début de Carrières
compte-rendu de la Course des Carrières 2013 (11km)
Petite course à Mondeville (91) ce matin. Deux distances au menu 22km et 11km. Alain, mon coach, m’a convaincu de ne pas faire de zèle et de me limiter à une sortie de 11km car je dois courir la Maxi-Race la semaine prochaine.
Je retrouve Agnès qui a installé un stand devant la ligne de départ. Elle est entourée de deux assistants de choc : Matthieu et Pierre. Blessés tous deux à la cheville, ils sont venus encourager Benoît, Alex et tous ceux qui afficheront aujourd’hui les couleurs de Team Outdoor
Après quelques minutes d’échauffement entre Alex et Benoit qui portent respectivement les dossards 1 et 2, nous prenons la pose pour une séance de photo devant le stand. Nous sommes huit à avoir revêtu le joli maillot Adidas orange que Agnès nous a fourni. La majorité de l’équipe est engagée sur « la grande course » de 22km. Ce sont eux qui partent en premier. Benoit est en première ligne. Il part comme une flèche au signal du starter. Alex s’est fondu dans le peloton. Je les encourage. Benoît terminera second, mais c’est une autre histoire.
Je me place à mon tour sur la ligne de départ. Nous ne sommes que trois orange sur « le cross ». A la fin du décompte, ça part très vite. Les premiers filent à 16 ou 17km/h au moins; Contre les fusées je ne peux rien. Un deuxième groupe de coureurs attaque à 15km/h. Je tente de m’accrocher à eux. Je me dis que les bosses auront raison de leur allure et qu’ils devraient logiquement décrocher lorsqu’il faudra grimper. Mais les premiers kilomètres sont très roulants. De grandes lignes droites dans des champs trop plats. Les bosses tardent à venir, c’est moi qui décroche. Je regarde Patrick et son t-shirt Adidas orange s’éloigner inexorablement de moi, ou moi de lui. En quelques minutes il est devenu un point au loin. J’essaie de me maintenir entre 4:10 et 4:20 mais je me suis un peu tapé dedans sur les premiers kilomètres. Même sur mon allure semi, ça tire. Les premières bosses arrivent après quatre kilomètres. Ça commence par une descente un peu sèche mais trop courte et on enchaîne tout de suite par un petit raidillon boueux sur lequel il faut poser les mains pour ne pas patiner. Je parviens à me rapprocher de ceux que je poursuis mais ce n’est pas suffisant pour refaire mon retard. Je décline poliment le verre que me tendent des enfants au ravitaillement du cinquième kilomètre. Au sixième, nouvelle séquence de montées et de descentes sur lesquelles je grappille encore quelques secondes mais les gars qui courent 150m devant moi tiennent bons. j’imagine qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de V1 et de V2 parmi la dizaine de coureurs qui me précèdent. Si je réussis à remonter de ces deux places, je monterai peut-être sur la boite dans ma catégorie. Nouveau ravitaillement au septième kilomètre, avant de sortir de la forêt et des singles sinueuses organisées en steeple chase. On traverse le jardin de l’organisateur de la course. Il paraît que des fûts de bière attendent les coureurs assoiffés. Je n’ai pas de temps pour ça, le binôme devant moi n’a pas lâché une seconde. On retrouve de nouveau de grands champs plats. Il reste encore un peu plus de trois kilomètres mais la course est faite, je ne remonterai pas. Malgré tous mes efforts je n’arrive pas à mobiliser l’énergie nécessaire au coup de rein qui me permettrait de revenir à leur niveau. On ne me rattrapera pas non plus, mes poursuivants sont loin. Il ne reste plus qu’à finir. Un dernier petit slalom dans un sous-bois et l’arrivée se dresse devant moi.
Je termine treizième en 46 minutes. dix minutes après le premier. Je loupe un podium dans ma catégorie (V1) de vingt longues secondes. Je me suis entraîné pour affronté les 84km et les grosses pentes de la Maxi-Race; Ce n’est pas évident après ça de carburer sur une course aussi courte qui à peine 300m de dénivelé. Je reste malgré tout assez satisfait de ma sortie. J’ai craché mes tripes et mes poumons en courant à fond pendant un bon moment; ça doit bien valoir une bonne séance de PMA ça !
Cette course terminée je n’ai plus qu’une chose en-tête : Encore une semaine avant de retrouver le départ de la Maxi-Race…
une longue ballade en Aubrac
Récit de l’Ultra-Trans-Aubrac 2013
Une course commence rarement sur la ligne de départ. Elle nait quelques semaines avant, puis elle ne cesse de grandir jusqu’aux jours qui précèdent la date de l’épreuve. Une course c’est aussi un voyage une découverte et elle ne se termine jamais vraiment; On y pense longtemps après que les chronos se soient arrêtés.
Je n’ai jamais pu expliquer ce qui m’a poussé à inscrire l’Ultra Trans Aubrac dans mon programme de course 2013. Je voudrais pouvoir affirmer que j’étais inspiré par la sagesse et qu’ayant prévu de courir la CCC à la fin de l’été, il m’apparaissait indispensable de commencer à me constituer une petite expérience des courses plutôt longues; Ce n’était pas tout à fait le cas mais ce fut ma justification officielle pendant quelques mois.
En fait, j’avais envie de courir en Aubrac car j’avais un souvenir lointain de paysages lunaires dans lesquels le ciel occupe une grande place. C’est un peu faible pour justifier une absence de trois jours, traverser la France en train et abandonner femme et enfants à leur sort mais c’était ma raison.
Je me suis donc naturellement retrouvé le vendredi matin à la Gare d’Austerlitz pour prendre le train en direction de Brive-la-Gaillarde. Cinq heures plus tard je montais dans un TER qui devait mettre plus de deux heures et demie pour rejoindre Rodez. J’avais très précisément prévu le déroulement de mon trajet : je brancherais mon Ipod Shuffle et somnolerais la tête appuyée contre la vitre en regardant de temps à autre le paysage défiler sous mes yeux. Je me reposerais et tout cela alimenterait mon stock d’énergie pour l’épreuve qui m’attendait.
Le monsieur qui s’est assis à côté de moi n’avait pas le même programme. Il occupait la place près de la vitre et, à défaut de voir le paysage, je pouvais regarder son paquet de chips; comme ses raclements de gorge recouvraient quelque peu la voix de Richard Ashcroft ou celle de Thom York, je n’ai pas fermé l’œil. Ses miasmes ont sauté de son corps au mien et dès Rocamadour, bien que j’eus changé de train et de compagnons de voyage, la fièvre m’a envahi.
I am the passenger and I ride and I ride
I ride through the city’s backsides
I see the stars come out of the sky
Yeah, the bright and hollow sky
You know it looks so good tonight
Il pleuvait à Rodez et, pendant les dernières minutes du trajet, j’avais pu observer que les champs tout autour de la voie ferrée étaient gorgés d’eaux et ressemblaient davantage à des rizières qu’aux plateaux arides dont j’avais rêvé.
J’ai récupéré les clefs de la voiture de location qui devait me conduire jusqu’à mon hôtel et les lieux officiels de la course, à quarante cinq minutes de là.
J’ai rejoint, à Saint-Geniez d’Olt, le point d’arrivée de la course où m’attendait Eric. J’avais échangé avec lui sur le forum Kikourou et il avait aimablement proposé que nous dinions ensemble ce soir là. J’ai laissé ma voiture sur le parking de Saint-Geniez et nous avons pris la sienne pour aller à Bertholène, récupérer nos dossards.
La pluie n’avait pas cessé de tomber, le ciel était bas et sombre; j’imaginais mal comment Météo France pouvait pronostiquer un temps très différent pour le lendemain. Nous avons, Eric et moi, papoté à propos de nos courses respectives, de la Maxi Race qu’il avait déjà couru et que je projetais de faire le mois prochain, de l’Eco-Trail de Paris et de Agnès dont la renommée s’étend largement à travers le monde du trail.
Le gymnase de Bertholène dans lequel étaient remis les dossards n’offraient pas une grande animation. J’aperçois dans un coin de la salle, Catherine, que j’avais croisé lors de veillées de Team Outdoor et qui m’avait alors dévoilé, en tant que « locale » de l’étape, quelques conseils avisés sur le parcours; mais elle avait disparu avant que j’aie pu aller la saluer.
Munis de nos dossards et de jolis Buffs verts et terre, nous retournons à Saint-Geniez d’Olt pour y chercher un endroit où nous restaurer.
Nous nous réfugions dans une pizzeria dans laquelle, Lucas, un autre coureur, est déjà attablé. Il nous parle de ses courses, de sa dixième place à la Romeufontaine, de la façon dont il a enchaîné l’UTMB et le Tor des géants l’an passé et le double triptyque : 80km-cross-marathon du Mont-Blanc puis Echappée Belle-Montagn’hard-TDS qu’il envisage cet été. Il nous recommande de partir lentement; très lentement et qu’il vaut mieux marcher à 8 au début, qu’à 3 à la fin.
Je quitte Eric à la tombée de la nuit, pour aller préparer mon équipement et tenter de dormir quelques heures.
La base de ma tenue est composée par un cuissard court Skins pour maintenir une sensation de compression que j’apprécie au niveau des cuisses dès que je cours plus de trois heures. Je n’aime pas courir en long mais il semble qu’il puisse faire froid à certains endroits et la course promet d’être longue; J’abandonne donc mon fidèle short Salomon et opte pour un corsaire de la même marque. Pour le haut, j’ai prévu de baptiser un maillot à manche longue Raidlight que j’ai acquis récemment chez Team Outdoor; Il m’était apparu à la fois suffisamment chaud et extrêmement respirant lors d’une sortie longue à Fontainebleau, ce devrait faire l’affaire en Aubrac.
Pour le reste : manchon de compression Skins, Adidas Supernova Riot 4 aux pieds et mon sac WASP de Ultimate Directtion sur lequel j’ai remplacé la poche à eau par une bouteille agrémentée d’un système de pipette. J’enfouis un maillot à manche longue de rechange et une veste imperméable dans une pochette de congélation et je réserve une deuxième couche Salomon pour les premières minutes de la course. J’hésite longuement à propos de mes bâtons. Je ne pense pas que les pentes des monts de l’Aubrac soient suffisamment longues pour justifier de leur transport mais la fin pourrait être pénible et ils pourraient être utiles dans les descentes où on ne peut plus plier les genoux. Dans le doute je les accroche sur mon sac; on verra bien.
A minuit je ne dors toujours pas. J’ai pris deux Doliprane pour repousser la montée de la fièvre et je ne cesse de me retourner dans mon lit.
Je m’en extraie à trois heures. Je me sens légèrement fiévreux mais pas suffisamment pour renoncer à prendre le départ. Je m’habille lentement. L’hôtelier a préparé un petit déjeuner matinal pour les coureurs. Je m’installe à une table pour tenter de boire quelques gorgées d’un café tiède que j’accompagne de quelques bouchées d’un gâteau sport préparé l’avant veille.
Je saute dans la voiture à 4h15 et cinq minutes plus tard, je suis déjà garé sur le parking de la zone d’arrivée. Des navettes nous y attendent. Elles doivent nous conduire jusqu’à la ligne de départ, à Bertholène.
Je ne parviens pas à retrouver Eric. Tous les coureurs grimpent silencieusement dans les bus et s’efforcent de somnoler pendant la petite demie heure du trajet.
Nous atteignons Bertholène vers cinq heures. Nous nous réfugions dans la salle des fêtes afin d’y entendre les consignes d’avant course. Je retrouve Eric et salue Lucas à côté de qui nous avions diné la veille. Je reprends un café qui doit me donner le courage d’affronter la nuit et les premiers kilomètres. Le départ s’effectue dans la cour des ruines d’un château qui domine la ville. Ce dénivelé n’est pas comptabilisé dans la course mais peut importe nous sommes encore frais.
Un bref feu d’artifice donne le signal du départ et une longue file de lampes frontales s’étire calmement dans une descente à travers les ruelles de Bertholène. Au bout de cinq-cents mètres nous rejoignons un chemin de terre boueux et en moins d’un kilomètres j’ai les pieds mouillés. Je progresse aux côtés de’Eric. Nous nous efforçons de ne pas dépasser 10km/h mais ce n’est pas simple; l’adrénaline de la course nous tire et il est facile de s’emballer lorsque la fatigue n’a pas encore réalisé son œuvre. Il fait encore nuit et les premiers kilomètres sont très plats. J’effectue quelques exercices de gymnastique pour, tout en courant, retirer mon sac, ôter ma seconde couche, la comprimer au fond de mon sac que je replace sur mes épaules…. Eric s’est envolé. J’entends derrière moi la voix de Lucas. S’il est derrière c’est que nous allons trop vite. Je repars malgré tout vers l’avant, retrouver Eric.
Le jour se lève vers de Gabriac et du dixième kilomètre. A l’exception d’un petit raidillon au neuvième kilomètre; ça roule toujours. Nous atteignons le GR 620. Le profil se durcit un peu au niveau du quinzième kilomètre. La pluie abondante des jours précédents a transformé le chemin en torrent de boue. Nous baignons dans l’eau froide; c’est désagréable.
Au vingtième kilomètre nous grimpons jusqu’au joli château de Roquelaure puis continuons notre progression sur le GR620 le long d’une crête qui domine toute la vallée du Lot et Espalion sur notre gauche. Je plonge rapidement dans une longue descente technique et sinueuse à travers une trace boueuse et ruisselante. C’est relativement glissant mais j’y prends énormément de plaisir. Il nous faut traverser Saint Côme d’Olt avant de pouvoir nous réapprovisionner sur le ravitaillement. Nous avons parcouru vingt-trois kilomètres et six-cents mètres de dénivelé en un peu moins de deux heures quarante cinq. Ce n’est pas très rapide mais cela correspond à nos estimations de temps de passage. Nous entrons dans une grande salle quasiment déserte à l’intérieure de laquelle un buffet a été dressé. Je ne m’attendais pas à une assiette de Tripoux mais là c’est plutôt frugal.Un dysfonctionnement de la valve qui régule la pression de ma bouteille m’a interdit de boire correctement depuis une bonne heure. Je me jette sur le coca, en avale trois verres, règle m’a pipette, attrape deux morceaux de banane puis rejoints Eric qui téléphone à l’extérieur. Mon dossard est identifié à la sortie de la salle. Nous sommes dans les cents premiers; compte tenu qu’il y a aussi une trentaine de relayeurs qui cavalent devant nous, j’estime que nous tournons autour de la soixante-quinzième place.
C’est parti pour la seconde étape, la plus longue : plus de trente kilomètres et mille-huit-cents mètres de dénivelé positif. Nous commençons par une petite bosse organisée en chemin de croix. Nous dépassons un couple de traileurs à côté de qui nous avions couru un peu plus tôt dans la descente vers Saint-Côme d’Olt. Ils ont agrafé un petit drapeau breton à chacun de leurs sacs. Ils me font gentiment observer que ma bouteille fuit. J’avais, en effet, mal refermé la valve et la moitié de mon eau s’est répandue sur mon sac.
Je perds quelques minutes à refixer mon système puis reprends ma route.
Il est un peu plus de neuf heures et la promesse d’une belle journée de printemps s’affirme de plus en plus Le bleu du ciel et la chaleur d’un grand soleil contrastent avec l’eau qui ruisselle et la boue qui colle à nos pieds .
On suit un sentier en balcon qui surplombe la vallée du Lot. Le terrain est différent; un sol sableux et des pins. On redescend vers un ruisseau sans risque de glissade. Je me prends à espérer que l’on conserve de telles conditions jusqu’au bout.
Le paysage qui se découvre est enchanteur; le chemin est bordé de bruyère.Au trentième kilomètre, je laisse filer Éric et l’abandonne pour effectuer une pause technique. Je retrouve Christian et Céline, le couple breton qui m’avait alerté quelques kilomètres plus tôt. Nous naviguons côte à côte jusqu’à l’abbaye de Bonneval. Céline occupe la troisième place du classement féminin. C’est elle qui ouvre la voie dans les descentes que nous empruntons.
Je m’arrête devant l’abbaye afin de remplir ma bouteille d’eau. Je me laisse dépasser par un bon nombre de concurrents mais je suis assoiffé il nous reste encore au moins vingt kilomètres à courir et il commence à faire vraiment chaud. A peine suis-je reparti que je tombe sur un groupe d’une dizaine de coureurs à l’arrêt. Ils sont pris d’un doute: quelques uns se sont aperçus que nous n’avions pas croisé de rubalises depuis prés de cinq-cents mètres. Je vérifie la trace enregistrée sur mon GPS et rassure tout le monde : nous sommes sur la bonne voie.
Je reçois, deux minutes plus tard un appel d’Eric. Il a suivi une mauvaise piste avant l’abbaye de Bonneval et vient de reprendre la course avec vingt bonnes minutes de retard. Je lui confirme que je suis repassé devant mais qu’à mon rythme de sénateur nous ne devrions pas tarder à nous retrouver.
J’atteins une large piste forestière. Les arbres masquent le ciel mais on devine que le soleil est au zénith. Le parcours est assez vallonné. Je ne lâche rien dans les côtes et je déroule plutôt bien dans les descentes. J’adore ces sensations. Descendre est ma passion. J’aime slalomer entre les cailloux, choisir sur lequel je vais poser le pied et sentir mes jambes qui s’emballent sous mon corps. Je retrouve le plaisir d’une petite godille en poudreuse ou de longues courbes en carving; le trail c’est du ski.
On quitte la forêt aux environs du quarantième kilomètre. Une large route départementale marque le changement de paysage.
Deux ou trois véhicules rouge et jaune entourés d’une armée de secouristes, occupent le carrefour. Un ravitaillement surprise ? Un carambolage ? Un accident ? Je ne saurai jamais pourquoi autant de monde cuit au soleil à cet endroit mais cela me semble tellement surréaliste après avoir couru seul si longtemps.
Je retrouve, patientant sur le bord de la route, peu après le carrefour, une dame qu’il me semble avoir déjà vue un peu plus tôt. Je la salue tout en trottinant. Dix minutes plus tard, je l’aperçois encore devant un moi. Et encore à Saint-Remy de Bedene, le village suivant. Je lui dis que son mari a beaucoup de chance d’être supporté aussi assidûment. Au Bousquet (kilomètre 48), elle m’accompagne le temps d’une poignée de minutes pour m’encourager. Nous bavardons un instant. Je ne la croiserai pas davantage. Son mari, finisher du GRP, m’aura sans doute dépassé sur le ravitaillement de Laguiole.
Je remplis ma bouteille dans un lavoir au cinquantième kilomètre. Entre la déshydratation et la dysenterie, je prends le risque de la seconde. Trois cents mètres plus loin un bénévole assure, à un croisement, une buvette improvisée avec des bouteilles d’eau fraiche. J’ignore son offre et continue avec ma bouteille potentiellement infectée.
Les deux ou trois kilomètres qui précédent Laguiole constituent un véritable enfer. Mes pieds plongent dans un chemin inondé. J’ai par moment de l’eau jusqu’au genou. Pendant une centaine de mètre du fumier odorant se mêle à la boue. Je ne sais pas très bien dans quoi je baigne exactement mais cela ne m’a pas l’air très propre. Tant pis pour le choléra.
À 14h30 je pénètre enfin dans Laguiole. Comme tous les villages que j’ai traversés jusque là, ça manque d’animation. A l’exception de quelques suiveurs ici où là on a l’impression de traverser des villes fantômes. Peu m’importe, le plus dur est fait. Je suis a mi-parcours mais nous avons déjà fait l’ascension de la plus grosse partie du dénivelé et les étapes suivantes s’annoncent bien moins longues.
Arrivé sous la grande Halle qui accueille le ravitaillement, je me change de pied en cap. L’organisation avait prévu de transporter jusque là des sacs coureurs que nous leur avions confié à Bertholène. J’avais réservé des maillots de rechange, chaussettes et chaussures neuves, un collant long, des gels et des barres énergétiques pour me réapprovisionner.
J’ai conservé mon short et mes manchons de compression, enfilé un nouveau maillot et mis mes pieds au sec.
Alors que j’avale mon deuxième gobelet d’une délicieuse soupe de légume, Éric entre dans la Halle. Nous convenons de reprendre la route ensemble. À la sortie de la ville les rubalises nous conduisent jusqu’à l’entrée d’une coutellerie. Nous hésitons un instant jusqu’à ce qu’on nous invite à traverser le magasin. Nous sillonnons entre les comptoirs et les vitrines. Le shopping prend rapidement fin et nous retrouvons un terrain mieux connu à la sortie de la ville.
Un kilomètre plus tard nous faisons face à une rivière qu’il faut traverser, les pieds dans l’eau en nous équilibrant grâce à une corde tendue entre les deux rives. Je suis envahi par un profond désarroi. J’avais les pieds au sec, des chaussures neuves et il me faut déjà replonger dans l’eau glacée. Mon moral prend un coup.
Une nouvelle aventure débute lorsque l’on rejoint le GR du Tour des Monts d’Aubrac. Les trois premiers kilomètres sont un peu pénibles. Une large route en ligne droite en plein cagnard. On n’en voit pas la fin. Nous cessons de courir dès que la pente s’affirme un peu et reprenons tranquillement notre trot sur le plat et dans les pentes. Mon rhume ne m’a pas quitté. Je renifle, je crache ; ça ne va pas très bien.
Au soixante et unième kilomètre nous pénétrons dans la forêt de Laguiole. Les premières traces de neige apparaissent. Une neige de printemps molle et mouillée qui ressemble à de la boue. Le soleil amorce son déclin
Je perds Éric un peu avant la station de ski de Laguiole. Il a un meilleur rythme que le mien. Céline et Christian me doublent eux aussi; Les temps sont durs.
Au soixante-sixième kilomètre, je cours seul au milieu d’une station de ski déserte. On dirait qu’une bombe atomique a rayé toute humanité sur des centaines d’hectares. Des remonte-pentes immobilisés des pistes sans skieurs. Rien ni personne.
Je grimpe rapidement jusqu’au point culminant du parcours; un haut pylône que j’avais aperçu en quittant Laguiole, symbolise ce sommet : 1404 m. La température s’est rafraîchie. La neige s’étend à perte de vue. Je suis sur la lune. Une lumière de fin d’après midi accentue les contrastes des paysages qui m’entourent. Je devrais prendre le temps de photographier tout ce qui s’offre à mes yeux. J’extraie ma seconde couche du sac et dégrafe mon joker : les bâtons. Je n’en ai eu jusque là aucune utilité mais j’appréhende de courir sur la neige et il me semble qu’ils m’aideront à m’équilibrer.
Je repars dans une longue descente à travers un large champ. Je suis seul et au bout du monde, c’est sublime. Mes jambes m’emportent, je suis dans un rêve. Je cours depuis plus de onze heures mais je vais bien.
Une forêt de nouveau. La neige se fait plus profonde. Mes pas qui s’enfoncent me rappellent la Romeufontaine. J’ai froid aux pieds et mon équilibre est précaire. Je progresse difficilement. Je sens la fièvre qui remonte. Ma gorge me fait souffrir. Trois kilomètres qui durent des heures. Je suis seul. Un ruisseau dans lequel je dois encore plonger mes pieds. Un coureur me rejoint. Il me suivait depuis un bon moment et me dit qu’il a eu du mal à me rattraper: j’avançais à un bon rythme. Cela me surprend. C’était loin d’être mon impression. Je le laisse passer et je décroche.
Au soixante-douzième kilomètre, je traverse une route nationale. Je suis las. La bénévole qui sécurise le passage me demande si je souhaite m’arrêter et abandonner la course.
Je n’y avais pas pensé. Cette idée me paraît insensée. Je suis à moins de cinq kilomètres de la fin de l’étape et la dernière partie dessine un profil que j’affectionne. Une belle descente de 27km, fut-elle à travers des chemins détrempés.
Je me lance à l’assaut des Bouals, le buron qui abrite le ravitaillement suivant. De la neige encore mais la descente est aisée. Je repense à ce que m’a dit la bénévole. Je pense à la boue et à l’eau; j’imagine des galets glissants dans la nuit. J’ai peur de la fièvre et du froid. Je pense à mon temps. J’ai dépassé les douze heures de course et je ne finirai pas en moins de quinze heures. Une idée que je n’avais pas quelques minutes avant m’a été insufflée et se met à germer dans mon esprit.
Je n’irai pas plus loin. Arrivé aux Bouals, j’ai abandonné, comme ça, sans raison.
J’apercevrai Eric une dernière fois, alors qu’il quitte le ravitaillement des Bouals.
Ne chipotons pas cette course fut un échec. Courir longtemps n’est pas suffisant pas plus que de grimper plus de 3000 mètres de dénivelé; ce qui compte c’est de remplir le contrat et de terminer la course sur laquelle on s’est engagé. J’avais signé pour 105km et je ne suis pas allé au bout.
La longue distance n’est pas une affaire de dingue, ni même une question d’entraînement c’est une relation entre un corps et sa tête.
Il y a quatre ans à peine, je n’aurais même pas imaginé être capable de courir 10km sans y laisser mes jambes, mon cœur et mes poumons; quant à participer à un semi-marathon, ce n’était tout juste pas concevable. Je couvre aujourd’hui la distance d’un marathon plusieurs fois par semaine et je sais pouvoir associer l’ascension et la descente de plus d’une dizaine de fois la hauteur totale de la tour Eiffel avec des distances qui dépassent de loin celle d’un simple marathon. Un corps peu tout, il suffit d’en avoir conscience.
Alors, oui, les kilomètres que j’ai avalés représentent un joli paquet mais ce n’est pas cela qui m’a arrêté. Ce n’était pas non plus ceux qui restaient à parcourir; quant aux côtes, j’avais fait l’essentiel, il ne restait plus qu’à redescendre. J’avais encore des jambes pour ça, surtout qu’à l’instar du ski, descendre en hors piste est devenu ma spécialité.
La course est une lutte intérieure pendant laquelle toutes les bonnes raisons de cesser le combat s’opposent à celles qui nous poussent à continuer. J’ai abandonné parce que les premières, à un moment de la course, ont dominé les secondes. Quelques heures plus tôt leur poids me serait apparu dérisoire et c’est de nouveau le cas aujourd’hui.
La raison déterminante de mon abandon était qu’après avoir passé une douzaine d’heure les pieds dans l’eau glacée des sentiers transformés en torrents de boue, la neige molle de printemps et les champs transformés en rizières, la perspective de courir la nuit pendant encore trois ou quatre heures dans de telles conditions m’a paru insupportable. Voilà.
C’est dingue non ? Courir 105km pourquoi pas mais endurer ce que vivent la quasi totalité des paysans asiatiques tous les jours de leur vie, je n’en ai pas eu le courage.
Que peut un corps, hein ?
Je suis d’autant plus déçu que je faisais, à mon niveau, une course plutôt honorable: à l’heure de mon abandon je pouvais encore espérer une place dans la première moitié du classement. Je sais maintenant que j’aurais du prendre vingt bonnes minutes pour me poser et réfléchir. J’en avais le temps; je ne l’ai pas pris. Bien qu’elle ait mûrit pendant plus d’une heure pendant que je pataugeais dans la neige, sur les plateaux de l’Aubrac, ce fut une décision trop hâtive. On ne réfléchit pas de la même façon les pieds dans l’eau que sur un banc au soleil en savourant un toast au cantal.
Ce fut une erreur de débutant. Le doute et le découragement sont profondément inscrits dans l’ADN de l’utra-endurance. Les coureurs expérimentés le savent, pour dépasser ces murs, il faut laisser le temps faire son œuvre. Je saurais m’en souvenir.
Est-ce là une logique de dingue ou de grand malade ?
Ce que je décris là constitue le côté obscur de l’ultra-trail.Il y a aussi une face lumineuse. C’est elle qui me porte.
Quand je pars pour courir pendant des heures je vois les villes et les paysages comme jamais je n’aurais pu les voir. Chaque chemin, chaque colline, chaque arbre se révèle à mes yeux comme si j’étais le premier homme à les découvrir. Ce que j’ai observé hier restera gravé dans ma mémoire. Les collines et les sentiers qui partent de la vallée du Lot et rejoignent les monts de l’Aubrac. Et l’Aubrac, c’est sublime. Pendant quelques heures on a l’impression de faire corps avec un espace. Pour qui aime la photographie, le trail constitue une source d’inspiration infinie. Et puis il y a, pour finir, cette sensation de voir et de sentir ce que nul autre ne peut voir; aller au bout de soi et du monde avec une simple paire de chaussures; c’est magique. Courir c’est l’anti télévision.
Au milieu des étendues désertes qui surplombent Laguiole, les derniers mots de Rudger Hauer dans Blade Runner ont surgit et résonné dans ma tête. : « I’ve known adventures, seen places you people will never see, I’ve been Offworld and back… frontiers! I’ve stood on the back deck of a blinker bound for the Plutition Camps with sweat in my eyes watching stars fight on the shoulder of Orion… I’ve felt wind in my hair, riding test boats off the black galaxies and seen an attack fleet burn like a match and disappear…”
Un truc de dingue, assurément.
in the boue for love
Trail des Marcassins 2013 – 34km
J’avais terminé le mois de janvier sur les rotules ; les quelques heures à courir dans la neige sur la Romeufontaine (Font-Romeu, 66) m’avaient sérieusement épuisé et augmenté ma capacité à collectionner tous les virus qui traînaient autour de moi. Mais, avec un Ultra-Trans Aubrac (105km) qui approche à grands pas, il n’était pas question de relâcher la pression surtout que, sur le papier, un trail de 34km à 20mn de Paris, ça doit pouvoir s’avaler facilement.
Les Marcassins, ça sonnait comme une ballade sympathique et j’étais plein de confiance en allant retirer mon dossard samedi après midi à à Saint-Brice sous Forêt, une jolie petite ville en lisière de forêt, coincée entre Sarcelles et, au nord de Paris.
Anne m’avait convaincu d’aller repérer l’itinéraire la veille, histoire de quitter la maison le plus tard possible tout en conservant suffisamment de temps pour nous préparer une fois arrivé à proximité du stade de Saint-Brice. Bien entendu, j’ai loupé la sortie d’autoroute et passé de trop longues minutes à errer dans le labyrinthe des ruelles de Sarcelles, un jour de marché.
J’ai finalement réussi à garer la voiture à un bon kilomètre de la ligne, un quart d’heure avant le départ. J’ai à peine eu le temps d’enfiler une première couche thermique Mizuno, le short Salomon Exo Wings qui m’accompagne sur la quasi-totalité de mes sorties trail et surtout, les Speedcross que j’avais étrenné quinze jours avant, sur la Romeufontaine. J’ai appuyé sur le bouton de ma montre Garmin 910, et l’écran est resté désespérément vierge. J’étais pourtant persuadé de l’avoir rechargée la veille… Sur le départ d’une course on a tous ses petites habitudes et les l’idée de ne pas pouvoir suivre, en course, mon allure, ma fréquence cardiaque, ou d’avoir une vague idée du temps et de la distance parcourue m’a un peu ébranlé.
J’ai couru jusqu’à la ligne de départ sur laquelle j’ai retrouvé Benoît, souriant et confiant qui faisait sa première expérience sur une telle distance en trail. Je n’avais aucune inquiétude quant au fait que son expérience vaudrait la somme de toutes les miennes et qu’il se retrouverait plus probablement que moi sur le podium. Il m’a dit que Matthieu nous attendait un peu plus loin sur le chemin pour prendre une photographie du départ.
Je n’avais pas encore repris mon souffle quand le starter a donné le signal du départ.
J’étais un peu troublé car un autre groupe de coureur s’est élancé, à une cinquantaine de mètres, sur notre droite. Un terrible doute m’a envahit et j’ai demandé à Benoît de me confirmer qu’il courait bien le 34km et non le 17km. Il y avait effectivement deux départs pour la même course, de part et d’autre du ruisseau que nous devions longer pendant les cinq cents premiers mètres.
Je me suis calé derrière Benoît et ai pris son rythme qui m’a semblé tout à fait raisonnable pour un début de course. J’ai interpellé Matthieu qui nous attendait à deux cents mètres de la ligne avec son appareil photo ; pour la première fois de ma vie, on me photographiait en tête d’une course ; je n’étais pas peu fier. Et puis mon pied s’est enfoncé dans une boue profonde et j’ai découvert ce que serait la nature exacte de cette course. C’était Verdun.
J’avais fait une reconnaissance du parcours sur Openrunner.com afin d’avoir une vague idée du profil de la course. Les côtes n’étaient pas très nombreuses et le premier kilomètre apparaissait relativement plat ; Le ruisseau du fond des Aulnes m’avait fait penser à ce célèbre poème de Goethe. Quand j’y repense j’aurais dû me douter que cela ne préfigurait rien de bon. Les chemins plats n’ont rien de roulant quand ils sont gorgés d’eau et mon calvaire a débuté.
Au bout de cinq-cents mètres je suis toujours second, nous tournons sur notre droite et franchissons la rivière. J’avance à 14km/h et je commence à réaliser que je suis peut-être en surrégime. Je décroche et laisse Benoit filer devant moi.
Les premiers coureurs me dépassent alors qu’on progresse sur un léger faux plat toujours aussi boueux.
Je franchis le premier kilomètre en cinq ou sixième position en empruntant, sur notre gauche, la première petite pente du parcours. Vingt-cinq mètres de dénivelé jusqu’à ce que l’on atteigne enfin une route forestière sans boue. Un coureur m’interpelle, David, il a repéré mon petit sac Wasp de chez Ultimate Direction sur lequel j’ai épinglé le logo du Team Outdoor Paris. Il est lui aussi équipé de ce petit sac moutarde qu’il a acheté dans notre magasin préféré de la Porte Dorée. Il m’abandonne et poursuit sa course à l’assaut des premiers. Je suis dixième ou peut-être douzième ; je ne sais plus ; ça commence à défiler. Je décide de ne pas m’attarder sur cette hémorragie de place et de me concentrer sur les trente-deux kilomètres qu’il me reste à parcourir et qui promettent d’être un peu plus technique que je ne l’avais pensé.
Au deuxième kilomètre, avant d’atteindre le GR de pays, on attaque la première véritable bosse; une jolie monotrace qui suit une petite ravine. Un peu plus de 12%, cinquante mètres de dénivelé. J’avale ça la tête haute sans rien lâcher ; Mon cœur cogne, on se sent vivant.
Le troisième kilomètre arrive vite. On redescend de cinquante mètres. Ça donne le ton: des montée et des descentes ; une pente qui s’inverse tous les 500m, les cuisses apprécient. La descente est assez ludique ça serpente entre les arbres, le sol est moins boueux on peut envoyer un peu. Je compte les kilomètres au pif ; Le temps aussi. Aux environs du cinquième kilomètre, on atteint l’extrémité nord du parcours. On remonte alors vers un château d’eau.
J’interroge un gars qui court à mes côtés depuis un bon quart d’heure. Il a une Garmin 310 à son poignet et doit savoir où nous en sommes. Il m’annonce 6.3km. Ça colle avec mon estimation. Je ne cours peut-être pas aussi vite que je le voudrais mais j’ai conservé le sens de l’orientation et un bon timing.
Les kilomètres défilent : sept, huit, la moitié de la première boucle. Je croise la route D123 que j’avais traversé quelques kilomètres plus tôt. La route forme comme une ligne médiane qui sépare le sud et le nord du parcours. Je suis revenu du bon côté…
On entame une belle descente qui s’achève sur une flaque d’eau large comme une piscine. Je suis mal préparé au triathlon alors je la contourne.
On retrouve la route forestière du début. Ce tracé est un labyrinthe : on passe et repasse sur les mêmes chemins et les mêmes routes, on longe le même ruisseau, dans un sens puis dans l’autre ; on croise des coureurs qui arrivent de partout. C’est déroutant.
Les coureurs du 17km viennent à notre rencontre. On les identifie grâce au point rouge imprimé sur leur dossard. Un bénévole qui fait la girouette pour photographier les coureurs qui arrivent respectivement devant et derrière lui, annonce qu’à ce niveau, il me reste 8km et qu’il n’en restera que cinq lorsque je repasserai devant lui, dans l’autre sens. La réalité est plus dure, il faut en ajouter dix-sept; j’ai une deuxième boucle à parcourir.
Entre le dixième et le onzième kilomètre on enchaîne une succession de boucles dans un sens puis dans l’autre; on croise à chaque fois des coureurs qui arrivent dans l’autre sens mais on ne sait jamais s’ils sont devant ou derrière. Des montées et des descentes; c’est assez ludique pour qui a des jambes.
On rejoint une nouvelle fois la large route forestière que suit la ceinture verte (GR) une longue descente de 700m dont on voit le bout au loin. Mais ce n’est pas pour tout de suite car on repart pour une nouvelle boucle en forêt avant de revenir sur la route sur laquelle on peut enfin se relâcher pendant 500m.
Je retrouve le bénévole qui fait la girouette et je comprends qu’il me reste cinq kilomètres sur cette première boucle et que les types qui arrivent face à moi sont, en fait, 3km derrière.
Une fusée en débardeur et en short déboule à fond et me laisse sur place. Je comprends vite qu’il est le premier du 17km. J’espère voir Matthieu dans son sillage mais il tarde à me dépasser.
Le second du 17km me double deux minutes plus tard. Ils peuvent y aller, ils sont sur la fin.
On longe des terrains de sport en lisière de forêt. J’imagine que ce sont ceux du stade de Saint-Brice Sous Forêt et que je suis en train de terminer mon tour. J’interroge un garçon équipé d’un GPS. Il m’annonce 14km. Il m’en reste 3. Ça n’en finit pas. Il reconnait, lui aussi, l’écusson du TOP sur mon sac. Il évoque Agnès et me chambre un peu sur ma vitesse. Je lui réponds que c’est une sortie tranquille en endurance et que je rentre, après la course, en courant jusqu’à Paris.
Un kilomètre plus tard je rejoins les faubourgs de Montmorency. Ce n’est pas encore fini. Il faut remonter jusqu’à la forêt pour une dernière descente jusqu’au point de départ.
Matthieu me double. Il est quatrième.
J’atteins enfin le ravitaillement. Je prends un verre d’eau glacée au bar. Je me renseigne sur l’horaire. 1h35 pour faire dix-sept kilomètres, c’est très moyen. En mettant le paquet sur la deuxième boucle je devrais pouvoir m’en sortir honorablement.
Je me suis fait à la boue ; Je n’aime pas beaucoup mais une fois qu’on a compris qu’il est vain d’essayer d’éviter les flaques en sautillant d’une « berge » à l’autre et qu’il vaut mieux y aller carrément sans se poser de question, ça finit par passer. Dès les premiers mètres je me rends compte que ce nouveau tour sera différent. Le chemin qui a été piétiné successivement par tous les concurrents du 34km puis par tous ceux du 17km est devenu impraticable.
Je comprends mieux l’origine du nom de ce trail. Les Marcassins. J’ai l’impression que des hordes de sangliers sont passés devant moi. Les Speedcross n’y changent rien; la boue colle aux chaussures et on soulève à chaque pas cinq-cents grammes de glaise. Je n’avance pas. Ma course ressemble à ces cauchemars où l’on tente de fuir mais un câble invisible vous retient sans que vous ne puissiez rien y faire.
Je retrouve les mêmes chemins, mais je prends moins de plaisir qu’à mon premier passage. Mes jambes sont lourdes. La descente sinueuse entre les arbres au troisième kilomètre m’apparaît moins ludique. Je sors une barre Mac’Amande Fenioux. Je n’ai rien pris sur les dix-sept premiers kilomètres et j’espère que cela me donnera un petit regain d’énergie.
Je ne cours plus sur les bosses. Je les monte en marchant ; c’est mauvais signe. Je prends du retard.
Au château d’eau je sais qu’il ne me reste onze kilomètre mais Je suis à la dérive. Mon maillot est trempé et cela provoque des douleurs au ventre. J’en ai un de rechange dans mon sac mais je rejette l’idée d’une pause. Cela me ferait perdre beaucoup de temps pour un gain dérisoire ; une distraction inutile. Je décide de serrer les dents et de faire l’effort de conserver ma place, voire d’en grappiller quelques unes.
Nouvelle succession de boucles de montées et de descentes; difficile de savoir où je suis ni dans quelle direction j’avance. Je croise encore une fois le bénévole-photographe-girouette. J’ai compris le truc : 8km ce coup-ci, 5km au prochain passage. Cette fois-ci il n’y a pas de tour à ajouter, la fin est proche…
La route forestière qu’on emprunte, qu’on quitte et que l’on retrouve. Encore cinq.
Les stades en lisière de forêt ; plus que trois.
Les faubourgs de Montmorency ; deux.
Un coureur me double. Il va vite. Je ne comprends pas comment quelqu’un qui arrive des abimes de la course peut conserver une telle vitesse. A ce stade les gars rapides sont devant moi, pas derrière. Je m’accroche à lui mais il s’éloigne inexorablement.
Un dernier passage en forêt ça descend. J’accélère. Je vois la ligne. Il la franchit avant moi.
C’est terminé.
Anne m’attend avec un verre de vin chaud. Sympa, je suis glacé.
Elle a terminé son 17km en à peine plus de deux heures. Pas mal, pour une première expérience en trail sur cette distance.
Le sympathique garçon qui m’avait chambré au quatorzième kilomètre est là. Il promet de cafter ma déchéance à Agnès. Je ne pourrais pas lui laisser croire que j’ai talonné Benoît pendant toute la course et évoquer une scandaleuse erreur de chronométrage. Je revois également David, le client de Team Outdoor au sac Wasp qui m’avait laissé sur place au quatrième kilomètre. Il est sixième.
Je lis sur le panneau d’affichage que Benoît termine deuxième ; pas mal pour une première. Matthieu est quatrième du 17km, mais je le savais, j’avais compté les coureurs avant qu’il ne me dépasse.
Je termine 68ème en 3h38. Petite déception : j’aurais pu être bien meilleur en gérant ma course plus sérieusement.
Je garderai, malgré toute cette boue et mon chrono misérable, un excellent souvenir de cette course. Le balisage était parfait et l’accueil des bénévoles et des organisateurs très chaleureux ; le parcours compte beaucoup de monotraces et de petites ou grosses bosses très ludiques ; Le Trail des Marcassins est infiniment moins monotone que ne l’est l’Eco-Trail. Et puis, en y repensant, même la boue me manque un peu.
les genoux dans la neige
Récit de la Romeufontaine 2013
Lorsque mon pote Fred a proposé que l’on aille, lui, Laurent et moi, courir à Font-Romeu pour commencer l’année 2013, j’étais loin d’imaginer le pire. Nous étions en Juillet, je pensais au soleil, à la frontière espagnole et au ciel bleu qui enveloppe les crêtes des Pyrénées. L’été et l’automne ont passé et nous avons plongé dans l’hiver, la pluie, le vent et le froid.
La Romeufontaine était ma première course au sein du Team Outdoor Paris. J’avais envoyé une lettre de motivation à Agnès, les athlètes du team avaient voté et je me suis retrouvé à partager le quotidien d’une bande de champions. Ils collectionnaient les victoires et les podiums et bien qu’on m’ait assuré qu’aucune pression ne s’exerçait sur moi il fallait que j’assure un peu.
J’ai continué à me préparer sérieusement : Avec Alain, dont je suis les conseils et qui établit mon programme d’entraînement, ça ne rigole pas. Il coupe les mitochondries en quatre, et surveille avec soin mon assiduité aux séances de torture qu’il m’a concocté.
J’ai étudié le parcours, estimé ma performance sur softrun.fr et je me suis convaincu que je n’avais rien à craindre de cette ballade dans les Pyrénées. Mon dernier trail remontait aux Templiers, deux mois plus tôt, et je ne m’en étais pas si mal sorti. Le calculateur donnait 3h45 pour boucler ce parcours, une place dans les cinquante premiers au scratch et un top 10 dans ma catégorie (V1H). J’ai pris l’avion gonflé de confiance et de certitudes et nous avons atterri à Perpignan.
Bien que nous ayons passé les quinze jours précédents à scruter la météo, nous avons vite compris que la Romeufontaine ne serait pas le trail au soleil que nous avions espéré. Plus nous progressions le long de la RN116, plus le ciel s’assombrissait et, lorsque nous avons débuté l’ascension vers Font-Romeu, la neige s’est mise à tomber.
Il en est tombé toute la nuit. La route qui séparait Font-Romeu du gite dans lequel nous avons passé la nuit était recouverte d’une couche de neige d’au moins 10cm. Nous n’avions bien-sûr pas de chaînes et je contrôlais la voiture comme j’aurais contrôlé un semi-remorque sur une nappe d’huile. Je ne suis pas pilote de rallye finlandais et la probabilité d’arriver à l’heure sur la ligne de départ s’amenuisait de minute en minute.
Nous avions heureusement pensé à récupérer nos dossards la veille et Font-Romeu à sept heures du matin ne ressemble pas à Paris quand on cherche une place pour se garer. Il ne nous a pas fallu cinq minutes pour nous extirper de la voiture, enfiler nos vestes, saisir nos sacs et nous présenter sur la ligne de départ.
J’ai abandonné Fred et Laurent au milieu du sas et me suis glissé jusqu’au troisième rang. Le souvenir de la course des Templiers sur laquelle j’étais parti en queue de peloton et où il m’a fallu perdre toute mon énergie à tenter de doubler les autres coureurs sur des monotraces étroites, m’avait convaincu qu’il valait toujours mieux partir devant que derrière. J’ai profité des quelques minutes qu’il restait avant le début de la course pour ajuster ma tenue et vérifier une dernière fois mon sac.
Comme des jeunes filles qui se seraient préparées pour aller danser, la discussion sur nos tenues de course avait occupé une bonne partie de notre soirée. La température ne devant pas excéder -5°C pendant toute la matinée, j’ai choisi de porter une première couche thermique à manches longues Mizuno surmontée d’une veste légère imperméable North Face en Goretex. J’ai également enfilé un cuissard et des manchons de compression Skins que j’ai recouvert d’un collant long Salomon. Au pied, je chaussais pour la première fois les SpeedCross que j’avais achetées au premier jour des soldes chez Team Outdoor. J’avais également mis des guêtres Raidlight et des Yaktracks; Ceinture et bretelles, c’était inutile mais je ne le savais pas encore. J’avais posé, sur le forum de Kikourou.net, la question de l’utilité ou non de se munir d’une frontale pour le début de la course; les réponses étaient peu claires et comme les organisateurs ne mentionnaient rien sur ce point, j’ai pensé que l’aube nous éclairerait.
Le départ a été donné rapidement; les premiers coureurs se sont élancés et je les ai suivis. On circule pendant quelques centaines de mètres sur une rue qui grimpe lentement vers le golf de Font Romeu et en cinq minutes à peine nous plongeons nos pieds dans la neige. La montagne baigne encore dans l’obscurité et je commence à courir dans le noir. Une trentaine de coureurs équipés de frontales me dépassent avant que je prenne mes marques dans le noir. Je me cale derrière un gars qui a eu, comme tout le monde, les trois pieds nickelés parisiens mis à part, la bonne idée de s’équiper d’une lampe. Un air froid et vif brûle mes poumons, j’ai de la neige jusqu’aux genoux, je suis dans les cinquante premiers et très certainement aussi, en sur-régime.
Il n’y a eu aucun répit; pas de petit tour de chauffe, sur un chemin roulant, pour se mettre en condition. Ça grimpe lentement mais l’importante couche de neige rend la progression difficile. Chaque pas nécessite un effort auquel je n’étais pas préparé. J’avais pourtant profité de la fin du tournage de « je fais le mort », un film que Diaphana produisait à Mégève, pour aller en décembre courir sur la neige. Anne avait prolongé la réservation de sa chambre de sorte que l’on profite d’un weekend en montagne. On avait couru pendant quelques heures sur des pistes damées et j’avais trouvé la sensation plutôt agréable
Après trois kilomètres, on atteint un replat sur une piste damée. J’ai perdu quelques places dans la bataille mais le jour se lève et cela adoucit ma course. On suit le GR du Pays de Cerdagne pendant un bon kilomètre avant d’attaquer la première bosse un peu raide.
Je suis toujours dopé par l’adrénaline du départ. Même si je sais que j’aurai du mal à tenir mon objectif initial, je ne lâche rien.
On alterne des portions plutôt roulantes, sur des pistes damées, avec des numéros d’équilibriste autour d’une trace étroite laissée par un fondeur et les premiers coureurs. Ne pas poser le pied dans un trou et se faire une requiert une grande concentration pour qui n’est pas habitué à ce type de terrain. Nous gravissons environ deux cents mètres de dénivelé entre le quatrième et le sixième kilomètre. Je suis dans le rouge, en apnée. Je ne vois pas comment je vais pouvoir encore tenir trente kilomètre à ce rythme mais je continue, aspiré par les autres coureurs et le froid.
Alors que nous rejoignons une piste de ski de fond damée au moment ou Laurent revient enfin à mon niveau. Nous progressons côte à côte en silence; nous ne sommes pas tout à fait en aisance respiratoire. Il me lâche un peu avant que nous atteignons le refuge de la Calme, au neuvième kilomètre, où a été installé le premier ravitaillement.
Je ne prends pas la peine de m’arrêter; la poche à eau de mon petit sac WASP Ultimate Direction est encore pleine et j’ai suffisamment de gels ou de barres Mac’Amande pour toute la course.
Trois minutes après avoir laissé le refuge derrière moi, Laurent qui avait fait une courte pause, réapparaît à mes côtés.
Depuis le départ, j’ai oublié de boire. Le retour de Laurent m’y fait penser. Je place ma pipette dans ma bouche mais, comme je l’avais craint, le tuyau est déjà gelé. J’aspire désespérément quelques gouttes d’eau qui devront me suffire à patienter jusqu’à la prochaine étape.
Après un bref passage d’un kilomètre en hors piste, nous suivons de nouveau un chemin damé jusqu’au douzième kilomètre.
Le Roc de la Calme constitue le point culminant du parcours. Se retrouver dans la neige à 2200m d’altitude, après 1h40 de course quand la veille encore on se réveillait à Paris, c’est magique.
Laurent a de nouveau disparu derrière moi lorsque je bascule dans la première et seule vraie descente du parcours. Je fonce sur la piste noire de la Calme, comme si j’avais chaussé des skis et que je descendais la Streif à Kitzbühel. 300m de dénivelé négatif à fond, c’est un vrai bonheur. J’adore ça ! Rien que pour ce court moment de pure adrénaline, je ne regrette pas mon déplacement à Font Romeu. Je chute à deux cents mètres du bout de la piste et me laisse glisser, sur les fesses jusqu’en bas. Mes gants sont trempés et j’ai éraflé mon collant mais je n’ai jamais descendu aussi vite une piste sans skis.
Le second ravitaillement est installé au pied du télésiège de la Calma Nord. Nous avons parcouru près de 13km. Des gendarmes et des militaires font office de bénévoles. Ils me servent un verre de coca que j’expédie en quelques secondes avant de reprendre ma course.
Nous retrouvons la neige profonde et les exercices avancés de proprioception. Je regrette d’avoir laissé mes bâtons Leki dans le coffre de la voiture. Ils m’auraient été utiles, moins pour m’aider à grimper que pour me donner davantage d’équilibre sur les monotraces. Le supplice se prolonge sur trois kilomètres.
Au seizième je cumule déjà deux heures de course. Je m’engage sur une route en pente douce, sur la rive gauche de la Têt. Je peux enfin dérouler tranquillement; je décontracte mes cuisses et mes mollets. Mon cardiofréquencemètre est resté bloqué autour de 166 bpm depuis le début de la course. Deux heures au seuil anaérobie quand il en reste au moins autant à faire, c’est suicidaire.
Laurent me rattrape au dix huitième kilomètre. Il a retiré ses Yaktrack. Il a sans doute eu raison; il n’y a pas de verglas et sur cette neige profonde et souple ils n’apportent pas grand chose de plus que les crampons de mes Speedcross. Je ne veux pas perdre de temps en m’arrêtant pour les déchausser et passer trois minutes à tenter de les coincer dans le filet de mon sac.
Troisième ravitaillement au vingtième kilomètre. Nous nous entendons avec Laurent pour ignorer cette halte et gagner quelques précieuses secondes (!!!).
Nous traversons la rivière au vingt-deuxième kilomètre et revenons dans l’autre sens en empruntant la rive opposée. La pente douce s’est métamorphosée en long faux plat. Nous doublons des coureurs qui se laissent aller à marcher sur les bosses alors que nous continuons à courir.
Le quatrième ravitaillement apparaît autour du vingt-sixième kilomètre. Je cours depuis plus de trois heures et la fatigue commence à se faire sentir. Je m’arrête et me repaît d’une bonne soupe chaude. Face à nous le télésiège des Avellans transportent les skieurs trois cents mètres plus haut. Je les observe avec envie avant de repartir à l’assaut du dernier gros morceau de la course.
Nous nous engageons sur le GR 10; Laurent me précède de quelques mètres. Je peine à reprendre mon rythme; Ma fréquence cardiaque reste incroyablement basse. Je suis à 65% de ma FC maximum et je ne parviens pas à accélérer.
Un torrent croise notre chemin. Nous cherchons un endroit où passer; Je bondis sur ce que je crois être la “berge” opposée mais la neige se dérobe sous mon poids et je plonge un pied, puis l’autre dans l’eau glacée. Mes speedcross ont beau être conçues en Goretex, l’eau froide s’immisce dans toute la chaussure. Laurent reprend sa course et je le laisse filer. Je n’ai plus aucune force; je le sais maintenant le trop plein d’acide lactique a produit son effet : j’ai explosé.
Je progresse désormais en petites foulées, je marche dès que la pente devient positive. Je double péniblement quelques randonneurs en raquettes mais me fait reprendre par des coureurs situés derrière moi. L’incident du torrent se reproduit deux autres fois. A chaque fois l’eau, au contact prolongé de la neige, se cristallise et forme comme une coque de glace autour de mon pied. Les trois kilomètres qui suivent sont un véritable calvaire. Je ne prête aucune attention aux étangs gelés de la Pradella qui s’étendent sur ma droite. Je pense à Fred qui, derrière, doit sans doute souffrir davantage que moi et à Laurent que je ne rattraperai pas.
Au vingt-neuvième kilomètre je retrouve le poste de ravitaillement du treizième kilomètre, au pied de la Calme. Je prends le temps de savourer une autre soupe puis je quitte le bar pour aller affronter la dernière côte du parcours; Nous devons remonter la piste noire que j’avais tant apprécié à l’aller. Dans ce sens elle est beaucoup moins attrayante.
Une longue file de coureur s’étire jusqu’au sommet. Nous progressons le dos courbé, les mains sur les cuisses et le souffle court. Les concurrents du 26 km nous ont rejoint et témoignent d’une vigueur sensiblement supérieure à la notre.
Je monte lentement. Mon coeur ne cogne pas comme il en a l’habitude sur ce type de « raidillon ».
A mis pente, un coureur m’interpelle. Il a repéré le logo Team Outdoor agrafé sur le filet de mon sac. Il se présente : Olivier; c’est un ami d’Agnès. Il vient de Nantes et, comme moi, manque de pratique sur les longues côtes et dans la neige. Nous bavardons quelques instants puis il s’arrête afin d’attendre ses camarades qui grimpent derrière lui.
J’atteins le sommet de la Calme puis le cinquième et dernier ravitaillement au sommet du télésiège du Roc. 4h44 ont passé depuis le départ. Je suis exténué. Je m’assieds dans un fauteuil qui traîne à côté de la table sur laquelle sont posés les boissons et je reprends mon souffle pendant trois longues minutes.
Il reste à peine six kilomètres à parcourir avant la fin et ils sont majoritairement en descente. Je pronostique hâtivement une arrivée en moins de trente minutes. La descente jusqu’au stade de biathlon, au trente deuxième kilomètre est un régal. Je reprends confiance.
Je mesure vite mon erreur lorsqu’il me faut de nouveau m’engager le long d’une profonde monotrace sur laquelle je ne parviens pas à garder l’équilibre. Je titube comme un ivrogne et des hordes de coureurs me dépassent. La majorité d’entre eux sont inscrits sur le 26km mais beaucoup d’autres terminent courent la même épreuve que moi. J’en suis au trente troisième kilomètre et je repars faire un tour en forêt.
Quatre kilomètre plus loin des spectateurs m’annoncent que l’arrivée est imminente. Je n’entends pourtant rien, ni cris ni speaker; tout est mort.
l’aire d’arrivée est en fait dissimulée sous un hangar à côté de la gare du télésiège des Airelles.
Je donne un dernier coup de rein afin de grappiller quelques secondes et Je franchis la ligne en 5h44. Je suis 183ème sur 270 arrivants. Laurent a terminé sa course vingt-trois minutes avant moi, il est 120ème. Quant à Fred, il finit en 6h04 à la 220ème place.
Ce fut pour moi une course très dure. Bien davantage que les Templiers ou toutes celles que j’ai couru jusqu’alors.
Je ne devais pas partir trop vite mais comme toujours, quand je suis sur la ligne de départ je suis aspiré par les autres coureurs, j’oublie mon niveau réel et je pars à fond. Je poursuis les premiers en apnée jusqu’à ce que la réalité me rattrape.
La course fut difficile; beaucoup plus que je ne l’avais prévue. J’ai explosé en vol et ma course s’est transformée en bonne grosse sortie longue.
Pourtant, les bosses, je connais; c’est dur mais on serre les dents et ça passe; on s’éclate en descente, à fond, comme quand on fait du ski et on déroule sur le plat; c’est là que je récupère un peu… Mais là, sur des monotraces étroites et instables, il fallait rester super concentré, regarder en permanence où l’on pose les pieds pour ne pas se tordre bêtement la cheville dans un trou. C’est nerveusement épuisant.
J’ai mis 5:44 alors que j’espérais en mettre deux de moins. Le premier met une heure de plus que ce qu’il avait fait l’an dernier et termine en plus de quatre heures.
Comme d’habitude je suis déçu et comme d’habitude je promets de ne plus jamais refaire cette course; mais comme toutes les courses que je n’aurais jamais dû refaire je sais aujourd’hui que je reviendrai à Font-Romeu.
Bien entendu, le beau temps à fait son apparition aussitôt après que nous ayons quitté le hangar. Nous sommes allés déjeuner dans un bistrot du village puis nous sommes repartis vers Perpignan.
Le retour fut plus compliqué que la course. Avec la tempête sur Paris, les vols et les trains annulés, nous sommes restés coincés à Perpignan. Nous avons regretté de ne pas être restés quelques heures de plus à Font-Romeu. Nous avons profité de notre séjour forcé dans un petit hôtel face à la gare pour refaire cent fois notre course et imaginer comment les choses se seraient déroulées si nous avions mieux connu le terrain. J’adore ça: on imagine sa course pendant des heures, on la fait et puis on y pense et on en parle encore longtemps après. Chaque kilomètre s’étend dans le temps bien davantage que sur le chrono…
Run the Poitou
traces du Poitou
- trail de Fénery, 20km
- Off-Trail, 44km
- marathon-trail des GR de Secondigny, 40km
- trail du Hérisson, 24km
Montmorency Hopeless Romantic
Je suis un peu victime d’un effet pervers induit par la vision du film de Nicolas Winding Refn. Je l’appelle le Drive Driving Syndrome™. Je rigolais en voyant ma sœur infuser des heures dans la baignoire avec des palmes et un tuba, après avoir vu six fois le Grand Bleu, il y a vingt trois ans. Elle avait quelques circonstances atténuantes, elle achevait son adolescence. Elle en est sortie (de l’adolescence bien sûr et du film de Besson surtout). Les heures à écouter la musique d’Eric Serra ne lui ont laissé aucune séquelle. Je peux donc espérer moi aussi qu’un jour je serai guéri et que mon affection ne constituera plus qu’un souvenir embarrassant; J’aurai honte de ce DDS™ comme d’une lointaine syphilis.
Ça a commencé bêtement un mardi, quatre jours après être sorti du cinéma. On m’avait prévenu; les filles craquent pour Ryan Gosling, Carey Mulligan est mignone, le scénario est bien foutu et les séquences en bagnole sont hypnotiques. Ca ne suffit pas pour faire de ce film un chef d’oeuvre mais il reste quelques images rémanentes et des envies d’autoroute.
L’idée de faire six fois le tour du périphérique avec une Chevy Malibu 1973, des mitaines en cuir et une paire d’Aviator sur le nez, m’est apparu comme le truc le plus évident du moment. J’ai redécouvert les groupes du Collectif Valérie comme Anoraak, Kavinsky ou College dont le titre a Real Hero arrive en tête des charts de mon Iphone ou de mon autoradio; Je zone sur deezer, Spotify, itunes et ce qui reste de myspace à la recherche de titres crypto new-wave qui me rappellent les boucles de basse électro qui encombrent la bande Original composée par Cliff Martinez; bref, je suis givré.
J’ai fixé la Gopro sur le pare-brise de ma Volvo et j’ai entrepris de filmer en timelapse toutes mes sorties du weekend. Des aller-retours dans le vingtième arrondissement, un tour dans le bois de Vincennes et un autre jusqu’à Montmorency où je suis allé courir, sous la pluie, dimanche matin.
Ce n’est pas Drive. Ce n’est pas non plus un hommage; il existe sur la toile des « tributes » bien mieux roulés, à l’instar de ce petit clip d’animation…
Là, ce sont juste des images de la circulation dans le nord de Paris; des heures en voiture, du bitume et des embouteillages. C’est gris, c’est Paris et on s’ennuie. J’ai ajouté un petit air synthétique de FM Attack comme on met de la musique dans les ascenseurs et les parkings, en espérant que ça crée une ambiance. Si les crapauds se transforment parfois en prince, mais la musique n’y changera rien : les ascenseurs et les parkings demeureront des espaces oppressant. Paris en décembre est sous la pluie; même filmé en timelapse ce n’est pas Hollywood.
Je vais reprendre mon vélo , c’est finalement beaucoup plus sympa que de regarder pendant des heures, les feux de stop de la voiture qui me précède.
un bout des Templiers
Nous étions résolus, Laurent et moi, à nous attaquer à la course des Templiers quelques jours à peine après être revenus du Marathon des Causses. Je n’ai pas attendu le deuxième jour des inscriptions pour m’engager sur une épreuve qui dépassait très largement mes aptitudes en endurance, mais les austères sentiers des Causses nous avaient marqués pour la vie et courir à Millau en 2011 était devenu une évidence.
J’ai couru le marathon du Mont-Blanc en juin et le plaisir que j’y ai pris m’a donné une grande confiance quant à ma capacité à affronter un dénivelé et un kilométrage important. Je disposais de tout un été pour être en mesure de courir, en montagne, trente kilomètres au-delà du marathon. Cela me semblait parfaitement jouable.
J’ai couru cet été autour de la Grave, dans la Garfagnagna et les Alpes Apuanes et je suis retourné à Chamonix fin août. Début septembre il me restait un peu plus d’un mois pour affiner mon entraînement. J’avais un programme de longues sorties en nature et en VTT tout autour de Paris mais je ne m’y suis pas tenu. Laurent, qui devait plonger avec moi dans cette aventure y a renoncé au début de l’été. Un tournage en Papouasie pendant le mois de novembre lui interdisait de se préparer et de se lancer dans une telle course. J’ai vécu cette annonce difficilement. J’avais bien sûr promis à Thibaut que nous courrions ensemble. C’est lui qui m’avait convaincu, lors d’un séjour au ski, de me mettre à la course à pied et grâce à qui j’avais triomphé de ma première compétition; mais Thibaut n’a besoin de personne pour terminer les courses les plus dures et je craignais d’être un poids pour lui. Il serait l’exemple, celui qui court devant, qui fixerait l’objectif et nous essaierions de le suivre. Laurent c’était différent. Nous partagions un niveau identique et la même expérience : les Causses, l’Eco-Trail et le Mont-Blanc. Je savais que, quoiqu’il arrive, nous serions côte à côte jusqu’au bout. J’en ai parlé à Julien, mais il n’a jamais répondu. J’ai pensé à Frédéric mais il revenait de son Marathon à Berlin et il n’était pas tout à fait prêt pour une telle distance. J’ai voulu convaincre François de reprendre le flambeau et ce fardeau, mais, après avoir longuement hésité, il a préféré ne pas se perdre dans un défi auquel il ne s’était pas suffisamment préparé. J’aurais bien voulu que Bruno courre avec moi. Bien qu’il s’en défende je suis sûr qu’il aimerait ce genre de chose et qu’il ferait un excellent coureur de fond. On pourrait fonder une Dream Team. Je n’ai finalement trouvé personne qui puisse prendre la place de Laurent.
Je me suis dissipé. J’ai participé à des épreuves de demi-fond, la QBRC et le Paris Versailles et je suis tombé malade. J’ai enchaîné pendant trois semaines différents stades d’états fébriles, grippe, angine et j’ai arrêté de courir. Habituellement je supporte difficilement de laisser passer plus de deux jours sans chausser mes runnings. Là les jours défilaient pendant lesquels je ne ressentais plus rien, aucune envie, aucun frisson. Une rupture.
J’ai annoncé à Thibaut que je l’accompagnerai pour faire des photographies et lui servir d’assistance mais qu’il était impossible que je courre moi même.
J’ai retrouvé quelques forces trois jours avant de partir pour Millau; j’ai mis mes bâtons et mes chaussures dans un grand sac et j’ai pris le train.
J’ai retrouvé Thibaut à la gare de Lyon. J’avais aussi donné rendez-vous à Olivier qui avait gagné récemment un dossard et que je ne voulais pas laisser seul dans ce challenge vertigineux.
Nous avons confortablement voyagé en première jusqu’à Millau détaillant jusqu’à l’infini notre plan de course du lendemain. J’avais développé un tableau de bord dans lequel j’indiquais les temps de passage probable sur chaque point haut ou bas du parcours, en intégrant la distance, la pente, ma vitesse de base et le déclin potentiel lié à la fatigue. Mes estimations les plus objectives donnaient 11:30. Thibaut trouvait que ce timing manquait d’ambition et que nous devrions plutôt nous fixer un objectif de 10:00. Olivier, plus réaliste, comptait simplement se caler sur les barrières horaires pour terminer sa course. Je contestais qu’en se fixant sur les barrières horaires, on prend le risque d’être hors limite si un incident survient. Je le reconnais, il est plus aisé de discuter de tout cela confortablement installé dans un fauteuil que lorsqu’on se retrouve confronté à la dure réalité du terrain.
En gare de Montpellier, Thibaut à pris le volant d’une Opel Zafira que j’avais réservé chez Avis depuis trois mois et nous avons roulé vers Millau.
Nous avons quitté l’autoroute avant d’atteindre le pont; quelques kilomètres plus tard, Thibaut et Olivier découvraient le profil du Causse Noir et à 16:00 nous étions sur le site des Templiers pour récupérer nos dossards. Nous avons fait un tour dans le salon du trail mais je n’ai rien trouvé qui satisfasse ma frénésie consumériste. Le cadeau offert par les organisateurs m’a déçu, on nous distribuait une fois encore, le buff que nous avions reçu l’année dernière.
Nous avons laissé Olivier à son hôtel, sur les hauteurs de Millau et nous avons rejoint le notre. L’Hotel des Causses est situé en centre ville; il est en cours de restauration par un couple de néo-propriétaires tout à fait sympathique. Nos cellules étaient spartiates mais suffisaient largement à notre programme.
J’ai épinglé mon dossard à mon joli T-shirt finisher du marathon du Mont-Blanc, préparé et vérifié trous fois mon sac de course, étalé avec ordre mes vêtements sur le minuscule bureau. J’ai hésité un moment sur la quantité de gels et de barres de céréales à emporter dans mon sac. J’ai finalement opté pour trois gels et trois barres de céréales dont deux salées. Consommer davantage de gels pourrait me poser des problèmes gastriques et pour le reste, je pourrai toujours, si besoin, compléter mon panier pique-nique lors des ravitaillements. Je fourre la caméra dans une des poches. Ce n’est pas une décision raisonnable : c’est lourd et gérer deux objectifs (terminer une course et faire un film) créé un handicap supplémentaire.
Après quelques minutes de tourments quant à l’utilisation de la caméra en course, je suis descendu dîner avec Thibaut dans le restaurant de l’hôtel.
Nous étions entourés, ce n’est pas un hasard, d’une petite dizaine d’autres coureurs pour lesquels nos hôtes avaient composé un succulent menu spécial trail.
Une assiette de pâte et une gaufre au chocolat plus tard, j’étais dans mon lit.
Il était 22:00 et je pouvais espérer dormir au moins 6:00 avant mon réveil.
Longtemps je me suis couché de bonne heure…
…Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait…
J’ai presque pu compter le nombre de fois pendant lequel j’ai tourné dans mon lit sans trouver le sommeil. J’ai allumé la lumière, examiné le parcours sur l’Ipad que j’avais mis dans mes bagages, fait et refait mon plan de course, parfait les réglages de la caméra GoPro avec laquelle j’envisageais de filmer les éclats de notre « randonnée ». Mes yeux se sont clos vers 1:30; il était temps.
Quand le trio pour piano et cordes en mi bémol majeur de Schubert a retentit dans la pièce, je savais que la nuit s’achevait, qu’il était quatre heures du matin et que dans une heure à peine, je serais sur la ligne de départ. L’hôtelière nous avait prévenus : aucun petit déjeuner ne serait servi aussi tôt ce matin. J’avais pris, vendredi soir, la précaution de confectionner un Gâteau Energie. Je l’avais laissé brûler dans le four et je me retrouvais là, dans ma chambre à mâcher un mélange au charbon et aux fruits rouges. J’avais dormi trois heures et demie, je sentais que la fièvre des jours précédents n’avait pas complètement disparu, je n’avais rien à manger. J’ai dissout deux comprimés d’aspirine dans un verre d’eau, je me suis habillé, badigeonné de crème anti-frottements NOK et j’ai rejoint Thibaut dans la voiture.
Nous avions eu, la veille, un débat sur nos tenues : short ou corsaire ? Après une longue conversation sur le temps, le froid et la fatigue nous avons tous les deux choisis le port du short. De toute façon, à moins qu’il ne fasse moins quinze, je ne me sépare jamais de mon short Salomon avec un cuissard intégré. Il combine à la fois la légèreté, la fluidité et les propriétés déperlantes d’un short et la sensation de compression des cuisses que j’apprécie infiniment sur les courses longues. Je n’ai pas été saisi par le froid en mettant mon nez dehors ; j’avais fait le bon choix.
Nous sommes passés prendre Olivier à son hôtel. Comme il jouxtait le bowling de Millau, nous avons pris deux gars en auto-stop. Ils puaient l’alcool et rentraient se coucher chez eux, en centre ville. Ils n’imaginaient pas qu’on puisse courir pendant plus de dix heures sur les Causses. Deux mondes se rencontraient ; ça n’a pas duré. Nous les avons déposés avant qu’ils ne nous vomissent dessus et avons filé vers la zone de départ. A cette heure, le parking le plus proche de la ligne était encore accessible. A cinq heures nous étions garés et prêts à en découdre.
Les premiers concurrents commençaient à affluer vers les sas encore déserts. Nous allions nous placer dans le troisième sas quand un organisateur nous a informés que nos dossards (respectivement 251, 316, 716) permettaient d’accéder au second sas. Nous ne voulions pas nous retrouver à la toute fin du peloton et là, nous allions partir à quelques mètres des élites. A attendre pendant plus d’une heure sur une route balayée par le vent, je commençais à prendre froid. J’ai revêtu un maillot thermique moulant (avec lequel je pourrai tout aussi bien me lancer dans la plongée sous-marine dans l’Artique) sous mon T-shirt, ajouté une deuxième couche et enfilé une veste imperméable. J’ai retiré ma veste quelques minutes avant le départ et j’ai gardé le reste pour conserver un peu de chaleur pendant les tous premiers kilomètres.
Quand les sas furent bondés et que la pression du départ est devenue palpable, la sono a craché son hymne. On ne me compte pas parmi les grands fans d’Euro-dance et de chants crypto-grégoriens à la sauce technoïde. J’ai doucement sourit du silence religieux qui s’est répandu lorsque le cruel Ameno d’Era a retentit.
Le speaker a lancé le décompte, des feux rouges ont jailli devant nous jusqu’à l’horizon et nous sommes partis.
6:17 à ma montre
A peine ai-je franchi la ligne de départ, qu’une puissante émotion me submerge. Un sentiment profond de bonheur et de puissance m’accompagne pendant les quatre cents premiers mètres. Les larmes me viennent aux yeux. Même cette musique pathétique raisonne différemment à mes oreilles. Je suis sur un nuage au milieu de ces torches qui inondent la route d’un halo rouge féérique.
La musique s’estompe à mesure que nous avançons ; on n’entend plus que le souffle des coureurs , le bruit de leurs semelles qui frappent le bitume et il n’y a plus que la lumière de nos frontales pour nous éclairer dans la nuit.
Je suis parti trop vite. Entraîné par le flot des coureurs du premier sas, je dépasse 11km/h sur les deux premiers kilomètres. Je m’aperçois que j’ai laissé Olivier et Thibaut derrière moi. Je ralentis et laisse des centaines de coureurs passer devant moi. J’en profite pour ranger dans mon sac la caméra, avec laquelle j’ai filmé le départ. Au bout de deux ou trois minutes qui me paraissent interminables, je distingue Thibaut qui court sur la droite de la chaussée sous les 10km/h. Contrairement à moi, il a suivi le plan. Olivier est resté loin derrière et préfère courir plus lentement. Nous trottons tranquillement jusqu’à notre première étape, sans nous rendre vraiment compte de la pente ascendante sur laquelle nous sommes. Nous atteignons Carbassas au bout de vingt minutes, tournons vers l’est et entamons notre première ascension autour du 5 ème kilomètre. Je suis émerveillé par le long ruban de lucioles qui serpentent dans la montagne. J’appréhendais de partir avant l’aube et de courir dans l’obscurité mais je dois reconnaitre que cela confère un aspect magique aux premières heures de la course. Elles me resteront sans doute très longtemps en mémoire. Nous grimpons sur le Causse. Comme prévu, la pente est sévère, l’allure diminue et nous progressons en marchant. Tout va bien: je ne crains pas trop les côtes et nous n’en sommes encore qu’au tout début. On entend fuser les blagues habituelles : » ils n’ont pas installé d’ascenseur ? Il est où l ‘Escalator ? », ambiance !
Après 300md+ d’ascension un type me plante son bâton dans ma Supernova Riot et me fait trébucher. Je sens mon genou qui veille légèrement. Je m’écarte sur le bord de la piste pour effectuer un bref état des lieux. Rien de grave mais j’ai l’impression que cela a réveillé une très ancienne tendinite. Je repars rapidement mais j’ai de nouveau perdu Thibaut qui a continué à monter sans m’attendre. Ce n’est pas trop grave, il me reste encore 66 kilomètres pour le rattraper.
Après une ascension d’un peu plus de 400md+, j’arrive enfin sur le plateau, à 820m d’altitude. La course a été lancée depuis 52 mn. Nous nous dirigeons en direction de l’est sur un large chemin au milieu des arbres. Je n’en vois pas davantage. Éclairé par ma lampe frontale et celles de ceux qui courent autour de moi, j’éprouve quelques difficultés à distinguer la nature exacte de notre environnement.
Je cours de nouveau à belle allure et enchaîne des portions de plat très roulantes et des pentes douces sur lesquelles, quelque soit le sens, je continue à courir.
Vers le 10 ème kilomètre, au niveau de Paulhe, je profite de l’aube pour éteindre ma lampe et la glisser dans ma poche. Je suis en nage. Je retire aussi la seconde couche que j’avais conservé sur moi pendent toute ma grimpette.
Mon t-shirt est trempé et il fait encore assez froid. J’hésite à changer de maillot, celui que j’ai pris en rechange ne devrait servir qu’en cas de pluie ou après que j’aie dépassé le 50 ème kilomètre. Je grelotte lorsque nous sortons de la forêt et que le parcours s’ouvre sur une steppe balayée par le vent. Pour ne rien arranger, je perds mon dossard. Les épingles à nourrice ont dû s’ouvrir et je dois revenir sur mes pas pour le récupérer. Je gaspille quelques précieuses minutes à tenter de le fixer avec une épingle qui y était restée accrochée. Je ressors ma caméra, tente de filmer quelques images et m’arrête de nouveau deux kilomètres plus loin pour m’en débarrasser.
Nous longeons un centre équestre. Je pense qu’il s’agit de la Rouvière, le point à partir duquel débute la descente vers Peyreleau. Ça ne correspond pas tout à fait aux indications de mon GPS qui n’affiche qu’une distance cumulée de 17km. J’interroge peu après un groupe de spectateurs qui nous encouragent devant une jolie ferme restaurée. Ils confirment les indications de ma montre: Je me trouve au niveau du lieu-dit Puech Margue, à 18km, du départ.
J’atteins finalement la Rouvière vers 9h20 et 23km au compteur; ça fait trois kilomètres de plus que ce que j’avais en tête, et depuis un quart d’heure je m’interroge sur ma position; ce n’est pas bon signe. Il me reste tout de même plus de 50 kilomètres à parcourir et je ferai mieux de ne pas trop penser à chacun d’entre eux.
Je ressors la caméra de mon sac et la fixe sur ma tête à l’aide d’une sangle élastique. On dirait une grosse lampe frontale. La première descente commence là. C’est un sentier en monotrace qui plonge doucement vers Peyreleau en suivant une jolie combe en face de laquelle on observe le Pic de Montaigu. En moins de vingt minutes, je passe de 750m à 400m d’altitude. Les bâtons que je tiens à la main me gênent quelque peu. Je les avais sortis pour affronter une bosse vers le 15 ème kilomètre et je n’ai jamais pris le temps de les replier depuis.
A 9h45, après 3h30 de course, j’atteins enfin la première étape à Peyreleau. Un ravitaillement sans histoire et sans cœur. Je bois deux ou trois vers de coca que j’accompagne d’une banane et d’une barre de céréale. Je remplis mes bidons avec de l’eau qu’un bénévole puise à l’aide d’une carafe dans une vaste poubelle. Je suis déçu par le côté distant de l’accueil et de l’ambiance qui règne autour des tables. Je passe un coup de fil à Thibaut pour savoir où il en est. Il me précède de 15mn. Je ne m’attarde pas et me lance à sa poursuite. Je croise, en sortant du village, un petit groupe de jolies filles déguisées en stroumpfettes; c’est tellement plus sympa que tous ces gars qui, comme moi, cours avec leur sac sur le dos et leurs drôles de chaussettes…
J’attaque ensuite la deuxième difficulté du parcours : 450md+ de côte. Je dois grimper sur la corniche du Causse Noir. Je ne suis pas le seul , ça avance lentement. J’en profite pour téléphoner à Olivier. Il arrive au ravitaillement. Au bout de 100md+ je me retrouve enfermé dans un énorme embouteillage. Nous sommes à l’arrêt. Assis sur une souche, je récupère. On parle du match, de la finale qui se déroule au même moment en Nouvelle Zélande. Nous sommes en terres de rugby ; les gars autour de moi ont l’accent qui chante ; les informations circulent : les blacks mènent 7à 0. Ça repart lentement. Certains commencent à s’inquiéter pour la prochaine barrière horaire. Nous atteignons un belvédère qui surplombe toute la vallée. Je sors mon Iphone et prends une photo. La caméra est dans mon sac, elle y restera jusqu’à la fin de la course. D’autres coureurs font la même chose que moi, certains prennent la pause devant l’objectif de leur pote ; la vue est superbe.
Cent mètres plus haut nous atteignons le champignon préhistorique et le 29ème kilomètre. J’avance depuis 4h30 et je me sens physiquement assez bien. Depuis que j’utilise des Leki de Nordic Walking pour m’assister dans les pentes les plus raides, ça passe beaucoup mieux. Les têtes de séries en ont aussi et on peut difficilement les soupçonner d’être des randonneurs. Arrivé sur le plateau Je ne prends pas le temps de me couvrir et repars sans attendre en direction du sud est.
Aux environs du 30 ème kilomètre, des secouristes sont collés à leur transistor. Je leur demande le score ; 8 à 0 mais les français sont à douze mètres de la ligne des blacks. Je n’ai pas couru cinq cent mètres quand j’entends le klaxon de leur véhicule de secours accompagné d’une clameur qui se répand dans la forêt. Je regarde mes compagnons de route, on est d’accord : « essai français !». Trois minutes plus tard, nouveau coup de klaxon et nouvel clameur : « transformation !»
Je jette un œil à ma montre : 11h10, presque cinq heures de course. J’ai froid et faim. Je n’ai avalé, depuis le départ, qu’un gel, un quart de barre aux céréales et une banane. La douleur que j’avais ressentie à mon genou droit dans la première côte, s’accentue. Ça ne s’arrange pas, lorsque nous amorçons une légère descente au 32 ème kilomètre.
J’atteins Saint André de Vézines, 36 ème kilomètre, en 6h03. J’ai une vingtaine de minutes d’avance sur la barrière horaire. J’entre dans la cour d’un petit bâtiment. C’est un peu le bordel. Les boissons et la nourriture sont servis autour de hauts comptoirs installés sous un préau. Je cherche désespérément quelque chose de salé à avaler. Les pâtes de fruits qui sont exposées sur les buffets ne m’attirent pas beaucoup. A partir d’un certain temps de course le goût du sucre disparait. C’est un des effets de l’ultra : il faut savoir aller par delà le sucre et le mal. Je me jette comme un affamé sur une assiette de fromage, engloutie une banane entière et bois un verre de thé sucré brulant. Comme à l’étape précédente, je ne suis pas emballé par l’ambiance qui règne ici. C’est un peu déshumanisé. J’appelle Thibaut, il est à cinq ou six kilomètres du troisième ravitaillement. L’écart est creusé. Je ne le rattraperai plus. Et puis cette douleur aiguë qui ne me quitte plus ne préfigure rien de bon. Je ne parviens pas à me relancer immédiatement. Je marche jusqu’à la sortie du village. On nous oriente vers l’ouest et le GR 62. Nous plongeons vers le ravin de L’Adrech. Chaque pas est insupportable, je ne peux absolument plus courir. Je suis au ralenti. J’appelle Olivier et je m’étonne qu’il ne m’ait pas encore rattraper. Il entre tout juste dans Saint-André de Vézines. Je lui annonce qu’il me rejoindra sans doute bientôt car je suis HS. J’hésite à retourner jusqu’au point de secours et à jeter l’éponge. Le téléphone sonne. C’est Stéphane. Il me rassure en me racontant qu’il a terminé, il y a quelques années, les Templiers en marchant du 37ème kilomètre à la fin de la course. Il me conseille d’avancer et de courir dans les portions les plus roulantes. J’ai à peine raccroché lorsque Olivier me rejoint. Je lui détaille la nature de mes ennuis; lui m’explique qu’il souffre beaucoup dans les côtes. Son arrivée me redonne un peu de courage et je reprends ma course.
A 13h00, nous tournons vers le sud. Nous commençons notre 41ème kilomètre et il nous en reste moins de dix jusqu’à l’étape suivante. Nous disposons de plus de 2h20 pour y parvenir. C’est jouable.
Au 42ème kilomètre un photographe nous immortalise dans les rochers de Roques Altès. Nous débouchons sur la corniche du Rajol. Le panorama est sublime. Des vautours planent au dessus de nos têtes. Ceux qui cheminent à notre proximité n’ont pas l’air beaucoup plus en forme que nous; les rapaces attendent leur diner.
Au 45ème kilomètre, Olivier à mes cotés, j’attaque la première partie de la descente vers la Rocque-Sainte-Marguerite. Le sentier est extrêmement escarpé. C’est une torture pour mon genou. Je ne parviens plus à le plier ce qui est loin d’être pratique pour descendre dans une pente à plus de 15%. Je reprends ma course sur un replat entre le 47ème et le 48ème kilomètre. Je laisse Olivier derrière moi. Je sens que je suis surhumain. je double quelques coureurs qui trainaient devant moi; un miracle. Cela ne dure pas. C’était mon chant du cygne. Les 150 derniers mètres de dénivelé vers la Rocque constituent un véritable calvaire. Olivier repasse devant moi et s’envole vers la prochaine étape. J’espère le rattraper dans la côte suivante mais là, je suis accroché à mes cailloux. Je franchie la Dourbie à 14h40. Selon le timing fournit par l’organisation, il nous reste 40mn pour faire les 2km qui nous séparent de la barrière horaire de Pierrefiche. Ca grimpe dure mais c’est parfaitement jouable. J’interroge un homme qui progresse difficilement devant moi. Son GPS indique, comme le mien 49.6km; nous sommes, en toute logique, tout près du but. Il vient de Lille et s’entraine sur des terrils; rien à voir avec ce qu’il affronte ici.
Je ne lâche rien. Les minutes défilent et on progresse toujours au milieu de la pampa. Une forêt qui n’en finit pas et aucun ravitaillement en vue. Je rejoins Olivier cinq minutes avant le mur horaire; il est aussi désemparé que le lillois et moi.
Nous atteignons le plateau du Larzac, là où, théoriquement, aurait dû se trouver le point de ravitaillement, à 15h30. Je suis abattu. La course est finie pour nous. Malgré nos ultimes efforts, nous ne serons pas dans les temps. La pluie commence à tomber et je suis saisi par le froid. Ma déception me cloue au sol; je ne peux plus avancer. J’appelle Laurent qui avait laissé un SMS sur mon téléphone. Je lui annonce mon échec sur sa boite vocale.
Il nous faudra encore faire 2 kilomètres pour rejoindre Pierrefiche du Larzac. L’étape est en cours de démontage. Il n’y a plus rien à manger ni à boire. On nous reprend froidement nos dossards.
Voilà, ça c’est terminé comme ça.
Quelques coureurs hagards ont le nez plongé sur leur GPS et sur leur chronomètre. Comme moi, ils ne comprennent probablement pas pourquoi ils se sont trompés de plus de deux kilomètres. Un type au bord de l’hypothermie sous sa couverture de survie. Il ne porte qu’un t-shirt à manche longue et n’a emporté avec lui ni seconde couche ni vêtement imperméable parce qu’il pensait sincèrement qu’il n’aurait pas besoin de s’arrêter ! Je n’ose imaginer ce qu’il serait advenu de lui s’il était retenu seul au milieu du parcours après que la nuit soit tombée quelque part entre Pierrefiche et l’arrivée…
J’enfile le rechange que j’avais conservé précieusement dans mon sac afin d’aborder au sec la dernière partie du parcours. Au moins je n’aurai pas froid dans la navette qui me ramènera à Millau.
Il y avait peut-être moyen de terminer et de franchir la barrière de la ferme du Cade si la descente vers le Monna était, comme on me la dit, plus roulante que celle que je venais de terminer, mais je ne le saurai pas; pas cette année. Je suis déçu. Déçu de ne pas avoir pris suffisamment de marge sur la barrière horaire et déçu que sur une telle course on ne puisse s’appuyer sur une mesure fiable du kilométrage par les organisateurs.
Grosse déception en atteignant, en navette, le site d’arrivée pour accueillir et féliciter Thibaut qui me précédait de quelques kilomètres dans cette course. Tous ces finishers avec leurs grosses médailles et les magnifiques maillots bleu-nuit Adidas; j’avais une grosse boule dans la gorge de m’être arrêté, contraint et forcé, 23km plus tôt.
Je ne sais pas si ce décalage entre les temps et les distances des barrières horaires annoncées et ceux qui furent réellement constatés correspond à une volonté délibéré ou à une certaine approximation dans les mesures. Je me suis fait avoir cette fois-ci mais je reconnais que cet écart n’est, au final, pas si important et que je dois mon échec à ma méforme plus qu’à un défaut d’organisation. On est juste très agacé quand on se retrouve hors limite de 3 minutes…
Sur le site de départ, un immense chapiteau d’au moins 1000m2 était dressé pour accueillir les participants et leur offrir un copieux repas. Au menu Aligot-saucisse, salade et soupe de légume. Je dévore tout ce qu’il y a sur mon plateau. Je ne touche pas aux bouteilles de vin cinq étoiles disposées sur les tables. Je ne suis pas certain de l’effet d’une telle piquette sur l’organisme.
Thibaut a bouclé l’intégralité du parcours en 12h11. Il était épuisé. Nous aussi d’ailleurs.
Nous sommes rentrés sans attendre à nos hôtels et nous nous sommes couchés sans prendre le temps de célébrer la victoire de Thibaut sur le temps et sur lui même. Je n’ai pas non plus savourer la bière dont j’avais rêvé depuis une semaine, je n’avais plus la tête à ça.
Ceux qui ne courent pas ne comprendront pas ma déception. « Plus de 50km et 2000m de dénivelé, c’est énorme ! » diront-ils; « courir pendant plus de neuf heures aussi. Cela constitue, en soit, déjà une énorme performance. »… Pierrefiche de Larzac n’était pas mon objectif. J’espérais aller bien au delà et je pensais sincèrement m’être suffisamment préparé à cela. 50km ce n’est rien; 75km aussi. L’épreuve, ce n’est pas la course; c’est tout ce qui précède. Les heures d’entraînement, de fractionnés et de côtes qu’il a fallu avaler avant de m’aligner sur les Templiers. La course c’est une récompense. J’ai, en fait, le sentiment d’avoir été privé de dessert.
Nous avons quitté Millau sous la pluie le lendemain matin. Personne ne voulait prendre le volant mais comme Thibaut avait conduit à l’aller, j’ai fait le retour.
Je reviendrai à Millau.
J’ai beaucoup apprécié l’ambiance du départ et j’ai ressenti un gros frisson en passant entre la haie torches qui illuminaient la cohorte. j’ai trouvé certains passages somptueux et je regrette de ne pas les avoir tous découverts.
Je reviendrai l’an prochain terminer la Grande Course des Templiers.
accès à la trace des Templiers avortés
Film officiel de la course : première partie
La Grande Course des Templiers 2011, par VO2 Running Live
Paris-Versailles
Je ne me suis pas inscrit naturellement sur le Paris-Versailles. Je dois même avouer que je méprisais l’idée même de participer à une telle course. Partir au pied de la tour Eiffel et parcourir seize kilomètre accompagné de 25000 personnes me donnait la nausée. Une course de masse, à l’instar de la Parisienne, où la course compte moins que le nombre ; Une grande messe à la gloire des sponsors et de David Guetta. il n’a rien à voir la dedans mais le souvenir des sono surdimensionnés qui nous balancent des tubes formatés pendant des heures sur la ligne de départ m’inspire très modérément. Ça peut toujours être pire. Les Chariots de Feu ou Carmina Burana au moment du départ et votre course est ruinée. Sur l’UTMB, par exemple, c’est abominable: Vous suez sang et eau pour parvenir à boucler les cent-soixante-dix kilomètres du parcours et, alors que vous allez franchir la ligne, BING ! On vous balance du Vangelis. Encore ! Avec 1492, vous regrettez presque de ne pas avoir abandonné au quarantième kilomètre. Bref, Je me représentais cette course comme une épreuve pour ceux qui ne courent jamais et qui se lancent dans un pari stupide dès lors qu’ils ont réussi à enchainer péniblement deux tours du jardin du Luxembourg.
Je ne voulais pas participer au Paris-Versailles, comme je ne participe ni au marathon de Paris, ni aux 10km de l’équipe. J’ai couru les 20km et le semi de Paris, le Paris-Saint-Germain aussi: Je ne suis pas à une contradiction près. Je ne pouvais pas courir le Paris-Versailles parce que je participe à la Grande Course des templiers le mois prochain, et que courir 16 kilomètres en ville quand on doit en faire 75 sur les Causses, ce n’est pas raisonnable. Le paris-Versailles n’entrait pas dans mon plan d’entraînement, c’est tout.
Julien a insisté au milieu du mois de juillet pour que je l’accompagne sur cette épreuve qui arrive aux pieds de chez lui. J’avais établi un planning différent et je comptais plutôt courir sur les 33km de l’Imperial Trail de Fontainebleau que sur du bitume. Je me suis finalement résolu à m’inscrire au tout début du mois d’août en prétextant que je pourrai toujours revendre mon dossard si je trouvais quelque chose de plus adapté à mon entrainement ce jour là.
L’été est passé, j’ai couru en montagne et en Toscane, j’ai couru la QBRC à Viroflay et septembre touchait à sa fin. Je courrais lentement, en nature le plus souvent, et en essayant d’intégrer beaucoup de dénivelé. ça na pas marché. Mon volume d’entraînement est très en dessous de ce qu’il aurait dû être ; je suis un fainéant. Quelques boucles entre le canal de l’Ourcq,les hauts de Pantin et la porte des Lilas avec Fred et François, des sorties longues en forêt de Meudon ou entre le Mont-Valérien et le vingtième mais c’est tout. Je ne dépassais pas les soixante-dix kilomètres par semaine quand j’ai donné rendez-vous à François, devant la tour Eiffel, afin que nous allions, ensemble, retirer notre dossard.
Le soleil brillait déjà depuis deux ou trois heures samedi matin quand je suis monté sur mon vélo. Un journaliste allemand qui m’avait interrogé la veille, nous promettait une météo parfaite pour le weekend et la semaine qui suivait. Il avait brandi son Iphone sur lequel irradiaient une dizaine de petits soleils. Les rues de Paris étaient encore vides et j’ai glissé tranquillement de Gambetta à la Bastille ; J’ai remonté la rue Saint-Paul et la rue de Rivoli, traversé la Seine au niveau du pont Alexandre III, et j’ai atteint la rive gauche en moins d’une demi-heure. Il m’a encore fallu cinq minutes pour relier le quai d’Orsay au quai Branly et j’ai retrouvé François. Il m’attendait sous le pilier nord-est de la tour Eiffel avec son Vélib. Nous avons pédalé ensemble jusqu’à Issy les Moulineaux en longeant le charmant Parc André Citroën, l’héliport de Paris et le stade Suzanne Lenglen. Je craignais que nous arrivions dans un gymnase bondé et qu’il nous faille attendre des heures avant d’accéder à la personne qui nous remettrait notre puce et notre dossard. Le gymnase était immense et vide ; en moins de trois minutes nous avions tout reçu, y compris un sémillant T-shirt Adidas vert pomme. Il n’était pas midi et j’avais encore toute un après midi devant moi.
Nous sommes repartis aussi vite que nous étions venus. Nous nous sommes quitté devant l’Assemblée Nationale en promettant de nous retrouver le lendemain vers 8h30 à l’angle du quai Branly et de l’avenue de la Bourdonnais.
Je suis allé, en famille, assister samedi soir à une représentation de la Comédie Française hors les murs : le jeu de l’amour et du hasard mis en scène par Galin Stoev au 104. Nous avons diné au « café caché ». Je suis resté sobre, me suis limité à une brochette de poulet accompagnée de Boulgour et, à minuit, je dormais comme un bienheureux.
Le réveil à 6h30, dimanche matin fut plus difficile. Après un petit déjeuner « léger », j’ai enfilé mes Adidas SuperNova Glide et épinglé mon dossard sur mon maillot Salomon jaune. J’ai quitté la maison vers 7h30 et me suis rapidement engouffré dans le métro. Dans la rame, j’ai rencontré un concurrent avec qui j’ai engagé la conversation. Il allait courir son huitième Paris-Versailles. Il avait l’habitude de les terminer en moins de 1h20, et parfois, en 1h10. Il accompagnait un non-voyant avec lequel il s’entraîne régulièrement. Il a évoqué la force et « le sixième sens » de ces personnes qui appréhendent à 14km/h une route ou un chemin qu’ils ne voient pas ; la confiance absolue de l’un envers l’autre et la responsabilité qui pesait alors sur ses épaules. Il m’a raconté son bonheur de courir à deux avec des trémolos dans la voix. Ses yeux brillaient et j’ai bien voulu croire qu’il avait raison. Il m’a indiqué l’adresse d’un site internet sur lequel je pourrais trouver des renseignements et m’inscrire pour accompagner moi aussi, de temps en temps un non voyant ; il faut du monde pour aider une personne qui court trois à cinq fois par semaine.
Je suis descendu à la station Iéna, ai couru jusqu’à la passerelle Debilly et attendu François et Julien devant la brasserie de la Tour Eiffel. J’avais de l’avance et eux un peu de retard. Je me suis attablé en terrasse et ai commandé un déca. François m’a rejoint vers 8h45 et nous avons attendu Julien jusqu’à 9h05 environ. J’attendais depuis près de quarante-cinq minutes et le flot des coureurs grossissait considérablement devant la ligne de départ. Je regardais les cars venus de province, débarquer leurs chargements de coureurs. Des équipes, affichant les emblèmes et les couleurs de leurs clubs sur des t-shirts en cotons, immortalisaient leurs exploits en posant crânement devant la tour Eiffel. Les rouges dépassaient en nombre et en vivacité les blancs et les bleus; quant aux jaunes, je ne donnais pas cher de leur peau. Tous les autres étaient verts, c’était la couleur du maillot distribué avec nos dossards. Un vert qui est à la nature ce qu’Areva est à l’Écologie. Je suis sûr que, s’il existe, Adidas n’a pas fait mieux pour équiper le semi-marathon de Creys-Malville.
L’organisation avait placé le départ sur le quai Branly, au niveau de l’avenue de Suffren. Nous nous sommes glissés au milieu des coureurs à cent mètres environs de la première ligne. Pendant près d’une heure nous avons piétiné en attendant les ordres du starter. Le ciel azur et l’absence de vent constituaient la promesse d’une course parfaite. Je craignais que l’attente dans le froid ne soit extrêmement désagréable mais ce ne fut pas le cas. Je n’avais pas oublié de prendre avec moi un vieux sweatshirt Qeshua orange; Il ne m’a servi à rien et je me suis résolu à le laisser sur une barrière en espérant qu’il finisse par alimenter une cargaison pour Emmaüs. J’étais surpris par le nombre inhabituel de femmes qui m’entouraient. D’habitude, sur les courses de ce type, on compte facilement un rapport de 1 à 4 entre les hommes et les femmes. Cette fois-ci il y en avait beaucoup plus. Comme les filles qui pratiquent la course à pied sont sans doute plus affutées que celles qui pratiquent l’aquagym en compétition, – je ne dispose pas de statistiques précises sur cette question mais c’est une intuition qui doit aussi marcher avec les gars qui lancent des fléchettes – je ne regrettais plus tout à fait de que Julien m’ait convaincu de m’aligner sur cette épreuve. Nous avons eu une pensé pour notre pote, Fred, qui s’était déplacer à Berlin se weekend pour participer à un des plus beaux marathons du monde. Il devait être parti depuis près d’une heure, avait traversé Tier Garten avec 40000 personnes et, à l’heure qu’il était, il approchait sans doute le quartier de Mitte et la célèbre Alexander Paltz.
A 10h00 le starter a donné le coup d’envoi des coureurs élites. Les autres coureurs se sont élancés par vagues successives chaque minute au son de Muse. Partir sur Uprising me convenait tout à fait; je conserverais du jus sur au moins deux kilomètres et je serais pétri de remord d’avoir dénigré Carl Orff et David Guetta. Nous étions François et moi, avec deux cent-quatre vingt-dix-huit autres personnes, dans la huitième vague. Il devait être 10h10 quand ils ont lancé les Blues Brothers et que nous sommes partis. Je n’y avais pas pensé; J’aurais dû le mettre dans la liste des musiques interdites. C’était terrible; j’allais devoir me traîner pendant plus d’une heure en essayant d’oublier ce refrain assommant: Everybody needs somebody to love…
Notre plan était simple: s’échauffer tranquillement pendant les deux premiers kilomètres en ne dépassant pas 12km/h puis augmenter progressivement notre allure en passant à 4’45 »/km sur les deux kilomètres suivants jusqu’à ce que nous atteignons notre rythme de croisière (4’30 »/km) sur les deux kilomètres qui précèdent la côte des gardes. Nous avions pour objectif de terminer en moins de 1:15:00, il suffisait de suivre le plan.
Aussitôt après que le signal eut été donné, nous sommes partis à fond, oubliant dès nos premières foulées, le plan que nous avions établi. Nous longeons la Seine, il y a de l’espace. Contrairement aux grandes courses parisiennes sur lesquelles il faut jouer du coude pour doubler les grappes de coureurs qui piétinent devant soi, je peux courir à mon rythme sans aucune gène. Nous remontons le plus de concurrents possible avant d’atteindre Meudon : entre la côte des gardes et les chemins étroits en forêt chaque place gagnée coutera beaucoup plus chère que sur les larges voies des quais de Seine. Je compte 4’25 »/km de moyenne sur les trois premiers kilomètres ; c’est un peu rapide. Le kilomètre suivant est plus lent: Nous profitons de notre avance et d’une pelleteuse garée au niveau du pont du Garigliano pour nous soulager d’une envie pressante que nous retenions depuis plus d’une heure.
Nous franchissons le périphérique et continuons à toute allure sur les quais d’Issy. Nous laissons l’Ile saint Germain sur notre droite. Avec un temps pareil, je serai bien revenu m’installer sur la terrasse de l’Ile pour y déjeuner en famille après la course. Je dois pour l’instant me contenter d’un ravitaillement frugal servi après le pont de Billancourt. J’attrape la bouteille d’eau minérale que me tend une jeune scout. J’en bois une moitié et déverse l’autre sur ma tête pour la rafraîchir. A peine ai-je fini cette toilette succincte que la longue file de coureur tourne vers la gauche pour attaquer la partie la plus redoutée du parcours.
Nous cumulons déjà six kilomètres de course et avons mis moins de vingt-huit minutes pour les parcourir. Avec 4’36 » de moyenne je suis certain de pulvériser l’objectif que nous nous étions fixé. François semble en pleine forme. Bien que nous ayons longuement discuté de cette côte et de la nécessité d’en garder sous le pied pour ne pas finir la course carbonisé dès le septième kilomètre, je ne veux pas le freiner. Nous décidons tacitement de ne rien lâcher et continuons sur notre lancée ; Enfin pas tout à fait. Nous avalons le premier kilomètre de la côte des gardes à une allure de 5’15 »/km. Mon rythme cardiaque augmente en proportion inverse de notre vitesse. Je passe de 166 à 172 bpm. Je suis au taquet. François aussi n’est pas au mieux, il est devenu écarlate. Nous doublons des coureurs par paquets. Je pensais naïvement que les premières vagues étaient composées de coureurs bien plus rapides que nous, mais ce n’est pas le cas. Certains d’entre eux marchent, d’autres forment un front infranchissable, oubliant les consignes qui avaient été données de laisser un espace à gauche pour doubler. Ils nous contraignent à un slalom incessant qui rend notre ascension plus laborieuse encore. Certains s’agacent quand on les supplie de s’écarter vers la droite, de sorte que ceux qui ont choisi de courir puissent continuer à le faire. La course à pied est aussi, dans ces moments là, un sport de combat. C’est ce que je craignais. Avec une telle foule et sans véritable sas pour organiser les coureurs en niveaux homogènes, on est vite confronté à des bouchons monstrueux.
Nous quittons la route des Gardes pour emprunter l’avenue du Château. Notre allure fléchit encore un peu et sommes à quelques secondes de la barre fatidique des 10km/h. Je n’ose pas dire à François que nous devrions nous calmer et ralentir un peu. Mais je sens qu’il souffre beaucoup lui aussi. La longue ligne droite pavée qui doit nous conduire jusqu’à l’observatoire de Meudon semble interminable.
Nous atteignons finalement le sommet autour du huitième kilomètre après quarante minutes de course. Nous pénétrons dans la forêt de Meudon en suivant la Route Royale. La pente s’adoucit, mais Je ne parviens pas à retrouver l’allure à laquelle nous courrions avant notre ascension ; mes jambes sont lourdes, je suis cramé. Je crois que François l’est aussi.
Un second ravitaillement est établi à proximité de la Route du Pavé d Meudon. Des enfants nous propose des quartiers d’orange, du sucre et du raisin sec pour accompagner les flacons d’eau minérale. Je propose à François que nous marchions pendant que nous nous hydraterons. Une longue minute s’écoule pendant laquelle je sens mon pouls diminuer. Nous reprenons enfin notre souffle. Ma fréquence cardiaque passe de 174 à 151 bpm et, pour la troisième fois consécutive, notre temps au kilomètre dépasse cinq minutes et trente secondes. Un homme déguisé en pingouin titube devant moi. Je l’interpelle d’un « Salut Linux ! » sonore auquel il ne répond pas. Il ne comprend pas à quoi je fais allusion ? Je suis le trois-cent-cinquante-septième à faire la même plaisanterie ? Ou bien est-il tout simplement exténué: avec sa double couche de poils et de plumes dans une côte pareille, il est certainement en train d’achever sa sublimation.
Notre chemin descend légèrement en direction des étangs de Meudon. Au dixième kilomètre, nous tournons sur la gauche pour aller passer sous la N118. Un nouveau raidillon d’une dizaine de mètres vient rappeler les lois de la gravités à nos pauvres jambes. Je reconnais ce trajet ; Nous l’avions emprunté quinze jours auparavant avec François, lorsque nous avons sillonné la forêt de Meudon, en trail, pendant trente kilomètres. Une fois passé du côté de Chaville, une longue descente de plus de trois kilomètres s’offre à nous. Nous déroulons tranquillement jusqu’aux faubourgs de Viroflay. Une dernière côte apparaît au bout de l’allée Noire avant que nous ne longions la lisière du Bois du Pont Colbert. Nous la gravissons lentement. Et perdons encore de précieuses secondes. Je sais pourtant que nous ne réaliserons pas notre objectif. Trois cents mètres avant que nous dépassions le panneau indiquant le point kilométrique treize, j’entends tout autour de moi le couinement des GPS qui signalent la fin d’un kilomètre. J’imagine déjà tous ceux qui, sur les forums de course à pied, contesteront dès cet après midi, la longueur du tracé. Nous courrons depuis une heure trois, très exactement, et il nous reste, au mieux, trois kilomètres à courir. Je suis incapable de tenir à une allure de quatre minutes par kilomètre pendant douze minutes. C’est mort pour 1h15.
Le dernier ravitaillement est installé avant le quatorzième kilomètre. Nous avions convenu, avec François, de l’ignorer et de continuer à bonne allure afin de ne pas dépasser le seuil de 1h20. Nous franchissons la frontière de Versailles au bout de 14,5km. Il nous reste à peine 1,5 kilomètre à courir lorsque nous foulons le goudron de l’avenue de Paris. C’est une très large artère bordée d’arbre. Des centaines de spectateurs hurlent des encouragements tout au long des quelques hectomètres qui nous séparent de la ligne d’arrivée. Comme sur les quais, au début de la course, les concurrents ont un espace immense pour lâcher leurs chevaux. Il ne me reste malheureusement plus grand-chose à lâcher et François n’en a pas davantage sous le pied. J’arrache ce que je peux dans les derniers mètres et j’arrête mon chronomètre à 1 :18 :53. François ne m’a pas quitté d’une semelle, ou peut-être est-ce moi qui ne l’ai pas quitté.
Le ciel est toujours bleu et le soleil qui brille sur Versailles comme il brillait sur Paris nous sèche rapidement. Une armée de scout en chemise rouge gère au millimètre chaque opération du processus d’arrivée. Je n’en avais jamais vu autant. Ils sont des centaines. Nous recevons un sachet de ravitaillement composé de deux barres de céréales, d’une pomme et d’une bouteille d’eau. Nous sommes ensuite décoré d’une médaille dont la forme rappelle celle d’une feuille de chêne mais dont je ne peux définir la matière.
C’est fini. Je prends mon temps, j’observe les autres coureurs qui terminent leurs courses, j’attends Julien. Même s’il court beaucoup plus vite que nous et projetait de passer sous la barre des 1h07, s’il a surfé avec la vingt-cinquième vague, il est possible qu’il arrive à Versailles bien après nous. Nous apercevons les vainqueurs sur le podium. Les éthiopiens Atsedu et Goitetom se partagent les deux premières places. Nous étions encore au milieu de la côte des gardes quand ils ont franchi la ligne d’arrivée(respectivement 47’39’’ et 53’41’’). Ils sont douchés et ont déjà revêtu leurs survêtements ; ce sont des extra terrestres. Haftu, la gracieuse petite Kenyane est particulièrement émouvante quand elle monte sur la première marche. Le maire de Versailles qui ne doit pas compter beaucoup d’africain parmi ses électeurs, félicite un plateau d’éthiopiens, de kényans et d’érythréens ; la course à pied offre parfois des situations singulières, c’est un vrai bonheur.
Au bout de l’avenue colorée par les maillots des scouts et des coureurs, en toile de fond, le château de Versailles affiche sa splendeur ; c’est un joli spectacle.
Je n’ai pas retrouvé Julien et je quitte François qui se dirige vers le RER C. Je remonte l’avenue du Maréchal Foch pour rejoindre la gare SNCF rive droite. Je traverse la place du marché; Versailles me semble, sous ces couleurs, une ville animée et absolument agréable. On y croise bien quelques jeunes gens très « sortie de messe » mais ça me change des types qui, comme moi, terminent leur dimanche en t-shirt, en short et en sueur.
Je recevrai à l’heure du déjeuner un SMS de Julien qui a réussi à se mêler à la première vague et termine sa course en 1h05; Pas mal. Je reçois aussi un message de Sophie qui m’écrit que Fred a couru son marathon à Berlin en 4h14 ce qui est, pour lui, une très belle performance.
temps final : 1h18mn51s
Rang Scratch : 3032/20738
Rang VH1 : 838/4730
Rang Hommes : 2921/16062
Accès à la Trace du Paris-Versailles 2011
QBRC Viroflay
Pour qui veut connaître les incidences des affres de l’alcool sur les performances en course à pied l’expérience que j’ai vécue hier, présente un intérêt certain. Nous avions quelques raisons de nous enivrer: l’anniversaire d’un fils qui grandit trop vite, la fin de l’été et la rentrée scolaire ; et, puisque nous revenions tout juste de deux semaines en Toscane, nous avons accompagné notre diner d’un excellent Prosecco et d’un Chianti Classico non moins fameux. A 2h30, épuisé et repu, je me suis glissé dans mon lit en espérant dormir suffisamment pour prendre sans séquelles le départ de la course du lendemain.
Le réveil a sonné, dimanche matin, un peu avant sept heures. Si je n’avais pas donné rendez-vous à Fred et promis à Julien de le rejoindre à Viroflay, j’étoufferais la sonnerie de mon réveil et attendrais que les éléphants dans mon crâne aient terminé leur partie de bowling avant de me lever. J’enfile avec courage mon short Salomon, marketing oblige, des boosters BV Sport et le joli t-shirt rouge reçu lors du marathon du Mont-Blanc. Je chausse ma fidèle paire d’Adidas Supernova Riot 3. Ce sont des chaussures que l’on apprécie lentement. Elles sont lourdes, je ne le suis pas moins, mais offrent un amorti irréprochable et un maintien qui les rend, sur longue distance, infiniment plus confortable que les S-Lab 3 que je portais jusqu’au printemps. Elles reviendront sans doute maculées de boue; la pluie qui tombe sans discontinuer depuis le début de la nuit risque de rendre cette course cauchemardesque. J’avale rapidement un bol de Muesli accompagné d’un jus d’orange sans gout, revêts une veste imperméable et sors affronter l’eau, la boue et le froid .
Cela fait dix bonnes minutes que j’attends Fred en bas des marches quand j’aperçois sa voiture descendre la rue des Pyrénées. Il a cherché partout un Certificat Médical l’autorisant à courir mais ne l’a pas retrouvé. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, que celui de l’année dernière devrait pouvoir passer car il est peu probable que les bénévoles, lors de l’inscription, procèdent à une lecture attentive de tous les documents.
Nous empruntons le périphérique vers le sud puis la N118 entre le Pont de Sèvres et Meudon. Nous atteignons Viroflay bien avant 9h00 ce qui nous laisse une bonne heure pour retirer nos dossards, nous préparer et nous placer devant la ligne de départ. L’avantage, quand on participe à une petite course le dimanche matin à quelques kilomètre de Paris, c’est que l’on trouve facilement de la place où garer sa voiture ; Fred a rangé la sienne à deux cents mètre du gymnase dans lequel sont installés les organisateurs de la QBRC. La pluie a cessé et nous voyons déjà quelques participants converger tranquillement vers le camp de base de la course. On est loin de la foule des grands événements parisiens comme le semi ou le marathon de Paris. On observe une ambiance plus tranquille et plus sereine, presque familiale; les concurrents sont venus en voisin; Fred et moi, en tant que parisiens, appartenons sans doute au groupe restreint des étrangers.
En pénétrant dans le gymnase je reconnais Olivier ‘Toto’ avec lequel je communique, depuis quelques semaines, sur FaceBook. Il est entouré d’une impressionnante escouade de coureurs. Anxieux et tourmenté par l’alcool qui circulait encore dans mon sang, je le salue rapidement et le remercie pour l’aide qu’il m’a apporté lorsque ma montre Garmin m’a lâchement abandonné à l’aube d’un trail dans la Garfagnagna.
Je m’acquitte des seize euros de mon dossard ; à quatre vingt centimes par kilomètre on reste dans un ratio prix/distance très honorable. Nous recevons une bouteille de bière bio brassée par une entreprise de la Vallée de Chevreuse. Noyer une course dans des flots de bière semble devenir une constante dans le petit monde de la course à pied; Lorsqu’on institutionnalise une pratique, je la trouve bien moins attrayante. Désormais la bière et le trail sont liés comme le cancer et la prostate.
Compte-tenu de mon état, La simple vue de ce flacon me donne des nausées. Je n’aurai aucun mal à m’abstenir d’y goûter et à le réserver pour l’après course. Certains ont laissé leur bouteille au vestiaire, étiquetée comme un fossile dans une fouille archéologique. Fred récupère son dossard sans soucis ; aucune question ne lui a été posé quant au certificat médical vieux de deux ans qu’il a présenté pour s’inscrire.
Julien n’est pas encore arrivé, nous retournons donc achever notre préparation près de la voiture. J’abandonne ma veste imperméable et ma bière sur le siège avant, referme la portière et retourne avec Fred au gymnase. Nous croisons Julien accompagné d’un de ses potes du club de Triathlon de Versailles. Ils ne courront pas dans la même catégorie que nous, c’est certain. Nous rejoignons ensemble la ligne de départ.
Je n’ai aucun courage ce matin et je laisse les autres se lancer dans un simulacre d’échauffement. J’en profite pour défendre ma place sur la ligne de départ. C’est la première fois que j’arrive suffisamment tôt pour occuper le premier rang et goûter, pendant quelques mètres, au plaisir de courir en tête.
Julien me présente avec fierté Yann Prigent, un autre copain de son club de triathlon; Un monstre discret qui est monté sur le podium de la QBRC précédente, a couru plusieurs fois l’UTMB, l’ironman de Hawaï et terminé quatrième de l’Eco-Trail 50km en 2011. Je reconnais, sur la ligne, Jef’ qui travaille dans la même société que moi, avec qui j’avais couru en relais lors de la dernière édition du marathon Nice-Cannes et que j’avais filmé en attendant que nos partenaires nous transmettent nos témoins respectifs. Je l’interroge sur son objectif: Il a gagné la course l’an passé et espère bien renouveler son exploit cette année. Tout simplement.
Je m’élance raisonnablement lorsque le starter donne le signal du départ. J’ai abandonné l’idée de rester en tête sur les deux cents premiers mètres et laisse des dizaines de coureurs plus rapides passer devant moi. Je regarde Julien et son pote fuser comme des missiles tomahawk et perds Fred qui prend tout son temps. Nous traversons le centre de Viroflay et remontons vers le nord à bonne allure. Je cours à 4,40mn/km, je sais que cela ne durera pas, je n’en aurai pas la force.
Nous attaquons la première côte avant la fin du premier kilomètre ; une mise en bouche de cinq cents mètres pendant laquelle nous grimpons, sur le bitume, nos quarante premiers mètres de dénivelé. Nous rejoignons alors un plateau et pénétrons enfin dans la forêt de Fausses Reposes. On effectue une petite boucle vers l’est et le Chesnay en passant derrière l’autoroute A86. Julien et ses copains sont chez eux, pas moi. Plus d’une centaine de coureurs ont dû me dépasser. Certains d’entre eux ne courront que onze kilomètres puisque les deux courses (11km et 20km) empruntent le même parcours.
La seconde côte, plus courte mais aussi plus raide, apparait après deux kilomètres et demi de course. J’ai les jambes lourdes et éprouve quelques difficultés à maintenir mon rythme mais je refuse de capituler si tôt : j’ai vaincu le marathon du Mont-Blanc et couru cet été autour du massif des Ecrins, des Alpes Apuanes ou encore de la Garfagnagna ; je ne m’étendrai pas sur les feuilles mortes de Viroflay. Je m’empare du gel énergétique que j’avais glissé dans ma poche et pars, dans la descente, à l’assaut de la tête de course.
C’est le premier exercice technique de la matinée. Bien que les chemins, sur cette partie du parcours, soient assez larges et moins boueux que sur les sentiers que nous rencontrerons après le onzième kilomètre, la descente en trail reste, quoiqu’il arrive, un exercice périlleux. Nous glissons pendant deux cent mètres vers Ville d’Avray. Un ravitaillement sommaire est organisé en bordure des lacs, à l’extrémité nord de la forêt. Je me réhydrate rapidement de quelques verres d’eau et me lance dans le second quart de la course, cap au sud. Je suis dans le dur, le rouge et peut-être même le noir. Je sens mon sang qui cogne dans mes tempes, j’ai mal au ventre ; je n’ai digéré ni l’excellent veau aux olives confit dans son jus, ni le tiramisu de la veille. Nous effectuons l’ascension une dernière bosse au huitième kilomètre avant de redescendre vers Viroflay.
Depuis le ravitaillement du cinquième kilomètre, plus personne ne me double et je revendique même une lente remontée dans le classement.
Nous traversons la ligne de chemin de fer en escaladant une passerelle à laquelle manque un véritable ascenseur et rejoignons enfin le point de départ.
Les coureurs du « onze kilomètre » sont orientés vers leur ligne d’arrivée et ceux du « vingt kilomètre » atteignent le second ravitaillement. Des petites filles nous tendent gentiment des barres de céréales dont je garde un excellent souvenir. Il faudra que je retrouve la marque de ces produits car j’en emporterai volontiers dans mes prochains trails et sorties longues.
Comme les choses délicieuses ne durent jamais, je quitte la zone de ravitaillement en regrettant de ne pas avoir terminé ici ma course dominicale. Nous entrons dans le Bois du Pont Colbert et entamons la deuxième phase de notre circuit. Ma montre affiche un peu moins de une heure et, à cette allure, je peux espérer parcourir les neuf kilomètres suivants en cinquante minutes, moins si le rapport de la distance au dénivelé est plus réduit que sur les onze kilomètres que je viens de terminer. En théorie, les onze premiers kilomètres cumulent trois cents mètres de dénivelé pour cent soixante sur les neufs autres kilomètres. J’espère donc un circuit beaucoup plus roulant et regagner ainsi les quelques minutes qui me permettront de ne pas terminer au-delà de 1h50. La côte que nous gravissons alors est d’une toute autre dimension que toutes celles que nous avons dû franchir jusque là. Pendant un kilomètre au moins nous ne cessons de monter. Je suis fourbu. Je fractionne mon ascension en marchant pendant dix secondes toutes les vingt secondes; Dans mon dos, deux garçons discutent tranquillement. Alors que je suis à la limite de l’apnée, ils progressent, eux, en complète aisance respiratoire. J’ai envie de leur crier « un peu de décence Messieurs ! Respectez au moins ceux qui souffrent » mais j’évite de me rendre ridicule, je me redresse et jette mes dernières forces dans l’ascension des quelques mètres qui me séparent du sommet.
Je craignais que le parcours ne ressemble trop à celui de l’Eco-Trail que j’avais trouvé triste et monotone. Ce n’est pas le cas. Nous sillonnons des sentiers étroits et sinueux encombrés par des branches de hêtre (ou peut-être sont-ce des merisiers ; à cette vitesse je n’ai pas pris le temps d’étudier attentivement les feuilles qui me balaient le visage). C’est magique. Malgré ma fatigue et mon état nauséeux, je prends un plaisir immense à courir à travers ces arbres, slalomer entre les pierres et plonger dans les vasques de boue.
A partir du treizième kilomètre nous glissons pendant cinq cents mètres jusqu’à l’échangeur entre la N12 et l’A86 dont on voit les voies sur notre droite. Nous remontons ensuite pendant deux kilomètres jusqu’au dernier ravitaillement. Je suis heureux et commence à me sentir vraiment bien. Les bénévoles qui nous tendent gentiment des gobelets occupent un carrefour à la lisière de Vélizy. J’ai rejoint l’extrémité sud du parcours en 1h30 et il ne me reste plus qu’à redescendre doucement vers le sud en longeant Vélizy. Les cinq derniers kilomètres sont beaucoup plus roulant que tout ce que j’ai subi jusque là. Mon rythme et celui des autres coureurs augmente significativement. Depuis quelques centaines de mètres, ma montre affiche quelques signes de défaillance. Ni la distance ni la vitesse ne sont mesurés correctement. Je joue à « je te double, tu me doubles » avec les gars qui me précèdent quand, au dix-neuvième kilomètre, alors que je m’apprête à sortir de la forêt , un organisateur m’annonce qu’il me reste à peine deux cents mètres avant l’arrivée. J’ai effectivement un gros problème avec ma montre mais je vérifierai cela plus tard. Je me lance dans un sprint désespéré afin de grappiller une fraction de seconde.
1h48’
Les chronos sont relevés manuellement sur un clavier d’ordinateur portable par une jeune femme attablée derrière la ligne. Je me désaltère en testant successivement un sirop de menthe bio puis un coca équitable dont le goût ressemble davantage à celui d’un médicament qu’à celui de la célèbre boisson yankee. Je retrouve Julien qui attend devant le gymnase. Il a couru en 1h36 et son ami Yann a terminé troisième. Nous nous quittons en nous promettant de nous retrouver sur le départ du Paris-Versailles dans trois semaines. Je n’ai pas revu Jef’ qui semble avoir abandonné après avoir occupé le groupe de tête jusqu’à la moitié du parcours. Je ne retrouve pas son nom sur les listings ; je lui enverrai un message la semaine prochaine. « Toto » franchit la ligne en un peu plus de deux heures. Je croyais l’avoir vu partir comme une flèche au début de la course et comme je ne l’avais pas dépassé, il devait logiquement être devant moi. Ce n’était pas lui, je l’aurai sans doute confondu avec quelqu’un qui portait le même maillot Adidas bleu que lui. Je devais dû m’en douter, il avait écrit la veille qu’il envisageait de courir en 2h00 environ; il a gagné son pari. J’attend Fred un long moment. Une demi-heure pour être exact. Il ne s’est pas pressé, a couru sa course comme il aurait fait son footing et termine frais comme un gardon.
Nous repartons aussitôt de Viroflay et regagnons la place Gambetta avant treize heures.
Même si cette course vient diminuer la distance hebdomadaire que je me suis engagé à parcourir dans le cadre de ma préparation à la grande course des Templiers, je ne regrette pas ces bosses et ces raidillons boueux. Ce fut une matinée agréable dont je garderai, contre toute attente, un excellent souvenir. Une ambiance sympathique et surtout un excellent niveau de la plupart des participants. Je termine, en général, mes courses dans le premier tiers voire le premier quart; En arrivant 116ème sur 246 je ne me situe que dans la première moitié des arrivants ce qui témoigne de la qualité de l’ensemble des participants.
Accès à la trace de la QRBC Viroflay; le parcours dessine un 8, comme le circuit 24 dont j’ai toujours rêvé lorsque j’étais enfant.
bike office
Les vidéos de coursiers new-yorkais qui traversent la Grande Pomme à fond sur leurs fixies m’ont toujours beaucoup impressionné. Je l’expliquerai plus bas, aspirant à vivre de nombreuses années encore et d’en profiter autrement qu’assis dans une chaise roulante, je ne possède pas de vélo à pignon fixe. J’avais l’ambition de réaliser un petit clip qui exposerait, à la manière d’une vidéo de downhill, le trajet que j’effectue chaque matin jusqu’à mon bureau. J’avais déjà, cet été, tenté de filmer un de mes trails avec une GoPro; j’espérais que la vitesse induite par une longue descente en vélo offrirait davantage de sensations qu’une ascension en montagne…
J’ai commencé à me déplacer en vélo dans Paris au début de l’été 2007, après l’apparition du Vélib. Le principe d’utiliser librement un vélo, de le prendre et de l’abandonner où bon me semblait, m’a tout de suite emballé. J’ai souscrit à un abonnement annuel (29€ anywhere, anytime) et j’ai pédalé. Ce fut une révélation : la traversée de Paris en 30 minutes, les trajets matinaux jusqu’au bureau en moins d’un quart d’heure et la fin de la promiscuité dans le bus ou le métro m’ont permis de redécouvrir Paris.
Mon expérience du vélo restait, jusque là, assez modeste et, à l’exception d’une courte randonnée sur les GR 9 et 4 entre Cavaillon et Nice, je n’affichait aucun intérêt pour la bicyclette: Je n’ai pas le souvenir d’après midi de juillet à surveiller les étapes du Tour de France à la télévision ni de discussions interminables sur les avantages des dérailleurs Mafac ou Campagnolo; Bernard Hinault était un Blaireau, Poulidor un looser absolu et je n’ai jamais compris ce que disait Merckx lorsqu’on l’interviewait.
J’étais perdu pour la pédale.
Et puis j’ai découvert Vélib. J’ai investit dans un casque Poc parce que j’ai rapidement eu l’intuition qu’il y avait un certain danger à affronter nu les automobilistes énervés et j’ai profité de l’été pour faire mes premiers allers et retours jusqu’au bureau. J’avais l’agréable sensation de rompre avec ma léthargie sédentaire et de pratiquer enfin une activité presque sportive et surtout Je pouvais même qualifier mon attitude d’écologiquement responsable. Ça pose un homme !
J’ai roulé tout l’été et pendant tout l’hiver qui a suivi. Les pistes cyclables n’étaient pas aussi nombreuses qu’aujourd’hui et le système du contre-sens n’avait pas encore été mis en place. Les règles quant à l’utilisation des voies réservées aux Bus n’étaient pas d’une très grande clarté et j’ai reçu ma première contravention un soir, rue Lafayette alors que je rejoignais Anne au cinéma. Quand on exploite intensivement un système, on finit par en atteindre les limites; et celles de Vélib se rencontrent à ces bornes. Je ne parle pas là du décompte des vélos défectueux ou des dysfonctionnements du système informatique, cela se corrige, mais du problème systémique induit par le Vélib. J’habite au sommet d’une Colline dont l’accès à vélo nécessite un effort que l’on pourrait qualifier de « sportif ». Or les sportifs ne sont pas si nombreux surtout quand il s’agit de remonter un vélo après une journée de boulot. La rue de Ménilmontant est sympathique quand on la descend, dans l’autre sens, c’est un enfer. La probabilité de trouver un vélo le matin autour de chez moi a diminué avec le succès de Vélib. Celle de ne pas pouvoir rendre son vélo parce que la borne que l’on rejoint est pleine étant à peu près équivalente à la précédente, j’ai dû marcher davantage que je ne roulais. Je faisais le tour des bornes du quartier, souvent en vain, pour trouver un vélo en état de fonctionner et je répétais cette errance pour trouver une place libre quelques kilomètres plus bas. L’approvisionnement des stations d’altitude est un problème critique et, à moins d’installer une batterie de télésièges autour des buttes de Paris, je ne vois pas comment le résoudre. On a bien essayé d’inciter les abonnés à monter les vélos en accordant un bonus horaire à tous ceux qui auraient le courage d’affronter les côtes les plus raides mais ce n’est pas suffisant. Pour grimper il faut développer du muscle pas un crédit d’heures. Peut-être qu’en autorisant un marché à terme de ces points et en valorisant financièrement l’ascension de Montmartre, de Gambetta ou de la Butte aux Cailles en Vélib, trouverait-on davantage de personnes motivées pour approvisionner les points hauts.
Lassé de mes trop longues heures à naviguer entre les bornes j’ai décidé de m’équiper de mon propre vélo. J’ai trouvé sur e-bay un VTT sur lequel j’ai tenté, en juin 2009, une traversé des Alpes avec Bruno. Je craignais en possédant mon propre vélo, de perdre la liberté offerte par le Vélib ; Ce fut loin d’être le cas et je suis devenu un cycliste convaincu.
J’ai touché du doigt le danger que représente la circulation à vélo dans Paris. Si la vidéo ci-dessus laisse supposer que ma conduite est imprudente, il n’en est rien; Je respecte autant que possible les règles applicables aux vélos. J’eus aimé que cela soit partagé par les automobilistes que je croise. A l’exception de deux soleils au dessus de portières ouvertes inopinément et dont je me suis échappé sans blessures grâce à mon casque et à une pratique intensive des chutes au judo, je n’ai pas eu d’accident majeur. Je suis en revanche toujours choqué par la méconnaissance qu’ont certains conducteurs quant au partage de la voirie. Les voitures ne sont pas prioritaires, les cyclistes ne sont pas tenus de serrer la bordure du trottoir ou la file de voitures rangées sur leur droite pour laisser passer les véhicules qui les suivent et, surtout, il convient de laisser une distance d’au moins 1m50 entre son véhicule et l’épaule gauche du cycliste que l’on double. Une voiture est passé en force hier dans le bas de la rue de Crimée ; le conducteur m’a heurté avec son rétroviseur; j’aurais pu y laisser une jambe, il m’a insulté.
Après qu’on ait sectionné l’antivol et volé mon VTT, un après midi de 2010 devant le cinéma du quai de Seine, j’ai fait l’acquisition d’un nouveau vélo. J’ai hésité un moment. Le look épuré des fixies m’a longtemps fait rêvé. Mais j’en ai finalement laissé l’usage aux jeunes et chics bobos téméraires. Sans pignons et sans frein on souffre autant dans les côtes que dans les descentes; comme l’écrivais un de mes potes, ces bécanes sont le fruit d’une entente démoniaque entre les cardiologues et les traumatologues.
Je possède désormais un joli Giant urbain noir très confortable et relativement léger… J’y ai ajouté un siège passager que j’utilise pour transporter Hugo ou Théophile quand ils revenaient de leurs entrainements de Foot. J’ai fait le taxi pendant près d’un an mais j’ai dû cette activité illégale; en grandissant, Hugo devenait de plus en plus lourd et je frôlais l’infarctus lorsque je devais hisser ses quarante-cinq kilos et son énorme sac de la Porte de Montreuil à la Place Gambetta.
Après quatre ans d’une pratique régulière de la bicyclette à Paris, je ne conçois plus qu’on puisse se déplacer autrement. A l’instar d’un ancien fumeur face à une cigarette qui se consume, les voitures dans Paris me révoltent. Moins pour une raison environnementale, que pour des motifs comportementaux. J’ai en horreur ceux qui roulent vite dans les rues trop étroites ou qui klaxonnent pour qu’on s’écarte à leur passage. Ils n’ont pas compris qu’en ville la route est un espace public que l’on partage.
Je ne suis pas un intégriste, j’adapte mes principes à ma convenance et j’avoue sortir quelquefois ma grosse Volvo du garage pour aller chercher Hugo le soir quand il termine ses entraînements. Il vient d’ailleurs d’avoir quatorze ans et m’a demandé l’autorisation de disposer de sa propre carte Vélib. J’hésite encore; je crains qu’il ne soit pas suffisamment attentif et inconscient des dangers que représentent les automobiles. J’ai un espoir; J’espère qu’un jour nos enfants pourront circuler librement et sans danger, à bicyclette dans Paris et ailleurs.
















![marcher sur l'eau [crédit Eric41]](http://www.ladrauniere.fr/wp-content/David-from-Eric-300x300.jpeg)











































































