nous avions prévu de ne pas nous retrouver devant l’hôtel des Grands Montets avant 19h30 et que Thibaut avait annulé le pot que nous avions envisagé de prendre ensemble dans Chamonix, nous sommes immédiatement partis à l’assaut de la montagne, après avoir déposés nos bagages à l’hôtel ; une petite ballade d’une heure trente et de 400m D+ le long de la Pierraric. C’est toujours amusant de retrouver l’été un coin qu’on ne connait que l’hiver. J’ai du descendre cette piste des centaines de fois puisque c’est l’unique moyen de rejoindre la vallée depuis le secteur des Grands Montets. A ski, c’est une gentille piste rouge, guère impressionnante quand on a cessé d’être débutant depuis plus de trente ans ; A pied c’est une autre histoire : la pente dépasse allègrement les 20% et quand on arrive de Paris et que l’on sort tout juste de sa voiture, on pense que l’entraînement dans le Parc des Buttes Chaumont ne va peut-être pas être suffisant…

Après notre ascension nous avons repris la voiture pour récupérer nos dossards dans Chamonix. Laurent et Val nous attendait devant le centre où convergeaient des dizaines, voire des centaines de coureurs. Nous avons consulté les immenses panneaux sur lesquels la liste des milliers de coureurs qui participent à l’ensemble des courses est affichée. Je porterai le dossard 1445.

Nous retirons nos dossards et nos maillots. Celui de Anne est en coton ; elle est un peu déçue et jalouse de nos maillots techniques Salomon dont nous ne parvenons pas à définir précisément la jolie couleur (rouge ? vieil orange ?). De retour à l’hôtel Nous plongeons dans la piscine puis le Jacuzzi extérieur, face au Mont-Blanc. Nous sommes au paradis.

Nous aurions voulu diner à la Crémerie du Glacier, le restaurant que nous affectionnons tant à Argentière, mais n’avons pu réserver que pour le lendemain. Nous dinons finalement à la Flambée. Décoration soignée, dans un style authentiquement chamoniard. Le restaurant est déjà bondé lorsque nous pénétrons à l’intérieur et nous patienterons au moins une heure avant d’être servi. Peu importe; aucune attente ne peut contrarier notre sérénité, nous sommes hédonistes; d’ailleurs Laurent a commandé du vin.

Le lendemain, Anne est, à 9h00, au départ du 10km du Mont-Blanc ; l’idée de se lever à 7h00, un samedi matin pour aller courir dans la montagne l’angoissait quelque peu. Après un petit déjeuner léger, nous sommes descendus à Chamonix sur l’aire d’atterrissage des parapentes. Je l’ai suivie sur ses différents points de passage avec le VTT que m’avait prêté Laurent. Elle a couru un joli cross en sous bois, agrémenté de petits raidillons dont le dénivelé total dépassait 300m. Elle termine sa course en 1h12, dans la première moitié du scratch féminin (168/343), ce qui n’est pas mal pour une première.

Anne à l'arrivée du 10km du Mont Blanc 2011

Avec le temps qu’il faisait sur Chamonix ce jour là, nous n’avons pas pu nous empêcher de partir dans une randonnée l’après midi. Nous avons quitté l’Hôtel après que Anne se soit douchée et avons commencé à grimper à l’assaut de l’aiguillette d’Argentière. Sur la carte le parcours effectuait une petite boucle au dessus d’Argentière. C’était, en fait un beau parcours de montagne dont une partie ressemblait à de la via Ferrata. Nous avons pique niqué accroché à un rocher face au glacier d’Argentière, au milieu des bouquetins, après une ascension de 900m environ. C’était grandiose. J’ai profité de la descente pour tester ma technique de « bâtons ». Descendre à fond, comme à ski, en utilisant mes Leki plutôt que mes genoux. C’était vraiment très amusant, même si cela a consommé quelque peu l’énergie que je voulais préserver pour le lendemain.

le Glacier d'Argentière depuis l'Aiguillette...

Il était un peu tard pour rejoindre Thibaut à Chamonix. J’avais prévu de ne pas me coucher trop tard et lui-même pouvait partir à l’assaut du Mont-Blanc dès la première cabine. Nous aurions chacun notre course, à quelques kilomètres de distance ; lui vers les 4810m du sommet et moi sur le Marathon, un joli derby.

Après notre retour à l’hôtel et quelques minutes à se prélasser dans le jacuzzi et le sauna, nous allons enfin diner à Crémerie du Glacier. Cet endroit est aussi chouette en été qu’en hiver. Je prends une croûte. Ce n’est pas tout à fait adapté à la course qui nous attend, mais je pense avoir suffisamment mangé de pâtes cette année… A 22h30 nous étions au lit.

Réveil à 5h00, petit déjeuner léger et à 6h00 nous prêt à partir. Je croise sur le parking de l’hôtel un groupe de filles qui me propose de m’emmener jusqu’à Chamonix. Je décline leur aimable proposition et rejoint Laurent qui m’attend dans sa voiture.

Nous errons dans Chamonix pour trouver un parking ouvert. Nous nous garons finalement derrière la gare SNCF et arrivons au niveau de la place Balmat moins de cinq minutes avant le signal du starter. Nous nous retrouvons en queue de peloton et c’est tout juste si nous comprenons que le départ a été donné lorsque nous voyons le cortège s’étirer devant nous.

7h00 ! Bang !

Un groupe de six anglais déguisés en vache et un type en soldat romain nous devancent. Nous devons être plus ou moins classés dans les deux cents derniers. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de sentir la pression monter avant le départ. Ressentir cette ambiance un peu particulière des minutes qui précèdent le départ: une légère angoisse qui nous comprime le cœur et le ventre, mêlée à une sensation d’euphorie que je ne m’explique pas. Mais là rien ! la précipitation, les problèmes de parking, notre arrivée trop tardive et ce départ trop rapide sans décompte et sans bruit. J’ai ressenti ce frisson deux cent mètres plus tard. Nous traversions Chamonix au milieu d’une foule digne du Tour de France et là, sans raison, tous les poils de mon corps se sont hérissés : je pouvais les compter. Un moment de grâce et de joie : j’étais enfin dans mon rêve.

Dès le départ nous essayons de gagner des places afin de ne pas être trop gênés lorsque nous nous retrouverons sur une monotrace. Il ne faut pas non plus se carboniser trop vite. Nous nous plaçons sur la gauche du peloton dont l’allure est légèrement inférieure à la notre. Notre vitesse dépasse un peu les 10km/h, le peloton ne les atteint pas tout à fait. De toute façon, cela est un peu vain; rapidement les chemins rétréciront et il deviendra particulièrement périlleux de doubler. Nous longeons l’Arve, passons le petit pont de bois avant lequel Anne avait eu son ravitaillement la veille. Nous entrons dans la forêt et entamons notre première côte. Trop facile ! Nous grimpons doucement jusqu’au Lavancher, traversons une prairie ou paissent tranquillement quelques vaches puis poursuivons vers Argentière. J’extraie les bâtons de mon sac en prenant garde de n’éborgner personne. Je les déplie avec difficulté. C’est dingue comme un geste répété cent fois devient difficile quand on l’exerce en courant et que plein d’yeux vous surveillent avec suspicion. Dès les premiers raidillons je me rends compte à quel point ils vont m’aider (les bâtons, pas les raidillons). Je monte sans forcer, c’est un bonheur. Arrivés dans les faubourgs d’Argentière, nous apercevons l’hôtel en contrebas du chemin. Je hurle à Anne et Valérie de se réveiller, pensant qu’elles sont encore enfouie dans un profond sommeil. Quelques gars autour de nous se reconnaissent dans cet appel : Leurs femmes dorment aussi pendant qu’ils courent seuls. Je saurai plus tard que Anne s’est levée, a traversé quelques prés humides et nous regarde passer au détour d’un chemin, à proximité de la Crémerie. Nous atteignons Argentière. Avant de franchir la ligne, Laurent s’arrête pour la pose technique que je lui avais promis. Je regarde tous les coureurs que nous avions poussivement réussi à doubler, nous passer devant. A chaque seconde, qui passe un paquet d’au moins dix personnes nous dépasse, et les secondes défilent. Le tableau officiel indique qu’il est alors 8h15 et que je suis 1198ème. Nous avons parcouru un peu plus de 10km et sans doute 400mD+. Bref ravitaillement, j’enfile trois verres de boisson énergétique et rempli un de mes bidons. Je m’étais pourtant juré de ne faire aucune nouvelle expérience alimentaire pendant la course et de me contenter d’eau pour m’hydrater, mais la peur du vide énergétique est trop forte et je me jette frénétiquement sur tout ce qui peu contenir du sucre. Nous continuons de progresser gentiment jusqu’au col des Montets puis basculons vers Vallorcine en continuant à longer l’Arve; Nous sommes encore dans l’ombre mais le soleil commence à caresser les montagnes qui bordent le lac d’Emosson. Je me sens bien. Laurent sort son appareil photo et réalise la deuxième séquence de son reportage sur la course. J’annonce que la première partie de la course est, malgré un dénivelé respectable (650m au moins), assez roulante et très agréable. Nous avons mis moins de 2h10 pour parcourir les 18 premiers kilomètres, c’est cool. Mes prévisions donnaient une bonne demi-heure de plus , nous pourrions pulvériser la barre des six heures si la suite était aussi facile. Laurent tempère mon ardeur et affirme qu’on attendra le prochain « point presse » pour se déterminer plus précisément.

Je me bâfre de saucisson, de fromage, de banane et de céréales sur le ravitaillement de Vallorcine. J’en ai plein les mains car les organisateurs ont eu l’excellente idée de trancher les bananes comme des concombres ce qui ne facilite pas les choses. La prochaine fois s’ils peuvent se limiter à les diviser en trois ou quatre ce serait plus pratique. Nous passons sur les capteurs du chronographe et franchissons un petit portillon qui doit nous conduire en enfer. Nous courrons depuis 2h14 et sommes guère mieux placés qu’au pointage précédent : 1165èmes.

Les difficultés commencent. On attaque la grosse ascension de la course : celle du Col puis de l’aiguille des Posettes (2200m / 1000mD+). Une longue file ininterrompue de grimpeurs s’enfonce silencieusement dans la forêt. Ça ne rigole pas. Les derniers bâtons ont été sortis de leurs sacs et je commence à respecter sérieusement ceux qui montent le dos courbés, les mains sur les cuisses. Ils vont souffrir. Je repense aux polémiques interminables qui inondent les forums : le trailer est-il un coureur ou un randonneur ? Je ne sais pas si deux barils de Kilian Jornet valent un baril de Gebre Selassie ou le contraire, mais une chose est sûr : la randonnée en montagne est un sport.

Lorsque nous sortons enfin de la forêt, le ciel s’ouvre, on a pris pas mal d’altitude. Même les odeurs sont différentes, plus bas c’est l’herbe mouillée, la terre et les mousses qui dominaient. On sent le ciel à présent. Il est bleu et pas un nuage ne vient le tâcher. Je reconnais la piste de la forêt, celle sur laquelle un anglais inconscient, lancé à fond, avait failli percuté mon fils de sept ans l’hiver dernier. Nous passons devant l’arrivée du télésiège de Vallorcine. Le paysage qui s’offre à nous est grandiose. C’est vraiment beau. Ça grimpe dur et il y a bien longtemps que tout le monde a cessé de faire semblant de courir. Nous marchons. Laurent discute avec un autre coureur qui vient de Lille et a traversé la semaine dernière la corse par le GR20. Il a parcouru 200km en quatre jours ! Il n’a plus de jambes, je le comprends.

Nous atteignons le col des Posettes, un type sorti de nulle part joue de la guitare électrique, planté à l’arrière de son Pick-Up. Il se prend pour Joan Jet. Laurent ressort son appareil pour une nouvelle séquence. Il est 10h18, nous sommes 1033èmes . Les 132 coureurs que nous avons doublé n’ont probablement pas de bâtons. Laurent fait sa deuxième pause et je regarde de nouveau des paquets de concurrents repasser devant nous.

Je contemple le massif du Mont-Blanc et l’Aiguille des Posettes en avalant un verre d’eau. Un long ruban coloré de coureurs serpente jusqu’au sommet. Nous grimpons au milieu des Rhododendrons, c’est magique. Au sommet de l’aiguille nous avons la banane : Nous courons depuis 3h39 et sommes en avance de plus de 30 minutes sur notre temps prévisionnel. Je me lance dans la descente en étant persuadé que je vais pulvériser la barre des 6h00. Il reste 18km et moins de 800m de dénivelé à parcourir, en 2h20 c’est réalisable compte tenu de notre temps de passage à Vallorcine…

Gros Fun dans la descente. Je me sens pousser des ailes je suis à fond. J’utilise les Leki pour garder l’équilibre. Cela allège les genoux et limite le besoin de freiner. Le trail comme de sport de glisse c’est un truc dont je n’avais pas l’habitude, surtout après l’expérience du Marathon des Causses où chaque mètre vers le bas constituait un véritable calvaire. La prochaine fois que je me lance dans une course en montagne, je m’équiperai d’un GoPro pour garder un souvenir de mes minutes les plus folles en descente… Il ne fallait pas rêver, le Paradis sans Enfer, ça n’existe pas, je suis passé par le Purgatoire : Au niveau du 27ème kilomètre, je suis foudroyé par une crampe. Ma jambe se dérobe sous moi et je tombe dans la pente du bas côté. Laurent m’aide à me réhydrater et à reprendre doucement mes appuis. Nous nous faisons méchamment doubler par tous les types que nous avions laborieusement dépassés. Je fais quelques pas et je sens que mon muscle se contracte de nouveau. Je m’allonge et tente d’étirer ma jambe. Je commence à douter de mes chances d’en finir. Ce doute est heureusement assez passager car au bout d’une dizaine de minutes je reprends la descente. ; lentement, d’abord puis de plus en plus vite. J’en voulais à Laurent de nous avoir fait perdre du temps pour ses pauses techniques. La mienne valait bien la somme des siennes et je m’en veux de n’avoir pas été plus patient avec lui. Nous franchissons la barrière du Tour après 4h30 de course et être redescendu à la 1190ème position. Nous contournons le village par lequel nous étions passé lorsque nous nous dirigions vers le col des Montets.

Nous parvenons au ravitaillement de Tré-le-Champ (31km) en 4h49 et regagnons quelques places au classement (1092). Laurent est épuisé il est sur le point de tourner de l’œil. La chaleur est terrible et nous en souffrons beaucoup. Nous nous aspergeons copieusement d’eau pour faire descendre la température. Nous nous attardons un bon quart d’heure autour du buffet avant de repartir. je compose un sandwich saucisson-fromage avec l’excellent pain offert par les bénévoles, je picore un aggloméré de céréales et je vide le reste d’une bouteille de Coca. J’envoie ensuite un texto optimiste à Anne : Il reste moins de 11km et 700m de dénivelé. C’est raté pour 6h00 mais j’espère encore pouvoir arriver là haut en moins de 6h30. 1h30 pour finir, ça me semble jouable. Je me trompe. J’ai encore des jambes et ne ressens plus aucune contracture à ma cuisse, mais la route vers Flégère est plus difficile qu’elle ne parait.

à l'assaut de la Flégère...

Nous progressons en suivant le balcon sud.Le parcours est toujours aussi sublime. Nous avions emprunté une partie de ce chemin, la veille, lorsque nous montions vers l’aiguillette d’Argentière. Malgré ma détermination, je ne parviens pas toujours à trouver la force de doubler ceux qui courent devant nous. La piste est étroite et il faut se faufiler entre une épaule et le fossé. On perd énormément d’énergie dans cet exercice de slalom. De nombreux coureurs ont du mal à avancer, certains sont effondrés sur le bord du sentier et ils méditent en tenant leur tête entre leurs mains comme le penseur de Rodin. Je crois qu’ils se demandent s’ils vont continuer. Nous sommes pourtant à moins d’un kilomètre de la Flégère. J’essaie de résoudre un petit problème avec mon sac. Je n’ai jamais réussi à me servir correctement d’une poche à eau. Cela m’avait même posé de sérieux problème sur le Marathon des Causses sur lequel je ne parvenais pas à étancher ma soif à cause d’une pipette dont seul le mode “goutte à goutte” fonctionnait. J’ai préféré m’équiper deux portes bidons Salomon que l’on ajoute aux bretelles de son sac. Ce système n’est pas excessivement pratique, la contenance est limitée à moins de 1200ml et les bidons remuent beaucoup. Le poids exercé par celui de gauche sur l’attache de ma bretelle à fini par l’arracher. Depuis quelques kilomètres je dois courir en tenant ma bretelle et mon bidon pour ne pas qu’il tombe. Je m’arrête finalement pour placer mon bidon gigoteur à l’intérieur de mon sac; de toute façon je n’en aurai plus besoin. Le sentier quitte la forêt et atteint une colline tondue à plus de 1600m d’altitude. La dernière partie de cette étape est vraiment pénible. Il fait chaud, nos cuisses deviennent raides et avons un mal fou à marcher sous ce cagnard. Chaque mètre de dénivelé, dans un sens ou dans l’autre, est un supplice. Nous entendons une armée de tambours qui jouent de la samba. En passant devant eux j’esquisse quelques pas de danse en chantant. J’ai surement l’air ridicule mais ça donne du courage. Nous atteignons la Flégère en 6h14 et avons encore gagné une trentaine de places (1061). Il reste 5km, et je me fiche du temps. Je sais désormais que nous ne terminerons pas en moins 6h30. Je veux juste arriver.

Après le dernier ravitaillement Laurent a repris du poil de bête, il repart de la Flégère comme une fusée; moi moins que lui. Je prend des risques pour doubler les coureurs qui me séparent de lui. En franchissant à fond la caisse un pierrier, je pose mon pied sur une pierre plate un peu branlante. Je dévisse et tombe une nouvelle fois dans un petit ravin. J’ai eu chaud, je suis retenu par un branchage, 5m plus tôt j’aurai fait un plongeon dans le vide. Je reste étendu pendant quelques minutes, choqué. A part mon coude qui saigne, je n’ai rien de cassé. J’ai bien senti mon genou heurter le sol mais je ne ressens aucune douleur. Celui que je venais de doubler lorsque je suis tombé m’aide à me relever. C’est un truc assez fort sur les trails : l’entraide. La solidarité compte plus que le temps ou la performance et j’apprécie beaucoup cela. Je vérifie longuement que mon genou supportera les quelques kilomètres qu’il me reste. Je repars, encore plus vite pour rattraper mon retard et Laurent. Laurent m’attend au pied du dernier mur. On entend le speaker et la foule qui encouragent les concurrents qui arrivent. Une côte de 1km avec une pente supérieure à 20% et c’est fini. La course vient se terminer sur un site qui forme comme une arène ouverte face au Mont-Blanc. Je pense à Thibaut qui doit terminer l’ ascension de son sommet.

Des cailloux, du soleil et pas un gramme d’ombre.

arrivée à Plan Praz

Curieusement, mes nerfs lâchent. Ce dernier kilomètre est interminable. Je me promets de ne plus jamais courir, d’arrêter le trail et de me lancer dans une activité sportive moins pénible. Je laisse tomber la course des Templiers sur laquelle je devais m’aligner fin octobre. Je ne passerai pas l’été à courir en Toscane ou ailleurs, c’est fini, je raccroche.

Anne et Val nous attendent à 400m de l’arrivée; les spectateurs hurlent nos prénoms mais je n’arrive pas à avancer. On a l’impression de se trouver sur une étape de Montagne du tour de France. Il règne sur Plan Praz une ambiance incroyable. Je pleure de joie et de douleur. Laurent est plus en forme que moi. Il m’attend dans le dernier mur pour que nous passions sous l’arche ensemble. J’ai un mal fou à franchir la ligne dignement mes jambes ne veulent plus faire cet effort et je pousse un râle de tennisman lorsque je trouve enfin la force de me propulser sur les vingt derniers mètres.

7h18 !

Résultats


accès à la Trace du Marathon du Mont-Blanc 2011

j’avais prévu 7h15

Un petit comparatif entre les temps de passage théoriques calculés avant la course et la façon dont nous nous avons réellement couru montre que nous sommes très proche de la course théorique. Nous allions même de plus en plus vite jusqu’au col des Posettes. Après, notre vitesse a baissé. Au final, trois minutes d’écart avec le pronostique basé sur une allure de 10km/h plat…Si on projette notre avance du Col des Posettes jusqu’à l’arrivée (en pourcentage de gain), nous aurions mis 5h40 ! ça ouvre des perspectives…

Après quelques minutes de repos, allongé derrière la ligne, tout va mieux: les organisateurs offrent des bières bien fraîches au concurrents, j’ai fini…

Nous recherchons un petit coin à l’ombre à l’écart du site d’arrivée. Nous contournons le bâtiment de la télécabine derrière lequel nous trouvons quelques arbres chétifs. Nous partageons le pain et le jambon que les filles avaient apportés pour se restaurer. Après un dernier café au restaurant d’altitude nous redescendons sur Chamonix. J’abrège mon planning de shopping dans les magasins de sport de la ville. Tant pis pour North Face, j’arrête la course à pied.

Nous retournons diner le soir même à la Crémerie pour ce qui deviendra sans doute une de nos meilleures soirées de l’été.

Le lendemain, avant de reprendre la route, nous effectuons une dernière ballade jusqu’aux Gorges du Glacier d’Argentière. Je m’étais promis de me reposer quelques heures et de patauger dans la piscine de l’hôtel plutôt que de solliciter les muscles de mes cuisses trop rapidement, mais le ciel et la montagne ont été plus forts.

au fond des Gorges du Glacier

J’ai mis quelques jours avant de reposer les pieds sur terre. C’est sans doute la plus belle course que j’ai eu l’occasion de courir. Le parcours est magnifique, l’ambiance chaleureuse et l’organisation parfaite. J’ai gagné le point qui me permettra peut-être de m’inscrire à la CCC® de 2012. Je reviendrai l’an prochain; quant à la grande course des Templiers, je me lance dès la semaine prochaine dans une préparation qui devrait peut-être me permettre de suivre Thibaut jusqu’à l’arrivée…

 

…Comme je n’ai pas couru seul, d’autres expériences que la mienne ont fleuri ici ou , et encore et ici

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l’âge de raison


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Pilat & Love


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Eco-Trail Paris 50km

récit de l’Eco-Trail de Paris 2011 50km

Je me suis inscrit à l’Eco-Trail de Paris au tout début de l’automne 2010. J’ai pensé que cette course pourrait constituer une première étape dans ma progression vers une participation à l’UTMB en 2013 ou en 2014. Après quoi, et à moins que je ne sois en réanimation cardiaque au CHU de Sallanches, je pourrai toujours me lancer dans le tour de Mars sans scaphandre.
Ce devait aussi être mon premier gros trail de la saison 2011 avant le Marathon du Mont-Blanc, en juin et surtout la grande course des Templiers en octobre.

arrivée de l’Ecotrail 50km

Même si certains orthodoxes de l’ultra considèrent un parcours de cinquante kilomètres comme une promenade de santé, une telle épreuve se prépare.
La course avait été programmée quelques jours après l’arrivée du Printemps, mais c’est quand même en hiver qu’il a fallu s’entraîner. Et sortir en décembre ou en janvier quand il pleut, qu’il neige et surtout qu’il fait froid, ce n’est pas toujours un plaisir.
On me reproche parfois d’avoir une relation addictive à la course à pied, mais la perspective de courir en été a davantage motivé mes sorties plutôt que le besoin ou l’envie de sortir de nuit, attraper la crève.

Le bilan de mes entrainements hivernal n’était pas particulièrement brillant. A l’exception d’une ballade à Crécy la Chapelle et d’une autre sur les bords de Marne de 25 km chacune, je n’ai pas fait véritablement de sortie longue. Je me suis contenté de courir au bois de Vincennes avec Fred. Comme Laurent s’était inscrit lui aussi sur cette course, nous avons régulièrement traversé ensemble le parc des Buttes Chaumont. J’ai aussi effectué quelques sorties avec Thibaut, mais lui avait un engagement beaucoup plus sérieux que le notre : les 80km.

Vendredi, veille de la course, Laurent me rejoint devant la sortie du Métro Père Lachaise. Nous traversons Paris en voiture pour rejoindre la tour Eiffel où nous devons récupérer nos dossards. Je me gare sous le Musée du quai Branly en face duquel est installé le village quelque peu anémique de l’Ecotrail. Pour le shopping c’est raté, on se croirait dans un supermarché de l’ère soviétique. J’ai de toute façon opéré suffisamment de descentes chez Team Outdoor, lorsque je manquais de motivation et que je compensais avec ma carte bleue les kilomètres qui manquaient à ma semaine, pour ne pas avoir besoin de m’acheter quoi que ce soit.
La remise du dossard est un grand moment d’émotion qui mériterait d’être mieux mis en scène. Je porterai le numéro 6341 pendant plus de 50km. Il faudra que je m’habitue à lui et que lui aussi accepte le coureur médiocre que je suis. Mais comme, 6341 ça reste quand même très éloigné des prestigieux numéros à un seul chiffre, nos médiocrités réciproques devraient s’ajuster. En revenant vers le parking, j’aperçois la terrasse des Ombres, le sublime restaurant qui surplombe le musée. L’idée d’y passer la soirée, demain, après notre arrivée, commence à me hanter. Nous pourrons y attendre paisiblement l’arrivée de Thibaut qui ne devrait pas atteindre la tour Eiffel avant minuit.

Nous prenons ensuite la direction de Versailles. Julien nous a aimablement proposé d’occuper l’appartement de ses parents, situé à moins de deux kilomètres de la ligne de départ. Nous avons rendez-vous dans un restaurant chinois du centre commercial Parly 2 pour y consommer notre dernier repas. A défaut de pâtes, je mange du riz. De toute façon, demain soir, je dînerai aux Ombres.
Nous ne nous éternisons pas sur notre frugal repas et allons rapidement nous préparer pour la nuit.
Laurent, bon prince, m’accorde la jouissance du grand lit ; il restera dans le salon, sur les coussins du canapé. Après une longue douche et avoir soigneusement préparé mon vestiaire pour le lendemain, je m’endors rapidement.

Je ne suis pas certain d’avoir passé une excellente nuit. J’étais anxieux et cela a quelque peu perturbé mon sommeil. Je dormirai bien mieux ce soir, c’est certain. Laurent, lui a passé sa nuit à tourner sur ses coussins sans trouver la position qui lui convienne. Il se réveille avec une douleur dans le dos; ça commence mal. Nous partageons le Gâteau Energie que j’avais préparé la veille et l’accompagnons d’un verre de concentré d’orange. Je me passe difficilement de mon bol de Muesli noyé dans du Fjord mais j’espère bien me rattraper avec la livre de bananes et de figues séchées que j’emporterai dans mon sac. J’ajoute quelques barres de céréales, deux ou trois gels et je prépare consciencieusement mes bidons en ajoutant à l’eau, une poudre sucrée Isostar.
Catherine et Julien passent nous prendre un peu avant 9h00 et nous déposent au bout d’une allée du parc qui entoure le Château de Versailles. Catherine repart rapidement, nous laissant tous les trois rejoindre, avec nos tenues de mercenaires, la Porte des Matelots.

Des bénévoles récupèrent nos jolis sacs verts et les déposent à l’arrière d’une camionnette. Nous récupèrerons nos affaires après l’arrivée dans quelques heures. Nous procédons aux derniers ajustement sur le bord du plan d’eau. la pression monte.

derniers ajustements

Le départ du 50km est donné au milieu du parc du Château de Versailles, le samedi matin vers 10h30, sous un très beau ciel bleu. Je suis entouré de Laurent, avec qui j’avais couru à Millau en octobre, et de Julien qui enchaine habituellement les Ironmen. Il est lui même accompagné de quelques potes tri athlètes dont l’un d’eux terminera quatrième.
Nous faisons, sur les six ou sept premiers kilomètres, notre chemin de croix autour du grand canal, au pied du château, sur de larges allées bien plates.
C’est magique, notre enthousiasme est intact, on se laisse entrainer à courir bien au dessus du rythme prévu mais ce n’est pas grave on sait que cela ne va pas durer.
On sort du Parc et on continue le long du camp des Matelots, puis derrière la pièce d’eau des Suisses. Le peloton est animé, il y règne une bonne ambiance, et, avec le soleil, c’est le printemps.
Attaque de la première véritable côte au bas du camp militaire de Satory. Les coureurs ralentissent et se mettent sagement à la marche. On entre ensuite dans la forêt de Buc. Julien décide de nous abandonner et de courir dans les côtes. Nous ne le reverrons plus. Laurent et moi préférons rester sur notre plan: marcher sur les pentes raides puis relancer notre course aussitôt le sommet franchi. Nous en sommes à 13km, la moitié du chemin qui doit nous conduire jusqu’au premier ravitaillement

Nous traversons une autoroute vers le quinzième kilomètre. Je commence là à moins apprécier le parcours. Cela n’a finalement rien d’une course en nature; on traverse des bois péri-urbains et des zones résidentielles, on est loin des Causses. Vers Vélizy, un type compte les filles sur le bord du chemin : La 104ème est juste derrière moi. Il y a huit garçons qui courent autour de mois pour une seule fille; un dixième. Nous en déduisons avec Laurent que nous devons nous situer à la millième place. C’est une erreur, les filles courent plus vite que ça.
Les fruits séchés que j’avais placés dans le petit pochon à déchet remis par les organisateurs laissent dégouliner un liquide visqueux et sucré. J’en ai plein les mains et ça colle. Mon t-shirt et mon short sont eux aussi maculés de ce sirop. J’avale ce qui reste de fruits pour éviter que tout cela ne me salisse davantage et je passe au moins deux kilomètres à lécher mes doigts pour tenter de faire disparaitre cette sensation très désagréable sur mes mains. Je pense pendant quelques instants à utiliser l’eau contenues dans mes bidons mais je réalise rapidement que la boisson à qu’ils contiennent est elle aussi sucrée…
Forêt de Meudon puis Chaville.

jumping jack flash

Ca commence à tirer, le ravitaillement se fait attendre, mes gourdes sont presque vides. Nous n’en sommes pourtant qu’au 22ème kilomètre et la pause est théoriquement prévue cinq kilomètres plus loin. Il faudra attendre un kilomètre de plus. Nous atteignons le ravitaillement en plus de trois heures. Une demi-heure de plus que dans le planning que je m’étais fixé.
Laurent change de semelles, il souffre des talons. Je remplis les bidons avec de l’eau pétillante (grosse erreur) et j’avale goulument quelques rondelles de saucisson et des Tucs . Depuis quelques kilomètres, je n’ai plus le goût du sucre. La boisson au gout d’Orange que j’avais dans mes bidons m’était devenue insupportable.

On continue d’enchaîner des raidillons tous les cinq cents mètres. C’est très pénible car on ne peut pas s’installer dans un rythme. Il me faut bien un kilomètre pour me sentir à l’aise et dérouler, mais là je n’y parviens jamais; dès que ça commence à aller et que je sens que je vais avancer. Paf, une côte! En fait, c’est simple, le parcours est une sinusoïde : ça ne fait que monter et descendre!

Ville d’Avray et un petit tour dans la bourgeoise Marne la Coquette. Ca fait longtemps que la bonne ambiance a disparu. Plus personne ne parle. C’est lugubre. Laurent râle, il n’apprécie pas le parcours et il tarde de plus en plus à se relancer lorsqu’il parvient au sommet d’une côte. Je le laisse derrière moi en promettant de l’attendre au prochain ravitaillement. Mes jambes commencent à devenir lourdes mais comme on approche de la distance du Marathon je reprends un peu de courage. Depuis la sortie du premier ravitaillement je double des coureurs sans jamais me faire doubler et, malgré la fatigue, je poursuis sur ce rythme à 7 ou 8km/h environ.

L’eau pétillante avec laquelle j’ai rempli mes bidons, sous l’effet des secousses, a fait exploser les bidons. Je suis trempé et je n’ai plus grand chose à boire. Entre le trente cinquième et le quarante-quatrième kilomètre je dois économiser mon eau, ce n’est pas agréable.
J’ai des jambes en bois je suis au bord des crampes quand j’atteins le second ravitaillement au sommet du Parc de Saint-Cloud après plus de quarante-quatre kilomètres et cinq heures trente de course.
Je prends un thé, je remplis mes bidons avec une boisson isotonique à la menthe et je m’assieds sur un banc pour attendre Laurent.
Il arrive au bout d’un quart d’heure. Il est énervé, ne supporte plus ce parcours en Ile de France, souffre de ses talons, de son genou et ne parvient pas à digérer tout ce qu’il a mangé sur le premier ravitaillement. Il annonce qu’il a décidé de s’arrêter là. J’essaie de le persuader de reprendre la course, en vain.

Je repars seul et, alors que j’ai déjà perdu un quart d’heure et cent-cinquante places je m’arrête au bout de cent mètres pour faire une chose stupide: j’attrape l’Iphone que j’avais enfoui au fond de mon sac et je passe cinq bonnes minutes à tenter de démêler l’écheveau de fils de mon casque. Je ne cours habituellement jamais en musique et là je perds un temps fou à me brancher. Des dizaines coureurs me dépassent et je continue à ajuster mes écouteurs. Je crois que la fatigue m’a fait perdre la raison.

Je descends la longue pente du Parc de Saint-Cloud en écoutant The Verve et puis je croise Papa qui m’attend à la sortie du Parc, juste avant la Seine. Je discute 5mn avec lui et le remercie pour sa patience. Il a vu passer Julien environ 45mn avant moi. J’arrache mon casque et je continue le long des quais.
C’est à partir de là que ma course se transforme en calvaire. Les excursions sur les différentes iles qui se succèdent entre Saint-Cloud et la porte d’Issy ne rajoutent pas grand chose au trail. On se retrouve au milieu des promeneurs du dimanche avec leurs poussettes qui se demandent ce qu’on fait là avec nos têtes de zombies et nos sacs à dos ; et nous aussi on se demande ce qu’on est venu faire dans cette galère au milieu des gamins qui jouent au ballon.
Je mobilise mes dernières forces pour ne pas me mettre à marcher sur ce tronçon interminable qui longe les entrepôts d’entreprises de BTP (désolé Thibaut); c’est franchement glauque. C’est peut-être plus supportable de nuit mais là il fait encore jour. Je réussis à doubler une quinzaine de coureurs qui n’en peuvent plus.
Plus les kilomètres passent, plus il en reste. J’ai envie de trucider un des bénévoles qui tous les kilomètres annoncent «allez, encore un petit kilomètre». Au final ce trail mesure 55km.
Je me traine jusqu’au pont de Suffren alors que la pluie commence à tomber. Anne, val et Fred m’attendent en haut des marches. C’est une super surprise. J’ai beaucoup de mal à afficher ma joie tellement je redoute qu’il me faille encore faire le tour du champ de Mars avant d’arriver. Mais je suis vraiment très content qu’ils m’accompagnent en courant jusqu’à la ligne d’arrivée.
Autre bonne surprise, la ligne est placée un peu avant le pont d’Iéna et non pas à l’autre bout du Champ de Mars comme je le craignais. Elle est un peu misérable cette ligne, dans l’indifférence et sous la pluie. Mais elle est là, et ça me va bien.
Sur une idée de Fred, je termine par un sprint pour doubler, au finish, un couple qui se traine 200m devant moi.

c’est la lutte finale !

Grosse déception, le t-shirt Mizuno finisher est vraiment très moche. Les organisateurs avaient été mieux inspirés l’an dernier; cet imprimé vert sur fond blanc est assez bas de gamme. Il faudra vraiment que je n’ai rien à me mettre pour le porter.

Voilà! la douche était encore chaude même s’il fallait s’entasser à vingt-cinq vieux poilus dans des vestiaires prévus pour accueillir une équipe de foot de benjamins. Pendant que je me rhabille, Laurent apparait dans l’embrasure de la porte en affichant un large sourire.
Il a finalement repris la course après qu’il se soit rendu compte qu’il devrait attendre près de deux heures dans le parc de Saint-Cloud avant qu’une navette ne le ramène vers la ligne d’arrivée. Les organisateurs n’ont pas voulu lui rendre son dossard et il terminera sa course en homme libre. Il est lui aussi un véritable finisher mais nous serons les seuls à le savoir.
Après avoir passé quelques longues minutes étendus dans un coin du gymnase, nous nous précipitons dans le bistrot le plus proche pour boire les bières dont nous avons tant rêvé. J’apprends qu’ Agnès Hervé, la gentille gérante de Team Outdoor, a remporté la course chez les femmes malgré un gros problème de balisage qui lui a fait perdre de précieuses minutes.

Nous laissons tomber les Ombres et rentrons finalement Anne, Val, Laurent et moi à la maison en taxi. Nous savourons les plats délicieux d’un traiteur thaï secret du douzième arrondissement.
Je vais ranger mes chaussures pour quatre jours au moins. Je pars pour Lisbonne Mercredi et ne désespère pas de faire quelques pas dans le parc Monsanto

temps officiel : 07:02:22 – classement général : 678 sur 1299 – classement catégorie V1H : 226 sur 394

la trace du parcours de l’Eco-Trail de Paris 50km

Les Grands Montets

les Grands Montets

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Montreuil et bantits


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