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ilgigrad


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EcoTrail 30

Eco-Trail 30 2014

EcoTrail 30

EcoTrail 30

…euh, j’avais un tas de raisons de ne pas courir dans les forêts autour de Meudon et Saint-Cloud le 29 mars: j’avais inscrit le Marathon de Paris à mon programme et je comptais bien y faire un temps. Je n’allais pas me cramer une semaine plus tôt sur un trail de 30km. Et puis un excellent ami m’avait convié à une fête d’enfer ce soir là, à 300km de Paris, à l’occasion de la Bar Mitzvah de son fils.  J’avais aussi un mauvais souvenir de ces allées trop larges et trop droites lorsque j’avais participé à des éditions précédentes du 50 et du 80 kilomètres. Mais Anne tenait à faire cette course et, en y repensant, je pouvais toujours la transformer en sortie longue et insérer deux blocs un peu pêchus de 30 minutes au milieu d’une longue ballade en endurance. Je sais par expérience qu’il est toujours difficile quand on a un dossard sur le dos de ne pas partir comme un boulet mais cette fois-ci, j’avais promis de m’y tenir. Pour la Bar Mitzvah, c’était jouable: nous finirions l’un et l’autre bien avant 14h00, ce qui nous laissait au moins quatre heures pour prendre une douche et rouler pendant deux heures et demi. Nous nous sommes inscrits.

 

Je traînais encore et toujours, depuis la fin du mois de décembre, une contusion osseuse au genou droit qui m’interdisait de courir. J’ai malgré tout, au prix de douleurs abominables, tenté de m’entraîner pour le marathon. Les nuits qui succédaient à mes sorties longues se transformaient en cauchemars. Après une sortie de reconnaissance sur le parcours de l’Ecotrail, j’ai cessé de courir. Je connaissais le parcours mais Anne ne voulais pas le découvrir le jour de la course. Il faisait beau le 9 mars. Nous avons garé notre voiture à Meudon, dans l’allée du Château  et nous avons suivi une trace que j’avais récupéré sur OpenRunner. Nous avons repéré les quelques difficultés qu’il nous faudrait affronter trois semaines plus tard : la remontée au dessus de l’étang de l’Ursine, le long de la “route” du Belvédère, au sixième kilomètre. L’Alpe d’Huez de Chaville, cette bosse un peu raide juste après avoir croisé la route du pavé des gardes, au neuvième kilomètre. Et pour finir, la longue remontée sur Ville d’Avray depuis l’avenue Roger Salengro à Chaville, juste après avoir dépassé le dixième kilomètre. C’était tout.  Après il faut se farcir les quelques kilomètres entre la Seine et les voitures mais on s’est arrêté au début de la route des Gardes, on l’a remontée en courant et nous sommes rentrés chez nous.

J’ai passé les semaines qui ont suivies à pédaler sur un vélo de spinning, à défaut de travailler les mollets, j’ai travaillé les cuisses.     Je n’en pouvais plus de ne pas courir alors quand j’ai vu vendredi le soleil qu’on allait avoir, je me suis dit qu’il serait trop bête de laisser mon dossard dans son enveloppe. j’ai pensé que ce serait un bon test pour juger de mon état et savoir si je pouvais tant bien que mal m’aligner sur le marathon, même si j’étais certain de ne pas atteindre mon objectif de 3h10 au regard de ma préparation. Il allait faire chaud, j’ai enfilé un short salomon acquis chez Team Outdoor quelques semaines plus tôt, un maillot Lafuma à manches courtes, mes Riot 5 et un porte bidon dans lequel j’avais réussi à glisser le peu de matériel obligatoire : la couverture de survie, un sifflet et un gobelet “escamotable”.  J’avais mis, une fois n’est pas coutume, mon buff kikourou en espérant en croiser quelques uns; depuis que je ne suis plus au TOP, je reviens à mon ancienne “équipe”.

 

Nous avons rejoint, Anne et moi, la Gare d’Austerlitz afin de prendre le RER C qui devait nous emmener jusqu’à Meudon. A mesure que nous approchions de notre destination, des bataillons de trailers montaient dans le train. Des bus nous attendaient à la Gare de Val Fleury. Il a fallu nous entasser comme du bétail qu’on emmène à l’abattoir. On nous a débarqué au pied de l’avenue du Château; le soleil brillait et les gens souriaient. moi aussi. J’allais enfin courir un peu et j’étais heureux. J’ai déposé mon sac coureur dans l’un des semi-remorques prévus à cet effet et avalé rapidement un thé brûlant servi par des bénévoles débordés. Pour les toilettes, il suffisait d’aller courir un peu. A 300m de la ligne de départ, j’étais dans la forêt; du coup j’en ai profité pour m’échauffer quelques minutes. Nous avons réussi à trouver une place dans le premier sas. Anne ne voyait pas ce qu’elle faisait là. Vu l’allure à laquelle elle avait prévu de partir, elle allait se faire pourrir pendant quelques kilomètres.  Le speaker n’en avait que pour Aurelia Truel, vice championne du monde de Trail. Elle prononce “traille”. Avec sa gouaille à la Arletty on l’aurait crue tout juste sortie d’un film de Marcel Carné. Nous n’avons pas attendu trop longtemps, le départ a été donné sur le coup de dix heures.

Je suis parti à bonne allure sans trop forcer car les séances de fractionnés dans le canapé n’aident pas à tenir au dessus du seuil pendant plus de deux heures. ça cavalait pas mal en remontant l’avenue du Château. Les semelles tapaient sur les pavés et j’ai vu mon cardio venir caresser ma FC max avant que j’ai atteint les grilles du parc de l’Observatoire de Meudon. Heureusement la boucle à l’intérieur du parc était plate et j’allais pouvoir laisser mon cœur reposer. Nous n’avons pas fait le circuit autour de l’observatoire que j’avais trouvé sur toutes les traces. En sept minutes nous avions quitté le parc, nous étions dans le vif du sujet.

Les quatre premiers kilomètres sont globalement roulants. Je roule à 4’30″/km et mon cœur frappe à 166, bien au dessus du seuil 2. Ce n’est pas tout à fait normal à ce rythme là mais je mets ça sur le manque de séances depuis quelques semaines. On descend sur l’Etang de Villebon et nous passons sous la N118. Le kilomètre suivant est roulant lui aussi. La première difficulté s’annonce après que nous ayons descendu à fond les balais en direction de l’Etang de l’Ursine, 3’45″/km.

Le parcours tourne à droite sur la route du Belvédère. C’est la première des trois bosses du jour. Je prends l’option marche dès le début de la côte. Même si j’ai les cuisses et le cœur pour ça, j’ai aussi un marathon à courir la semaine suivante alors je ne brûle pas tout pour des secondes que je ne suis pas sûr de gagner. On passe sous la tour Telecom puis on redescend à fond encore vers la route de Morte-Bouteille.

Je vois devant moi deux gars déboucher depuis la gauche et continuer sur l’allée vers laquelle je me dirige.  J’hésite entre le retour d’une pause technique et une erreur de trajectoire mais je crois peu à la pause technique collective; je suppose donc qu’ils ont bénéficié d’une erreur d’aiguillage au pied de l’allée du Belvédère. Pour eux c’est toujours ça de gagné; Le piège est facile; nous avions jardiné pas très loin de là lors de notre reconnaissance du parcours. On se laisse emporter et on ne voit pas le virage à droite. Quand on a le nez sur son GPS, comme je l’avais 9 mars, on s’aperçoit de l’erreur et on rebrousse chemin mais ce n’est pas toujours le cas. J’espère simplement qu’ils ne sont pas trop nombreux à avoir raccourci leur parcours d’un bon kilomètre. Cinq cents mètres après avoir pris la route de Morte-Bouteille, je franchis un premier check-point.

A ma Garmin, on cumule un peu plus de 8,5km et j’ai mis 41 minutes pour y parvenir. Ce n’est pas terrible. Avec 12,5km/h de moyenne je suis loin du compte. A mon retour, en comparant ma trace avec le chronométrage officiel, je découvre que les organisateurs ont effectivement sucré un bon kilomètre au niveau de l’observatoire. Ils s’appuient cependant, dans leurs “statistiques”, sur le kilométrage de la trace antérieure. Ils annoncent 9,3 kilomètres au parc de la Mare Adam et une vitesse de 13,3km/h. Même si, en forêt, mon GPS est loin d’afficher des distances exactes, la marge d’erreur me semble trop importante pour que leurs chiffres soient justes. Quoiqu’il en soit, je suis 156 ème, “resquilleurs” du septième kilomètre inclus.

Nous déroulons tranquillement jusqu’à la route du pavé des Gardes au neuvième kilomètre. Celle là je l’attendais, c’est le clou du spectacle.  On attaque donc la seconde difficulté du parcours. Ceux qui courent devant moi continuent à courir. Je ne fais pas cet effort, le marathon toujours. Je grimpe rapidement, les mains sur les cuisses et à grandes enjambées. C’était mon algorithme du jour : bastonner en descente, dérouler tranquillement à allure marathon sur le plat et grimper sans faire monter le cardio. J’aurais pu attaquer davantage les côtes. Je n’ai pas couru depuis longtemps, en revanche, sur mon vélo de spinning, j’ai travaillé l’endurance de force; des séries six fois  6 minutes avec la vis de résistance serrée à bloc. Mais courir en côte, c’est surtout un cardio qui explose. Elles font quoi ces bosses trente mètres ? cinquante mètres ? soixante mètres tout au plus ? Ca ne dure pas longtemps; en moins de cinq minutes c’est réglé. On sert les dents, on sent le coeur qui tape et avant d’avoir les cuisses qui tétanisent on est déjà dans la descente. Tout ça pour quoi ? Pendant la reconnaissance, de la route au sommet, il m’avait fallu 3’20″ pour avaler ce passage. En marchant cela va probablement me coûter une minute trente de plus. Le calcul est vite fait. Si je cumule toutes ces côtes; j’ai d’un côté quinze minutes au seuil et de l’autre dix à ma fréquence cardiaque maximum, et dans la balance trois ou quatre minutes sur la ligne d’arrivée.  Sur trente kilomètres ça se gère mais on finit vidé et, à mon âge, il faut plus d’une semaine pour se remettre d’une course de deux heures trente courue aux taquets. Si je le fais, c’est bye bye les espoirs de chrono sur le marathon qui suit.

Après le Carrefour de la femme sans tête on se lance dans une longue descente jusqu’à la passerelle qui nous fait entrer dans Chaville. J’adore ça. Je suis à 15km/h. Je ne force pas davantage; il y en a d’autres qui courent devant et je prendrais des risques inutiles pour eux et pour moi à tenter de les dépasser.  On continue de descendre dans les rues de Chaville. Tout en bas, dans l’avenue de Salengro, les voitures continuent de circuler. Je crains que si personne ne les arrête et que je continue à dévaler à cette vitesse, l’une d’elle me percute. Malgré une foulée qui ferait saliver Usain Bolt. Je réussi à freiner ma course et même à m’arrêter ! Les voitures s’arrêtent elles aussi puisqu’un bénévole est là pour gérer le passage. Je suis sauvé.

Je reprends ma course dans les escaliers qui nous conduisent vers Ville d’Avray. Ca monte.  Là où nous quittons la ville pour pénétrer en forêt de Fausses-Reposes, un spectateur compte les passages. Je suis, à son compteur, 139ème. Je voulais figurer dans les deux-cents premiers; ce classement colle avec mon objectif. Je reste serein. Un dernier raidillon jusqu’au carrefour du Grand Veneur, 30 mètres à avaler que suit une descente en pente douce jusqu’aux étangs de Ville-d’Avray. Un peu plus de 11km, moins d’une heure. Ce n’est toujours pas Broadway mais je suis bien, j’ai du souffle, du cœur et des jambes. C’est une jolie séance et cela préfigure un marathon qui sera moins terrible que je ne le craignais. Je n’aime pourtant pas beaucoup cette partie du parcours : c’est plat et monotone.  J’ai perdu une dizaine de place dans la montée; des gars et des filles qui ont continué à trottiner alors que je marchais. Je n’en mourrai pas.

On contourne les étangs et on prend la direction de Marne-la-Coquette. On traverse la rue de Versailles au niveau de la maison forestière de Fausses-Reposes et je tombe nez à nez avec une dernière bosse. Celle là je l’avais oubliée. Je fais une courte pause pour arroser le tronc d’un chêne et me laisse encore doubler par une bonne dizaine de coureurs. J’atteins Marne-la-Coquette au bout d’une heure et quart de course. Nous en sommes à mi-parcours, au quinzième kilomètre, mais ça sent déjà la fin. Je sais que l’entrée du parc de Saint-Cloud est à deux pas. J’aime bien le tout début du circuit que nous empruntons dans le parc. C’est légèrement sinueux et ça ressemble encore à du Trail; et puis nous rejoignons l’allée de Monsieur, un brin monotone, l’allée de Chamillard dont le seul mérite est de laisser une place au ciel en plein cagnard. On termine par le sentier nord, c’est interminable. Pourtant je suis surpris lorsque j’arrive au ravitaillement; je l’attendais bien plus tard. Il est bien là, à sa place mais je pensais que nous zigzaguerions encore un peu puisqu’il était annoncé au 21ème kilomètre. Ma montre n’en affiche que dix-neuf et demi.

Une heure quarante, 181ème. Je m’en doutais un peu, j’ai perdu du terrain dans les ascensions et je ne l’ai jamais repris ensuite. Cela dit, je prévoyais de sortir du parc sur le coup des 2h00, et là, tranquillement, j’améliorais mon plan de route de presque vingt minutes, champagne ! J’avais pris la précaution, depuis le départ de la course de régler l’alarme de ma Garmin afin qu’elle sonne toutes les dix minutes. A ce signal je me saisis d’un de mes deux bidons et je bois quelques gorgées. L’idée est dans vider un par heure, ce à quoi je suis plutôt bien exercé.  J’ai donc vidé un bidon et plus de la moitié du second. Je profite de la bouteille que me tente une bénévole pour remplir celui que j’avais vidé. J’attrape aussi un tiers de banane et un quartier d’orange et je file vers la sortie. Une dernière descente. Chouette. Je veux en profiter mais mes jambes sont un peu lourdes et je sens que cela commence à cogner au niveau du genou. je ne parviens pas à dépasser 4’30″/km, c’est lent pour une descente aussi facile. Je suis piqué au vif quand un couple me laisse sur place après m’avoir doublé. J’accélère tant bien que mal. Aux grilles du parc un vieil homme encourage les coureurs. “allez les rescapés !” hurle-t’il. Rescapé ? S’il savait… Je ne suis peut être pas au mieux pour une si courte distance mais ils sont moins de deux cents devant et plus de deux mille derrière. Rescapé ? Tout est relatif.  

Les vingt kilomètres en forêt ont passé assez vite. Je pressentais en revanche que ceux qu’il me resterait à courir le long de la Seine seraient plus tendus. On monte sur le pont de Sèvres pour traverser la voie rapide puis on redescend sur le chemin de halage en empruntant les escaliers de la gare du musée de Sèvres. En arrivant au niveau de l’Ile Seguin, je suis foudroyé par une crampe à la cuisse droite. Celle là, je  ne l’attendais pas. Je suis contraint de m’arrêter, de m’étirer, de boire et d’attendre deux longues minutes avant de repartir en trottinant. Dès que j’essaie d’accélérer, je sens que mon muscle se contracte. Je ne force pas et je cours relâché jusqu’à l’île Saint Germain. Ce n’est pas honteux non plus, je tourne autour de 12km/h, on a fait pire. C’est en traversant le parc de l’Ile que je reprends un peu de force pour naviguer à plus de 12km/h.

Je n’aime pas trop ce passage entre les quais de chargement des entreprises de BTP et des voies de circulations pas vraiment avenantes. Je reprends peu à peu quelques types épuisés qui peinent à terminer.

26ème kilomètre, 2h12 de course, je passe sous le boulevard périphérique et j’entre dans Paris par la porte d’Issy.

 

 

Des loups ououh! ououououh!

Des loups sont entrés dans Paris

L´un par Issy, l´autre par Ivry

Deux loups sont entrés dans Paris

Ah tu peux rire, charmante Elvire

Deux loups sont entrés dans Paris.

 

J’ai fini en serrant les dents; Sans aucune sortie depuis plus de trois semaines et ce #%$##?! de genou, les derniers kilomètres furent pénibles. Je pensais envoyer un peu plus sur cette partie plutôt roulante, genre 4´30″/km mais, en moyenne, je n’ai pas beaucoup dépassé 11km/h sur ce tronçon. Même sur l’Ile aux cygnes, je n’accélère pas. C’est en voyant les escaliers qui remontent sur le pont de Bir-Hakeim que je mobilise mes dernières forces pour avoir meilleure allure. Je pique un sprint sur la promenade d’Australie jusqu’à me retrouver face au groupe de spectateur qui forment une haie autour de la ligne d’arrivée.

Ils sont un peu atones. ça manque d’encouragement.  Je m’arrête devant eux et les exhorte à mettre davantage d’entrain dans leur acclamations. Alors que je savoure leur applaudissement, le gars qui me suivait en profite pour accélérer et me griller sur la ligne. Ce n’est pas particulièrement sympathique mais je ne viens pas non plus de me faire piquer une place sur un podium.

J’ai franchi la ligne en 2h32 et 176eme (au dernier pointage); 41ème V1H. Le Loup accoudé à la barrière du ravitaillement final, repère mon buff rouge et m’interpelle. Je le reconnais; Il était là, frais et souriant avec un chrono de 2h19 dans la poche. Waouh, contrairement à moi, il n’a pas traîné. Il convoitait une place dans le top 50, il n’a pas failli. Nous discutons quelques instants puis je me jette sur le buffet succinct dressé après la ligne. Je prends quelques poignées de Tuc et de cacahuètes ainsi qu’un grand verre de Coca.

Le plus dur est à venir, l’organisation des différents points à l’arrivée n’est pas super pratique (et sans doute encore moins quand on cumule 80km dans les pattes). L’aire d’arrivée, le gymnase et l’espace de restauration mériteraient d’être regroupés en un même endroit.

Anne devrait arriver autour de 13h15, ce qui me laisse le temps d’aller chercher mon sac dans un des camions garés rue de Suffren et de revenir m’installer sur un banc à 100 mètres de la ligne d’arrivée. Je baigne paisiblement dans les rayons du soleil en regardant les coureurs défiler devant moi. Je les applaudis et les encourage pour leurs derniers mètres. Les minutes s’écoulent et je ne vois pas Anne arriver. Une petite soif me tire vers le buffet de la ligne d’arrivée. J’ai à peine le temps de remplir un verre d’eau qu’un message s’affiche sur mon téléphone portable. Anne est arrivée depuis quelques minutes déjà et m’attend en se reposant sur la pelouse qui borde la promenade.

Elle termine en 3h13 Nous allons chercher son sac Avenue de Suffren, allons jusqu’aux vestiaires installés dans le gymnase du stade Emile Antoine pour y consommer le repas d’après course. Il nous faut, en fait, revenir sous un chapiteau quai Branly. Ces allers-retours sont un peu pénibles, mais la vue d’un plateau repas et d’une bière fraîche m’apaise rapidement. Aussitôt après nous être restaurés, nous ressortons de cette étuve pour profiter du soleil et aller applaudir l’arrivée des premiers concurrents du 50km.

J’espère voir Agnès parmi les premières féminines mais son chrono est en stand by à Chaville depuis de longues minutes. Je crains qu’elle ne soit arrêtée. Sylvie Quittot et de Jennifer Lemoine ont franchi la ligne et j’ai compris qu’Agnès avait abandonné. Nous sommes donc allés prendre notre bus à l’autre bout du Champs de Mars et avons traversé tout Paris, affalés sur la banquette arrière du 69. L’après midi venait de commencer et il nous restait tout un weekend.

Au final cela aura été une chouette mâtinée. Je serais bien resté tout l’après midi à lézarder au soleil en regardant les coureurs arriver jusqu’au milieu de la nuit.

Je reviendrais l’année prochaine. Ce sera 80.

 

 

Epilogue

…ça faisait des mois que j’attendais ce dimanche d’avril; et finalement, ce dossard, ce n’est pas moi qui courrait avec. Les douleurs qui ont suivies l’EcoTrail m’ont convaincu de le céder à Anne et de passer le 6 Avril à l’encourager elle et tous ceux de mes amis qui courront le Marathon de Paris

MdP2014

MdP2014

 

team Mathieu

3ème foulées charentonnaises

team mathieu

team mathieu

 

sprint 1.5

sprint 1.5

5k cadet

5k cadet

5k junior

5k junior

hello

hello

finish line

finish line

the mathieus

Christmas S2013EP01

the mathieus

the mathieus

St Jack

St Jack

Rose White 1

Sallanches Ice Trail

Rose White 1

Rose White 1

Rose White 2

Rose White 2

Rose White 3

Rose White 3

coupes

Cross Amnesty 2013

visitez le blog de Amnesty Paris 19

coupes

coupes

- 1 -

DAVID : J’aime retourner courir chaque automne le cross d’Amnesty International dans le dix-neuvième arrondissement. Il y a plusieurs raisons à ça: D’abord c’est une course sympathique, sans prétention; une course de village, de quartier, même si ce quartier représente la sixième ville de France, devant Lille et Bordeaux. C’est une courte distance; 8km ça va vite et ça me change des épreuves interminables auxquelles je participe souvent. Je serai au moins finisher et dans un bien meilleur état que si j’avais dû faire 80km en montagne. C’est une course à domicile, sur mon terrain d’entrainement, dans le parc des Buttes Chaumont. Je suis le taulier du parcours et je ne voudrais pas qu’on y courre sans moi. et puis courir pour Amnesty, c’est aussi l’occasion de donner quelques euros et sa signature pour signifier que les droits de l’Homme ont un sens et qu’on voudrait que cesse l’oppression des hommes et des femmes partout où elle s’exerce.

ANNE : je me méfie des courses sur lesquelles David veut m’emmener courir, elles sont trop longues, trop loin, trop tôt ou trop chères.
Cette course là rentrait dans toute les cases, nous n’avions aucun engagement la veille et les inscriptions se faisaient sur place le jour de la course, je me suis laissée convaincre.

3'55"

3’55″
©Amnesty Paris 19

- 2 -

DAVID : Il fait un froid de canard ce matin mais en courant de la maison à la Villette ça me laisse 4km pour m’échauffer. Cette année la course n’a pas lieu dans les Buttes Chaumont. Avec les travaux qu’il y a dans le parc cette année, les barrières et les tranchées, le cross eut été transformé en steeple chase. La Villette donc; c’est aussi “chez moi” mais ça manque de côte. Courir à fond sur du plat comme sur une piste d’athlétisme ce n’est pas vraiment ma spécialité. J’aime bien quand ça grimpe et que ça casse les pattes des trop bons coureurs; ça me laisse un peu de chance. Pour le coup, c’est fichu.
Les quatre kilomètres d’échauffement sont à peine suffisants, j’ai encore les muscles froids quand nous atteignons le parc. Ma sœur nous attend devant la cité de la musique. J’ai réussi à la convaincre de s’inscrire sur sa première course.

ANNE : J’accepte de suivre David pour un échauffement presqu’aussi long que la course. Là; cela ne sert à rien. Le temps de s’inscrire et d’attendre le départ on se sera refroidi. C’est un peu ridicule de partir aussi tôt pour une course dont le départ est prévu à 10h00 mais tant pis. De toute façon, on ira toujours plus vite en trottinant qu’en prenant les transports en commun. Il fait froid, j’ai enfilé trois couches successives, un bonnet rose Odlo et des gants.
On atteint la Villette à 9:20, il nous reste quarante minutes pour mourir de froid.

bonnet rose

bonnet rose
©Amnesty Paris 19

- 3 -

DAVID : L’organisation est réduite à sa plus simple expression. j’adore ça : deux tables, un ordinateur portable pour enregistrer les noms, des dossards et des épingles à nourrices et c’est parti,
Nous ne sommes qu’une soixantaine. Il y avait les années précédentes un peu plus de monde. Je ne sais pas si c’est le froid ou la délocalisation qui ont refroidi leurs ardeurs mais ceux qui sont là sont sans doute les plus motivés.
Je récupère le dossard numéro 6. Ce n’est pas sur l’UTMB que j’aurais couru avec un chiffre pareil sur le dos. Il en faut peu pour me mettre la pression.
Parmi les gars qui s’échauffent autour de la ligne de départ, certains me semblent affutés. L’un d’eux porte un dossard jaune; il ne courra pas le 8km mais le 4km; ça m’arrange bien, vu la vitesse de ses accélérations j’aurai dans doute du mal à le suivre.
J’effectue encore quelques allers-retours moins pour m’échauffer que pour le réchauffer. On ne tient pas longtemps quand on attend en t-shirt par 2 ou 3 degrés.
Anne est équipée comme pour un Trail blanc, elle ne risque pas de prendre froid; d’ailleurs, comme elle est bien au chaud, elle ne s’échauffe pas.

ANNE : Quelques coureurs sont agglutinés autour d’une table et de deux chaises. En moins de trois minutes nous sommes inscrits et le dossard épinglé sur le ventre. Le certificat médical que j’ai dû aller chercher de toute urgence chez notre médecin ne sert à rien, ils ne le vérifient même pas.
J’ai toujours aussi froid et j’attends le moment du départ pour ôter mon coupe vent et laisser mon sac “coureur” à l’abri du buffet. Je veux me servir un verre de thé bien chaud mais on m’arrête; les boissons sont réservées pour l’arrivée.

merci

merci
©Amnesty Paris 19

- 4 -

DAVID : On se regroupe sur la ligne. La speaker annonce, avec son mégaphone qu’elle peine à faire fonctionner, les missions sur lesquelles la section locale d’Amnesty est engagée : la libération du Dr Tun Aung, un opposant birman, la condition des femmes et les exactions contre les coptes en Égypte.
Ils ont placé les enfants qui courent le 4km devant, pour éviter les bousculades. Ce n’est pas vraiment une bonne idée si tout le monde doit partir en même temps. Mais ça fait parti du côté sympathique de la course ces sas inversés : éviter de piétiner les enfants au départ, ça contraint de ne pas partir comme une bombe.
Au top, pourtant, ça part plutôt vite. Je me cale en queue d’un groupe de six.
Nous devons parcourir huit fois une boucle qui forme un triangle d’un kilomètre entre le canal de l’Ourcq et l’allée du Belvédère. Les trois premiers filent comme des fusées. Je ne peux pas les suivre.
Les deux suivants ne sont pas très loin et je les rejoints avant la fin du premier tour. Ils ont brûlé; Ils sont partis trop vite.
Je ne suis habituellement pas très véloce mais quand je vois mon mon chrono dépasser les 4mn alors que je n’ai pas encore bouclé le premier tour, je m’inquiète un peu. 4:05 pour un kilomètre c’est un peu faible. Il m’arrive parfois de ressentir comme un frein, l’impossibilité de dérouler proprement; mais ce n’est pas le cas ce matin. Je ne me sens pas particulièrement lent. J’imagine que la distance annoncée est approximative et que le tour peut aussi bien faire 1100m, personne ne s’en plaindra.
Le circuit forme un triangle. On commence par une longue ligne droite de 455m sur l’allée du Belvédère puis on longe le canal de l’Ourcq pendant 455m puis on slalom autour du Zénith pour revenir sur l’allée du Belvédère. C’est un peu monotone; moins qu’une piste d’athlétisme mais je fatigue un peu à repasser indéfiniment aux mêmes endroits.
Cela dit il y a un avantage à tourner comme un poisson dans son bocal, on a toujours quelqu’un à doubler, un courir en point de mire qui évite de s’endormir.

ANNE : Je me mêle aux coureurs au milieu du peloton et je n’essaie pas, comme David, d’être la plus proche de la ligne.
Le départ est donné et je me retrouve la première des filles. David m’avait conseillé de suivre et de m’accrocher à la première. Pour le coup c’est raté, je vais m’accrocher à moi même et tenter de doubler quelques garçons.
J’ai encore oublié de recharger la montre Garmin que David m’a offerte pour mon anniversaire et l’écran est devenu noir avant même que la course ne commence. Je ne connais ni mon temps, ni ma vitesse; je cours en aveugle, avec mes seules sensations.

finish line

finish line
©Amnesty Paris 19

- 5 -

DAVID : Je double ma sœur pour la première fois au milieu du troisième tour. Elle court sereinement en mode finisher. À la fin du quatrième tour, je remonte au niveau du troisième qui semble en perdition et ne fait pas de manière pour se laisser doubler le long du canal. Je suis troisième; je peux faire un podium si j’arrive à maintenir mon allure et qu’aucun gars ne revienne sur moi.
Pourtant, au milieu du cinquième tour, un coureur arrive à mon niveau. Je l’avais vu s’échauffer le long de l’allée avant le départ, je pensais qu’il faisait parti du binôme qui s’était envolé devant moi.
Il m’annonce que je suis en tête car les deux premiers se sont arrêtés au quatrième kilomètre. Je comprends mieux leur départ fulgurant.
Cette nouvelle me trouble quelque peu : Je suis en tête d’une course. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant et, surtout, je n’imaginais pas que cela puisse arriver un jour.
Je cours sur un nuage. Difficile de décrire la joie qui m’enveloppe pendant ces minutes. Lorsque je double Anne à la fin du cinquième tour, puis une seconde fois Marie-Pierre dans le sixième tour, je leur crie que je suis en tête. Cela ne semble ne leur faire ni chaud ni froid; chacun est dans sa bulle. Je savoure la mienne. Mon allure n’a plus trop d’importance désormais : Je gère ma place. Je contrôle celui qui court un ou deux mètres derrière moi.

ANNE : Je suis première chez les filles et je vais sans doute le rester car la seconde est loin derrière. Je ne compte plus les gars que je double. Je sens bien qu’il y a plus de monde derrière que devant moi, ce n’est pas franchement habituel pour moi!
J’ai un bon rythme; je crois bien que je n’ai jamais couru aussi vite. David me double. Il fanfaronne, il est premier. Je lui réponds que moi aussi je suis première féminine mais il ne m’écoute pas et continue sa course sans prêter plus d’attention à la mienne.

4'45"

4’45″
©Amnesty Paris 19

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DAVID : on atteint le huitième tour. L’adrénaline commence à m’envahir. Tout va se jouer dans quelques minutes. J’ai peur que mon poursuivant accélère et me lâche. Je ne veux pas non plus donner le signal d’un sprint précoce, cela pourrait lui donner des idées et, qui sait, il est peut-être bien meilleur que moi à ce jeu là. Jamais je n’ai couru en ayant à me poser de telles questions. J’ai l’habitude de courir derrière un chrono, pas devant une place.
L’arrivée approche. Partir à 500m, ce serait trop risqué, 400m, 300m,… On entre dans la cour du Zénith. Je lâche les chevaux. Je m’attends à voir le second revenir sur moi comme une fusée. 250m. Je tourne sur l’allée du Belvédère; l’arrivée est à 150m de moi. On ne sait jamais, je ne voudrais pas tout perdre si près du but. Je me jette dans un sprint. La ligne approche, je suis devant.
Je retiens mon souffle. Ce n’est pas une technique de course, c’est la peur qui me tient. Je franchis la ligne en apnée. Je suis en tête, je suis premier.

ANNE : dernier tour, j’accélère l’allure pour essayer de dépasser les hommes encore à ma portée. À chaque fois c’est le même cinéma : ils accélèrent quand j’arrive à leur niveau. Ce n’est pas de se faire doubler qui les gênent; là où il en sont, ils ne courent plus pour le podium. C’est d’être doublé par une femme qui les vexe et c’est aussi ce qui me donne le courage de tenir bon et de les lâcher.
Je vois l’arrivée, j’entends des encouragements. D’habitude, sur les courses, je passe toujours inaperçue; aujourd’hui c’est une autre histoire : je termine première. David m’accueille et me félicite.

première

première
©Amnesty Paris 19

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DAVID : Je goute pendant quelques minutes qui durent au moins un siècle au plaisir de la victoire.
34’20″. C’est moyen pour un 8km mais tous ceux qui arrivent derrière moi comptent 600 à 800 mètres de plus sur leurs GPS. C’est aussi ce que je mesurerai sur une carte IGN, en rentrant chez moi.
Anne passe devant moi; elle entame son dernier tour; elle aussi est en tête, chez les filles.
Je remercie Denis, le second. C’est lui qui m’a informé de ma place et c’est l’envie de rester devant lui qui m’a fait courir pendant trois tours. Nous discutons l’un et l’autre jusqu’à ce que Anne Franchisse à son tour la ligne d’arrivée. Je suis assez fier de sa place; au moins autant que de la mienne.
On nous remet à chacun une grande et belle coupe que Théophile s’empressera d’exposer dans sa chambre. J’ai couru, comme chaque course cette année, avec un écusson Team-Outdoor brodé sous mon épaule gauche, mais je n’ai pas prévu de veste de “podium”. Ce n’est pas le genre de truc auquel je suis souvent confronté et je suis déçu de ne pas pouvoir rapporter, pour une fois, une photo avec la coupe dans les bras et l’écusson de la Team au dessus du cœur.

ANNE : J’ai mis 40’58″ sur un circuit de presque 9km. La deuxième, Carine, arrive en 42:32 et une autre Anne, la suivante, en 46:36. C’est la meilleure vitesse à laquelle je n’ai jamais couru mais ce n’était pas trop difficile non plus. Je suis aussi 18eme au scratch; même chez les hommes je ne démérite pas trop.
On nous remet, à David et à moi, de grosses coupes et quelques cadeaux. C’est un peu Noël avant l’heure. Il va falloir gérer ça maintenant. Quand on gagne une fois on imagine qu’on peut le refaire; on voudrait le refaire même si, malheureusement, toutes les courses ne sont pas aussi faciles à gagner. Là j’ai enfin droit de boire un thé chaud avec Marie-Pierre, tout aussi thé addict que moi. Elle est contente d’avoir fait et fini sa première course, ça se fête aussi… Allez même un deuxième et un troisième thé!! Nous en profitons pour discuter et remercier les personnes d’Amnesty International qui nous ont si gentiment accueillies.
C’était un moment très agréable, nous sommes rentrés à la maison en courant, nos coupes dans les bras toujours dans le froid mais là je ne le sentais plus.

D&A

D&A
©Amnesty Paris 19

David & Anne (by David)

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Chaos

un matin sur le Causse Noir

 

Larzac side

Larzac side

vallée de la Dourbie

vallée de la Dourbie

sur le Causse

sur le Causse

au dessus du chaos

au dessus du chaos

 

 

el bandito

el bandito

 

single track

single track

 

Grand Col Ferret

Comment je me suis bâché

récit de la CCC 2013

 

Ma course a commencé ou, plus précisément, s’est terminée, dix jours plus tôt à Majorque. J’ai profité de deux semaines de congés sur l’ile espagnole pour m’entraîner et courir sur les sentiers escarpés de la Tramontana. Environ 1200m de dénivelé et une vingtaine de kilomètres chaque matin plus une sortie plus courte 8km/500d+ en fin d’après midi. J’ai profité là-bas de moments de pur bonheur. Contre toute attente, j‘ai trouvé au milieu de la méditerranée  un grand massif calcaire  avec de jolies pentes encombrées de rochers et de cailloux aiguisés comme des lames de rasoir. Ce n’est pas le pire terrain de jeu  pour s’entraîner au milieu du mois d’Août. Je terminais parfois mes sorties dans des criques paradisiaques; une damnation

J’avais programmé ma dernière sortie longue à dix jours de la course; un dernier choc avant l’affutage. J’ai passé la journée à cavaler dans les pierriers et au retour, sur un large chemin bien roulant, à 200m de la voiture, PAF ! Inversion latérale de la cheville. Le pied qui part vers l’intérieur, une douleur; je plonge pour éviter que le ligament ne cède. Bref une entorse ! pas grand-chose ; pas de bleu, ni d’œdème trop prononcé mais une sensation désagréable dès que je marche. Glace, repos, arrêt des entraînements ; il me reste dix jours pour retrouver mon pied et des sensations.

petite crique

petite crique

CHAMONIX

J’arrive à Chamonix le mercredi 28 en fin d’après-midi. Quand on arrive des Baléares, on a beau s’être entraîné sur autre chose qu’une piste d’athlétisme, on se sent tout petit. Venant de Genève, puis d’Evian où je me suis arrêté deux jours pour laisser les enfants jouer sur le lac, je suis passé par Martigny et Trient. J’ai regardé Bovine, j’ai regardé Catogne. Entre ces colosses, je me suis vu comme un gladiateur enfermé dans une arène. J’ai pensé « Ave Catogne, Morituri te salutant ». J’ai poursuivi jusqu’à Vallorcine; j’ai vu la tête au vent, j’ai baissé la mienne. J’ai déposé Anne et les enfants à Argentière et j’ai foncé jusqu’à Chamonix.

Parcourir les rues de Chamonix pendant la dernière semaine d’août quand on aime le trail, c’est un peu comme arriver à la convention des fans de Star Wars déguisé en Stormtrooper. On comprend qu’on vit au milieu d’une secte, on en a un peu honte mais cela rassure aussi ; tous ces gars en collants et en t-shirt techniques ont les mêmes rêves que vous. Je retrouve Fred qui arbore fièrement sa veste finisher 2013. Il n’y a qu’ici qu’il peut la mettre; Dans les rues de Paris on  aurait l’air de dingues, ici c’est juste normal ; alors on en profite. Il faut dire qu’avec le temps qu’ils ont eu l’an passé, cette veste, ils l’ont méritée. La pluie, le brouillard, le froid, la neige, le vent, la boue. S’il y avait eu un tremblement de terre en Europe, il se le serait pris. Le temps s’annonce meilleur cette année. Il reste deux jours avant la course, il ne faut jurer de rien, surtout en montagne, mais on est bien parti pour être inondé de soleil.

Je fonce chercher mon dossard. J’ai tout prévu : mon sac et tout le matériel obligatoire, une carte d’identité, la copie du mail pour la navette que j’avais réservée. Je n’avais pas pensé à la caution de 20 euros. J’ai bien évidemment laissé Anne à Argentière avec ma carte bleue et le gymnase ferme ses portes à 19h00, dans moins d’une heure. Je retrouve Fred au centre ville. Il me tend le billet qui m’évitera plus d’une heure de queue le lendemain. J’ai mon dossard et un bracelet vert autour du poignet. Il atteste de … de … de rien et de tout ; je suis invité à la fête et c’est énorme quand on a attendu, avec le jeu du tirage au sort, plus d’un an pour pouvoir s’inscrire.

Dossard CCC 2013

Dossard CCC 2013

 

Le rituel familial, quand on arrive dans la vallée de l’Arve s’organise en deux phases : On se lance dans un hectomètre vertical long de la Pierrarick, la piste qui relie le départ du télésiège de Lognan à  Plan Joran. Ensuite on va diner à la Crèmerie du Glacier d’Agentière. Je n’en dirai pas plus; pour   ceux qui ne connaissent pas, je veux garder le lieu secret !

Fred, Christel et leurs enfants nous accompagnent à la Crèmerie. Nous discutons de la course. Bien qu’un dossard à son nom l’attende à Chamonix, il ne prendra pas le départ de l’UTMB. Il me décrit une nouvelle fois les difficultés de la CCC que je ne connais pas : tout ce qui précède Catogne en fait. Grace à lui, je dispose d’un véritable road book. Il m’apprend également qu’une de ses amies aurait croisé Agnès à Chamonix. Je suis assez troublé par cette nouvelle; Agnès est blessée et ne peut certainement pas prendre le départ d’une telle course. J’imagine aussi que si tel était le cas, elle m’en aurait informé d’une façon ou d’une autre, puisque nous formons une équipe.

Petite ballade et pique-nique avec Anne le lendemain autour du col des Posettes, puis retour à Chamonix en fin d’après midi pour retrouver le coach, et entendre ses derniers conseils.

Alain est attablé à la terrasse d’un café du centre de Chamonix. Il est avec Gilles qui a terminé la veille sa TDS en vingt heures, à la 88ème place. Yannick n’est pas avec nous. Il a récupéré sont dossard dans la matinée et est reparti en Suisse dans la foulée. Le coach m’interroge sur ma cheville et je lui explique que je ne vais guère mieux mais que ce n’est peut-être que psychologique et que je prendrai, quoiqu’il arrive, le départ le lendemain. Nous discutons un peu de la tactique à adopter. Pour simplifier, l’idée est d’être davantage compétiteur que finisher. On vient d’abord  pour battre le chrono, pas la distance. Je vise moins de 17h00, ça devrait le faire. Je rentre à Argentière gonflé à bloc.

la Crèmerie du Glacier

la Crèmerie du Glacier

 

COURMAYEUR

La nuit fut courte. Réveil à 5h00. Mon sac est prêt depuis longtemps. Un Lafuma de 5l dans lequel j’ai réussi à casé tout le matériel obligatoire, des vêtements de pluie SpeedTrail Lafuma, aux deux lampes frontales (Petzl Myo et Tikka), la deuxième couche, le coupe vent et un corsaire pour la nuit, Lafuma encore. J’ai placé deux bidons 4D Salomon sur les bretelles et un troisième sur une des poches latérales pour assurer mon hydratation sur les segments les plus longs. Il fera chaud et sec, j’ai décidé de courir en short. Je chausse une paire de Riot 5, j’enfile le T-Shirt TZIP SpeedTrail lafuma fourni, comme le reste, par Team Outdoor et je descends avaler un grand bol de muesli que j’accompagne avec la crème sport brevetée par Alain et du lait de soja. J’ai pendant toute la semaine hésité sur la question du port d’une chevillière ou d’un strap à ma cheville. J’ai fait des essais et j’ai peur d’être gêné ou pire, blessé par les frottements. Je choisi de ne rien mettre mais j’emporte une bande dans mon sac au cas où et je laisse une chevillière dans le sac que Anne transportera à Champex.

Je quitte l’hôtel à 6h00 et je rejoins en trottinant la gare d’Argentière d’où part la navette qui doit déposer coureurs et accompagnants à Chamonix. Anne et les enfants dorment encore. Je leur épargne le trajet jusqu’à Courmayeur. La journée promet d’être longue et je préfère qu’ils me rejoignent à Trient ou à Vallorcine plutôt que de traverser le tunnel pour me perdre dans la foule. Je monte dans un bus de l’organisation qui ramasse tous les coureurs entre Vallorcine et Chamonix. Je voyage face à un américain de Virginie habillé comme un flagship Salomon. Il me dit avoir acheté la veille un nouveau sur-pantalon imperméable pour gagner quelques grammes supplémentaires. A voir la bouée qu’il porte autour du ventre je pense qu’il aurait pu s’épargner cette dépense. Il n’est pas au taquet en termes de grammes ; moi non plus d’ailleurs. Je lui demande comment, habitant dans un état à peu près aussi vallonnée que le Loiret, il s’est préparé à courir dans les Alpes. Il m’explique qu’il a travaillé avec un simulateur d’hypoxie. Je réponds, bien que j’en doute, que c’est probablement efficace pour s’adapter à l’altitude mais que le problème de la CCC est de monter et de descendre de grosses bosses plus que de parvenir à respirer au dessus de 2000 m. Il ne semble pas comprendre ma remarque. Je l’abandonne avec ses vingt grammes gagnés et ses nombreux globules rouges lorsque la navette s’arrête à Chamonix. Nous sommes dirigés vers un nouveau bus qui doit nous conduire jusqu’à Courmayeur. Je suis impressionné par le ballet des navettes et l’organisation du transfert de tous les coureurs jusqu’à la ligne de départ. L’ambiance est, cette fois, beaucoup plus solennelle. On sent que la pression monte et que les gens autour de moi se concentrent davantage. Je branche mon Ipod shuffle et plonge dans ma bulle. Nous roulons sous le Mont-Blanc, j’écoute The National, je suis bien.

Le bus s’immobilise devant la patinoire de Courmayeur. Il me reste près de deux heures avant le départ. J’entre dans le centre sportif à la recherche des Toilettes. Une queue interminable s’étend à travers la patinoire dans laquelle s’échauffe quelques athlètes de l’équipe d’Italie. Un concurrent portugais que j’avais croisé le matin même à l’hôtel, m’interpelle. Nous discutons pendant plus d’une heure avant d’atteindre les toilettes. Il est 8h30 le départ est dans moins d’une demi-heure et je dois encore remonter dans le centre de Courmayeur, à 1km de là (non comptabilisé dans le parcours de la CCC !), donner le sac coureur qui m’attendra à l’arrivée avec des vêtements chauds, secs et propres, et prendre position dans le bon sas.

Je monte rapidement jusqu’à l’avenue dans laquelle est donné le départ. Le cardio monte, je m’échauffe. L’avenue est noire de monde. Je tends mon sac à un bénévole débordé. Je me faufile jusqu’au sas réservé aux coureurs qui portent les dossards du numéro 5000 à 5999. Je suis loin d’être au contact des élites. Au moins quatre cents personnes me séparent d’eux. Ce n’est pas très grave. Tous ceux qui attendent là sont supposés arriver en moins de 17h00. Ça devrait partir vite.

La musique de Vangelis résonne autour de nous; les mots du speaker sont chargés de symboles. on parle de solidarité et de cœur; on est dans l’emphase. C’est gros mais ça passe. Je me surprends même à verser une larme. Je suis ému, impatient; On est en Italie. Je vais traverser la Suisse et revenir en France en ayant tourné tout autour du massif du Mont-Blanc. Il fait beau, le ciel est bleu ; ça ressemble au bonheur. Le compte à rebours est lancé.

…cinque, quattro, tre, due, uno

C’est parti. Le peloton s’élance dans les rues de Courmayeur. Les spectateurs hurlent des cris d’encouragement, les cloches tintent, c’est la fête. Je ne pars pas trop vite. Fred m’a conseillé de ne pas m’enflammer. Ça grimpe un peu sur le bitume mais ça ressemble à ce que je fais tous les jours en sortant de chez moi, à Paris, lorsque je vais courir au Parc des Buttes Chaumont. On slalome pendant deux bons kilomètres à travers les rues de la ville italienne jusqu’au pied de la montagne. Je n’ai pas sollicité mon cœur de façon déraisonnable. J’ai remonté quelques places de sorte d’aborder la première grimpette dans les trois cents premiers.

 

TETE DE LA TRONCHE

Cette première étape est celle que j’appréhende le plus. Attaquer d’entrée près de 1400m de dénivelé positif, je ne l’ai jamais fait. Je sais grimper mais tout le monde ici, autour de moi sait le faire aussi. Ça monte vite. Un peu moins que dans mes prévisions. Je pensais que l’on tournerait à près de 900 mètres par heure mais ce n’est pas le cas. Je trouve finalement l’ascension plutôt cool. J’en profite pour doubler quelques gars qui s’arrêtent pour souffler. Nous sommes en forêt, je ne peux pas encore apercevoir le sommet. Calmement, sans stress, je progresse les mains sur les cuisses. J’ai laissé mes bâtons sur mon sac. je sais que la route sera longue ; j’aurai toujours le temps de les sortir lorsque la fatigue se fera sentir.

Un peu avant le sixième kilomètre, le ciel et la montagne se détachent entre les arbres. Nous empruntons une première single sur laquelle nous reprenons notre course. Je n’ai jusque là rien ressenti à ma cheville. Emporté par l’euphorie du départ, mes sensations étaient bonnes ; excellentes même. Lorsqu’il faut courir vite sur un terrain instable, je suis moins à l’aise. Je titube, je perds l’équilibre. La peur inconsciente de me tordre de nouveau la cheville affecte ma proprioception. Mes bâtons pourraient m’être utiles mais je ne prends pas le temps de m’arrêter pour les dégager de mon sac. Je suis gêné mais ce n’est pas catastrophique non plus. Je comprends en revanche que cela risque d’être beaucoup plus problématique lors des descentes un peu raides. Je souffre déjà lorsqu’il nous faut traverser les ravines de quelques torrents ; je crains déjà la descente de Bovine.

Nous courrons depuis plus d’une heure quand revient une première douleur au niveau de mon pied blessé. Je tente d’alléger ma cheville droite en évitant, au maximum, de poser le pied au sol ; cela confère à ma course une allure irrégulière et désarticulée. J’ai l’air malin.

Au huitième kilomètre la pente s’affirme de nouveau. Je jette un œil à ma Garmin : nous sommes à 1950m. Le sommet est à 2550m. Il nous en reste donc 600.

Il fait chaud. On sue à grosses gouttes tout autour de moi. Je suis calé devant Annie Baumber, une des favorites féminines de la course. C’est une puce qui doit peser à peine la moitié de mon poids. Comment avec des jambes aussi fines peut-on grimper aussi vite ? Elle semble un peu loin de la tête et je l’interroge pour savoir si elle est la première; on ne sait jamais elle a peut-être compté celles qui lui sont passées devant : Sandrine Motto-Ros, Anne Valéro ou Caroline Chavérot, la nouvelle outsider de la distance. Elle n’en sait rien, semble perdue et je la laisse respirer.

Dans mes meilleures prévisions, j’atteignais la Tête de la Tronche en 1h40. Ça fait 1h45 que nous grimpons et je ne suis pas encore en haut mais je suis d’un naturel optimiste et je crois encore en mes chances de boucler la CCC en moins de 16h00.

Je passe au sommet en 2h05, à la 258ème position, le panorama est superbe. Nous suivons une étroite ligne de crête aride. Nous courrons dans le ciel ; le skyrunning, c’est cela. La descente est rapide. Je ne parle pas de celle vers Bertone, celle sur terre, depuis mon nuage. Comme je l’appréhendais, je ne suis pas sûr de mes appuis en descente ; je suis lent, crispé. Plus je m’efforce d’être relâché plus je suis sur les freins : une catastrophe. Descendre, c’est mon truc; j’ai l’impression d’être sur des skis et d’attaquer un mur de bosses en godille, droit ans la pente. Descendre c’est un jeu et là je ressemble à ma mère dans un escalier. Je vois des tombereaux de coureurs passer devant moi ; c’est fini, je ne ferai pas la course que je rêvais de faire. Si je ne dois pas prendre de plaisir en descente, ce sera l’enfer.

 

BERTONE BONATI

Je ne suis pas le seul à souffrir, à deux cents mètres  du refuge de Bertone, j’aperçois un sac dont je crois reconnaitre la propriétaire. Une bouteille coincée dans le filet d’un sac Ultimate Direction Wink, ce ne peut être qu’Agnès. Elle n’a pas l’air à l’aise dans la descente elle non plus. Elle semble aussi surprise que moi de me croiser là. Je comprends vite qu’elle ne va pas bien du tout. Elle a décroché son téléphone et converse avec son coach ou Alexandre. Je ne veux pas l’importuner dans un moment qui semble critique ; j’hésite un instant à m’arrêter à son niveau mais je soupçonne que ce ne sont ni mes conseils, ni mon soutien dont elle a besoin dans l’instant. Je continue jusqu’au ravitaillement où elle me rejoindra sans doute très vite.

Je n’avais pas prévu de m’arrêter trop longtemps à Bertone mais je prends finalement le temps d’avaler un bol de soupe et de remplir un de mes bidons en attendant que Agnès apparaisse. Au bout de deux ou trois minutes, ne la voyant toujours pas arriver, je décide de poursuivre : Soit elle a pris la décision de s’arrêter là, ce qui serait sage et je me vois difficilement la convaincre de persévérer, soit elle continue et, compte tenu de ses qualités de traileuses et de mon propre état, elle ne tardera pas à me rejoindre.

J’avais compté 25 minutes pour rallier le refuge Bertone. J’en mettrai 34. Ce calcul d’apothicaire, quand on regarde cela de loin, sur 100km, ça peut paraître dérisoire. C’est pourtant énorme. Les prévisions de temps de passage, sur de petits segments, surtout au début, sont rarement aberrantes. Or, perdre 30% de sa vitesse sur ce qui aurait dû être une des portions les plus faciles du parcours, témoigne d’un gros souci.

Finir en 16h00, c’est mort et 17h00, si je ne retrouve pas mes sensations dans les descentes, ça va devenir difficile aussi.

Heureusement, l’étape Bertone-Bonati est la plus agréable du parcours. On emprunte un balcon face aux Grandes Jorasses. C’est globalement assez roulant, même si on monte et on descend tout de même de 300 mètres sur 7km. J’avais compté une cinquantaine de minutes pour relier les deux refuges et je mettrai à peu près une heure ; la cheville toujours et le genou  qui, à force de compenser n’importe comment, commence à souffrir lui aussi. Je regagne malgré tout cinq petites places. C’est peu comparativement aux 26 places perdues entre la tête de la Tronche et Bertone mais je profite de cette victoire éphémère. J’attrape les bâtons laissés sur mon sac. Ils serviront à maintenir mon équilibre sur les singles et à soulager ma cheville lors des descentes.

Le soleil est au zénith ou presque lorsque le refuge Bonati se profile au dessus de moi. Un petit raidillon derrière Didier Dhondt, le fou qui court la CCC en sandale et je suis au ravitaillement. Je reprends de la soupe et remplis mon bidon. J’ajoute un sachet d’une solution isotonique. Avec la chaleur que nous allons devoir supporter, je crains que l’eau ne soit pas suffisante pour m’hydrater et ajouter quelques sels minéraux supplémentaires ne devrait pas me faire de mal.

 

road to Bonati

road to Bonati

ARNUVA

Je quitte rapidement Bonati ; je compte déjà trente minutes de retard sur le pire de mes pronostiques et nous avons parcouru moins de vingt-trois kilomètres (et 1746m d+). Arnuva n’est qu’à cinq kilomètres mais je sais que je vais prendre cher car il va falloir beaucoup descendre et ça promet de ne pas arranger mes affaires.

Les quatre premiers kilomètres de l’étape sont assez roulants. Les Petites Jorasses et l’Aiguille de Leschaux nous dominent à l’ouest, j’admire le paysage et je mange mon pain blanc. Au vingt-sixième kilomètre mes ennuis commencent : trois cents mètres de dénivelé négatif en moins de deux kilomètres, ça fait mal. Je n’ai pas retrouvé mon assurance, on me double et je piétine entre chaque caillou. Las de voir les gars me laisser sur place, Je fais un dernier effort pour accélérer.  Je n’enchaîne pas deux pas quand je m’effondre lourdement sur le sentier. Mon bras gauche heurte un rocher ; ça fait mal. Ma cheville et mon genou n’ont pas soufferts plus que cela, en revanche mon moral en prend un coup. Je fais rapidement une analyse de la situation : si je descends en m’appuyant sur mes Leki, je n’avance pas et si je tente d’aller plus vite, je tombe. Cela me rappelle une scène du film OSS 117 dans laquelle on voit une course poursuite entre un gars avec un déambulateur et un autre tirant sa perfusion.

 

J’atteins Arnuva à 13h34. Je cours depuis 4h33 et je suis descendu à la 308ème place. J’ai mis 52mn au lieu des 40mn escomptés pour parcourir cette étape mais, au point où j’en suis, cela n’a plus vraiment d’importance. Je me jette sur des quartiers d’orange et j’en avale quatre ou cinq sans me soucier des désagréments que cela pourrait provoquer. Je prends aussi un demi citron et un morceau de banane. Ça ressemble à un suicide gastrique mais quand ça va mal, se venger sur la bouffe, c’est assez fréquent.

down to Arnuva

down to Arnuva

GRAND COL FERRET

J’attends les quatre kilomètres suivants depuis longtemps. Les images des coureurs au passage du Grand Col Ferret sur la CCC 2012 ne m’avaient pas laissé indifférent. On les aurait crus en janvier en Sibérie.

Je savoure ma chance de courir en t-shirt sous un ciel magnifique. Le paysage qui s’étend tout autour de moi me laisse sans voix. Rien que pour un moment comme cela on ne regrette pas de s’être levé à 5h00 pour courir cinq heures dans la montagne.

Nous restons un petit kilomètre en fond de vallée. Annie Baumber repasse devant moi ; je suis surpris qu’elle ne l’ait pas fait plus tôt. Elle s’arrête lorsque nous franchissons, sur une petite passerelle de bois, le torrent qui coule au fond de la vallée. Elle remplie sa gourde. Je trouve que c’est une excellente idée. Plutôt que d’étudier d’hypothétiques temps de passages et de courir avec 1,5l sur mes épaules, j’aurais dû me poser la question des torrents, des fontaines et des sources, courir avec un seul bidon et me réapprovisionner sans attendre les ravitaillements officiels. Je pars sans inquiétude à l’assaut de ces 700m de dénivelé. la piste est large, on monte facilement. Au milieu de l’ascension, je remplis mon bidon avec le filet d’eau qui coule du robinet d’un abreuvoir. Un coureur me confirme qu’il a bu tout l’été à des sources comme celle-ci et qu’il n’en est jamais tombé malade. Il m’averti aussi que l’eau est faiblement minéralisée ; Mais, compte-tenu de tout ce que j’ai mangé à Arnuva, je ne devrais pas être déminéralisé dans les minutes qui viennent. Je passe au sommet du Grand Col Ferret en 1h21, j’ai encore perdu 10 minutes ; le classement je m’en fiche, ce sera pire après la descente jusqu’à la Fouly. Le col est balayé par le vent, heureusement, il fait plus de 30° et il n’est pas trop nécessaire de se couvrir comme on m’avait conseillé de le faire pour ne pas se refroidir pendant la descente.

Je ne m’attarde pas sur le col;  Je regrette de n’avoir pas d’appareil photo avec moi, mais ce n’était pas l’objet de la ballade. La pente des premiers kilomètres est relativement faible et je peux dérouler sans problème. Je me surprends même à franchir la barre des 15km/h. Cet élan ne dure malheureusement pas très longtemps. Arrivé au dessus de la Peule la pente s’accentue et je suis de nouveau tétanisé. Mon genou et ma cheville me lancent affreusement. Je m’assieds sur un rocher au bord du chemin et entreprends de poser un strap sur mon genou. J’extirpe la bande que j’avais enfouie au fond de mon sac et la déroule tant bien que mal autour de mon articulation. Ayant cassé l’agrafe, je fixe la bande avec un joli nœud et je repars vers la Fouly. La douleur au genou s’estompe mais la douleur à la cheville demeure et j’ai toujours toutes les difficultés du monde à affronter les dévers qui jalonnent ma course.

La descente jusqu’à Ferret est un véritable calvaire et la route jusqu’à la Fouly est interminable. 1h37 pour 10km , C’est très long. J’ai mal ; je n’avance pas et je compte 1h20 de retard sur mes prévisions pour 17h00.

 

Grand Col Ferret

Grand Col Ferret

LA FOULY

J’avais prévu de n’attaquer la nuit qu’après Trient voire Catogne et je sens que je vais devoir allumer ma frontale bien plus tôt. En soi, cela n’a rien de dramatique mais quand on sait que l’on court encore moins vite de nuit que de jour et que les kilomètres semblent durer infiniment plus longtemps sous les étoiles, cela ne me réjouit pas.

Je m’attable sous le grand chapiteau du ravitaillement de la Fouly. Je regarde des hordes de coureurs arriver puis repartir pendant que je bois tranquillement une première soupe, puis une deuxième. Je pianote un texto à Christian qui, sur le forum de Kikourou.net, assure un suivi live de la course. J’appelle Anne pour lui demander de bien vouloir m’attendre à Champex car je crains d’arriver un peu tardivement à Trient. Conduire sur une route sinueuse de montagne, depuis Martigny, ne l’enthousiasme pas du tout et je suis désolé de lui demander une chose pareille mais j’ai besoin de soutien et d’encouragements et le plus tôt sera le mieux. Je lui demande aussi de regarder ce qu’il est advenu d’Agnès car je m’étonne qu’elle ne m’ait pas encore repassé. A moins qu’elle ne soit passée sans que je m’en aperçoive ce qui ne témoignerait pas d’un haut niveau de conscience pendant ma course.

Je  quitte la Fouly rasséréné. Je n’ai même pas couru un marathon mais j’ai le sentiment que la course m’échappe. Je ne suis plus dedans. Ce n’est pas un problème de souffle, ni de cœur, ni même de muscle. De ce côté-là tout va bien, je n’ai pas trop sollicité la machine. Non, c’est un problème mental induit par mes douleurs à ma cheville et à la perte de ma proprioception. Je vais m’efforcer de terminer la course. Je suis confiant.

Le tronçon jusqu’à Praz-de-Fort ne présente pas de grandes difficultés. Neuf kilomètres en forêt. J’avance plutôt vite ; Je suis à 12 ou 13 kilomètres par heure autant que je le peux. Je ne nie pas qu’il y a des passages où mes problèmes récurrents ne réapparaissent pas brutalement mais je n’ai pas trop à me plaindre. L’arrivée à Praz-de-Fort est plutôt sympathique. A l’entrée du village, des gamins du Jura agitent un grand drapeau ocre ; le même que celui que brandira Xavier Thévenard à la fin de l’UTMB. Quelques virages plus loin j’aperçois un autre petit groupe avec le même drapeau. Je crie « Allez le Jura ! » la réponse ne se fait pas attendre ; je reçois une bordée d’encouragements « Allez David Allez ! », les gamins hurlent mon nom… J’avais déjà retrouvé des jambes mais leurs cris me donnent l’envie de dévaler les ruelles en courant. On traverse une première fois la Drance de Ferret et je me retrouve sur une petite route avec une faible pente qui nous conduit jusqu’à Issert.. Je bavarde un moment avec un gars qui me raconte ces expériences inhumaines sur le GRR et le plaisir qu’il éprouve à courir ici. Nous traversons le village d’Issert dans lequel quelques villageois ont improvisés des ravitaillements sauvages en dressant des tables sur lesquels ils servent des gobelets d’eau aux coureurs. Nous franchissons une nouvelle fois la Drance puis attaquons l’ascension vers Champex-le-Lac. Anne m’appelle pour me demander où j’en suis. Je lui avais annoncé un temps de parcours de deux heures environ entre la Fouly et Champex. 14km et un peu plus de 500m de dénivelé, même en piteux état, cela me semblait une simple formalité. J’avais pourtant mis près de deux heures pour ne couvrir que dix kilomètres et la montée jusqu’au Lac allait me prendre un peu de temps.

 

CHAMPEX

Je suis monté tranquillement et à 19h13 j’avais rejoins le ravitaillement. Anne m’y attendait avec une logistique qui ferait pâlir d’envie les types du team North Face.

Je suis épuisé. Je lui explique mon envie d’en finir ici et maintenant. Compte tenu du temps que j’ai mis et de ce qu’il me reste à faire, il me faudra au moins 19h00 pour boucler ma CCC et c’est pour moi inimaginable. Elle me convainc de me reposer et de me restaurer avant de prendre une telle décision. Je contemple ma soupe et mon assiette de pâtes sans appétit. Je ne peux rien manger pas plus que je n’arrive à boire. Anne me rappelle que j’avais déjà abandonné l’Ultra Trans Aubrac pour des raisons presque similaires et que je dois absolument aller jusqu’au bout cette fois-ci. Je ne suis pas complètement convaincu et je m’allonge quelques minutes sur le banc sur lequel nous sommes assis pour faire le vide et tenter de récupérer un peu. Je reste là avec Anne pendant au moins trois quarts d’heure. Elle m’apprend l’abandon d’Agnès à Bertone. Je comprends parfaitement ce qui l’a conduit à le faire. Je me change de pied en cap: j’enfile le corsaire Lafuma et un t-shirt à manche longue, je chausse une nouvelle paire de Riot 5 et je revêts mon coupe vent ultra léger; la nuit va tomber et si je ne dois pas beaucoup courir, autant ne pas s’exposer au froid. Un contrôle des sacs est organisé à la sortie du ravitaillement; j’en profite pour m’équiper de ma frontale. l’arrêt au stand aura, au total, duré plus de cinquante deux minutes. Anne m’accompagne jusqu’au Lac, nous faisons une photo et nous donnons rendez-vous à Trient dans trois ou quatre heures. Je ne suis, à présent plus sûr de rien. Je marche tranquillement jusqu’à la sortie de la ville. j’ai perdu environ 250 places depuis le col Ferret; je suis 570ème.

ravito

ravito

leaving Champex Lac

leaving Champex Lac

BOVINE

Le crépuscule tombe peu à peu. Je trottine pendant un peu plus de quatre kilomètres le long d’un chemin qui descend tranquillement vers Champex d’en haut, Champex d’en Bas et le Plan de l’Aù. Lorsque nous rejoignons le GR du Tour du Mont-Blanc, la nuit a fini par tout envelopper. j’allume ma Myo et je continue ma progression jusqu’au pied de la côte. Il est inutile de préciser encore une fois que le temps s’allonge indéfiniment dès que la pente devient significativement négative. Je suis épuisé; l’hypoglycémie et la déshydratation me guettent mais je suis écoeuré par le gel que je sors de ma poche et l’eau de mon bidon ne donne pas davantage de satisfaction. Je boite considérablement; la fin est proche.

L’ascension vers Bovine sera mon Golgotha. Il n’est pourtant pas si terrible que cela ce chemin. La pente est certes plutôt affirmée mais le chemin est large et peu sinueux. Avec deux genoux et deux chevilles ça doit pouvoir se grimper plutôt bien; je mettrai 3h30 pour arriver jusqu’en haut. J’ai dû faire des pauses toutes les demi-heures. Une dizaine de minute pour relâcher la pression sur ma jambe. Je m’étendais sur une pierre, j’éteignais ma frontale et je regardais les étoiles jusqu’à ce qu’un groupe de coureurs me rejoignent, m’éblouissent et me demandent si j’avais besoin de secours. Ils me sortaient de ma torpeur et je reprenais mon chemin de croix pendant une nouvelle petite demi-heure. Au compteur, 267 coureurs m’auront dépassé pendant cette ascension. En réalité, puisque j’en avais repris un bon paquet entre Champex et le pied de Bovine, c’est sans doute près de 300 coureurs qui auront assisté à mon agonie. Quand j’ai entendu tinter les cloches des vaches de Bovine j’ai cru que le dénouement serait proche. Après les 10km et 750m de dénivelé pour atteindre Bovine, il ne restait plus que 6km pour rallier Trient. Une paille.

Ce furent probablement les 6km les plus longs de ma vie. Ils me rappelaient les souffrances de mon tout premier trail, le marathon des Causses.

J’ai continué à alterner les séquences de marche et les pauses en regardant les étoiles. On me dépassait mais ça n’avait plus aucune importance, j’étais résolu à abandonner à Trient. J’ai bien essayé de projeter des images positives sur l’écran de mon cerveau  : le bonheur de franchir la ligne entouré de mes enfants. Mais en y réfléchissant bien je devais convenir que c’était davantage mon bonheur que le leur et que cette image de la réussite sportive et familiale que se croient obligés d’afficher la plupart des coureurs des courses de l’UTMB était tristement pathétique.

J’allais mettre deux heures et demie pour arriver à Trient. Ce qui en faisait six depuis Champex. Je devais compter pas loin de quatre heure pour monter et redescendre de Catogne, une heure pour le col des Montets, sans oublier les pauses à Trient et Vallorcine. Au mieux, je pouvais espérer être au pied du chemin qui me conduirait à la tête aux Vents dans cinq ou six longues heures. Je serais donc à la Flégère vers 9h00 et à Chamonix deux heures plus tard; une éternité.

 

TRIENT

L’arrivée sur Trient aussi m’a semblé durer une éternité. J’entendais le speaker depuis le haut de la montagne, je voyais les lumières de la ville mais cela n’en finissait pas d’en finir. En entendant Alice, Hugo, Théophile et Anne hurler mon nom à l’entrée du village, j’ai cessé de penser à la course. Je voulais les voir, repartir avec eux et ne plus en parler. Ils m’ont accompagné jusqu’au poste de secours où je me suis effondré entre deux secouristes. Ils m’ont trainé jusqu’à un matelas posé sur le sol. on m’a laissé m’étendre là sous une couverture. J’ai repris des forces sous la surveillance d’un médecin que Anne a trouvé particulièrement chaleureux et aimable. Je veux bien la croire: sur cette course, tous les bénévoles furent formidables. L’organisation est remarquable.

Quand j’ai eu recouvré mes sens, nous sommes repartis. Sur un brancard face à moi, une jeune femme qui portait un buff rouge que j’ai immédiatement reconnu, faisait soigner ses pieds endoloris. C’était Arcelle qui comme moi vivait là les derniers instants de sa CCC.

Je me suis engouffré dans la voiture aussitôt que j’ai eu assez de force pour qu’on me laisse sortir du poste de secours. J’étais désolé de partir comme cela au milieu de la nuit qui pourtant m’appartient, comme Marie-Pierre me l’a écrit fort à propos au moment où j’étais perdu sur Bovine.

On est toujours convaincu de ses raisons lorsqu’on abandonne, faible et abattu. Mais quelques heures après la raison se fait différente. C’est en passant à Vallorcine, puis au col de Montets et qu’en levant la tête je voyais toutes ces petites lucioles qui grimpaient comme un serpent lumineux vers la Tête aux Vents que j’ai eu mon premier pincement au coeur. Dire que je regrette cet abandon est réducteur. je m’en veux terriblement. Je ne suis pas le seul. Mon pote Yannick abandonnera lui aussi à Champex après plus de 130km sur l’UTMB. J’ai tenté de le prévenir des terribles regrets qui l’envahiront aussitôt la nuit passée. Pour lui comme pour moi le réveil fut plus dure encore que les douleurs de la veille.

Voilà. C’était fini.

 

EPILOGUE

je ne suis jamais parvenu à surmonter les problèmes en descente. J’étais comme scotché et l’impression de ne pas avancer dès qu’il y avait trois cailloux dans une pente m’angoissait considérablement. Sans compter que de voir des tombereaux de coureurs me doubler pendant toute la course me sapait aussi beaucoup le moral. J’avais l’impression de me retrouver en fin de peloton et de fermer la marche; impression fausse puisque j’étais encore en milieu de tableau lors de mon arrêt à Trient après des heures de débâcle; mais ça fait tout de même près de 800 personnes qui me sont passées devant au fil de la course… J’étais parti avec un objectif de temps et de classement ambitieux et lorsque j’ai compris qu’il fallait plutôt basculer en mode “finisher”, je n’ai pas réussi à croire à ce nouvel objectif. Anne me poussait à terminer. Elle me disait que les barrières horaires étaient encore à des années lumières derrière moi et que, même en marchant et en m’arrêtant tous les quarts d’heure, je serais à temps sur la ligne d’arrivée. Monter et redescendre deux grosses bosses (Catogne et la Tête au Vent) pour terminer en 24h00; même pour une veste polaire rouge, ce n’était plus mon truc. Je me suis arrêté au moins 20 minutes à la Fouly et près de 50 minutes à Champex; sans compter toute les pauses que j’ai faites pendant l’ascension et la descente de Bovine. Avec tous ces arrêts je n’étais plus “en course”. Chaque pause aurait pu durer 15mn supplémentaires, je n’en avais rien à faire; je n’étais plus “en course” depuis longtemps. C’est sans doute dans ma préparation mentale que que le bât blesse. Je n’ai clairement pas trouvé la motivation pour finir coûte que coûte. Je me demande même aujourd’hui s’il faut finir à tout prix. Dès que la course a cessé de ressembler à ce que j’avais imaginé, ça n’allait plus. Impossible de transformer l’objectif et de me dire que le statut de “finisher” valait la peine de courir. Terminer dans la deuxième moitié me semblait un échec tel que je n’y croyais plus: j’étais, quoiqu’il arrive, un looser. Ce sentiment est arrivé relativement tôt dans la course (pendant la descente vers la Fouly).  J’ai bien essayé de projeter des images positives (à Chamonix sur la ligne d’arrivée avec mes enfants ou accueilli par les bras de Catherine Poletti !) mais l’idée que tout cela était vain s’affirmait davantage que tout le reste. Il reste difficile d’admettre que de ne pas atteindre une ligne d’arrivée ne signifie pas “un échec”. C’est une course dans laquelle on investit beaucoup de temps et dans laquelle nos proches sont impliqués malgré eux. Anne, les enfants et certains amis me voyaient me préparer depuis des semaines. Je parlais et je parle encore énormément de cette course; c’est un sujet important et ils l’ont subi. Les repas, les vacances sont organisés autour de la course… J’ai quand même un peu honte d’avoir “bâché” tout cela car j’ai l’impression que leurs efforts pour accepter mon engagement n’ont pas été récompensés. Terminer, au milieu de la nuit, au poste de secours de Trient, c’est un peu glauque; mes enfants méritaient mieux que de voir ça.

Je ne vais pas multiplier les ultras l’an prochain. Je vais sans doute rester sur des distances plus courtes sur lesquelles je peux “envoyer” sans prendre le risque d’un gros échec ou de me mettre minable. 60km max me parait constituer une bonne limite. La Maxi-Race peut-être, rien n’est moins sûr. Ce qui est certain en revanche c’est que je tenterai de m’inscrire une nouvelle fois sur la CCC, pour courir à travers la montagne magique, jusqu’au bout.

 

 

pour finir, juste pour rigoler (ou pour en pleurer) mon de plan de course pour 15h00… on en reparlera

 

 

CCC15H00

CCC15H00

 

motor

2 days in Evian

motor

motor

bare foot

bare foot

surf

surf

wake

wake

bath

bath

fleische

Bierkönig

Ce n’est pas Mort à Venise mais grosse biture à Palma; l’Eurodance a remplacé Mahler et le royaume de ce springbreak allemand s’appelle le BierKönig.

ça m’en rappelle un autre :

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind ;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ?-
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht ?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif ?-
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.

Du liebes Kind, komm, geh mit mir !
Gar schöne Spiele spiel ich mit dir ;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ?-
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind !
In dürren Blättern säuselt der Wind

the doll

the doll

die Welle

die Welle

fleische

Yellow Rose

Yellow Rose

San Miguel

San Miguel

Palmier

Palmier

Millefeuille

Millefeuille

Mennen

Mennen

Gefüllt

Gefüllt

Farben

Farben

Dick & Muscles

Dick & Muscles

coup de barre

coup de barre

Rosablau

Rosablau

petite crique

Majorque

PPG

PPG

Tramontana

Tramontana

petite crique

petite crique

wake-up

wake-up

le bâtisseur

le bâtisseur

étoile

étoile

Alaro

Alaro

Cap

Cap

l'annexe

l’annexe

Mont Blanc (Sal)

Mont Blanc (Sal)

 

GR21

run in Majorque

GR 221

GR221

parcours à Majorque

No pasaran

No pasaran

Fina

Fina

Summit of my life

Summit of my life

Gorg Blau

Gorg Blau

castel d'Alaro

castel d’Alaro

Alberto & Yann

Alberto & Yann

col de la Pourtoune

Cantal 2.0

col de la Pourtoune

col de la Pourtoune

col de la Tombe du Père

col de la Tombe du Père

Plomb du Cantal

Plomb du Cantal

Lioran Station

Lioran Station

Sortie longue en rando-course avec Anne sur les monts du Cantal. Jolie boucle vallonnée sous un soleil de plomb. Ascension Beaucoup de vent aussi. On monte au dessus du rocher du cerf jusqu’au Puy du Rocher. Ca grimpe un peu sèchement mais on n’est pas dans les alpes non plus. Après le Pas des Alpins, redescente vers Prat de Bouc en suivant le GR4. On remonte ensuite vers le Colde la Tombe du Père. Je cherche à faire du dénivelé; alors forcément, c’est un peu les montagnes russes. On traverse une grande prairie dans laquelle paissent quelques centaine de vaches, de veaux et de taureaux. Je me sens plus à l’aise accroché à une barre rocheuse que face à tous ces bovins qui me dévisagent avec intelligence. Je n’en mène pas large et ne m’attarde pas trop. Je rejoins le GR au niveau du col de la Pourtoune. On emprunte la voie romaine posée sur la crête. Au col de la Chèvre je redescends en direction de Saint-Jacques des Blats. Petite errance en atteignant le Buron de Ferval, avant de remonter sur l’Arpon du Diable. Chemin introuvable et terrain impraticable. Je manque d’eau. ça fait bien 4h00 que nous courrons et je n’ai plus rien à boire. Je remplis mes bidons avec l’eau d’un torrent en espérant qu’elle ne soit pas infectée par quelques parasites… On remonte, dans le vent, sur L’arpon du Diable. Nouvelle crête, large de deux mètres à peine. C’est sublime, on a l’impression de courir dans le ciel. passage au Puy Brunet puis sur le Plomb du Cantal. On retourne à la station en descendant une piste rouge. Sans ski, c’est sport et les genoux commencent à fatiguer. C’était un peu long. On a perdu pas mal de temps à jardiner et certaines portions étaient impossibles à courir. Les 24km en faisaient 26 mais ça, c’est une habitude. De bonnes sensations malgré tout.
J’avais prévu une autre belle sortie autour du Puy Mary le lendemain mais de nombreux orages ont assombris les Monts du Cantal et nous nous sommes finalement limités à un mini-trail humide d’une heure autour du Rocher du Cerf.

Suivre la trace du parcours autour du Plomb du Cantal

walking dead

sunny days

back yard

back yard

pas de chichis

pas de chichis

walking dead

walking dead

lafuma

la piste aux étoiles

récit du Marathon du Mont-Blanc 2013

le lundi au soleil

le lundi au soleil

 

J’ai eu de la chance. Moi qui ne passe que quelques jours par an dans les Alpes, j’ai pu profiter d’un temps sublime pour courir dimanche.
Ce n’était pas gagné; il a fait un temps épouvantable la veille. Je suis allé accompagner Anne, ma femme, qui prenait samedi le départ du Cross du Mont-Blanc. Je l’ai laissée affronter des conditions dantesques pour son premier véritable trail en montagne. J’ai pris le temps, avant d’aller supporter Anne sur quelques points de passage, de discuter avec mon ami Yannick qui avait bouclé, vendredi, le 80km  en un peu moins de 16h00. Il avait connu quelques soucis alimentaires pendant sa course mais ses jambes étaient intactes et il présentait une forme étonnante pour un gars qui avait monté et descendu plus de 6000m de dénivelé la veille.

Peu avant le départ du cross, j’ai entendu le speaker appeler désespérément Benoît, en vain. Moi aussi j’aurais bien voulu l’encourager et l’applaudir à l’arrivée mais il a préféré aller courir en Bretagne.

Pendant toute la matinée, j’ai navigué avec Fred et Thibaut entre Argentière et Montroc pour aller faire la claque aux coureurs et donner une veste imperméable à Anne qui risquait d’en avoir grand besoin.

Quand j’ai vu, à l’arrivée sur Plan-Praz, les coureurs du Cross trempés jusqu’aux os; j’ai eu peur de subir le même sort le lendemain. Anne avait réussi à aller au bout de sa course malgré la pluie, le froid et les rochers glissants; Les Riots que nous sommes allés lui acheter jeudi soir chez Team Outdoor lui ont épargnés quelques figures de patinage, elle a traversé un enfer et elle était ravie. Elle espérait accrocher un chrono sous les 4h00; mais avec cette météo épouvantable, 4h17 pour sa première véritable course en montagne, constituait un bel exploit.

Il faisait beau dimanche lorsque je me suis levé. Ce bon point au moral m’aura suivi pendant toute la course.

Fred et Thibaut m’accompagnaient. Le premier visait un meilleur temps que ses 7h40 de l’année précédente; quant à Thibaut, malgré son foncier et sa bonne expérience du marathon et des trails (Saintélyon, Templiers, Eco-trail 80km), il voulait juste terminer sans trop s’abîmer. Sa saison avait été courte; une mauvaise blessure aux côtes lui avait interdit de s’entraîner de février à mai.
Je suis résolu à partir léger. Il fait beau, j’espère croiser un ravitaillement à chaque heure de course; inutile de m’encombrer d’un sac à dos. Une ceinture porte bidon devrait suffire. Je porte la tenue Lafuma de ma dotation Team Outdoor (maillot et cuissard) et les Adidas Riot 5 qu’Agnès m’a confiées au début de la semaine.

La foule colorée rassemblée sur la place du Triangle de l’Amitié est impressionnante. Nous sommes plus de 2000. Je suis à quelques mètres de l’arche de départ et lorsque je me retourne, je ne parviens pas à voir la fin du “peloton”, au pied du bureau des guides.  Le speaker demande à ce que tous ceux qui participent à la course pour la première fois lèvent le doigt. Une nuée de main s’élève autour de moi. Ils sont 85% à affronter le Marathon du Mont-Blanc pour la première fois. J’imagine qu’il y en a pas mal qui courent pour la première fois en montagne aussi. Il vaudrait mieux ne pas se trouver derrière eux quand il nous faudra grimper vers le col des Posettes; non pas qu’ils ne soient pas capables de grimper vite, mais quand on manque d’expérience on doute de sa capacité à pouvoir soutenir un rythme élevé dans les côtes, on reste sur sa réserve et on n’avance pas. J’en ai fait l’expérience la première fois que j’ai courue à Chamonix.  La seconde fois, ce fut l’inverse; Sachant que j’avais grimpé en dedans l’année précédente, je me suis défoncé sur toutes les côtes posées sur mon chemin; j’étais cuit en arrivant au sommet des Posettes. Cette année j’ai un plan de course formulé à partir de mes chronos précédents et de toutes les sorties que j’ai effectuées autour de Chamonix au début du mois de mai; je me suis promis de le suivre à la lettre.
Je reconnais, devant moi, Arnaud que je croise régulièrement à l’occasion des Veillées du Bois. Il pète la forme et espère claquer un temps sous les cinq heures. Nous échangeons quelques impressions avant de nous concentrer l’un et l’autre sur notre course. Au signal de départ je le laisse s’échapper à la poursuite des élites qui attendaient quelques mètres devant nous. Je pars moi aussi assez rapidement. Je suis aspiré par le flux; ça va vite. Je me stabilise à 13,5km/h pendant les trois ou quatre premiers kilomètres. Je n’ai aucune chance de courir ne serait-ce que dix minutes aux côtés de la star catalane; la tête du peloton n’est plus qu’un point très loin devant. Même en sprintant, je ne les rattraperais pas. Jusqu’aux Bois, à la sortie de Chamonix, la piste demeure très roulante. le peloton s’étire, on cherche sa place. Les premières pentes s’apparaissent avant le Lavancher, Je cours dès que le relief le permet, à une vitesse comprise entre 12 et 13 km/h; sinon, je diminue l’amplitude de mes pas et je ralentie. Je cours toujours mais sans brûler inutilement une énergie qui pourrait me manquer plus tard. Je suis sans doute un poil au dessus du seuil mais j’ai dans l’idée de ne pas me retrouver coincé dans les bouchons qui se forment à l’entame des pentes plus raides.
Première demi-heure, j’arrive au Lavancher. Je connais le sentier par cœur. Une petite côte en sortant du village et puis on déroule tranquillement jusqu’à Argentière à 13 km/h. avant d’arriver au tunnel sous le télésiège de Lognan et le chemin qui file vers la crèmerie du Glacier d’Argentière, je croise Anne. Elle m’encourage et me suis jusqu’au pont de bois.
Moins de 1h00 à Argentière. Frédéric, un autre abonné aux Veillées du Bois, m’interpelle. Arrivé en retard sur la ligne de départ, il a surgit des abysses du peloton pour remonter jusqu’à moi. Il attaque la première véritable côte de la course à grandes enjambées. Je le regarde partir, sans essayer de le suivre. Il va trop vite pour moi et je préfère conserver mon rythme.
Je monte au Planet d’un pas léger. J’avale les 200m de dénivelé sans problème; là aussi, je connais le chemin. Descente sur Montroc; On franchit l’Arve un peu plus haut que d’habitude; Ce n’est pas plus mal. L’ambiance pendant que l’on court à travers la rue du village a des allures de Tour de France. Les cloches sonnent, on hurle mon nom, il fait beau, c’est vraiment l’été. On bascule sur le col des Montets puis on prend la direction de Vallorcine. J’adore ce chemin en faux plat descendant le long de la réserve des Aiguilles Rouges je vis un moment de bonheur absolu; l’endorphine fait son oeuvre, la montagne et le soleil font le reste.
1h45 à Vallorcine. Ça correspond à mon plan de route pour terminer en 5h30. Je suis 267ème mais, en pleine course, je l’ignore encore.
Je suis monté calmement jusqu’au col des Posettes. J’ai fait, malgré la neige, cette ascension tous les jours avec Fred ou Anne pendant les vacances de printemps. Je suis comme chez moi. Je m’efforce de courir sur la piste 4×4 si la pente n’est pas trop forte. J’en garde volontairement sous les pieds car je sais que la course ne s’arrête pas à 23km.
2h36 au col des Posettes; j’ai une minute de retard sur mon plan mais comme j’ai tout de même gagné 30 places dans l’ascension, je ne me plains pas. Je m’hydrate et je m’alimente depuis le début avec une précision d’horloger suisse. Je crains plus que tout de manquer de jus en fin de course et je sais que cela se joue chaque minute.
Je retrouve avec plaisir le guitariste qui fait vibrer sa Stratocaster, perché sur le plateau arrière d’un pick-up. Tous les ans j’attends ce moment avec impatience. La première année j’étais resté quelques minutes avec Laurent à savourer ces instants de bonheur, là je l’abandonne avec regret à ses riffs et je me lance à l’assaut de l’aiguillette. Contrôle des bagages. Bidons, veste imperméable, sifflet et téléphone portable. Tout y est, j’ai la permission de continuer. Ça grimpe, on est à deux doigts de l’épreuve d’escalade. On longe quelques névés, l’hiver a duré longtemps. Je suis venu par ici il y a un peu plus d’un mois et on ne pouvait monter au dessus de 1500m sans s’enfoncer dans la neige jusqu’aux genoux. Curieusement les cuisses ne piquent pas encore; je vais faire un temps de malade. J’ai tort, je ne suis pas sauvé; je le saurai plus tard. Les autres années, à ce point de la course, je pouvais observer une longue file ininterrompue de coureurs qui serpentait jusqu’au sommet. Cette fois-ci, ils sont moins nombreux. Des petits points épars se répartissent devant moi. J’en déduis que je suis plutôt à l’avant de la course. J’ai encore regagné quelques places depuis le col des Posettes je ne dois pas être loin des 225 premiers. Je commence à y croire sérieusement.

2h54 au sommet de l’aiguillette et je suis en pleine forme. Décrire le paysage qui s’étend sous nos yeux à cet endroit de la course est quelque peu compliqué. Il existe sans doute peu d’endroits aussi beaux dans le monde. On voudrait s’arrêter un peu, non pas pour reposer son cœur et ses jambes mais pour profiter de ce spectacle sublime. Je reviendrai me balader. Dans l’immédiat, j’ai une course à terminer.
À peine ai-je entamé la descente que je suis pris d’une terrible crampe à la jambe gauche. Je m’effondre dans un lit douillet de rhododendrons.
Je regarde mon chrono et m’autorise trois longues minutes de récupération. Les coureurs défilent avec les secondes. Je termine le contenu de mon bidon. 300ml d’eau, cela devrait suffire Je me relève et continue prudemment la descente. C’est un sentier de crête assez technique; on saute sur de gros cailloux et on glisse facilement. Je sens que la crampe est latente, qu’elle peut revenir à tout moment. Descendre tranquillement. Tant pis pour le chrono. Le but, à court terme est d’arriver entier au prochain ravitaillement, faire un check-up et récupérer ce qui peut l’être sur les deux étapes suivantes.

L’arrivée au Tour sonne comme une délivrance. La foule qui nous acclame à la sortie du sentier ne se doute pas à quel point je suis heureux de les voir et de les entendre. Je suis ému, j’en pleurerais.

3h31 au Tour. J’ai perdu encore 5 minutes sur mes prévisions et j’ai reculé à la 283ème place.
Les choses s’améliorent entre le Tour et Montroc. La course emprunte un long faux plat descendant. Je ne prends pas le risque de lâcher les chevaux, même si je connais par cœur ce chemin champêtre le long de la rivière; je préfère prendre le temps de décontracter mes pauvres muscles. Je dois bien courir à 11km/h, ce n’est déjà pas si mal. Je traverse une nouvelle fois Montroc; toujours cette ambiance de tour de France. Deux cents mètres avant d’atteindre le ravitaillement de Tré-le-Champ, une nouvelle crampe me terrasse. Je suis cloué au sol. Un trailer attrape mon pied et m’aide à étirer ma jambe. Je le remercie et lui dit de ne pas s’attarder sur mon cas, je m’en sortirai bien tout seul. Je reste une ou deux minutes étendu et regarde une dizaine de coureurs me passer devant. Je me redresse et tente de l’étirer de nouveau en prenant appui sur un arbre. Le temps passe. Je suis pris d’un abominable doute. Dans cet état je ne pourrai jamais rallier Plan-Praz.
Un spectateur me pousse à rejoindre quand même le ravitaillement et de me reposer “là bas” plutôt que sur le bord d’un sentier. Je reprends ma course, lentement d’abord, puis avec plus d’assurance.
J’atteins la Boerne (Tré-le-Champ) en 3h48. C’est trois minutes au dessus de la limite haute que je m’étais fixé mais les 5h30 sont encore jouables. Jusque là, je ne remplissais à chaque étape, qu’un seul des deux bidons que j’avais à ma disposition. 600ml d’eau suffisent théoriquement à s’hydrater pendant une heure. Compte tenu de mes mésaventures depuis l’aiguillette des Posettes j’ai décidé de remplir mes deux bidons. C’est à peine plus lourd à transporter mais je ne veux plus subir de crampe. Le temps presse, j’ai perdu une bonne vingtaine de places (24 pour être exact) et je dois les reprendre pendant mon périple vers Plan-Praz. Je ne m’attarde pas.
J’attaque la longue remontée vers Flégère avec de nouvelles jambes et une détermination qui ne s’est pas érodée. Je joue au Pac-Man avec tous ceux qui courent devant moi. Je reprends confiance même si une jolie chute avant la passerelle au dessus du torrent Cheyserys, suivie d’une nouvelle crampe, m’oblige à tempérer mon ardeur. J’ai encore perdu quelques places que je reprends en continuant de jouer au Pac Man.
La pente raide qui remonte vers Flégère après le bois de la Trappe semble durer des heures. Je me rassure à l’idée que ce qui est difficile pour moi, l’est tout autant pour mes poursuivants; et que ceux qui me précèdent ne sont pas dans un bien meilleur état. Il n’y a aucune raison désormais que je perde une quantité monstrueuse de places et qu’il y en a peut-être encore quelques unes à gagner. La large piste de ski caillouteuse sous le cagnard que l’on suit jusqu’au ravitaillement est interminable. J’essaie de trottiner mais mes jambes sont lourdes; d’ailleurs, devant moi, personne ne court. J’attends d’atteindre le lac artificiel pour relancer un peu jusqu’au raidillon qui conduit au ravitaillement. Au sommet de la bosse un groupe de musiciens déguisés accueil chaque coureur en entonnant un couplet à la gloire de celui dont le prénom est inscrit sur le dossard… je trouve cela très sympathique.

Plan-Praz

Plan-Praz

Je passe à la Flégère en 4h51. C’est au moins six minutes de trop pour espérer tenir sous les 5h30 mais on ne sait jamais, alors je m’accroche.
Le sentier entre la Flégère et Plan-Praz n’est pas une promenade de santé mais c’est très cool par rapport à ce que j’ai enduré jusque là. La série de marches glissantes sécurisées par les gendarmes du PGHM constitue le seul passage compliqué de cette étape. Dans quelques minutes, on fera la queue pour franchir ce passage, mais pour le moment il n’y a personne. J’hésite à accélérer. En courant à fond je peux me refaire mais je peux aussi voir les crampes réapparaître. Je préfère jouer la prudence. Je suis au coude à coude avec Julien, un gars qui tire derrière lui un groupe de copains; ça donne du rythme. 5h13, un enfant annonce la dernière bosse avant l’arrivée. ça monte peu, 80m tout au plus. J’ai un mauvais souvenir de ce passage, un lacet défait, une pause technique et cinquante personnes qui vous passent devant. Cette année je monte tranquillement derrière Julien. Quand on débouche derrière la corniche, le finish s’ouvre sur nos yeux. Je dois pouvoir être derrière la ligne en un peu plus de dix minutes. J’en suis à 5h23 de course. Pour les 5h30, à moins de s’appeler Kilian Jornet, c’est fichu; en revanche douze minutes pour parcourir les 1,5km qu’il me reste et terminer en moins de 5h35, ce devrait-être jouable.  Je me lâche un peu dans la grande descente qui précède le mur mythique de l’arrivée.

J’avais rêvé d’être en état de pouvoir courir jusqu’à la fin mais je n’y arrive pas. Je relance quand la pente est moins forte mais je ne parviens pas à “tout” courir. Un dernier coup de rein à 100m de l’arrivée et je franchis la ligne en 5h38
257eme sur 1922 arrivants.

Frédéric termine en 5:53 à la 360ème place. Je l’ai sans doute dépassé dans l’ascension vers les Posettes, il m’a de nouveau doublé lors de la descente puis je suis repassé devant sur le chemin vers Flégère

Arnaud, quant à lui, fait un temps de Golgoth. 4h52 et une très jolie 78ème place, juste derrière Anna Frost. ça le fait, non ?

Fred améliore son temps en parvenant à Plan-Praz en 7h25. Il figure dans la première moitié du classement et n’en est pas peu fier.

Thibaut a souffert. Il fini sa course en 7h36, sur les rotules, et en jurant de ne plus jamais revivre ça. 2500m de côte sans entraînement, forcément, ça fait mal.

Ce n’est pas tant le classement ou le temps de course qui me font plaisir que le sentiment d’avoir su gérer chaque étape avec lucidité.
J’ai le sentiment que, sans ces fichues crampes, j’aurais pu tranquillement passer sous les 5h30. J’aurais dû boire davantage. Le coach affirme qu’en altitude l’air est plus sec et qu’à 2000 m l’hygrométrie est 50% plus faible qu’au niveau de la mer. Dans mon cas, un bon litre par heure eut été un minimum quand j’attaquais les Posettes.
Quoiqu’il en soit, Ce résultat me donne confiance pour la suite; j’ai sans doute franchi un palier et j’aborde la préparation pour la CCC avec une grande sérénité…

lafuma

lafuma

trace de la course sur Garmin Connect

 

Memento du trailer

Chamonix – les Bois (3km)
Ne pas hésiter à courir à allure semi, moins on prend le risque de ne pas être bien placé, plus c’est prendre celui de se cramer prématurément. AS21
 
les Bois – sortie du Lavancher (8km)
On court raisonnablement sur les côtes et on se relâche dans la descente qui précède le Lavancher. On continue à courir tranquillement dans la bosse qui suit la sortie du village.
 
sortie du Lavancher – Argentière (10km)
On est globalement sur un faux-plat descendant; il faut envoyer et en profiter pour prendre des places. AS10
 
Argentière – le Planet (12km)
Inutile de se brûler sur la première véritable ascension. ça ne dure pas très longtemps, on en profite pour se jauger. Si on en a sous le pied en arrivant en haut, on pourra aborder la montée des Posettes avec un rythme plus soutenu, réciproquement, si on termine en apnée, il faudra faire gaffe à ralentir sur les Posettes.
 
Le Planet – Montroc (13km)
ça descend pendant 1km, on envoie du lourd, on double. AS10
 
Montroc – Col des Montets (15km)
On respire, on regarde le paysage et on sourit aux photographes. AS42
 
Col des Montets – Vallorcine (18km)
Long faux plat descendant jusqu’au ravitaillement. On court rapidement; pas trop non plus, il faut garder des munitions pour la séquence suivante. AS21
 
Vallorcine – Piste 4X4 (20km)
ça grimpe pendant 30′ environ. On ne gagne pas énormément à trop envoyer. Il ne faut pas s’essouffler sur cette étape même si on a l’impression que l’on peut y gagner des places; elles seront vites perdues lorsqu’on est perclus de crampes et de fatigue. On grimpe sans que le cœur tape trop fort et surtout ON BOIT beaucoup.
 
piste 4×4 – Col des Posettes (23km)
C’est maintenant qu’il y a un truc à jouer. Il faut absolument courir si la pente est inférieur à 15%; on trottine dès que l’on peut et on marche lorsque la pente est trop forte (en général, la pente s’affirme dans les virages). On continue à BOIRE. il faut avoir bu au moins un litre entre le départ de Vallorcine et le col des Posettes. Si ce n’est pas le cas, on s’offre une tournée au bar que l’organisation a ouvert sur le col.
 
Col des Posettes – Aiguillette des Posettes (24km)
Séquence escalade, ça dure entre 10′ pour ceux qui savent y faire et 20′ pour les plus lents; donc ne s’angoisse pas et on ne se rompt pas les os pour si peu. On profite du paysage somptueux et on respire. on continue à boire aussi. Si on le l’a pas fait, on le paiera cash dans la séquence suivante.
 
Aiguillette des Posettes – le Tour (28)
De deux choses l’une : soit on sait descendre sur des terrains techniques et on y va à fond, soit on ne sait pas et là, l’idée, c’est d’arriver entier en bas. Malheureusement ce n’est en général pas ceux qui vont le moins vite qui s’épuisent le moins. A FOND.
 
le Tour – Tré-le-champ (31km)
Faux plat descendant jusqu’à Montroc. Chemin est imbibé d’eau mais on s’en fout, on peut bien avoir les pieds mouillés, ça séchera bien assez vite. c’est pratiquement la dernière fois qu’on peut courir à allure semi alors on en profite. AS21
 
Tré-le-Champ – Bois de la Trappe (35km)
Globalement c’est une portion roulante en single. Il y a bien quelques petites côtes mais elles se passent facilement et ne ralentissent pas vraiment le rythme. on doit pouvoir tenir à allure marathon la dessus. Un peu moins peut-être. AS42
 
Bois de la Trappe – la Flégère (37km) 
Là c’est clair, ça grimpe et ça fait mal. Le bon côté, c’est que c’est la dernière grosse difficulté du parcours (à l’exception de l’arrivée mais à ce stade, ça ne compte plus). On prend son mal en patience et on grimpe comme on peut. Il y en a pour une vingtaine de minutes, c’est pas la mort non plus. Quand on débouche de la foret et qu’on emprunte la piste de ski on essaie de trottiner. Si on manque de jambe, on marche et on se lance 300 mètres avant le lac. C’est dur mais on pourra toujours souffler lorsque la piste le contourne. Du mur au pied du chalet de la Flégère, au ravitaillement on marche et ce n’est déjà pas mal.
 
la Flégère – Plan-Praz (41km)
On court sans hésiter. On franchit comme on peut les gros pierriers et on relance immédiatement après. C’est la dernière chance pour améliorer son chrono. Une petite difficulté sur une descente en escalier sécurisée par le PGHM et on repart. Une dernière bosse à 2km de l’arrivée; là on ne se casse pas la tête on monte quatre à quatre il y a une grande descente juste derrière pour récupérer. On descend à fond sur la piste de ski bien large qui conduit au pied de plan-Praz. C’est un schuss. 
 
Plan-Praz (42km)
Kilian court, la plupart marchent. Faîtes comme vous pouvez, de toute façon c’est la fin. Il faut absolument sourire, vu le nombre de photographes, on va vous immortaliser; autant offrir la meilleure image possible. Courir. Il faut courir. Grappiller jusqu’à la dernière seconde; il y a des bières et du saucisson en haut. 
 

candles in the night

Alice 18 (before Bac)

diner is ready

diner is ready

candles in the night

candles in the night

cheesecakes

cheesecakes

BG

BG

place gardée

place gardée

star du jour

star du jour

Maxi-Gadoo

Maxi-Race cancelled

Mont veyrier

Mont veyrier

Tomb Rider

Tomb Rider

nettoyage lacustre

nettoyage lacustre

Team Orangedoor (©Agnès Hervé)

début de Carrières

compte-rendu de la Course des Carrières 2013 (11km)

Petite course à Mondeville (91) ce matin. Deux distances au menu 22km et 11km. Alain, mon coach, m’a convaincu de ne pas faire de zèle et de me limiter à une sortie de 11km car je dois courir la Maxi-Race la semaine prochaine.

Team Orangedoor (©Agnès Hervé)

Team Orangedoor (©Agnès Hervé)

Je retrouve Agnès qui a installé un stand devant la ligne de départ. Elle est entourée de deux assistants de choc : Matthieu et Pierre. Blessés tous deux à la cheville, ils sont venus encourager Benoît, Alex et tous ceux qui afficheront aujourd’hui les couleurs de Team Outdoor
Après quelques minutes d’échauffement entre Alex et Benoit qui portent respectivement les dossards 1 et 2, nous prenons la pose pour une séance de photo devant le stand. Nous sommes huit à avoir revêtu le joli maillot Adidas orange que Agnès nous a fourni. La majorité de l’équipe est engagée sur “la grande course” de 22km. Ce sont eux qui partent en premier. Benoit est en première ligne. Il part comme une flèche au signal du starter. Alex s’est fondu dans le peloton. Je les encourage. Benoît terminera second, mais c’est une autre histoire.

le doigt sur le chrono (©Agnès Hervé)

le doigt sur le chrono (©Agnès Hervé)

Je me place à mon tour sur la ligne de départ. Nous ne sommes que trois orange sur “le cross”. A la fin du décompte, ça part très vite. Les premiers filent à 16 ou 17km/h au moins; Contre les fusées je ne peux rien. Un deuxième groupe de coureurs attaque à 15km/h. Je tente de m’accrocher à eux. Je me dis que les bosses auront raison de leur allure et qu’ils devraient logiquement décrocher lorsqu’il faudra grimper. Mais les premiers kilomètres sont très roulants. De grandes lignes droites dans des champs trop plats. Les bosses tardent à venir, c’est moi qui décroche. Je regarde Patrick et son t-shirt Adidas orange s’éloigner inexorablement de moi, ou moi de lui. En quelques minutes il est devenu un point au loin. J’essaie de me maintenir entre 4:10 et 4:20 mais je me suis un peu tapé dedans sur les premiers kilomètres. Même sur mon allure semi, ça tire. Les premières bosses arrivent après quatre kilomètres. Ça commence par une descente un peu sèche mais trop courte et on enchaîne tout de suite par un petit raidillon boueux sur lequel il faut poser les mains pour ne pas patiner. Je parviens à me rapprocher de ceux que je poursuis mais ce n’est pas suffisant pour refaire mon retard. Je décline poliment le verre que me tendent des enfants au ravitaillement du cinquième kilomètre. Au sixième, nouvelle séquence de montées et de descentes sur lesquelles je grappille encore quelques secondes mais les gars qui courent 150m devant moi tiennent bons. j’imagine qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de V1 et de V2 parmi la dizaine de coureurs qui me précèdent. Si je réussis à remonter de ces deux places, je monterai peut-être sur la boite dans ma catégorie. Nouveau ravitaillement au septième kilomètre, avant de sortir de la forêt et des singles sinueuses organisées en steeple chase. On traverse le jardin de l’organisateur de la course. Il paraît que des fûts de bière attendent les coureurs assoiffés. Je n’ai pas de temps pour ça, le binôme devant moi n’a pas lâché une seconde. On retrouve de nouveau de grands champs plats. Il reste encore un peu plus de trois kilomètres mais la course est faite, je ne remonterai pas. Malgré tous mes efforts je n’arrive pas à mobiliser l’énergie nécessaire au coup de rein qui me permettrait de revenir à leur niveau. On ne me rattrapera pas non plus, mes poursuivants sont loin. Il ne reste plus qu’à finir. Un dernier petit slalom dans un sous-bois et l’arrivée se dresse devant moi.

Je termine treizième en 46 minutes. dix minutes après le premier. Je loupe un podium dans ma catégorie (V1) de vingt longues secondes. Je me suis entraîné pour affronter les 84km et les grosses pentes de la Maxi-Race; Ce n’est pas évident après ça de carburer sur une course aussi courte qui cumule à peine 300m de dénivelé. Je reste malgré tout assez satisfait de ma sortie. J’ai craché mes tripes et mes poumons en courant à fond pendant un bon moment; ça doit bien valoir une bonne séance de PMA ça !

Cette course terminée je n’ai plus qu’une chose en-tête : Encore une semaine avant de retrouver le départ de la Maxi-Race…

Mathieu des Bois

Mathieu des Bois

la Crèmerie du Glacier

la Crèmerie du Glacier

Mathieu des Bois

Mathieu des Bois

Montenvers

Montenvers

Croisse Baulet

le toit du monde

Croisse Baulet

Croisse Baulet

petits suisses

Barberine2

Barberine Yeah Yeah Yeah

Barberine W

Barberine W

Barberine M

Anne Eco-Off

Eco-Off

Anne Eco-Off

Anne Eco-Off

David Eco-Off

David Eco-Off

cup-cakes

j’ai neuf ans

cup-cakes

cup-cakes

gélatine

gélatine

le tourneur de page

Chemin d'Aubrac

une longue ballade en Aubrac

Récit de l’Ultra-Trans-Aubrac 2013

Une course commence rarement sur la ligne de départ. Elle nait quelques semaines avant, puis elle ne cesse de grandir jusqu’aux jours qui précèdent la date de l’épreuve. Une course c’est aussi un voyage une découverte et elle ne se termine jamais vraiment; On y pense longtemps après que les chronos se soient arrêtés.

Je n’ai jamais pu expliquer ce qui m’a poussé à inscrire l’Ultra Trans Aubrac dans mon programme de course 2013. Je voudrais pouvoir affirmer que j’étais inspiré par la sagesse et qu’ayant prévu de courir la CCC à la fin de l’été, il m’apparaissait indispensable de commencer à me constituer une petite expérience des courses plutôt longues; Ce n’était pas tout à fait le cas mais ce fut ma justification officielle pendant quelques mois.

En fait, j’avais envie de courir en Aubrac car j’avais un souvenir lointain de paysages lunaires dans lesquels le ciel occupe une grande place. C’est un peu faible pour justifier une absence de trois jours, traverser la France en train et abandonner femme et enfants à leur sort mais c’était ma raison.

UTA 2013

Je me suis donc naturellement retrouvé le vendredi matin à la Gare d’Austerlitz pour prendre le train en direction de Brive-la-Gaillarde. Cinq heures plus tard je montais dans un TER qui devait mettre plus de deux heures et demie pour rejoindre Rodez. J’avais très précisément prévu le déroulement de mon trajet : je brancherais mon Ipod Shuffle et somnolerais la tête appuyée contre la vitre en regardant de temps à autre le paysage défiler sous mes yeux. Je me reposerais et tout cela alimenterait mon stock d’énergie pour l’épreuve qui m’attendait.

Le monsieur qui s’est assis à côté de moi n’avait pas le même programme. Il occupait la place près de la vitre et, à défaut de voir le paysage, je pouvais regarder son paquet de chips; comme ses raclements de gorge recouvraient quelque peu la voix de Richard Ashcroft ou celle de Thom York, je n’ai pas fermé l’œil. Ses miasmes ont sauté de son corps au mien et dès Rocamadour, bien que j’eus changé de train et de compagnons de voyage, la fièvre m’a envahi.

 

I am the passenger and I ride and I ride

I ride through the city’s backsides

I see the stars come out of the sky

Yeah, the bright and hollow sky

You know it looks so good tonight

 

Il pleuvait à Rodez et, pendant les dernières minutes du trajet, j’avais pu observer que les champs tout autour de la voie ferrée étaient gorgés d’eaux et ressemblaient davantage à des rizières qu’aux plateaux arides dont j’avais rêvé.

J’ai récupéré les clefs de la voiture de location qui devait me conduire jusqu’à mon hôtel et les lieux officiels de la course, à quarante cinq minutes de là.

J’ai rejoint, à Saint-Geniez d’Olt, le point d’arrivée de la course où m’attendait Eric. J’avais échangé avec lui sur le forum Kikourou et il avait aimablement proposé que nous dinions ensemble ce soir là. J’ai laissé ma voiture sur le parking de Saint-Geniez et nous avons pris la sienne pour aller à Bertholène, récupérer nos dossards.

La pluie n’avait pas cessé de tomber, le ciel était bas et sombre; j’imaginais mal comment Météo France pouvait pronostiquer un temps très différent pour le lendemain. Nous avons, Eric et moi, papoté à propos de nos courses respectives, de la Maxi Race qu’il avait déjà couru et que je projetais de faire le mois prochain, de l’Eco-Trail de Paris et de Agnès dont la renommée s’étend largement à travers le monde du trail.

Le gymnase de Bertholène dans lequel étaient remis les dossards n’offraient pas une grande animation. J’aperçois dans un coin de la salle, Catherine, que j’avais croisé lors de veillées de Team Outdoor et qui m’avait alors dévoilé, en tant que “locale” de l’étape, quelques conseils avisés sur le parcours; mais elle avait disparu avant que j’aie pu aller la saluer.

Munis de nos dossards et de jolis Buffs verts et terre, nous retournons à Saint-Geniez  d’Olt pour y chercher un endroit où nous restaurer.

Nous nous réfugions dans une pizzeria dans laquelle, Lucas, un autre coureur, est déjà attablé. Il nous parle de ses courses, de sa dixième place à la Romeufontaine, de la façon dont il a enchaîné l’UTMB et le Tor des géants l’an passé et le double triptyque : 80km-cross-marathon du Mont-Blanc puis Echappée Belle-Montagn’hard-TDS qu’il envisage cet été. Il nous recommande de partir lentement; très lentement et qu’il vaut mieux marcher à 8 au début, qu’à 3 à la fin.

Je quitte Eric à la tombée de la nuit, pour aller préparer mon équipement et tenter de dormir quelques heures.

La base de ma tenue est composée par un cuissard court Skins pour maintenir une sensation de compression que j’apprécie au niveau des cuisses dès que je cours plus de trois heures. Je n’aime pas courir en long mais il semble qu’il puisse faire froid à certains endroits et la course promet d’être longue; J’abandonne donc mon fidèle short Salomon et opte pour un corsaire de la même marque. Pour le haut, j’ai prévu de baptiser un maillot à manche longue Raidlight que j’ai acquis récemment chez Team Outdoor; Il m’était apparu à la fois suffisamment chaud et extrêmement respirant lors d’une sortie longue à Fontainebleau, ce devrait faire l’affaire en Aubrac.

Pour le reste : manchon de compression Skins, Adidas Supernova Riot 4 aux pieds et mon sac WASP de Ultimate Directtion sur lequel j’ai remplacé la poche à eau par une bouteille agrémentée d’un système de pipette. J’enfouis un maillot à manche longue de rechange et une veste imperméable dans une pochette de congélation et je réserve une deuxième couche Salomon pour les premières minutes de la course. J’hésite longuement à propos de mes bâtons. Je ne pense pas que les pentes des monts de l’Aubrac soient suffisamment longues pour justifier de leur transport mais la fin pourrait être pénible et ils pourraient être utiles dans les descentes où on ne peut plus plier les genoux. Dans le doute je les accroche sur mon sac; on verra bien.

 

A minuit je ne dors toujours pas. J’ai pris deux Doliprane pour repousser la montée de la fièvre et je ne cesse de me retourner dans mon lit.

Je m’en extraie à trois heures. Je me sens légèrement fiévreux mais pas suffisamment pour renoncer à prendre le départ. Je m’habille lentement. L’hôtelier a préparé un petit déjeuner matinal pour les coureurs.  Je m’installe à une table pour tenter de boire quelques gorgées d’un café tiède que j’accompagne de quelques bouchées d’un gâteau sport préparé l’avant veille.

Je saute dans la voiture à 4h15 et cinq minutes plus tard, je suis déjà garé sur le parking de la zone d’arrivée. Des navettes nous y attendent. Elles doivent nous conduire jusqu’à la ligne de départ, à Bertholène.

Je ne parviens pas à retrouver Eric. Tous les coureurs grimpent silencieusement dans les bus et s’efforcent de somnoler pendant la petite demie heure du trajet.

Nous atteignons Bertholène vers cinq heures. Nous nous réfugions dans la salle des fêtes afin d’y entendre les consignes d’avant course. Je retrouve Eric et salue Lucas à côté de qui nous avions diné la veille. Je reprends un café qui doit me donner le courage d’affronter la nuit et les premiers kilomètres. Le départ s’effectue dans la cour des ruines d’un château qui domine la ville. Ce dénivelé n’est pas comptabilisé dans la course mais peut importe nous sommes encore frais.

Un bref feu d’artifice donne le signal du départ et une longue file de lampes frontales s’étire calmement dans une descente à travers les ruelles de Bertholène. Au bout de cinq-cents mètres nous rejoignons un chemin de terre boueux et en moins d’un kilomètres j’ai les pieds mouillés. Je progresse aux côtés de’Eric. Nous nous efforçons de ne pas dépasser 10km/h mais ce n’est pas simple; l’adrénaline de la course nous tire et il est facile de s’emballer lorsque la fatigue n’a pas encore réalisé son œuvre. Il fait encore nuit et les premiers kilomètres sont très plats. J’effectue quelques exercices de gymnastique pour, tout en courant, retirer mon sac, ôter ma seconde couche, la comprimer au fond de mon sac que je replace sur mes épaules…. Eric s’est envolé. J’entends derrière moi la voix de Lucas. S’il est derrière c’est que nous allons trop vite. Je repars malgré tout vers l’avant, retrouver Eric.

Le jour se lève vers de Gabriac et du dixième kilomètre. A l’exception d’un petit raidillon au neuvième kilomètre; ça roule toujours. Nous atteignons le GR 620. Le profil se durcit un peu au niveau du quinzième kilomètre. La pluie abondante des jours précédents a transformé le chemin en torrent de boue. Nous baignons dans l’eau froide; c’est désagréable.

marcher sur l'eau [crédit Eric41]

marcher sur l’eau [crédit Eric41]

Au vingtième kilomètre nous grimpons jusqu’au joli château de Roquelaure puis continuons notre progression sur le GR620 le long d’une crête qui domine toute la vallée du Lot et Espalion sur notre gauche. Je plonge rapidement dans une longue descente technique et sinueuse à travers une trace boueuse et ruisselante. C’est relativement glissant mais j’y prends énormément de plaisir. Il nous faut traverser Saint Côme d’Olt avant de pouvoir nous réapprovisionner sur le ravitaillement. Nous avons parcouru vingt-trois kilomètres et six-cents mètres de dénivelé en un peu moins de deux heures quarante cinq. Ce n’est pas très rapide mais cela correspond à nos estimations de temps de passage. Nous entrons dans une grande salle quasiment déserte à l’intérieure de laquelle un buffet a été dressé. Je ne m’attendais pas à une assiette de Tripoux mais là c’est plutôt frugal.

Un dysfonctionnement de la valve qui régule la pression de ma bouteille m’a interdit de boire correctement depuis une bonne heure. Je me jette sur le coca, en avale trois verres, règle m’a pipette, attrape deux morceaux de banane puis rejoints Eric qui téléphone à l’extérieur. Mon dossard est identifié à la sortie de la salle. Nous sommes dans les cents premiers; compte tenu qu’il y a aussi une trentaine de relayeurs qui cavalent devant nous, j’estime que nous tournons autour de la soixante-quinzième place.

C’est parti pour la seconde étape, la plus longue : plus de trente kilomètres et mille-huit-cents mètres de dénivelé positif.  Nous commençons par une petite bosse organisée en chemin de croix. Nous dépassons un couple de traileurs à côté de qui nous avions couru un peu plus tôt  dans la descente vers Saint-Côme d’Olt. Ils ont agrafé un petit drapeau breton à chacun de leurs sacs. Ils me font gentiment observer que ma bouteille fuit. J’avais, en effet, mal refermé la valve et la moitié de mon eau s’est répandue sur mon sac.

Je perds quelques minutes à refixer mon système puis reprends ma route.

Il est un peu plus de neuf heures et la promesse d’une belle journée de printemps s’affirme de plus en plus  Le bleu du ciel et la chaleur d’un grand soleil contrastent avec l’eau qui ruisselle et la boue qui colle à nos pieds .

On suit un sentier en balcon qui surplombe la vallée du Lot. Le terrain est différent; un sol sableux et des pins. On redescend vers un ruisseau sans risque de glissade. Je me prends à espérer que l’on conserve de telles conditions jusqu’au bout.

Le paysage qui se découvre est enchanteur; le chemin est bordé de bruyère.Au trentième kilomètre, je laisse filer Éric et l’abandonne pour effectuer une pause technique. Je retrouve Christian et Céline, le couple breton qui m’avait alerté quelques kilomètres plus tôt. Nous naviguons côte à côte jusqu’à l’abbaye de Bonneval. Céline occupe la troisième place du classement féminin. C’est elle qui ouvre la voie dans les descentes  que nous empruntons.

Je m’arrête devant l’abbaye afin de remplir ma bouteille d’eau. Je me laisse dépasser par un bon nombre de concurrents mais je suis assoiffé   il nous reste encore au moins vingt kilomètres à courir et il commence à faire vraiment chaud. A peine suis-je reparti que je tombe sur un groupe d’une dizaine de coureurs à l’arrêt. Ils sont pris d’un doute: quelques uns se sont aperçus que nous n’avions pas croisé de rubalises depuis prés de cinq-cents mètres. Je vérifie la trace enregistrée sur mon GPS et rassure tout le monde : nous sommes sur la bonne voie.

Je reçois, deux minutes plus tard un appel d’Eric. Il a suivi une mauvaise piste avant l’abbaye de Bonneval et vient de reprendre la course avec vingt bonnes minutes de retard. Je lui confirme que je suis repassé devant mais qu’à mon rythme de sénateur nous ne devrions pas tarder à nous retrouver.

J’atteins une large piste forestière. Les arbres masquent le ciel mais on devine que le soleil est au zénith. Le parcours est assez vallonné. Je ne lâche rien dans les côtes et je déroule plutôt bien dans les descentes. J’adore ces sensations. Descendre est ma passion. J’aime slalomer entre les cailloux, choisir sur lequel je vais poser le pied et sentir mes jambes qui s’emballent sous mon corps. Je retrouve le plaisir d’une petite godille en poudreuse ou de longues courbes en carving; le trail c’est du ski.

On quitte la forêt aux environs du quarantième kilomètre. Une large route départementale marque le changement de paysage.

Deux ou trois véhicules rouge et jaune entourés d’une armée de secouristes, occupent le carrefour. Un ravitaillement surprise ? Un carambolage ? Un accident ? Je ne saurai jamais pourquoi autant de monde cuit au soleil à cet endroit mais cela me semble tellement surréaliste après avoir couru seul si longtemps.

Je retrouve, patientant sur le bord de la route, peu après le carrefour, une dame qu’il me semble avoir déjà vue un peu plus tôt. Je la salue tout en trottinant. Dix minutes plus tard, je l’aperçois encore devant un moi. Et encore à Saint-Remy de Bedene, le village suivant. Je lui dis que son mari a beaucoup de chance d’être supporté aussi assidûment. Au Bousquet (kilomètre 48), elle m’accompagne le temps d’une poignée de minutes pour m’encourager. Nous bavardons un instant. Je ne la croiserai pas davantage. Son mari, finisher du GRP, m’aura sans doute dépassé sur le ravitaillement de Laguiole.

Je remplis ma bouteille dans un lavoir au cinquantième kilomètre. Entre la déshydratation et la dysenterie, je prends le risque de la seconde. Trois cents mètres plus loin un bénévole assure, à un croisement, une buvette improvisée avec des bouteilles d’eau fraiche. J’ignore son offre  et continue avec ma bouteille potentiellement infectée.

Les deux ou trois kilomètres qui précédent Laguiole constituent un véritable enfer. Mes pieds plongent dans un chemin inondé. J’ai par moment de l’eau jusqu’au genou. Pendant une centaine de mètre du fumier odorant se mêle à la boue. Je ne sais pas très bien dans quoi je baigne exactement mais cela ne m’a pas l’air très propre.  Tant pis pour le choléra.

À 14h30 je pénètre enfin dans Laguiole. Comme tous les villages que j’ai traversés jusque là, ça manque d’animation. A l’exception de quelques suiveurs ici où là on a l’impression de traverser des villes fantômes. Peu m’importe, le plus dur est fait. Je suis a mi-parcours mais nous avons déjà fait l’ascension de la plus grosse partie du dénivelé et les étapes suivantes s’annoncent bien moins longues.

Arrivé sous la grande Halle qui accueille le ravitaillement, je me change de pied en cap. L’organisation avait prévu de transporter jusque là des sacs coureurs  que nous leur avions confié à Bertholène. J’avais réservé des maillots de rechange, chaussettes et chaussures neuves, un collant long, des gels et des barres énergétiques pour me réapprovisionner.

J’ai conservé mon short et mes manchons de compression, enfilé un nouveau maillot et mis mes pieds au sec.

Alors que j’avale mon deuxième gobelet d’une délicieuse soupe de légume, Éric entre dans la Halle. Nous convenons de reprendre la route ensemble. À la sortie de la ville les rubalises nous conduisent jusqu’à l’entrée d’une coutellerie. Nous hésitons un instant jusqu’à ce qu’on nous invite à traverser le magasin. Nous sillonnons entre les comptoirs et les vitrines. Le shopping prend rapidement fin et nous retrouvons un terrain mieux connu à la sortie de la ville.

Un kilomètre plus tard nous faisons face à une rivière qu’il faut traverser, les pieds dans l’eau en nous équilibrant grâce à une corde tendue entre les deux rives. Je suis envahi par un profond désarroi. J’avais les pieds au sec, des chaussures neuves et il me faut déjà replonger dans l’eau glacée. Mon moral prend un coup.

Une nouvelle aventure débute lorsque l’on rejoint le GR du Tour des Monts d’Aubrac. Les trois premiers kilomètres sont un peu pénibles. Une large route en ligne droite en plein cagnard. On n’en voit pas la fin. Nous cessons de courir dès que la pente s’affirme un peu et reprenons tranquillement notre trot sur le plat et dans les pentes. Mon rhume ne m’a pas quitté. Je renifle, je crache ; ça ne va pas très bien.

Au soixante et unième kilomètre nous pénétrons dans la forêt de Laguiole. Les premières traces de neige apparaissent. Une neige de printemps molle et mouillée qui ressemble à de la boue. Le soleil amorce son déclin

Je perds Éric un peu avant la station de ski de Laguiole. Il a un meilleur rythme que le mien. Céline et Christian me doublent eux aussi; Les temps sont durs.

Au soixante-sixième kilomètre, je cours seul au milieu d’une station de ski déserte. On dirait qu’une bombe atomique a rayé toute humanité sur des centaines d’hectares. Des remonte-pentes immobilisés des pistes sans skieurs. Rien ni personne.

Je grimpe rapidement jusqu’au point culminant du parcours; un haut pylône que j’avais aperçu en  quittant Laguiole,  symbolise ce sommet : 1404 m. La température s’est rafraîchie. La neige s’étend à perte de vue. Je suis sur la lune. Une lumière de fin d’après midi accentue les contrastes des paysages qui m’entourent. Je devrais prendre le temps de photographier tout ce qui s’offre à mes yeux. J’extraie ma seconde couche du sac et dégrafe mon joker : les bâtons. Je n’en ai eu jusque là aucune utilité mais j’appréhende de courir sur la neige et il me semble qu’ils m’aideront à m’équilibrer.

Je repars dans une longue descente à travers un large champ. Je suis seul et au bout du monde, c’est sublime. Mes jambes m’emportent, je suis dans un rêve. Je cours depuis plus de onze heures mais je vais bien.

l'Aubrac

l’Aubrac

Une forêt de nouveau. La neige se fait plus profonde. Mes pas qui s’enfoncent me rappellent la Romeufontaine. J’ai froid aux pieds et mon équilibre est précaire. Je progresse difficilement. Je sens la fièvre qui remonte. Ma gorge me fait souffrir. Trois kilomètres qui durent des heures. Je suis seul. Un ruisseau dans lequel je dois encore plonger mes pieds. Un coureur me rejoint. Il me suivait depuis un bon moment et me dit qu’il a eu du mal à me rattraper: j’avançais à un bon rythme. Cela me surprend. C’était loin d’être mon impression.  Je le laisse passer et je décroche.

Au soixante-douzième kilomètre, je traverse une route nationale. Je suis las. La bénévole qui sécurise le passage me demande si je souhaite m’arrêter et abandonner la course.

Je n’y avais pas pensé. Cette idée me paraît insensée. Je suis à moins de cinq kilomètres de la fin de l’étape et la dernière partie dessine un profil que j’affectionne. Une belle descente de 27km, fut-elle à travers des chemins détrempés.

Je me lance à l’assaut des Bouals, le buron qui abrite le ravitaillement suivant. De la neige encore mais la descente est aisée. Je repense à ce que m’a dit la bénévole. Je pense à la boue et à l’eau; j’imagine des galets glissants dans la nuit. J’ai peur de la fièvre et du froid. Je pense à mon temps. J’ai dépassé les douze heures de course et je ne finirai pas en moins de quinze heures. Une idée que je n’avais pas quelques minutes avant m’a été insufflée et se met à germer dans mon esprit.

Je n’irai pas plus loin. Arrivé aux Bouals, j’ai abandonné, comme ça, sans raison.

J’apercevrai Eric une dernière fois, alors qu’il quitte le ravitaillement des Bouals.

 

Ne chipotons pas cette course fut un échec. Courir longtemps n’est pas suffisant pas plus que de grimper plus de 3000 mètres de dénivelé; ce qui compte c’est de remplir le contrat et de terminer la course sur laquelle on s’est engagé. J’avais signé pour 105km et je ne suis pas allé au bout.
La longue distance n’est pas une affaire de dingue, ni même une question d’entraînement c’est une relation entre un corps et sa tête.
Il y a quatre ans à peine, je n’aurais même pas imaginé être capable de courir 10km sans y laisser mes jambes, mon cœur et mes poumons; quant à participer à un semi-marathon, ce n’était tout juste pas concevable. Je couvre aujourd’hui la distance d’un marathon plusieurs fois par semaine et je sais pouvoir associer l’ascension et la descente de plus d’une dizaine de fois la hauteur totale de la tour Eiffel avec des distances qui dépassent de loin celle d’un simple marathon. Un corps peu tout, il suffit d’en avoir conscience.
Alors, oui,  les kilomètres que j’ai avalés représentent un joli paquet mais ce n’est pas cela qui m’a arrêté. Ce n’était pas non plus ceux qui restaient à parcourir; quant aux côtes, j’avais fait l’essentiel, il ne restait plus qu’à redescendre. J’avais encore des jambes pour ça, surtout qu’à l’instar du ski, descendre en hors piste est devenu ma spécialité.

La course est une lutte intérieure pendant laquelle toutes les bonnes raisons de cesser le combat s’opposent à celles qui nous poussent à continuer. J’ai abandonné parce que les premières, à un moment de la course, ont dominé les secondes. Quelques heures plus tôt leur poids me serait apparu dérisoire et c’est de nouveau le cas aujourd’hui.

La raison déterminante de mon abandon était qu’après avoir passé une douzaine d’heure les pieds dans l’eau glacée des sentiers transformés en torrents de boue, la neige molle de printemps et les champs transformés en rizières, la perspective de courir la nuit pendant encore trois ou quatre heures dans de telles conditions m’a paru insupportable. Voilà.
C’est dingue non ? Courir 105km pourquoi pas mais endurer ce que vivent la quasi totalité des paysans asiatiques tous les jours de leur vie, je n’en ai pas eu le courage.
Que peut un corps, hein ?

Je suis d’autant plus déçu que je faisais, à mon niveau, une course plutôt honorable: à l’heure de mon abandon je pouvais encore espérer une place dans la première moitié du classement. Je sais maintenant que j’aurais du prendre vingt bonnes minutes pour me poser et réfléchir. J’en avais le temps; je ne l’ai pas pris. Bien qu’elle ait mûrit pendant plus d’une heure pendant que je pataugeais dans la neige, sur les plateaux de l’Aubrac, ce fut une décision trop hâtive. On ne réfléchit pas de la même façon les pieds dans l’eau que sur un banc au soleil en savourant un toast au cantal.

Ce fut une erreur de débutant. Le doute et le découragement sont profondément inscrits dans l’ADN de l’utra-endurance. Les coureurs expérimentés le savent, pour dépasser ces murs, il faut laisser le temps faire son œuvre. Je saurais m’en souvenir.

Est-ce là une logique de dingue ou de grand malade ?

Ce que je décris là constitue le côté obscur de l’ultra-trail.Il y a aussi une face lumineuse. C’est elle qui me porte.
Quand je pars pour courir pendant des heures je vois les villes et les paysages comme jamais je n’aurais pu les voir. Chaque chemin, chaque colline, chaque arbre se révèle à mes yeux comme si j’étais le premier homme à les découvrir. Ce que j’ai observé hier restera gravé dans ma mémoire. Les collines et les sentiers qui partent de la vallée du Lot et rejoignent les monts de l’Aubrac. Et l’Aubrac, c’est sublime. Pendant quelques heures on a l’impression de faire corps avec un espace. Pour qui aime la photographie, le trail constitue une source d’inspiration infinie. Et puis il y a, pour finir, cette sensation de voir et de sentir ce que nul autre ne peut voir; aller au bout de soi et du monde avec une simple paire de chaussures; c’est magique. Courir c’est l’anti télévision.

Au milieu des étendues désertes qui surplombent Laguiole, les derniers mots de Rudger Hauer dans Blade Runner ont surgit et résonné dans ma tête. : “I’ve known adventures, seen places you people will never see, I’ve been Offworld and back… frontiers! I’ve stood on the back deck of a blinker bound for the Plutition Camps with sweat in my eyes watching stars fight on the shoulder of Orion… I’ve felt wind in my hair, riding test boats off the black galaxies and seen an attack fleet burn like a match and disappear…”
Un truc de dingue, assurément.

grand canal

mort à Venise

grand canal

grand canal

vaporetto

vaporetto

Hilton view

Hilton view

frozen

les Mathieu font du ski

my personal ski club

my personal ski club

les cascades

les cascades

Col Bostan

col Bostan

pointe Chalune

pointe Chalune

lac de Gers

lac de Gers

col Bostan

col Bostan

frozen

frosen

bas-armagnac

la fin du monde

RIP Nespresso

 

bas-armagnac

 

 

in the boue for love

in the boue for love

Trail des Marcassins 2013 – 34km

in the boue for love

J’avais terminé le mois de janvier sur les rotules ; les quelques heures à courir dans la neige sur la Romeufontaine (Font-Romeu, 66) m’avaient sérieusement épuisé et augmenté ma capacité à collectionner tous les virus qui traînaient autour de moi. Mais, avec un Ultra-Trans Aubrac (105km) qui approche à grands pas, il n’était pas question de relâcher la pression surtout que, sur le papier, un trail de 34km à 20mn de Paris, ça doit pouvoir s’avaler facilement.

Les Marcassins, ça sonnait comme une ballade sympathique et j’étais plein de confiance en allant retirer mon dossard samedi après midi à à Saint-Brice sous Forêt, une jolie petite ville en lisière de forêt, coincée entre Sarcelles et, au nord de Paris.

Anne m’avait convaincu d’aller repérer l’itinéraire la veille, histoire de quitter la maison le plus tard possible tout en conservant suffisamment de temps pour nous préparer une fois arrivé à proximité du stade de Saint-Brice. Bien entendu, j’ai loupé la sortie d’autoroute et passé de trop longues minutes à errer dans le labyrinthe des ruelles de Sarcelles, un jour de marché.

J’ai finalement réussi à garer la voiture à un bon kilomètre de la ligne, un quart d’heure avant le départ. J’ai à peine eu le temps d’enfiler une première couche thermique Mizuno, le short Salomon Exo Wings qui m’accompagne sur la quasi-totalité de mes sorties trail et surtout, les Speedcross que j’avais étrenné quinze jours avant, sur la Romeufontaine. J’ai appuyé sur le bouton de ma montre Garmin 910, et l’écran est resté désespérément vierge. J’étais pourtant persuadé de l’avoir rechargée la veille… Sur le départ d’une course on a tous ses petites habitudes et les l’idée de ne pas pouvoir  suivre, en course, mon allure, ma fréquence cardiaque, ou d’avoir une vague idée du temps et de la distance parcourue m’a un peu ébranlé.

J’ai couru jusqu’à la ligne de départ sur laquelle j’ai retrouvé Benoît, souriant et confiant qui faisait sa première expérience sur une telle distance en trail. Je n’avais aucune inquiétude quant au fait que son expérience vaudrait la somme de toutes les miennes et qu’il se retrouverait plus probablement que moi sur le podium. Il m’a dit que Matthieu nous attendait un peu plus loin sur le chemin pour prendre une photographie du départ.

Je n’avais pas encore repris mon souffle quand le starter a donné le signal du départ.

J’étais un peu troublé car un autre groupe de coureur s’est élancé, à une cinquantaine de mètres, sur notre droite. Un terrible doute m’a envahit et j’ai demandé à Benoît de me confirmer qu’il courait bien le 34km et non le 17km. Il y avait effectivement deux départs pour la même course, de part et d’autre du ruisseau que nous devions longer pendant les cinq cents premiers mètres.

Je me suis calé derrière Benoît et ai pris son rythme qui m’a semblé tout à fait raisonnable pour un début de course. J’ai interpellé Matthieu qui nous attendait à deux cents mètres de la ligne avec son appareil photo ; pour la première fois de ma vie, on me photographiait en tête d’une course ; je n’étais pas peu fier. Et puis mon pied s’est enfoncé dans une boue profonde et j’ai découvert ce que serait la nature exacte de cette course. C’était Verdun.

J’avais fait une reconnaissance du parcours sur Openrunner.com afin d’avoir une vague idée du profil de la course. Les côtes n’étaient pas très nombreuses et le premier kilomètre apparaissait relativement plat ; Le ruisseau du fond des Aulnes m’avait fait penser à ce célèbre poème de Goethe. Quand j’y repense j’aurais dû me douter que cela ne préfigurait rien de bon. Les chemins plats n’ont rien de roulant quand ils sont gorgés d’eau et mon calvaire a débuté.

Au bout de cinq-cents mètres je suis toujours second, nous tournons sur notre droite et franchissons la rivière. J’avance à 14km/h et je commence à réaliser que je suis peut-être en surrégime. Je décroche et laisse Benoit filer devant moi.

Les premiers coureurs  me dépassent alors qu’on progresse sur un léger faux plat toujours aussi boueux.

Je franchis le premier kilomètre en cinq ou sixième position en empruntant, sur notre gauche, la première petite pente du parcours. Vingt-cinq mètres de dénivelé jusqu’à ce que l’on atteigne enfin une route forestière sans boue. Un coureur m’interpelle, David, il a repéré mon petit sac Wasp de chez Ultimate Direction sur lequel j’ai épinglé le logo du Team Outdoor Paris. Il est lui aussi équipé de ce petit sac moutarde qu’il a acheté dans notre magasin préféré de la Porte Dorée. Il m’abandonne et poursuit sa course à l’assaut des premiers. Je suis dixième ou peut-être douzième ; je ne sais plus ; ça commence à défiler. Je décide de ne pas m’attarder sur cette hémorragie de place et de me concentrer sur les trente-deux kilomètres qu’il me reste à parcourir et qui promettent d’être un peu plus technique que je ne l’avais pensé.

 

Au deuxième kilomètre, avant d’atteindre le GR de pays, on attaque la première véritable bosse; une jolie monotrace qui suit une petite ravine. Un peu plus de 12%, cinquante mètres de dénivelé. J’avale ça la tête haute  sans rien lâcher ; Mon cœur cogne, on se sent vivant.

Le troisième kilomètre arrive vite.  On redescend de cinquante mètres. Ça donne le ton: des montée et des descentes ; une pente qui s’inverse tous les 500m, les cuisses apprécient. La descente est assez ludique ça serpente entre les arbres, le sol est moins boueux on peut envoyer un peu. Je compte les kilomètres au pif ; Le temps aussi. Aux environs du cinquième kilomètre, on atteint l’extrémité nord du parcours. On remonte alors vers un château d’eau.

J’interroge un gars qui court à mes côtés depuis un bon quart d’heure.  Il a une Garmin 310 à son poignet et doit savoir où nous en sommes. Il m’annonce 6.3km. Ça colle avec mon estimation. Je ne cours peut-être pas aussi vite que je le voudrais mais j’ai conservé le sens de l’orientation et un bon timing.

Les kilomètres défilent : sept, huit, la moitié de la première boucle. Je croise la route D123 que j’avais traversé quelques kilomètres plus tôt. La route forme comme une ligne médiane qui sépare le sud et le nord du parcours. Je suis revenu du bon côté…

On entame une belle descente qui s’achève sur une flaque d’eau large comme une piscine. Je suis mal préparé au triathlon alors je la contourne.

On retrouve la route forestière du début. Ce tracé est un labyrinthe : on passe et repasse sur les mêmes chemins et les mêmes routes, on longe le même ruisseau, dans un sens puis dans l’autre ; on croise des coureurs qui arrivent de partout. C’est déroutant.

Les coureurs du 17km  viennent à notre rencontre. On les identifie grâce au point rouge imprimé sur leur dossard. Un bénévole qui fait la girouette pour photographier les coureurs qui arrivent respectivement devant et derrière lui, annonce  qu’à ce niveau,  il me reste 8km et qu’il n’en restera que cinq lorsque je repasserai devant lui, dans l’autre sens. La réalité est plus dure, il faut en ajouter dix-sept; j’ai une deuxième boucle à parcourir.

Entre le dixième et le onzième kilomètre on enchaîne une succession de boucles dans un sens puis dans l’autre; on croise à chaque fois des coureurs qui arrivent dans l’autre sens mais on ne sait jamais s’ils sont devant ou derrière. Des montées et des descentes; c’est assez ludique pour qui a des jambes.

On rejoint une nouvelle fois la large route forestière que suit la ceinture verte (GR) une longue descente de 700m dont on voit le bout au loin. Mais ce n’est pas pour tout de suite car on repart pour une nouvelle boucle en forêt avant de revenir sur la route sur laquelle on peut enfin se relâcher pendant 500m.

Je retrouve le bénévole qui fait la girouette et je comprends qu’il me reste cinq kilomètres sur cette première boucle et que les types qui arrivent face à moi sont, en fait, 3km derrière.

 

Une fusée en débardeur et en short déboule à fond et me laisse sur place. Je comprends vite qu’il est le premier du 17km. J’espère voir Matthieu dans son sillage mais il tarde à me dépasser.

Le second  du 17km me double deux minutes plus tard. Ils peuvent y aller, ils sont sur la fin.

 

On longe des terrains de sport en lisière de forêt. J’imagine que ce sont ceux du stade de Saint-Brice Sous Forêt et que je suis en train de terminer mon tour. J’interroge un garçon équipé d’un GPS. Il m’annonce 14km. Il m’en reste 3. Ça n’en finit pas. Il reconnait, lui aussi, l’écusson du TOP sur mon sac. Il évoque Agnès et me chambre un peu sur ma vitesse. Je lui réponds que c’est une sortie tranquille en endurance et que je rentre, après la course, en courant  jusqu’à Paris.

 

Un kilomètre plus tard je rejoins les faubourgs de Montmorency. Ce n’est pas encore fini. Il faut remonter jusqu’à la forêt pour une dernière descente jusqu’au point de départ.

Matthieu me double. Il est quatrième.

 

J’atteins enfin le ravitaillement. Je prends un verre d’eau glacée au bar. Je me renseigne sur l’horaire. 1h35 pour faire dix-sept kilomètres, c’est très moyen. En mettant le paquet sur la deuxième boucle je devrais pouvoir m’en sortir honorablement.

Je me suis fait à la boue ; Je n’aime pas beaucoup mais une fois qu’on a compris qu’il est vain d’essayer d’éviter les flaques en sautillant d’une « berge » à l’autre et qu’il vaut mieux y aller carrément sans se poser de question, ça finit par passer.  Dès les premiers mètres je me rends compte que ce nouveau tour sera différent. Le chemin qui a été piétiné successivement par tous les concurrents du 34km puis par tous ceux du 17km est devenu impraticable.

Je comprends mieux l’origine du nom de ce trail. Les Marcassins. J’ai l’impression que des hordes de sangliers sont passés devant moi. Les Speedcross n’y changent rien; la boue colle aux chaussures et on soulève à chaque pas cinq-cents grammes de glaise. Je n’avance pas. Ma course ressemble à ces  cauchemars où l’on tente de fuir mais un câble invisible vous retient sans que vous ne puissiez rien y faire.

 

côte rotie

Je retrouve les mêmes chemins, mais je prends moins de plaisir qu’à mon premier passage. Mes jambes sont lourdes. La descente sinueuse entre les arbres au troisième kilomètre m’apparaît moins ludique.  Je sors une barre Mac’Amande Fenioux. Je n’ai rien pris sur les dix-sept premiers kilomètres et j’espère que cela me donnera un petit regain d’énergie.

Je ne cours plus sur les bosses. Je les monte en marchant ; c’est mauvais signe. Je prends du retard.

Au château d’eau je sais qu’il ne me reste onze kilomètre mais Je suis à la dérive. Mon maillot est trempé et cela provoque des douleurs au ventre. J’en ai un de rechange dans  mon sac mais je rejette l’idée d’une pause. Cela me ferait perdre beaucoup de temps pour un gain dérisoire ; une distraction inutile. Je décide de serrer les dents et de faire l’effort de conserver ma place, voire d’en grappiller quelques unes.

Nouvelle succession de boucles de montées et de descentes; difficile de savoir où je suis ni dans quelle direction j’avance. Je croise encore une fois le bénévole-photographe-girouette. J’ai compris le truc : 8km ce coup-ci, 5km au prochain passage. Cette fois-ci il n’y a pas de tour à ajouter, la fin est proche…

La route forestière qu’on emprunte, qu’on quitte et que l’on retrouve. Encore cinq.

Les stades en lisière de forêt ; plus que trois.

Les faubourgs de Montmorency ; deux.

Un coureur me double. Il va vite. Je ne comprends pas comment quelqu’un qui arrive des abimes de la course peut conserver une telle vitesse. A ce stade les gars rapides sont devant moi, pas derrière. Je m’accroche à lui mais il s’éloigne inexorablement.

Un dernier passage en forêt ça descend. J’accélère. Je vois la ligne. Il la franchit avant moi.

C’est terminé.

Anne m’attend avec un verre de vin chaud. Sympa, je suis glacé.

Elle a terminé son 17km en à peine plus de deux heures. Pas mal, pour une première expérience en trail sur cette distance.

Le sympathique garçon qui m’avait chambré au quatorzième kilomètre est là. Il promet de cafter ma déchéance à Agnès. Je ne pourrais pas lui laisser croire que j’ai talonné Benoît pendant toute la course et évoquer une scandaleuse erreur de chronométrage. Je revois également David, le client de Team Outdoor au sac Wasp qui m’avait laissé sur place au quatrième kilomètre. Il est sixième.

Je lis sur le panneau d’affichage que Benoît termine deuxième ; pas mal pour une première. Matthieu est quatrième du 17km, mais je le savais, j’avais compté les coureurs avant qu’il ne me dépasse.

Je termine 68ème en 3h38. Petite déception : j’aurais pu être bien meilleur en gérant ma course plus sérieusement.

Je garderai, malgré toute cette boue et mon chrono misérable, un excellent souvenir de cette course. Le balisage était parfait et l’accueil des bénévoles et des organisateurs très chaleureux ; le parcours compte beaucoup de monotraces et de petites ou grosses bosses très ludiques ; Le Trail des Marcassins est  infiniment moins monotone que ne l’est l’Eco-Trail. Et puis, en y repensant, même la boue me manque un peu.

Font-Romeu

les genoux dans la neige

Récit de la Romeufontaine 2013

Lorsque mon pote Fred a proposé que l’on aille, lui, Laurent et moi, courir à Font-Romeu pour commencer l’année 2013, j’étais loin d’imaginer le pire. Nous étions en Juillet, je pensais au soleil, à la frontière espagnole et au ciel bleu qui enveloppe les crêtes des Pyrénées. L’été et l’automne ont passé et nous avons plongé dans l’hiver, la pluie, le vent et le froid.
La Romeufontaine était ma première course au sein du Team Outdoor Paris. J’avais envoyé une lettre de motivation à Agnès, les athlètes du team avaient voté et je me suis retrouvé à partager le quotidien d’une bande de champions. Ils collectionnaient les victoires et les podiums et bien qu’on m’ait assuré qu’aucune pression ne s’exerçait sur moi il fallait que j’assure un peu.
J’ai continué à me préparer sérieusement : Avec Alain, dont je suis les conseils et qui établit mon programme d’entraînement, ça ne rigole pas. Il coupe les mitochondries en quatre, et surveille avec soin mon assiduité aux séances de torture qu’il m’a concocté.
J’ai étudié le parcours, estimé ma performance sur softrun.fr et je me suis convaincu que je n’avais rien à craindre de cette ballade dans les Pyrénées. Mon dernier trail remontait aux Templiers, deux mois plus tôt, et je ne m’en étais pas si mal sorti. Le calculateur donnait 3h45 pour boucler ce parcours, une place dans les cinquante premiers au scratch et un top 10 dans ma catégorie (V1H). J’ai pris l’avion gonflé de confiance et de certitudes et nous avons atterri à Perpignan.

la team du Week-end

la team du Week-end

Bien que nous ayons passé les quinze jours précédents à scruter la météo, nous avons vite compris que la Romeufontaine ne serait pas le trail au soleil que nous avions espéré. Plus nous progressions le long de la RN116, plus le ciel s’assombrissait et, lorsque nous avons débuté l’ascension vers Font-Romeu, la neige s’est mise à tomber.
Il en est tombé toute la nuit. La route qui séparait Font-Romeu du gite dans lequel nous avons passé la nuit était recouverte d’une couche de neige d’au moins 10cm. Nous n’avions bien-sûr pas de chaînes et je contrôlais la voiture comme j’aurais contrôlé un semi-remorque sur une nappe d’huile. Je ne suis pas pilote de rallye finlandais et la probabilité d’arriver à l’heure sur la ligne de départ s’amenuisait de minute en minute.
Nous avions heureusement pensé à récupérer nos dossards la veille et Font-Romeu à sept heures du matin ne ressemble pas à Paris quand on cherche une place pour se garer. Il ne nous a pas fallu cinq minutes pour nous extirper de la voiture, enfiler nos vestes, saisir nos sacs et nous présenter sur la ligne de départ.
J’ai abandonné Fred et Laurent au milieu du sas et me suis glissé jusqu’au troisième rang. Le souvenir de la course des Templiers sur laquelle j’étais parti en queue de peloton et où il m’a fallu perdre toute mon énergie à tenter de doubler les autres coureurs sur des monotraces étroites, m’avait convaincu qu’il valait toujours mieux partir devant que derrière. J’ai profité des quelques minutes qu’il restait avant le début de la course pour ajuster ma tenue et vérifier une dernière fois mon sac.
Comme des jeunes filles qui se seraient préparées pour aller danser, la discussion sur nos tenues de course avait occupé une bonne partie de notre soirée. La température ne devant pas excéder -5°C pendant toute la matinée, j’ai choisi de porter une première couche thermique à manches longues Mizuno surmontée d’une veste légère imperméable North Face en Goretex. J’ai également enfilé un cuissard et des manchons de compression Skins que j’ai recouvert d’un collant long Salomon. Au pied, je chaussais pour la première fois les SpeedCross que j’avais achetées au premier jour des soldes chez Team Outdoor. J’avais également mis des guêtres Raidlight et des Yaktracks; Ceinture et bretelles, c’était inutile mais je ne le savais pas encore. J’avais posé, sur le forum de Kikourou.net, la question de l’utilité ou non de se munir d’une frontale pour le début de la course; les réponses étaient peu claires et comme les organisateurs ne mentionnaient rien sur ce point, j’ai pensé que l’aube nous éclairerait.

Salomon Speedcross

Salomon Speedcross

Le départ a été donné rapidement; les premiers coureurs se sont élancés et je les ai suivis. On circule pendant quelques centaines de mètres sur une rue qui grimpe lentement vers le golf de Font Romeu et en cinq minutes à peine nous plongeons nos pieds dans la neige. La montagne baigne encore dans l’obscurité et je commence à courir dans le noir. Une trentaine de coureurs équipés de frontales me dépassent avant que je prenne mes marques dans le noir. Je me cale derrière un gars qui a eu, comme tout le monde, les trois pieds nickelés parisiens mis à part, la bonne idée de s’équiper d’une lampe. Un air froid et vif brûle mes poumons, j’ai de la neige jusqu’aux genoux, je suis dans les cinquante premiers et très certainement aussi, en sur-régime.
Il n’y a eu aucun répit; pas de petit tour de chauffe, sur un chemin roulant, pour se mettre en condition. Ça grimpe lentement mais l’importante couche de neige rend la progression difficile. Chaque pas nécessite un effort auquel je n’étais pas préparé. J’avais pourtant profité de la fin du tournage de “je fais le mort”, un film que Diaphana produisait à Mégève, pour aller en décembre courir sur la neige. Anne avait prolongé la réservation de sa chambre de sorte que l’on profite d’un weekend en montagne. On avait couru pendant quelques heures sur des pistes damées et j’avais trouvé la sensation plutôt agréable

Après trois kilomètres, on atteint un replat sur une piste damée. J’ai perdu quelques places dans la bataille mais le jour se lève et cela adoucit ma course. On suit le GR du Pays de Cerdagne pendant un bon kilomètre avant d’attaquer la première bosse un peu raide.
Je suis toujours dopé par l’adrénaline du départ. Même si je sais que j’aurai du mal à tenir mon objectif initial, je ne lâche rien.
On alterne des portions plutôt roulantes, sur des pistes damées, avec des numéros d’équilibriste autour d’une trace étroite laissée par un fondeur et les premiers coureurs. Ne pas poser le pied dans un trou et se faire une requiert une grande concentration pour qui n’est pas habitué à ce type de terrain. Nous gravissons environ deux cents mètres de dénivelé entre le quatrième et le sixième kilomètre. Je suis dans le rouge, en apnée. Je ne vois pas comment je vais pouvoir encore tenir trente kilomètre à ce rythme mais je continue, aspiré par les autres coureurs et le froid.
Alors que nous rejoignons une piste de ski de fond damée au moment ou Laurent revient enfin à mon niveau. Nous progressons côte à côte en silence; nous ne sommes pas tout à fait en aisance respiratoire. Il me lâche un peu avant que nous atteignons le refuge de la Calme, au neuvième kilomètre, où a été installé le premier ravitaillement.
Je ne prends pas la peine de m’arrêter; la poche à eau de mon petit sac WASP Ultimate Direction est encore pleine et j’ai suffisamment de gels ou de barres Mac’Amande pour toute la course.
Trois minutes après avoir laissé le refuge derrière moi, Laurent qui avait fait une courte pause, réapparaît à mes côtés.
Depuis le départ, j’ai oublié de boire. Le retour de Laurent m’y fait penser. Je place ma pipette dans ma bouche mais, comme je l’avais craint, le tuyau est déjà gelé. J’aspire désespérément quelques gouttes d’eau qui devront me suffire à patienter jusqu’à la prochaine étape.
Après un bref passage d’un kilomètre en hors piste, nous suivons de nouveau un chemin damé jusqu’au douzième kilomètre.
Le Roc de la Calme constitue le point culminant du parcours. Se retrouver dans la neige à 2200m d’altitude, après 1h40 de course quand la veille encore on se réveillait à Paris, c’est magique.
Laurent a de nouveau disparu derrière moi lorsque je bascule dans la première et seule vraie descente du parcours. Je fonce sur la piste noire de la Calme, comme si j’avais chaussé des skis et que je descendais la Streif à Kitzbühel. 300m de dénivelé négatif à fond, c’est un vrai bonheur. J’adore ça ! Rien que pour ce court moment de pure adrénaline, je ne regrette pas mon déplacement à Font Romeu. Je chute à deux cents mètres du bout de la piste et me laisse glisser, sur les fesses jusqu’en bas. Mes gants sont trempés et j’ai éraflé mon collant mais je n’ai jamais descendu aussi vite une piste sans skis.
Le second ravitaillement est installé au pied du télésiège de la Calma Nord. Nous avons parcouru près de 13km. Des gendarmes et des militaires font office de bénévoles. Ils me servent un verre de coca que j’expédie en quelques secondes avant de reprendre ma course.
Nous retrouvons la neige profonde et les exercices avancés de proprioception. Je regrette d’avoir laissé mes bâtons Leki dans le coffre de la voiture. Ils m’auraient été utiles, moins pour m’aider à grimper que pour me donner davantage d’équilibre sur les monotraces. Le supplice se prolonge sur trois kilomètres.
Au seizième je cumule déjà deux heures de course. Je m’engage sur une route en pente douce, sur la rive gauche de la Têt. Je peux enfin dérouler tranquillement; je décontracte mes cuisses et mes mollets. Mon cardiofréquencemètre est resté bloqué autour de 166 bpm depuis le début de la course. Deux heures au seuil anaérobie quand il en reste au moins autant à faire, c’est suicidaire.
Laurent me rattrape au dix huitième kilomètre. Il a retiré ses Yaktrack. Il a sans doute eu raison; il n’y a pas de verglas et sur cette neige profonde et souple ils n’apportent pas grand chose de plus que les crampons de mes Speedcross. Je ne veux pas perdre de temps en m’arrêtant pour les déchausser et passer trois minutes à tenter de les coincer dans le filet de mon sac.
Troisième ravitaillement au vingtième kilomètre. Nous nous entendons avec Laurent pour ignorer cette halte et gagner quelques précieuses secondes (!!!).
Nous traversons la rivière au vingt-deuxième kilomètre et revenons dans l’autre sens en empruntant la rive opposée. La pente douce s’est métamorphosée en long faux plat. Nous doublons des coureurs qui se laissent aller à marcher sur les bosses alors que nous continuons à courir.
Le quatrième ravitaillement apparaît autour du vingt-sixième kilomètre. Je cours depuis plus de trois heures et la fatigue commence à se faire sentir. Je m’arrête et me repaît d’une bonne soupe chaude. Face à nous le télésiège des Avellans transportent les skieurs trois cents mètres plus haut. Je les observe avec envie avant de repartir à l’assaut du dernier gros morceau de la course.
Nous nous engageons sur le GR 10; Laurent me précède de quelques mètres. Je peine à reprendre mon rythme; Ma fréquence cardiaque reste incroyablement basse. Je suis à 65% de ma FC maximum et je ne parviens pas à accélérer.
Un torrent croise notre chemin. Nous cherchons un endroit où passer; Je bondis sur ce que je crois être la “berge” opposée mais la neige se dérobe sous mon poids et je plonge un pied, puis l’autre dans l’eau glacée. Mes speedcross ont beau être conçues en Goretex, l’eau froide s’immisce dans toute la chaussure. Laurent reprend sa course et je le laisse filer. Je n’ai plus aucune force; je le sais maintenant le trop plein d’acide lactique a produit son effet : j’ai explosé.

Je progresse désormais en petites foulées, je marche dès que la pente devient positive. Je double péniblement quelques randonneurs en raquettes mais me fait reprendre par des coureurs situés derrière moi. L’incident du torrent se reproduit deux autres fois. A chaque fois l’eau, au contact prolongé de la neige, se cristallise et forme comme une coque de glace autour de mon pied. Les trois kilomètres qui suivent sont un véritable calvaire. Je ne prête aucune attention aux étangs gelés de la Pradella qui s’étendent sur ma droite. Je pense à Fred qui, derrière, doit sans doute souffrir davantage que moi et à Laurent que je ne rattraperai pas.
Au vingt-neuvième kilomètre je retrouve le poste de ravitaillement du treizième kilomètre, au pied de la Calme. Je prends le temps de savourer une autre soupe puis je quitte le bar pour aller affronter la dernière côte du parcours; Nous devons remonter la piste noire que j’avais tant apprécié à l’aller. Dans ce sens elle est beaucoup moins attrayante.
Une longue file de coureur s’étire jusqu’au sommet. Nous progressons le dos courbé, les mains sur les cuisses et le souffle court. Les concurrents du 26 km nous ont rejoint et témoignent d’une vigueur sensiblement supérieure à la notre.
Je monte lentement. Mon coeur ne cogne pas comme il en a l’habitude sur ce type de “raidillon”.
A mis pente, un coureur m’interpelle. Il a repéré le logo Team Outdoor agrafé sur le filet de mon sac. Il se présente : Olivier; c’est un ami d’Agnès. Il vient de Nantes et, comme moi, manque de pratique sur les longues côtes et dans la neige. Nous bavardons quelques instants puis il s’arrête afin d’attendre ses camarades qui grimpent derrière lui.
J’atteins le sommet de la Calme puis le cinquième et dernier ravitaillement au sommet du télésiège du Roc. 4h44 ont passé depuis le départ. Je suis exténué. Je m’assieds dans un fauteuil qui traîne à côté de la table sur laquelle sont posés les boissons et je reprends mon souffle pendant trois longues minutes.
Il reste à peine six kilomètres à parcourir avant la fin et ils sont majoritairement en descente. Je pronostique hâtivement une arrivée en moins de trente minutes. La descente jusqu’au stade de biathlon, au trente deuxième kilomètre est un régal. Je reprends confiance.
Je mesure vite mon erreur lorsqu’il me faut de nouveau m’engager le long d’une profonde monotrace sur laquelle je ne parviens pas à garder l’équilibre. Je titube comme un ivrogne et des hordes de coureurs me dépassent. La majorité d’entre eux sont inscrits sur le 26km mais beaucoup d’autres terminent courent la même épreuve que moi. J’en suis au trente troisième kilomètre et je repars faire un tour en forêt.
Quatre kilomètre plus loin des spectateurs m’annoncent que l’arrivée est imminente. Je n’entends pourtant rien, ni cris ni speaker; tout est mort.
l’aire d’arrivée est en fait dissimulée sous un hangar à côté de la gare du télésiège des Airelles.

Je donne un dernier coup de rein afin de grappiller quelques secondes et Je franchis la ligne en 5h44. Je suis 183ème sur 270 arrivants. Laurent a terminé sa course vingt-trois minutes avant moi, il est 120ème. Quant à Fred, il finit en 6h04 à la 220ème place.

Ce fut pour moi une course très dure. Bien davantage que les Templiers ou toutes celles que j’ai couru jusqu’alors.
Je ne devais pas partir trop vite mais comme toujours, quand je suis sur la ligne de départ je suis aspiré par les autres coureurs, j’oublie mon niveau réel et je pars à fond. Je poursuis les premiers en apnée jusqu’à ce que la réalité me rattrape.

La course fut difficile; beaucoup plus que je ne l’avais prévue. J’ai explosé en vol et ma course s’est transformée en bonne grosse sortie longue.
Pourtant, les bosses, je connais; c’est dur mais on serre les dents et ça passe; on s’éclate en descente, à fond, comme quand on fait du ski et on déroule sur le plat; c’est là que je récupère un peu… Mais là, sur des monotraces étroites et instables, il fallait rester super concentré, regarder en permanence où l’on pose les pieds pour ne pas se tordre bêtement la cheville dans un trou. C’est nerveusement épuisant.

J’ai mis 5:44 alors que j’espérais en mettre deux de moins. Le premier met une heure de plus que ce qu’il avait fait l’an dernier et termine en plus de quatre heures.
Comme d’habitude je suis déçu et comme d’habitude je promets de ne plus jamais refaire cette course; mais comme toutes les courses que je n’aurais jamais dû refaire je sais aujourd’hui que je reviendrai à Font-Romeu.

Font-Romeu

Font-Romeu

Bien entendu, le beau temps à fait son apparition aussitôt après que nous ayons quitté le hangar. Nous sommes allés déjeuner dans un bistrot du village puis nous sommes repartis vers Perpignan.

Le retour fut plus compliqué que la course. Avec la tempête sur Paris, les vols et les trains annulés, nous sommes restés coincés à Perpignan. Nous avons regretté de ne pas être restés quelques heures de plus à Font-Romeu. Nous avons profité de notre séjour forcé dans un petit hôtel face à la gare pour refaire cent fois notre course et imaginer comment les choses se seraient déroulées si nous avions mieux connu le terrain. J’adore ça: on imagine sa course pendant des heures, on la fait et puis on y pense et on en parle encore longtemps après. Chaque kilomètre s’étend dans le temps bien davantage que sur le chrono…

accès à la trace de la Romeufontaine 2013

pique-nique alpin

la ballade

pique-nique alpin

pique-nique alpin

lac blanc

lac blanc

désolation

au dessus du volcan

Canaries Lanzarote, Mancha Blancha – Sentier 16, 16km

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