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Les vidéos de coursiers new-yorkais qui traversent la Grande Pomme à fond sur leurs fixies m’ont toujours beaucoup impressionné. Je l’expliquerai plus bas, aspirant à vivre de nombreuses années encore et d’en profiter autrement qu’assis dans une chaise roulante, je ne possède pas de vélo à pignon fixe. J’avais l’ambition de réaliser un petit clip qui exposerait, à la manière d’une vidéo de downhill, le trajet que j’effectue chaque matin jusqu’à mon bureau. J’avais déjà, cet été, tenté de filmer un de mes trails avec une GoPro; j’espérais que la vitesse induite par une longue descente en vélo offrirait davantage de sensations qu’une ascension en montagne…

 

J’ai commencé à me déplacer en vélo dans Paris au début de l’été 2007, après l’apparition du Vélib. Le principe d’utiliser librement un vélo, de le prendre et de l’abandonner où bon me semblait, m’a tout de suite emballé. J’ai souscrit à un abonnement annuel (29€ anywhere, anytime) et j’ai pédalé. Ce fut une révélation : la traversée de Paris en 30 minutes, les trajets matinaux jusqu’au bureau en moins d’un quart d’heure et la fin de la promiscuité dans le bus ou le métro m’ont permis de redécouvrir Paris.

Mon expérience du vélo restait, jusque là, assez modeste et, à l’exception d’une courte randonnée sur les GR 9 et 4 entre Cavaillon et Nice, je n’affichait aucun intérêt pour la bicyclette: Je n’ai pas le souvenir d’après midi de juillet à surveiller les étapes du Tour de France à la télévision ni de discussions interminables sur les avantages des dérailleurs Mafac ou Campagnolo; Bernard Hinault était un Blaireau, Poulidor un looser absolu et je n’ai jamais compris ce que disait  Merckx lorsqu’on l’interviewait.

Eddy Merckx 1971

J’étais perdu pour la pédale.

Et puis j’ai découvert Vélib. J’ai investit dans un casque Poc parce que j’ai rapidement eu l’intuition qu’il y avait un certain danger à affronter nu les automobilistes énervés et j’ai profité de l’été pour faire mes premiers allers et retours jusqu’au bureau. J’avais l’agréable sensation de rompre avec ma léthargie sédentaire et de pratiquer enfin une activité presque sportive et surtout Je pouvais même qualifier mon attitude d’écologiquement responsable. Ça pose un homme !

J’ai roulé tout l’été et pendant tout l’hiver qui a suivi. Les pistes cyclables n’étaient pas aussi nombreuses qu’aujourd’hui et le système du contre-sens n’avait pas encore été mis en place. Les règles quant à l’utilisation des voies réservées aux Bus n’étaient pas d’une très grande clarté et j’ai reçu  ma première contravention un soir, rue Lafayette alors que je rejoignais Anne au cinéma. Quand on exploite intensivement un système, on finit par en atteindre les limites; et celles de Vélib se rencontrent à ces bornes. Je ne parle pas là du décompte des vélos défectueux ou des dysfonctionnements du système informatique, cela se corrige, mais du problème systémique induit par le Vélib. J’habite au sommet d’une Colline dont l’accès à vélo nécessite un effort que l’on pourrait qualifier de « sportif ». Or les sportifs ne sont pas si nombreux surtout quand il s’agit de remonter un vélo après une journée de boulot. La rue de Ménilmontant est sympathique quand on la descend, dans l’autre sens, c’est un enfer. La probabilité de trouver un vélo le matin autour de chez moi a diminué avec  le succès de Vélib. Celle de ne pas pouvoir rendre son vélo parce que la borne que l’on rejoint est pleine étant à peu près équivalente à la précédente, j’ai dû marcher davantage que je ne roulais. Je faisais le tour des bornes du quartier, souvent en vain, pour trouver un vélo en état de fonctionner et je répétais cette errance pour trouver une place libre quelques kilomètres plus bas. L’approvisionnement des stations d’altitude est un problème critique et, à moins d’installer une batterie de télésièges autour des buttes de Paris, je ne vois pas comment le résoudre. On a bien essayé d’inciter les abonnés à monter les vélos en accordant un bonus horaire à tous ceux qui auraient le courage d’affronter les côtes les plus raides mais ce n’est pas suffisant. Pour grimper il faut développer du muscle pas un crédit d’heures. Peut-être qu’en autorisant un marché à terme de ces points et en valorisant financièrement l’ascension de Montmartre, de Gambetta ou de la Butte aux Cailles en Vélib, trouverait-on davantage de personnes motivées pour approvisionner les points hauts.

Lassé de mes trop longues heures à naviguer entre les bornes j’ai décidé de m’équiper de mon propre vélo. J’ai trouvé sur e-bay un VTT sur lequel j’ai tenté, en juin 2009, une traversé des Alpes avec Bruno. Je craignais en possédant mon propre vélo, de perdre la liberté offerte par le Vélib ; Ce fut loin d’être le cas et je suis devenu un cycliste convaincu.

chic-cycliste

J’ai touché du doigt le danger que représente la circulation à vélo dans Paris. Si la vidéo ci-dessus laisse supposer que ma conduite est imprudente, il n’en est rien; Je respecte autant que possible les règles applicables aux vélos. J’eus aimé que cela soit partagé par les automobilistes que je croise. A l’exception de deux soleils au dessus de portières ouvertes inopinément et dont je me suis échappé sans blessures grâce à mon casque et à une pratique intensive des chutes au judo,  je n’ai pas eu d’accident majeur. Je suis en revanche toujours choqué par la méconnaissance qu’ont certains conducteurs quant au partage de la voirie. Les voitures ne sont pas prioritaires, les cyclistes ne sont pas tenus de serrer la bordure du trottoir ou la file de voitures rangées sur leur droite pour laisser passer les véhicules qui les suivent et, surtout, il convient de laisser une distance d’au moins 1m50 entre son véhicule et l’épaule gauche du cycliste que l’on double. Une voiture est passé en force hier dans le bas de la rue de Crimée ; le conducteur m’a heurté avec son rétroviseur; j’aurais pu y laisser une jambe, il m’a insulté.

Après qu’on ait sectionné l’antivol et volé mon VTT, un après midi de 2010 devant le cinéma du quai de Seine,  j’ai fait l’acquisition d’un nouveau vélo. J’ai hésité un moment. Le look épuré des fixies m’a longtemps fait rêvé. Mais j’en ai finalement laissé l’usage aux jeunes et chics bobos téméraires. Sans pignons et sans frein on souffre autant dans les côtes que dans les descentes; comme l’écrivais un de mes potes, ces bécanes sont le fruit d’une entente démoniaque entre les cardiologues et les traumatologues.

Je possède désormais un joli Giant urbain noir très confortable et relativement léger… J’y ai ajouté un siège passager que j’utilise pour transporter Hugo ou Théophile quand ils revenaient de leurs entrainements de Foot. J’ai fait le taxi pendant près d’un an mais j’ai dû cette activité illégale; en grandissant, Hugo devenait de plus en plus lourd et je frôlais l’infarctus  lorsque je devais hisser ses quarante-cinq kilos et son énorme sac de la Porte de Montreuil à la Place Gambetta.

Après quatre ans d’une pratique régulière de la bicyclette à Paris, je ne conçois plus qu’on puisse se déplacer autrement. A l’instar d’un ancien fumeur face à une cigarette qui se consume, les voitures dans Paris me révoltent. Moins pour une raison environnementale, que pour des motifs comportementaux. J’ai en horreur ceux qui roulent vite dans les rues trop étroites ou qui klaxonnent pour qu’on s’écarte à leur passage. Ils n’ont pas compris qu’en ville la route est un espace public que l’on partage.

Je ne suis pas un intégriste, j’adapte mes principes à ma convenance et j’avoue sortir quelquefois ma grosse Volvo du garage pour aller chercher Hugo le soir quand il termine ses entraînements. Il vient d’ailleurs d’avoir quatorze ans et m’a demandé l’autorisation de disposer de sa propre carte Vélib. J’hésite encore; je crains qu’il ne soit pas suffisamment attentif et inconscient des dangers que représentent les automobiles.   J’ai un espoir; J’espère qu’un jour nos enfants pourront circuler librement et sans danger, à bicyclette dans Paris et ailleurs.

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